samedi 6 février 2010

Les Tribulations de Fleurus-Presse



Les tribulations d’un titre de la presse des jeunes :
Du journal Cœurs Vaillants (1929), jusqu’au magazine Le Monde des ados (2005)

L’histoire des journaux pour la jeunesse peut se révéler fertile en surprises. Pour en témoigner, voici le destin singulier d’une publication née en 1929 et dont le descendant pourrait bien être le bimensuel Le Monde des ados né en janvier 2005 et conçu par Fleurus-Presse et son actionnaire principal Télérama et le groupe Le Monde

Le « premier » Cœurs Vaillants
En octobre 1928, des patronages catholiques du Pas-de-Calais éditent un hebdomadaire déjà nommé Cœurs Vaillants, au tirage réduit et publiant des textes rédigés par des prêtres. L’opuscule est imprimé sur les presses des Orphelins Apprentis d’Auteuil (O.A.A.)
Des ecclésiastiques, dont les abbés Gabriel Bard de l’Union Catholique de France, Pierre Rougemont, (l’abbé Henri Guesdon) et surtout Gaston Courtois, (ex "Jacques Cœur", 1897-1970), prêtre rattaché aux Fils de la Charité et directeur de la nouvelle publication, très attaché à son contenu religieux, fondent Cœurs Vaillants, le journal « des petits gars ». Sa naissance « officielle » date seulement du 8 décembre 1929. L’équipe sera renforcée en 1935 par l’arrivée de l’abbé Jean Pihan (ex Jean Vaillant, lui aussi Fils de la Charité, 1912-1996). Les dessinateurs Maurice Cuvillier et Etienne Le Rallic sont déjà là. Tintin et Milou de Hergé font une entrée remarquée en octobre 1930, (leurs aventures avaient commencé dans Le Petit Vingtième, journal belge). Marijac (alias Jacques Dumas, futur créateur de Coq hardi) crée Jim Boum, Chevalier du Far-West, l'année suivante. Visant d'abord les enfants des écoles catholiques et des "patros", par ses objectifs éducatifs et religieux, le journal se démarque des simples illustrés qu'il critique. En cette période de grands affrontements politiques et idéologiques, victimes du « syndrome de l’abbé Bethléem », censeur qui sévit de 1904 à 1940 et déchire sur la place publique les revues « impies », les dirigeants du journal vont jusqu’à brûler, lors d’une manifestation en 1938, les « mauvais illustrés ». « On a brûlé un sale bonhomme » écrit Jean Vaillant, (alias Pihan), après l’autodafé d’un mannequin-« gangster », habillé de magazines « malpropres »
A l'origine, L'Union des OEuvres Catholiques, éditrice du journal, emprunte à la fois des textes à la revue Les P’tits Gars et surtout à un journal seulement en projet. C’est Benjamin, créé à la demande de l'imprimeur Georges Lang, mis en vente le 14 novembre 1929.
Malgré la sévère concurrence des journaux publiés par les frères Offenstadt de la S.P.E., l’éditeur Paul Winkler qui lance Mickey en 1934, et les éditeurs italiens Cino Del Duca et Ettore Carazzo, Cœurs vaillants connaît vite la notoriété grâce à Hergé qui, après Alain Saint-Ogan en 1925, a familiarisé les Français avec la « vraie » bande dessinée, (alors que Marijac n'introduit timidement les bulles qu'en 1937, dans Jim Boum chevalier de l'air). Cette intégration du texte dans l’image choque Gaston Courtois qui souhaiterait des textes supplémentaires sous l’image. D’ailleurs le même abbé, choqué de la situation d’un Tintin sans cadre familial, pousse Hergé à créer, en 1936, la famille Legrand, connue surtout par ses enfants Jo et Zette, (surtout présents dans Ames Vaillantes). Le succès des aventures de Tintin dans les « patros » est renforcé par la projection de films fixes, dès 1935, alors que paraît, dans le journal, l’épisode : Tintin et Milou en Orient.

Le pendant féminin Ames Vaillantes

Le pendant féminin créé par L'Union des Œuvres : Ames Vaillantes, n'apparaît que le 8 décembre 1937, jour de la fête de l’Immaculée Conception. Les deux journaux, présents dans les « patros » et les porches des églises, sont aussi dans les bibliothèques de gare dès juillet 1938.
Après l’entrée des troupes allemandes à Paris en juin 1940, une partie de l’Union des OEuvres gagne la zone Sud et s’installe à Clermont-Ferrand puis à Lyon. Comme pour la plupart des publications de l’époque qui veulent survivre, après une période pétainiste et favorable au régime de Vichy, surtout au cours de l’été 1941, marquée par des regroupements de titres ou des publications nouvelles comme Belles Histoires de vaillance, Cœurs-vaillants-Ames vaillantes, édition rurale, la situation évolue. La naissance de Belles Images de vaillance, l’arrestation par la Gestapo et l’emprisonnement à Fresnes de l’abbé Pihan et de trois collaborateurs en 1943 poussent les éditeurs catholiques dans la résistance passive. En 1945, La Voix de l’Ouest et Cœurs Vaillants coéditent plusieurs titres dont Fripounet et Marisette, d’après les personnages créés par Herbonné (R. Bonnet). Sous le label des éditions Fleurus, ce n’est que le 19 mai 1946 que reparaît Cœurs Vaillants (où apparaît en 1949 le dynamique Yann dessiné par Gloesner), et le journal Ames vaillantes doit patienter jusqu’au 29 septembre de la même année quand reparaît aussi officiellement Fripounet et Marisette (né clandestinement en 1941 et surtout destiné à ceux qu'on osait encore nommer « les ruraux »).


Après la guerre, des journaux renaissants
Résistant et républicain, l’abbé Jean Pihan supplante l’abbé Gaston Courtois dont le passé maréchaliste avait peut-être retardé la renaissance du journal après guerre. (Il va d’ailleurs être élu en 1955, procureur général de son Institut à Rome). Grâce à l’introduction de bandes dessinées de qualité, (rééditées aujourd’hui aux éditions Triomphe), ces journaux connaissent un nouvel âge d’or encore mal connu. Cœurs vaillants bénéficie de la présence de dessinateurs talentueux comme Noël Gloesner, (Yann-le-Vaillant), F.-A. Breysse, (Oscar et Isidore), Robert Rigot, (Frédéri le gardian). Les humoristes Calvo (Les Mémoires d’un vélomoteur) et Erik, imaginant des machines extravagantes et créateur de Pat Rac détective sont deux piliers, à la fois illustrateurs fréquents et auteurs de B.D. désopilantes. Ames vaillantes sait tirer parti des talents de dessinateurs comme Alain d’Orange, G.-B. Baray et M. Cuvillier. On y retrouve Robert Rigot (Chantal), Erik (Cataral et Finette) et Calvo (l’ours Babou).
Fripounet et Marisette (1945-1969), conçu pour le monde paysan et un lectorat plus jeune, doit surtout son succès à la bande qui lui donne son nom, réalisée par Herbonne, (alias René Bonnet).
La loi de postcensure de 1949, plutôt protectionniste et hostile aux bandes dessinées importées d’Amérique ou d’Italie, favorise la presse catholique française qui ne commence à souffrir de la concurrence du Journal de Spirou et du Journal de Tintin qu’à partir du milieu des années 50.
(D'ailleurs, René Finkelstein, actionnaire et représentant du Mouvement Coeurs vaillants-Ames vaillantes, est un ardent défenseur de la loi de 1949 et un militant très actif de la commision de contrôle , de 1952 à 1965).
En 1957, les trois journaux renaissants de 1946 perdent leur grand format et perdurent sous un format réduit jusqu’en 1963. A cette date, remplaçant Cœurs Vaillants, l’hebdomadaire J 2 Jeunes, soucieux d’activités éducatives et d’ouverture à l’actualité mais vite débordé par la vogue du sport et la mode du « yéyé », succombe dès 1970 tandis que J 2 Magazine, succédant à Ames Vaillantes, est surtout consacré à des reportages, aux dépens de la fiction et de la bande dessinée. Il cesse de paraître en 1974. Fripounet et Marisette s’adresse à un public plus jeune depuis 1969 quand il réduit son titre à Fripounet (jusqu’en 1993).

Les noms des journaux changent, leur contenu aussi
Formule 1 prend la succession du journal masculin J 2 Jeunes. Changeant souvent de format, de contenu et de pagination, il survit jusqu’en 1981. A la même époque, Djin, hebdo pour filles de 11 à 15 ans, se substituant depuis 1974 au magazine J 2 Magazine, tient davantage la route grâce à l’afflux de dessinateurs de qualité comme Bourgeon, Juillard, Cothias ou Binet. Quand ces auteurs auront rejoint les éditions de B.D. Glénat, Djin, en chute libre, rejoint Formule 1 pour se fondre dans le nouveau bimensuel Triolo en 1981. Ouvert à la mixité, effaçant la distinction entre ruraux et urbains, il ajoute un supplément d’information en noir et blanc à sa partie magazine mais ses B.D. sont éclectiques.

Au cours des années 1980, le groupe a entretenu un partenariat avec Gallimard, pour Blaireau, davantage album que périodique pour les 4 à 7 ans et avec Produca pour Hibou, deux publications disparues aujourd’hui. Il a aussi racheté le mensuel Abricot qui, comme d’autres revues au même format carré, cherche à séduire les 2-5 ans. Fleurus-Presse tente de « couvrir » les étapes, depuis l’âge de 6 moins, avec le bimestriel Papoum, aux adolescents de 13 à 15 ans à 14 ans, avec des journaux « complices » de cet âge. En butte à des difficultés financières, Fleurus Presse est racheté en 1986 par la SPER. Or, PVC (Publications de la Vie Catholique) prend le contrôle de la SPER dès 1989.
C’est l’époque où le groupe fait preuve d’originalité en privilégiant la lecture, en particulier le conte grâce au récent mensuel Mille et une histoires, destiné aux 3-7 ans, et en mariant littérature et intérêt documentaire grâce à Je lis des histoires vraies, créé en octobre 1992 pour les 8-12 ans, plus divers dans sa nouvelle formule. D’autres innovations ont marqué ces dernières années. D’abord, un autre petit nouveau fait la part belle à la fiction : c’est Je lis déjà, « premier petit livre à lire tout seul » pour les 6-9 ans. En septembre 1999, le mensuel Les P’tites sorcières affirme « Nous on aime la lecture ! », et chaque numéro propose un petit roman de 48 pages, à la typographie très lisible. Il faut déplorer en 2000, l’échec de Tribule, « Le mensuel écolo, rigolo et bricolo ». « Journal des 8-11 ans débrouillards et avides de découvertes », il séduisait pourtant par son grand format et une iconographie très riche. Aujourd’hui, c’est donc sur un peu plus d’une dizaine de magazines que se concentre Fleurus Presse, pour un lectorat élargi de 6 mois à 14 ans.

Fleurus-Presse change de propriétaire
Au cours des années 80 et jusqu'en 1989, des courants idéologiques conservateurs avaient aidé à la création du Groupe Ampère. Fondé en 1985, dans l'indifférence, par Rémy Montagne, militant catholique conservateur, ce groupe envisage très vite de devenir, à côté de Bayard-Presse et des Publications de la Vie Catholique, (alias le groupe Malhesherbes), le troisième groupe de presse catholique. Son premier objectif est alors de développer les ouvrages religieux et d'assainir le secteur jeunesse, mais des actions souterraines d'envergure, aussi discrètes qu'efficaces, vont lui permettre de faire peu à peu main basse sur un vaste secteur éditorial concernant surtout le monde de la bande dessinée.
En 1986, le groupe Ampère rachète aux OEuvres Catholiques de France, les éditions Fleurus, presse et édition, cédées bientôt à une holding qu'il vient de créer : Média Participations. Des évêques, Bayard-Presse et l’hebdomadaire La Vie ne voient pas d’un bon œil les périodiques Perlin, Fripounet et Triolo aux mains de cette puissante société qui regroupe actionnaires français, (dont Axa et Michelin), belges et hollandais. Toujours en 1986, le groupe PVC (Publications de la Vie Catholique), créé par Georges Hourdin et un groupe de Dominicains, acquiert le secteur presse jeunesse de Fleurus qui devient le Groupe Fleurus-Presse PVC, le groupe franco-belge Média-Participations, successeur du groupe Ampère fondé par Rémy Montagne, conservant le département livres de Fleurus Editions.
Fleurus-Presse va devenir en 1989, une filiale de Télérama et Publicat, eux-mêmes dépendant du groupe PVC.
Le Groupe Fleurus Presse est aussi présent dans l’édition de livres et la librairie, (avec les librairies de La Procure). Il a été leader dans un service de gestion d’abonnés pour la presse et la télévision à péage. A la fin du siècle, Fleurus-Presse réussit à « couvrir » de multiples étapes, depuis l’âge de 6 moins, avec le bimestriel Papoum (1995), jusqu’aux adolescents de 14 ans, L’Hebdo des juniors, (depuis 2005, Le Monde des ados), étant encore le complice de cet âge. Le groupe de presse, soucieux de se renouveler, a fait preuve d’originalité en privilégiant essentiellement la lecture, en particulier celle du conte, grâce au mensuel Mille et une histoires, (1999, destiné aux 3-7 ans), et en mariant littérature et intérêt documentaire grâce à Je lis des histoires vraies, créé en octobre 1992 pour les 8-12 ans, plus divers dans sa nouvelle formule. D’autres innovations ont marqué ces dernières années. D’abord, un autre petit nouveau fait la part belle à la fiction : c’est Je lis déjà, « premier petit livre à lire tout seul » pour les 6-9 ans. En septembre 1999, le mensuel Les P’tites sorcières affirme « Nous on aime la lecture ! », et chaque numéro propose un petit roman de 48 pages, à la typographie très lisible.
Chez Fleurus-Presse, la connotation catholique est surtout clairement affirmée dans le bimestriel des 5-8 ans : Mon journal arc-en-ciel (1993), destiné à l’éveil religieux. En 1993, privilégiant l’information, Fleurus-Presse, détenu par PVC et par Télérama depuis 1989, remplace Triolo par Infos Junior. Deux ans plus tard, sous la houlette double de Télérama, éditeur du magazine Télérama Junior depuis 1992, et de Fleurus-Presse, coexistent Télérama Junior et Infos Junior, publications jumelées de 1995 à 1997.

De L'Hebdo des juniors au Monde des juniors

La fusion se réalise en 1997 quand apparaît L’Hebdo des juniors, mêlant informations et présentation des programmes de télévision, toujours coédité par Télérama et Fleurus.
Son dernier numéro paraît le 25 décembre 2002. Depuis juillet 2002, le journal Le Monde s’est introduit à la hauteur de 30 % dans le capital du groupe Télérama/Les Publications de la Vie catholique. De ce fait, la société éditrice du Monde devient le premier actionnaire, surtout quand la part que possède Le Monde passe de 30 à 56 %, le 8 juillet 2003. C’est dont sous la houlette d’une association tripartite naissante que paraît L’Hebdo-Le Monde des ados, publié sous l’égide du quotidien Le Monde et de l’hebdomadaire Télérama/PVC, lesquels confient à Fleurus-Presse le soin de fabriquer le nouveau magazine hebdomadaire dont le premier numéro porte la date du 8 janvier 2003. Les Publications de la Vie catholique, propriétaires de Télérama, sont alors rachetées par le groupe Le Monde. Le rédacteur en chef de ce magazine pour les 11 à 15 ans est toujours Gérard Dhôtel, grand connaisseur de l’adolescence.
Le magazine disparu des kiosques, n’est plus diffusé que par abonnement depuis 2003. Si la maquette très aérée, est rajeunie et soignée car la forme se veut « légère et tonique », le contenu, « sérieux sur le fond », ne se démarque guère jusqu’ici de celui des autres magazines, en dépit de la volonté manifestée d’être « un lieu d’échanges et de dialogue ». L’actualité sous toutes ses formes est décryptée, pour une compréhension accessible aux jeunes.
Avant les menaces qui pèsent sur Fleurus-Presse au printemps 2008, quand Le Monde envisage un plan de restructuration, c’est-à-dire des licenciements, et l’abandon (réitéré) de titres jugés déficitaires, on aurait pu croire que la seule vraie question qui se posait était de savoir si la culture « laïque » du quotidien Le Monde pouvait se marier sans heurt à la culture, à l’origine « confessionnelle », de Télérama, (même si aujourd’hui Télérama semble prendre ses distances et si tous les éditeurs catholiques sont davantage préoccupés par le contenu éducatif de leurs journaux que par leur aspect idéologique). La pertinence du problème apparaît peut-être mieux quand on rappellera que le groupe catholique Bayard-Presse, après trois ans de réflexion, a décidé de rompre ses fiançailles avec les éditions « laïques » de Gallimard Jeunesse !
En juillet 2005, le nouveau titre Le Monde des ados, mensuel paraissant cette fois en kiosque, remplace L’Hebdo, Le Monde des ados. Ce magazine toujours aussi varié présente pour les 10-14 ans l’actualité sous toutes ses formes, y compris culturelle. Des reportages, des jeux, des tests et des bandes dessinées s’ajoutent aux reportages et enquêtes.
Les animateurs Fred et Jamy, journalistes-animateurs de l’émission télévisée d’initiation scientifique : « C’est pas sorcier » interviennent à partir de cette date pour expliquer les mystères du monde et de la vie. C’est en fait, à la suite d’un accord de partenariat avec l’émission, pour éviter au titre de fermer. Rappelons que Fleurus-Presse, distinct de Fleurus Editions, (propriété du groupe belge Média Participations), pratiquant le « chaînage », comme son principal concurrent, le leader Bayard-Milan, publie en 2008 12 journaux et revues pour la jeunesse, depuis Papoum, 1er journal des bébés, jusqu’au magazine Le Monde des ados. Pour les plus petits et pour les fillettes, Fleurus presse a lancé deux journaux en septembre 2003, à destination des 4 à 7 ans, Pirouette et Les P’tites princesses.
En septembre 2006, ce sont les fillettes 3 à 5 ans qui sont visées par Les P’tites filles à la vanille et la publication, Les Zouzous, en 2006, veut séduire les petits de 3 à 6 ans.
On assiste en même temps à une « gadgétisation » de cette presse, en proie au « plus produits » (sic), au grand dam des kiosquiers qui n’arrivent plus à ranger correctement cette presse boursouflée. Une presse qui perd d'ailleurs, par ces pratiques de pur marketing outrancier, une part de sa visibilité et surtout de son identité.
Au printemps 2008, le groupe Le Monde, sous la houlette d’Eric Fottorino, a l’intention de céder tous les magazines de Fleurus-Presse, considérés comme des « entités déficitaires et non stratégiques » (sic) ou des « actifs non stratégiques » !
En 2009, fort discrètement, semble-t-il, Fleurus-Presse est cédé à Héros et Patrimoine, une société détenue par Financière de loisirs et par un fonds d’investissement américain.


vendredi 5 février 2010

Collection "Bibliothèque internationale" (Nathan) : une référence




La reproduction de ces couvertures doit être considéré comme un hommage aux illustrateurs et illustratrices identifiés: Kersti Chaplet, Jacqueline Duhême, Jean-Marc Pariselle, Tove Jansson, Patrice Harispe, Denise Chabot, Michel Siméon, Susan Einzig et Jean Steen, Yvon Le Gall, Arias Crespo, Mette Ivers, Henriette Munière...

La "Bibliothèque Internationale", d’abord européenne puis mondiale : une référence et une anthologie

En 1966-67, Isabelle Jan crée, chez l'éditeur Nathan, une collection très originale. C’est la "Bibliothèque Internationale", conçue, dit-on, pour les 8 à 14 ans, (mais en fait, elle concerne plus souvent les plus de 11 ans). Isabelle Jan, bibliothécaire de formation et auteur d’un Essai sur la littérature enfantine, aux Editions Ouvrières, en 1969, conçoit une collection plutôt luxueuse puisque constituée d’ouvrages solidement reliés, à la présentation soignée, aux couvertures originales. Les romans sont sélectionnés avec autant de goût que de rigueur, d’abord dans les pays d'Europe où ils ont déjà remporté du succès, puis sur les autres continents, au point qu'ils constituent les chefs-d’œuvre de la littérature enfantine mondiale.

Des fictions européennes originales

Très tôt, on remarque des récits venus d'Irlande, comme L'Ile des chevaux (1968) d'Eilis Dillon (souvent réédité), de Suède d'où provient Le Voyage secret (Hemling Resa, 1969) de Harry Kullman, moins connu toutefois que le fameux Rasmus et le vagabond (1978) de la Suédoise Astrid Lindgren. D'Allemagne proviennent deux récits drôles et malicieux de James Kruss (Prix H. C. Andersen en 1968) : Le Chasseur d'étoiles et autres contes (Der Leuchtturm auf den Hummerklippen) (tr. 1969) et Florentine (1983). Viennent encore, des Pays-Bas (Monsieur Ouiplala, 1973, d’Annie M.G Schmidt, illustré par Jacqueline Duhême) et d'Espagne (Nin, Paulina et les lumières dans la montagne d’Ana Maria Matute).
L’Italie est représentée par Toto ou Miracle à Milan (1979) de Cesare Zavattini

Des ouvrages traduits de l'anglais

Les ouvrages traduits de l’anglais paraissent les plus nombreux. Il y eut d’abord Martin et le visage de pierre (Songberd’s Grove) d’Anne Barrett, datant de 1957, traduit ici en 1968, avec des illustrations à la plume de Patrice Harispe. Martin Singer, d’abord sans foyer, n’obtient un logis qu’en luttant avec l’aide d’une petite Espagnole et d’une sculpture trouvée dans son jardin. En 1969, Cécile Loeb traduit Tom et le jardin de minuit (Tom’s Midnight Garden) de Philippa Pearce dont on traduit encore en 1977, Un chien tout petit (A Dog so small). Après Une maison de poupées (The fairy Doll) de Rumer Godden, paraît en 1973, l’énigme policière Catchpole Story de Catherine Storr, un ouvrage souvent réédité. Il faut attendre 1976 pour que l’on connaisse la traduction par Jean Queval du récit de Penelope Lively : Le Fantôme de Thomas Kempe (The Gost of Thomas Kempe). Quand la collection aura modernisé sa présentation, imprimant à gauche de l'illustration le drapeau du pays de l'auteur, des anglo-saxons apparaîtront ici plus tôt qu'ailleurs, tels Dick King-Smith, avec Le Chevalier désastreux 1990) ou Philip Pullman pour Jacob superstar. Samedi descend du ciel (Here comes Thursday en 1966) de Michael Bond, illustré par Mette Ivers, est traduit en 1984.

Moumine de Tove Jansson

On doit surtout à Isabelle Jan la découverte de romans importants mal connus, comme Moumine le troll (Trollkarlens hatt de 1948, traduit du suédois par Kersti et Pierre Chaplet, en 1968), …de la Finlandaise Tove Jansson (Marika, 1914-2001, Prix H. C. Andersen en 1966). Suivront d’autres volumes de la série : Un hiver dans la vallée de Moumine (Trollvinter, 1957, tr. 1972), L’Eté dramatique de Moumine (Farlig midsommar, 1954, tr. 1980), Les Mémoires de Papa Moumine (Muminpappans memoarer, 1950, tr. 1982), Papa Moumine et la mer (Pappan och havet, 1965, tr. 1985). Evidemment, tous les volumes sont illustrés par Tove Jansson. C’est seulement en 1991-92 que l’écrivain finlandais Mika Waltari (1908-1979) sera présent grâce au recueil Le Chat chinois (et autres contes). Si la vocation européenne de la collection s'affirme vite et si le choix s'oriente surtout vers les cultures méditerranéennes et d'Europe de l'Est (de l'U.R.S.S. d’alors arrive La Petite fille de la ville (Dievotchka ie Goroda) de Liouba Voronkova), la collection va s’ouvrir assez vite vers des cultures extra-européennes.
Cette collection évoque déjà les mondes imaginaires du fantastique et de la fantasy, à une époque où le mot "fantasy" restait presque méconnu en France.
Des ouvrages francophones

Les auteurs de langue française sont d’abord rares dans la collection. Il y eut le roman original, poétique et plein d’humour de Marcelle Lerme-Walter, Les Voyageurs sans souci, illustré par Patrice Harispe : Sébastien et Agathe tentent de délivrer Rosalie Albatros, retenue dans un château. Doivent-ils affronter une princesse ou une sorcière ? Puis on fit paraître Le Merle et moi d’Andrée-Paul Fournier (un récit illustré par Yvon Le Gall qui a bénéficié d'une adaptation télévisée). Un trou dans le grillage (1977), découvert par le jeune Grison et son amie Prune, marque les débuts de François Sautereau, déjà orfèvre d’un fantastique né au cœur du quotidien, à qui l’on doit encore en 1979, Le Train M.. En 1980, de l’inoubliable Colette Vivier, paraît L’Etoile polaire, tout comme Un métier de fantôme d’Hubert Monteilhet. On relève, au cours des années 90, deux romans français, l’un de Geneviève Senger (L’Eté de toutes les cerises), l’autre dû à Romain Slocombe (Le Bandit rouge).

Des récits venus de l’autre côté de l’Atlantique...

C'est la vie, mon vieux chat (Elt’s like this, cate) de l’Américaine Emily (Cheney) Neville (1919-1997) est traduit en 1968. Bien avant le succès aux U.S.A., à partir de 1974, en France dès 1984, de la série télévisée inspirée de l’œuvre de Laura Ingalls Wilder, la collection publie La Petite Maison dans les grands bois (Little House in the bog Woods, tr. 1968), illustré par Kersti Chaplet. Denise Chabot illustre la traduction du roman d’aventures cocasses de jeunes New-Yorkais dans les années 40, écrit par Elizabeth Enright : Le Club du samedi (The Saturdays), en 1970. C’est aussi des USA que virent Un Grillon à New-York de George Selden et Histoires Rutabaga de Carl Sandburg.
Du Brésil, vinrent les récits, Tonico et le secret d’Etat (1975) et Trois garçons en Amazonie (1973 et 1976), illustré par Yvon Le Gall, d’Antonieta Dias de Moraes.

…Et d’ailleurs

Du Japon, en 1971, parvient Le Secret du verre bleu (KOKAGE NO IE NO KOBOTOTACHI) de Tomiko Inui, souvent réédité. C’est l’histoire d’une famille japonaise qui héberge secrètement des lutins anglais durant la dernière guerre mondiale…. De la langue bengalie est traduit en 1984 La Poupée de fromage d’Abanindranath Tagore, préfacé par Selma Lagerlöf. Un titre est israélien (L'Eté d'Aviya de Gila Almagor, traduit en 1990), et un autre iranien. Ces récits visent un public d'abord assez jeune : celui des 9-10 ans, mais l'éventail s'ouvre bientôt aux 8-14 ans et brise le cadre étroit des tranches d'âges traditionnelles.
A une date que j'ignore, peut-être est-ce en 1990, Isabelle Jan confie la direction de la collection à Henriette Bichonnier. A partir de 1990, une nouvelle vague de publications s’impose. Par exemple en 1990, on remarque, outre quelques titres déjà cités, L’Etrange de Monsieur Käferstein de Sylvie Durian, A nous deux Koko d’Ivan Kusan, Zorro, mets tes lunettes de Marta Tomaszewska… Les titres sont surtout nombreux en 1991. Citons seulement Les Mémoires d’Adalbert d’Angela Nanetti Casari, Le Voleur de sacs de Mieke Van Hooft, et Le Garçon du lac d’Hermina Frankova. Pour 1992, retenons Le Royaume de l’araignée de Paul Biegel. Concluons avec Olduz et la poupée de Samad Behrengui et La Fille de l’Empereur de Béatrice Solinas Donghi, deux récits parus en 1993.

Pour en savoir plus, consulter le fonds de conservation de la collection, soit à Châlons-sur-Saône (71), soit à Claye Souilly (77), soit à Moissy Cramayel (77).

jeudi 4 février 2010

Collection "Plein vent" (R. Laffont), les auteurs et les titres




Toutes les jaquettes de couvertures, jusqu'en 1971 environ, ont été réalisées par Jean-Olivier HERON. Ensuite on rencontre des illustrations de Daniel BECHENNEC, ARDEA, Michel POLITZER, Michel LANDI, Isabelle MOLINARD (quand ces jaquettes ne sont pas anonymes !)

Voici ce que permet un blog et qui est moins toléré dans un livre (ne serait-ce que pour des raisons de coût : une longue liste de titres !)

CHRONOLOGIE DES TITRES, AVEC LES AUTEURS DE LA COLLECTION "PLEIN VENT"

1966
Marjorie BOWEN : La Vipère de Milan (« Plein vent ; 6 »). (Gian Galeazzo Visconti, duc de Milan)
Ian CAMERON : Le Cimetière des cachalots (traduit de l'anglais) (« Plein vent ; 4 », R. Laffont) 251 p.
Arthur CATHERALL : S.O.S. sous-marin (« Plein vent ; 12 », R. Laffont)
Arthur C. CLARKE : L'Ile des dauphins (« Plein vent ; 13 », R. Laffont) (trad. de l’américain) 253 p.
Anthony FON EISEN : Le Prince d’Omeya Coll. « Plein vent ; 1 », Laffont, 255 p.
Pierre GAMARRA : Six colonnes à la Une (« Plein vent ; 7 », R. Laffont). R. 80, Folio J. (r. policier)
Leon GARFIELD : Jack Holborn (« Plein vent ; 3 », R. Laffont) (R. L.P.J.)
Donald GORDON : Alerte à Mach 3 (tr. de l'am.) (« Plein vent ; 9 », R. Laffont)
Kurt HONOIKA : L’Exploit de Magellan (« Plein vent ; 15 », R. Laffont)
Alfred LANSING : Les Rescapés de l’« Endurance » Coll. « Plein vent ; 18 », Laffont, 256 p. (trad.)
Michel LE ROY : Le Chemin d'une étoile (« Plein vent ; 5 », R. Laffont)
Mino MILANI : Chevauchée sans retour (« Plein vent ; 14 », R. Laffont) (chasse au trésor après guerre de Sécession)
Michel PEYRAMAURE : La Vallée des mammouths (Plein vent ; 10 ) 253 p. Prix des 13, R. 80, 88. nb. rééd.
Willard PRICE : Pièges sous le Pacifique (« Plein vent ; 8 », R. Laffont) (Hal et Roger Hunt)
Willard PRICE : Pièges dans la jungle (« Plein vent ; 16 », R. Laffont)
John RACKHAM : Un Aérodyne sur la mer (« Plein vent ; 2 », R. Laffont)
Comte Franz ZEDTWITZ : La Chute des Incas (« Plein vent ; 11 », R. Laffont)

1967
Jean-Jacques ANTIER : Mission dangereuse (« Plein vent ; 28 », R. Laffont) ; (Prix "Joie par les livres", 68) (porte-avions).
Karl BRUCKNER : Les Deux robots (« Plein vent ; 19 », R. Laffont)
Jean COUE : Kopoli, le renne guide (« Plein vent ; 21 », R. Laffont) couronné par l'Acad. fr. ; (r. Folio J. , 1980 et 91)
Jean GUERIN : Le Troupeau sauvage. (« Plein vent ; 27 »). 255 p. (llanos du Vénézuela)
Yannis KATSOUFRIS : Le Capetan Mavros (« Plein vent ; 22 », R. Laffont) Dipl. ill. Lois. jeun.
André MASSEPAIN : L'Ile aux fossiles vivants (rééd. « Plein vent ; 24 ») ; (rééd. Folio J. 80, 82 )
Roderick MILTON : Va dite à Sparte « Plein vent ; 17 », (17)
Michel PEYRAMAURE : Les Colosses de Carthage (« Plein vent ; 29 », R. Laffont). R. Folio J.
Willard PRICE : Pièges dans la mer australe (« Plein vent ; 29 », R. Laffont)
Willard PRICE : Pièges dans la savane (« Plein vent ; 33 », R. Laffont)
Maïa RODMAN : Le Fils du torero (« Plein vent ; 25 », R. Laffont) (Manolo, de 8 à 11 ans)
Jean SEVERIN : Le Soleil d'Olympie (« Plein vent ; 23 ) 248 p. (Grd Px des 13); (R. Fr. Loisirs 76, Folio J. ; 1980)
Jerry SOHL : L'Invention du Professeur Costigan (« Plein vent ; 30 », R. Laffont) 253 p.
Richard THRUELSEN : Perdus dans l’Atlantique (« Plein vent ; 26 », R. Laffont)
John TOMERLIN : Cette sacrée guimbarde (« Plein vent ; 73 ? », R. Laffont)

1968
Bernard CLAVEL : Victoire au Mans (« Plein vent » ; 31) (Prix Jean Macé 1968)
Barbar BENEZRA : L’Or de l’Orégon 1968
Jean COUE : L'Epave du drakkar (« Plein vent ; 39 », R. Laffont)
Jean DESTIEU : J'étais avec Cortès. (« Plein vent ; 41 », R. Laffont). (41 ou 43 ?) (« le triomphe de Satan »)
Gerhart ELLERT (Allemand) : Alexandre le Grand « Plein vent ; 32 », R. Laffont
Dan HALACY : En chute libre. (« Plein vent ; 44 », R. Laffont).
Lorena A. HICKOK : L'Histoire d'Helen Keller (trad. « Plein vent ; 36 »), (sera rééd. en « Folio J. »)
Othmar Franz LANG (Autrichien) : L’Affaire Baldwin (« Plein vent ; 43 », R. Laffont).
Virginia B. McDONNELL : Infirmière de l'Espace « Plein vent ; 42 », R. Laffont 256 p.
Jean MERRIEN : Cet Etrange Christophe Colomb (« Plein vent ; 37 », R. Laffont).
Willlard PRICE : Pièges sur les volcans (« Plein vent ; 40 », R. Laffont)
Paul-Emile VICTOR : Sur la piste blanche (« Plein vent ; 38 », R. Laffont).
Odile YELNIK : V. comme victoire (« Plein vent ; 34 », R. Laffont). (Résistants lycéens)

1969
Jean-Jacques ANTIER : La Meute silencieuse. ("Plein vent ; ", Laffont).
Arthur W. BALLOU : En détresse autour de la Lune ("Plein vent ; 51 ", Laffont).
Georges BORDONOVE : Guillaume Le Conquérant. ("Plein vent ; 52").
W.R. BURNETT : Le Pur-sang irlandais ("Plein vent ; 57 ", Laffont).
Jean COUE : La Guerre des Vénètes ("Plein vent"), rom. hist. Prix Korrigan. rééd. 76, La Farandole.
Gerhart ELLERT : Le Lion de Saint-Marc "Plein Vent ; 59 ", R. Laffont
Graham HILL & Robert MARTIN : La Torella Tiger "Plein Vent", R. Laffont
Ronald JOHNSTON : Le Pétrolier géant "Plein Vent", R. Laffont
Edouard KLEIN : La Route de San Carlos "Plein Vent", R. Laffont
Claude MANCERON : Le Citoyen Bonaparte. La jeunesse de Napoléon (1769-1796) ("Plein vent ; 48"). (rééd. Folio J.)
Max NICET : La Cité des Guaranis "Plein Vent ; 71", R. Laffont (sud du Paraguay)
Willlard PRICE : Pièges pour les gorilles (« Plein vent ; 60 », R. Laffont)
*Renée REGGIANI : Fouilles au pied du Vésuve "Plein Vent", R. Laffont
Philippe SAINT-GIL : Le Barrage "Plein Vent", R. Laffont
Jean SEVERIN : Vercingétorix "Plein Vent ; 56", R. Laffont
Bertrand SOLET : Les Révoltés de Saint-Domingue. ("Plein vent ; 45", R. Laffont) ; rééd. Folio J. 80.
Gugliemo VALLE : Naufragés à la dérive "Plein Vent", R. Laffont

1970
Hans BAUMANN (alld) : La Barque des frères (« Plein vent ; 64 », R. Laffont). (Infant Henri le navigateur)
Kurt BURGBACHER (alld) : Pilote dans l’enfer blanc (« Plein vent », R. Laffont). (sauvetages dans l’Engadine)
Mel ELLIS : Les Chasseurs solitaires (trad. de l'amér.) (« Plein vent », R. Laffont). rééd. en 1980.
Leif HAMRE : Au coeur du blizzard (« Plein vent », R. Laffont).
Fernand LAMBERT : La Guerre des gouffres (« Plein vent ; 65 », R. Laffont). (spéléologie)
Max NICET : La Cité des Guaranis (« Plein vent ; 71 », R. Laffont).
Michel PEYRAMAURE : Cordillère interdite (« Plein vent ; 62 », R. Laffont) (Chico et les géants)
Jean SEVERIN : Vauban, ingénieur du roi (« Plein vent ; 68 », R. Laffont) Meilleur livre "Loisirs jeunes".
Bertrand SOLET : D'où viens-tu, tzigane ? (« Plein vent ; 66 »)
Horia STANCU : Le Grand périple d'Esculape (« Plein vent ; 67 », R. Laffont) trad. du roumain.
E.E. VIELLE : Le Tunnel sous la Manche (« Plein vent ») (Anticipation).
Jacques WOLGENSINGER : L'Epopée de la croisière jaune (« Plein vent ; 70 »). (1931-1932)

1971
Barbara BARTOS-HÖPPNER : L’Héritage de Lia (« Plein vent ; 81 »)
Jean COUE : Le Nabab du grand Mogol. (« Plein vent ; 74 »)
Amber DANA : Une rose pour Kathy (« Plein vent ; 91 »)
Daniel GORDON : L’Huître d’or (« Plein vent ; 75 »)
Gerhart ELLERT : Attila, fléau de Dieu (« Plein vent ; »)
James FORMAN : La Route d’Israël (« Plein vent ; 77 »)
Michel GRIMAUD : Amaury, chevalier cathare (« Plein vent ; 78 »)
Fernand LAMBERT : La Corde était coupée (« Plein vent ; 80 »)
Pierre PELOT : Sierra brûlante (« Plein vent ; 76 »)
John TOMERLIN : Cette sacrée guimbarde (« Plein Vent ; 73 »).
Robb WHITE : L’Ile tabou (« Plein vent ; 79 »)

1972
Jean COUE : La Colère du Maipu. (« Plein vent ; 86 »)
Jean COURBEYRE : Cap sur la vie (« Plein vent ; 88 »). (vie nouvelle pour un jeune paralysé)
Peter DICKINSON : Le Monstre du Loch (« Plein vent ; 89 »).
Mip DIEKMANN : Le Chirurgien de la Flibuste (« Plein vent ; 837 »).
Francis FYTTON : Une Bugatti en or (« Plein vent ; 87 »).
Willard PRICE : Pièges en Amazonie (« Plein vent ; 85 », R. Laffont)
Bertrand SOLET : Il était un capitaine (Plein vent) Px J. Macé 70. r. L.P.J. 79.
John TOMERLIN : Le Petit Bolide (« Plein Vent ; 88 »).
Peter TOWSEND : Duel d'aigles (« Plein vent ; 90 »).

1973
Charlie CHAPLIN : Histoire de ma vie (Plein vent ; 101) (d'après l'autobiographie de 1964).
Bernard CLAVEL : Malataverne (« Plein vent ; 94 »).
Jean COUE : L'Homme de la rivière Kwaï. (Plein vent ; 100)
Gerhart ELLERT : Charles-Quint "Plein Vent ; 93 ", R. Laffont
James FORMAN : L’Odyssée du Cdt Cameron (« Plein vent ; 97 »).
Cédric GOURY-LAFFONT : Les Chevaliers de la tempête (« Plein vent ; 104 »).
Michel GRIMAUD : La Ville sans soleil (« Plein vent ; 95 ») ; 3 R., préface de A. Bombard.
Claude MANCERON (décédé en mars 1999) : Austerlitz (Plein vent ; 96 ) (sera rééd. en Folio J.)
Nicolai von MICHALEWSKY : Pêcheurs de corail (« Plein vent ; 92 »).
Mary PATCHETT : Frère sauvage (Plein vent ; 99)
Rita RITCHIE : Baleine à tribord ! (« Plein vent ; 103 »).
Bertrand SOLET : Debout, Cosaques ! (Plein vent ; 98 ) (Stenka Razine, XVII e siècle)

1974
Florence HUGODOT : A pas de loup (« Plein vent ; 108 »).
André MASSEPAIN : Les Flibustiers de l'uranium. (« Plein vent ; 105 »).
Nicolai von MICHALEWSKY : Le Derrick en flammes (« Plein vent ; 107 »).
J. MORGAN et H. SCHNEIDER : La Foggara (« Plein vent ; 110 »).
Farley MOWAT : Perdus dans le Grand Nord. (Plein vent ; 106).
Jean SEVERIN : Quand chassent les vautours. (Plein vent ; 102). (Hist. : Moyen Age)

1975
Ian CAMERON : L'Etrange bête de la Terre de feu. t. II de "L'Ile sur le Toit du monde". "Plein Vent"
Brunella GASPERINI : Ciao, vieux collège (« Plein vent ; 114 »).
Michel GRIMAUD : Des Hommes traqués. (Plein vent ; 109). (le drame chilien).
Jean SEVERIN : L’Etoile des Baux (« Plein vent ; 115 »).
Bertrand SOLET : Voyages sans boussoles (Plein Vent ; 113).

1976
Ian CAMERON : Le Voilier blanc (« Plein vent ; 118 », R. Laffont)
Claude CENAC : Demain, l’An Mil (« Plein vent ; 117 », R. Laffont)
André MASSEPAIN : Le Dernier voyage du Port-Polis (« Plein vent ; 119 », R. Laffont)
Michel PEYRAMAURE : Nous irons décrocher les nuages (« Plein vent ; 116 », Laffont).
Frank S. STUART : Vol sauvage (« Plein vent ; 120 », R. Laffont)

1977 ?
Vitus B. DRÖSCHER : Les Sens mystérieux des animaux (« Plein vent ; 123 », R. Laffont)
Mel ELLIS : Sandra et les chevaux sauvages (« Plein vent ; 124 », R. Laffont)
Denis LACROIX : Pirates Vikings. (Plein Vent ; 122).
Bertrand SOLET : Face aux vengeurs (« Plein vent ; 121 », R. Laffont)

1978 ?
Jean DESTIEU : La Grande chevauchée de Gaston Phoebus (« Plein vent ; 126 », R. Laffont)
Pierre IVANOV : Découvertes chez les Mayas (« Plein vent ; 125 », R. Laffont)
Djibi THIAM : Ma soeur la panthère. ("Plein vent ; 127", Laffont) 206 p.

1979
Maria ARDISIO : Lorsque les tambours se tairont. ("Plein vent ; 128 ") 208 p.
Claude CENAC : Un bel été pour tes 15 ans. ("Plein vent")
Hugues VARNAC : Le Jeune homme à l’arc (« Plein vent ; 129 », R. Laffont)

1980
Daniel WUNDERLICH, Ill. Is. MOLINARD : J'ai douze ans, c'est pas ma faute (« Plein vent », 133) 272 p.

1981
Roland RAPIN : Le Trésor du Lapon

1992
Cédric GOURY-LAFFONT : Le Naufragé de l’Aurélia

mercredi 3 février 2010

Collection "Plein vent", pour les adolescents, à partir de 1966


Toutes ces premières illustrations de jaquettes ont été réalisées par Jean-Olivier HERON.

La collection se développe au cours de la même période que la collection "Olympic" mais elle existe plus longtemps et demeure aujourd'hui encore mieux connue.

"Plein Vent" (Robert Laffont) : la meilleure collection de la décennie pour les adolescents

Le lancement, chez Robert Laffont, en avril 1966, de la collection "Plein vent", est un événement pour les 12/16 ans (et plus). Elle est créée et dirigée par André Massepain, d'origine corfiote mais né à Bucarest, docteur es lettres, spécialiste de la psychologie de l'enfance. Sous le pseudo d’André Kédros, il est auteur de romans pour adultes, et sous celui de Massepain, de récits pour la jeunesse, comme L'Ile aux fossiles vivants, lorsque Gilles et Jérôme, naufragés du Pacifique, passe de l’actualité aux temps préhistoriques. Le 1er titre est la traduction de l’anglais, du roman d'Anthony Fon Eisen : Le Prince d'Omeyya (1964), valorisant le fougueux cavalier poursuivi par les cruels guerriers du calife.. C'est la meilleure collection pour adolescents de la décennie, son directeur ayant « conçu une collection de romans d'aventures d'un bon niveau littéraire qui ne soient pas gratuits mais qui s'appuient sur les sciences ou les techniques de notre temps, parlent des problèmes actuels, d'histoire ou d'anticipation ».
Parmi ces romans d’aventures, retenons surtout l'excellent Jack Holborn de Leon Garfield, encore peu connu en France, le diptyque de Ian Cameron porté à l'écran sous le titre L'Ile sur le toit du monde, constitué par Le Cimetière des cachalots et L'Etrange bête de la Terre de feu. Les avis sont plus partagés sur la série « Pièges » de Willard Price (Pièges dans la jungle, Pièges dans la savane, Piège sur les volcans, etc), surtout quand les « héros » Hal et Roger Hunt, dans Pièges en Amazonie, (nous sommes en 1972), veulent rapporter des espèces vivantes ! Les amis des animaux préféreront Kopoli, le renne guide de Jean Coué, Le Pur-sang irlandais de W.R. Burnett, Frère sauvage de Mary Patchett ou Perdus dans le Grand Nord de Farley Mowat.
André Massepain, loin des « choix religieux, idéologiques ou politiques », considérés comme « un attentat spirituel et un abus de pouvoir », veut proposer, « à travers les romans publiés, un certain nombre de valeurs humanistes qui sont moins des orientations que des garde-fous ». Voulant « offrir aux jeunes des livres d'aventures sur une toile de fond culturelle », la collection mêle donc des récits d'action aux romans de science-fiction (André Massepain réfuterait l'expression), refusant « les événements conjecturels » « dans un avenir plus ou moins indéterminé », au profit de l'évocation d' « un futur proche, à partir des données d'aujourd'hui ».
Les Anglo-saxons traduits permettent surtout de faire connaître une anticipation de bon aloi, encore rare dans les collections juvéniles, d’abord grâce à Arthur C. Clarke, romancier de L'Ile des dauphins, quand l’orphelin Johnny rencontre le professeur Kazan qui étudie le langage du « peuple de la mer ». Donald Gordon, dans Alerte à Mach 3, mêle données techniques et drames humains. De Jerry Sohl, on traduit L'Invention du professeur Costigan. La conquête contemporaine de l’espace explique le succès de titres comme Infirmière de l'espace de Virginia B. McDonnell ou En détresse autour de la Lune d’Arthur W. Ballou, mais il est plus difficile d'admettre aujourd'hui que Le Tunnel sous la Manche, (No Subway) de E. E. Vielle était une pure fiction anticipatrice en 1970. On remarque moins Deux robots de Karl Bruckner.
Les récits français conjecturaux sont rares. On peut citer seulement Cordillère interdite de Michel Peyramaure, confrontant la réalité sud-américaine indienne et la légende des géants, et La Ville sans soleil, de Michel Grimaud (Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse), un récit écologique visionnaire et très vraisemblable, préfacé par Alain Bombard, évoquant déjà un site industriel atteint par la pollution.

Un goût évident pour les romans historiques
Le directeur de collection semble apprécier les fictions historiques « organisées autour de personnages de la dimension d'un Alexandre le Grand, d'un Hannibal, d'un Attila ou d'un Napoléon », et les drames humains contemporains en publiant auteurs français et étrangers avec de nombreux inédits. Il n’oublie pas ses origines quand il édite Va dire à Sparte de Roderick Milton, Le Grand périple d’Esculape d’Horia Stancu ou Le Capetan Mavros de Yannis Katsoufris. Mais il élargit fortement la palette. Il fait traduire de l’allemand les récits de Gerhart Heller (alias Gertrud Schmirger) : Alexandre le Grand (1968), Le Lion de Saint-Marc (1969), au temps de la splendeur de Byzance, Attila fléau de Dieu (1971) et Charles-Quint (1973). C’est encore de l’allemand qu’on traduit La Barque des frères de Hans Baumann, évoquant des voyages de découvertes portugais au XVe siècle. Le Comte Franz Zedtwitz raconte La Chute des Incas et Kurt Honoika rapporte L’Exploit de Magellan (1966) et Mino Milani, dans Chevauchée sans retour, situe une chasse au trésor après la Guerre de Sécession américaine.
Si le roman historique semble privilégié dans la collection, avec peut-être un goût prononcé pour l'aventure crédible, le genre est fortement représenté par un contingent d'écrivains français originaux et compétents. Michel Peyramaure illustre la fiction préhistorique avec La Vallée des mammouths, Grand Prix des 13 en 1966 et classique constamment réédité, avant de plonger dans l'Antiquité romano-punique ressuscitant Les Colosses de Carthage. Jean Coué, publie six récits qu’il faudrait citer. Retenons L'Epave du drakkar, La Guerre des Venètes dont il se fait le chroniqueur et Le Nabab du Grand Mogol. Alors que Jean Séverin, auteur de cinq romans, tente de raviver Le Soleil d’Olympie ou de ressusciter Vercingétorix (1969) et Vauban, ingénieur du roi, (soldat et surtout ingénieur), l'auteur le plus « engagé » est sans doute Bertrand Solet.
Après l’émouvant et juste témoignage pour Les Révoltés de Saint-Domingue (1969), il s'interroge sur un peuple trop oublié, avec D'où viens-tu Tzigane ? (1970), ancré dans l’Allemagne morcelée du XVIIIe siècle. Le Prix Jean Macé récompense son évocation de « l’affaire Dreyfus » dans Il était un capitaine en 1972, juste avant qu'il ne s'engage dans le récit intitulé Debout cosaques ! contant l’histoire de Stenka Razine au XVIIe siècle. Au total, il publie là six volumes, tous aussi passionnants.
Le couple signant Michel Grimaud a publié dans "Plein Vent" en 1971, son premier roman intitulé : Amaury Chevalier cathare. Des auteurs déjà fort connus enrichissent le répertoire, comme Jean Merrien, spécialiste des récits maritimes et qui, tout naturellement, s'intéresse à Cet étrange Christophe Colomb, en 1968, quand Jean Destieu, affirme : J’étais avec Cortès.
Citons encore, en plus d’un Guillaume le Conquérant (1969) de Georges Bordonove, le diptyque de Claude Manceron : Le Citoyen Bonaparte. La Jeunesse de Napoléon (1769-1796) et Austerlitz. Le XXe siècle est approché grâce à V. comme victoire de Odile Yelnik, évoquant la résistance de lycéens, Duel d’aigles de Peter Towsend, La Route d’Israël, (une histoire proche de celle de l’Exodus), de James Forman et Histoire de mon enfance de Charlie Chaplin. .

Née peu avant les événements de Mai 68, en résistant un peu au goût du jour qui encourage l'intrusion de la réalité dans la fiction, elle aborde pourtant des sujets d'actualité. Au bout de sept années d'existence, la collection compte une centaine de titres aux thèmes très variés… Vendue à des millions d'exemplaires, dès 1974, elle a été reprise par quatre grands éditeurs étrangers..

1973 : L'heure d'un bilan très positif pour la collection "Plein vent"

En 1973, quand la collection "Plein Vent" publie son centième volume, L'Homme de la rivière Kwaï de Jean Coué, il est temps de faire un bilan des auteurs, des titres et des thèmes proposés. Des titres ont disparu du catalogue comme Six colonnes à la une de Pierre Gamarra, Mission dangereuse de Jean-Jacques Antier, Le Troupeau sauvage de Jean Guérin Sur la piste blanche de Paul-Emile Victor, La Cité des Guaranis de Max Nicet (alias Maurice Chavardès). Heureusement subsistent Victoire au Mans dont Bernard Clavel se fait le reporter, L’Histoire d’Helen Keller (engagée dans sa lutte contre l’infirmité), de Lorena A. Hickok ou (pour la découverte d’une ville enfouie), de René Reggiani.

Des aventures sportives, maritimes, sur terre ou dans les airs


Des thèmes apparaissent plus clairement. Par exemple celui du sport et de l’automobile. Dan Halacy, l’auteur de En chute libre, introduit à la fois vol à voile et parachutisme amateur dans son récit. Après que l’on a traduit Cette sacrée guimbarde et Le Petit bolide de John Tomerlin, Graham Hill et Robert Martin présentent La Torella Tiger et Jacques Wolgensinger raconte L’Epopée de la croisière jaune, avant que Francis Lytton n’introduise Une Bugatti en or, dans un folle poursuite.
Les aventures maritimes paraissent finalement très nombreuses, depuis Un aérodyne sur la mer (1966) de John Rachkam, jusqu’à Le Voilier blanc de Ian Cameron et Le Dernier voyage de Port-Polis d’André Massepain en 1976 ou Pirates Vikings (1977) de Denis Lacroix, en passant par L’Huître d’or de Donald Gordon, L’Ile tabou de Robb White, Le Chirurgien de la flibuste de Miep Diekmann, Pêcheurs de corail de Nicolaï von Michalewsky ou L’Odyssée du Commandant Cameron de James Forman…
Parmi les auteurs français renouvelant le récit d’aventures, citons Jean Coué pour L’Homme de la rivière Kwai ou le retour d’un aviateur en Thaïlande, 30 ans après la dernière guerre mondiale. Nommons Pierre Pelot qui ressuscite le personnage du métis Dylan Stark, déjà à son heure crépusculaire, solitaire et embarqué dans une chasse à l’homme tragique, au cœur du désert, dans Sierra brûlante. Fernand Lambert se révèle habile chroniqueur de la spéléo ou de la montagne dans La Guerre des gouffres ou La Corde était coupée. Ne négligeons pas les récits du directeur de la collection André Massepain dont L'Ile aux fossiles vivants datant de 1957, est devenu un classique incontournable.

La collection paraît toutefois essentiellement masculine même si l’on peut imaginer que les filles liront plutôt, outre L’Histoire d’Helen Keller et Infirmière de l’espace, Une Rose pour Kathy d’Amber Dana, Sandra et les chevaux sauvages (1977) de Mel Ellis, Un bel été pour tes quinze ans (1979) de Claude Cénac et J’ai douze ans, c’est pas ma faute (1980) de Daniel Wunderlich.
En 1982, 138 titres sont proposés. Quelques rares titres paraîtront encore. Nombre de ces ouvrages publiés, choisis avec autant de goût que de pertinence, ont été primés et réédités dans les meilleures collections de poche, après 1977, en particulier dans "Folio junior" chez Gallimard Jeunesse.

lundi 1 février 2010

Collection "Olympic" Rouge & Or G.P. : Les titres


Petit retour sur cette collection trop oubliée (peut-être, en fait, mal connue en raison de son prix élevé à l'époque)


Collection « Olympic » G.P. Rouge & Or Titres et chronologie des publications



1967
Georges-Augustin BOHN, Ill. Michel JOUIN : Un coup de Trafalgar
Hélène COUDRIER, Ill. Jacques PECNARD : A Peyreloube, un été
Dominique EGLETON, Ill. M. GOURLIER : Quelques brins d’edelweiss
Finn HAVREVOLD (Norvégien), Ill. J. RESCHOFSKY : C’était mon ami Rééd 1972
Yvonne MEYNIER, Ill. Maurice PAULIN : Le Dernier orage
George G. STEWART : Le Convoi maudit. (1er vol. de la coll., e. o., en angl. : 1936, trad. G.P. 65)

1968
Inger BERGA : Karin et son destin
Arthur CATHERALL, Ill. Jean RETAILLEAU : La Poursuite implacable
Arthur CATHERALL, Ill. Gil Pascal : Les Pirates de la mer (e.o. 1959)
Jacqueline CERVON, Ill. Jean RESCHOFSKY : Le Naufragé de Rhodes
Jacques CHRISTOPHE, Ill. M. GOURLIER : Les Violettes de Baden
Claire GRAF : Le Repaire en deuil
Ernest-A. GRAY : Ordre de l’empereur ! (Campagne de Russsie, 1812)
Marcelle MANCEAU, Ill. Monique GORDE : Agnès, ma mie
James Vance MARSHALL, Ill. J. PECNARD : « Tu seras un homme » (baleinier)
Yvon MAUFFRET, Ill. BERTRAND : Marina ou le temps d’un été
Jacques TALRICH, Ill. BERTRAND : Thunderbolt le Rebelle
J.R. WILLIAMS (Américain), Ill. Michel GOURLIER : Oh ! Susanna ... (1862)

1969
Inger BERGA : Karin et son destin
Federica de CESCO, Ill. Michèle DANON-MARCHO : Afin qu’ils survivent… (en Inde)
Anne CLAIRAC (Y. GIRAULT-Y. JEANDET), Ill. F. BERTHIER : Voici venir l'orage
Michelle LEFEBVRE-GILLES : Le Garçon qui venait de la mer Prix La Joie par le livre,
en 1970.
Elizabeth HOWARD, Ill. J. RESCHOFSKY : Les Fugitifs de l'Ontario
Gil LACQ, Ill. J. PECNARD : L’Herbe des Sarrazins
Yvon MAUFFRET : Le Manoir en péril
Colette NAST, Ill. Michel JOUIN : La Grande Peur sur l'alpage
Jean OLLIVIER, Ill. Michel JOUIN : Surcouf, le roi de la course
Bertrande de RIVIERE, Ill. Jacques PECNARD : Le Guet-apens de Terre Sainte
SAINT-MARCOUX (Janie SABRAN), Ill. Gil PASCAL : Pour qu'un coeur batte encore Rééd. en 1972
Jaap TER HAAR, Ill. René PERON : Boris (trad. du néerlandais)
Geoffrey TREASE (Angl), Ill. J. RESCHOFSKY : Le Vent de lève sur Saint-Petersbourg

1970
Hubert BALME, Ill. Michel JOUIN : Le Fétiche de Balila (Pygmées Bagingas)
Paul BERNA, Ill. Michel JOUIN : Un Pays sans légende
Dominique EGLETON, Ill. BERTRAND : Le Maître de la foudre
Claire GRAF, Ill. J. PECNARD : Le Pays de Léa (dans un hameau de l’Ardèche)
Yvan MAUFFRET, Ill. Michel JOUIN : Pilotin du Cap Horn rééd. Milan, « Zanzibar », 1988.
Pierre PELOT, Ill. Jean RETAILLEAU : La Drave Dip. Loisirs Jeunes 70, R. 77 et L.P.J. : 91
Geoffrey TREASE (Angl), Ill. M. PAULIN : Le Tonnerre de Valmy (1788-1792)

1971
Inger BERGA : Karin devant un choix difficile
Huguette CARRIERE, Lucienne PUJOL : Suspense à la montagne noire
Jacqueline CERVON : Le Fouet et la cithare
Suzanne MALAVIE, Ill. Jacques PECNARD : L’Artiste de Santiago
Jean OLLIVIER, Ill. François Dupuis : Le Gentilhomme du Sud
Lucy VINCENT, Ill. M. JOUIN : Suspense à la Montagne Noire

1972
Inger BERGA : Karin se marie
Anne CLAIRAC, Ill. Daniel BILLON : Le Chevalier d’Arbin
Hélène COUDRIER, Ill. Jacques PECNARD : Galla et les amphores de Salerne
Yvon MAUFFRET, Ill. J. RETAILLEAU : La Maison dans l'île
Pierre PELOT, Ill. D. Dupuy et F. Dupuis : La Révolte du Sonora
Pierre PELOT, Ill. D. DUPUY et J. RETAILLEAU : Les Epaules du Diable
Amelia Elizabeth WALDEN : Le Pic du diable

1973
Jean COUE, Ill. Jean RETAILLEAU : Les Lys de Messidor
Christian GRENIER : La Machination (puis L.P.J.)
Frederick LAING, Ill. Jean RESCHOFSKY : Question de fierté
Joseph LE POEZAT-GUIGNER, Ill. Daniel BILLON : Le Croisé d’Anjou (r. historique)
X. B. LEPRINCE, Ill. Jacques PECNARD : Dans le sillage de l’Altaïr
Pierre PELOT, Ill. Jean RETAILLEAU : Les Légendes de terre (puis L.P.J.)
Suzanne SENS, Ill. René FOLLET : Les Contrebandiers du sel

1974
William CAMUS, Ill. J. RETAILLEAU : L'Or des fous : Pete Breakfast dans le Grand Nord
William CAMUS, Ill. J. RETAILLEAU : Le Faiseur de pluie : les aventures de Pete Breakfast. R. 82.
William CAMUS, Ill. J. RETAILLEAU : Outi-Tanka jeune bison : Pete Breakfast chez les Iroquois
L.N. LAVOLLE, Ill. Jean RETAILLEAU : L’Expédition de l’Intrépide
Amelia Elizabeth WALDEN, Ill. Michel GOURLIER : La Décision de Carol (tr. de l’anglais)
Amelia Elizabeth WALDEN : La Falaise du dragon
Maurice VAUTHIER : Des Galères pour Saint-Marc !

1975
Renée AUREMBOU, Ill. J. RETAILLEAU : Le Disparu des villes mortes Gd Px Sal. E. 75
William CAMUS : Ce sacré Far-West (1). Pete Breakfast cherche du boulot (2)
Pierre DEBRESSE, Ill. J. PECNARD : Marie-Laure de Malivert

1976
Yvon MAUFFRET, Ill. Annie-Claude MARTIN : Goulven


N.B. : Cette chronologie est malheureusement incomplète. Il manque aussi quelques noms d'illustrateurs.

samedi 30 janvier 2010

Interview d'Erik L'Homme en juin 2005


Je viens de retrouver l'interview que j'avais réalisée en juin 2005 pour le site mauvais genres, animé par Bernard Strainchamps (aujourd'hui, avec toujours le même dynamisme, il anime "bibliosurf.com")
Voici cette interview, sans doute peu connue car le site mauvais genres a fermé 15 jours après sa publication. Depuis, les livres d'Erik L'Homme connaissent un immense succès mérité et de plus en plus de traductions.

Erik L'Homme
quand l'écriture vaut un trésor et tous les royaumes





Quatre années ont suffi à Erik L’Homme pour inscrire son nom dans le monde de la littérature jeunesse. Grâce à la trilogie fantastique Le Livre des étoiles (amorcée en 2001), le diptyque de science-fiction Les Maîtres des brisants dont le 2e tome est paru en mars 2005, et l’album des Contes d’un royaume perdu, illustré par François Place, le romancier s’est creusé une place enviable dans les collections de Gallimard Jeunesse.

Né en 1967 et toujours fidèle à sa Drôme provençale dont il a longtemps défendu l’environnement par le biais du journalisme, Erik L’Homme s’est d’abord doté d’un solide bagage intellectuel et d’une expérience de « bourlingueur » avant de se lancer « officiellement » dans l’écriture de fictions.

Très attaché à son pays qu’il aime arpenter, il poursuit des études universitaires qui le conduiront plus tard à la rédaction d’une thèse d’Histoire et Civilisations.

Car très vite, le goût de l’aventure le mène dans des mondes aussi « incertains » que ceux qu’il bâtira dans ses romans. Que ce soit dans l’Orient d’Alexandre le Grand, sur les traces de « l’homme sauvage » quelque part au Pakistan, ou bien à la poursuite d’un improbable trésor aux Philippines, il découvre que la quête elle-même et les rencontres qu’elle suscite sont les seuls véritables butins que l’on rapporte.

Après avoir emmagasiné des matériaux, des images, des émotions, et surtout des expériences humaines, il persiste dans ses voyages et retourne entre Pakistan et Afghanistan, dans le « royaume perdu de Chitral » cher à son cœur. Il en revient avec la matière du livre Parlons khowar Langue et culture de l’ancien royaume de Chitral au Pakistan, paru en 1999, à l’Harmattan et celle de son album de contes recueillis sur place et publié en 2003.

L’heureuse et inopinée rencontre de Jean-Philippe Arrou-Vignod, enseignant, écrivain et éditeur chez Gallimard Jeunesse, ainsi que la lecture de Harry Potter, débouchent sur un défi : l’écriture d’une trilogie fantastique « à la française ». C’est ainsi qu’Erik L’Homme, depuis toujours passionné par l’écriture, se lance dans la littérature jeunesse et publie son premier roman à l’âge de 33 ans.

C’est Qadehar le sorcier, premier tome de la trilogie Le Livre des Etoiles, où cohabitent chevaliers et ordinateurs, qui paraît en 2001,. Avec régularité, il propose depuis un volume tous les ans. En 2002 et 2003 paraissent les volumes II et III du Livre des étoiles : Le Seigneur Sha et Le Visage de l’ombre.

En 2004, le cycle de space opera Les Maîtres des brisants s’ouvre avec Chien-de-la-Lune et se clôt en 2005 par Le Secret des abîmes.

J’ai connu Erik à Saint-Dié-des-Vosges, alors qu’il recevait le Prix jeunesse du Festival International de Géographie pour son premier livre. Je venais de publier mon premier essai : Un siècle de fictions pour les 8 à 15 ans.

Comme Erik, resté grand voyageur pour répondre aux sollicitations de ses nombreux lecteurs en France et à l’étranger, revient souvent en Lorraine, non seulement au FIG déodatien mais aussi aux Imaginales d’Epinal et au Livre sur la Place de Nancy, nous avons l’occasion de nous revoir et d’entretenir nos liens d’amitié, bavardant volontiers autour d’un café en grignotant un macaron !


Interview réalisée sur Internet en juin 2005 pour le site de Bernard Strainchamps, "mauvais genres"

Puisque la rencontre avec Jean-Philippe Arrou-Vignod a été déterminante pour ton entrée dans la fiction, peux-tu préciser dans quelles circonstances tu as fait sa connaissance ?

Un jour de 1997, je me promenais dans une librairie valentinoise, au hasard des rayonnages comme j’aime le faire. Soudain, un livre, ou plutôt un titre, a attiré mon attention : L’Homme du cinquième jour, de Jean-Philippe Arrou-Vignod. J’ai lu la quatrième de couverture. Il était question d’une expédition et d’un homme sauvage ! Exactement ce que j’avais vécu quelques années plus tôt ! Très excité, j’ai acheté le livre et je l’ai dévoré. Etonné par les intuitions de l’auteur qui n’avait certainement jamais quitté son bureau pour écrire cette aventure, j’ai décidé, après moult hésitations, de lui écrire et de lui raconter ma propre aventure. La réaction de Jean-Philippe n’a pas tardé : il m’a invité par retour de courrier à le rencontrer à Paris, et nous avons immédiatement sympathisé. Lorsque je lui ai fait part de ma passion pour l’écriture, il s’est gentiment proposé comme lecteur si me prenait un jour l’envie d’écrire pour la jeunesse ! Il a fallu attendre 1999 et la découverte d’Harry Potter pour déclencher cette envie, mais Jean-Philippe était toujours là pour moi, fidèle à sa promesse. Il est devenu un ami. Jamais je n’ai rencontré quelqu’un d’aussi généreux et attentif. Je lui ai dédié mon premier livre. Aujourd’hui encore je l’appelle Maître (en rigolant) et il me menace d’utiliser sa magie si je continue !

Ta connaissance de la littérature jeunesse est assez « classique » et « raisonnable » : contes et légendes lus par tes parents dans l’enfance, romans de tous genres (Club des cinq et autres Langelot agent secret, Gautier, Dumas, Verne, Stevenson…) et B.D. (Tintin, Astérix et Spirou, journal auquel tu étais abonné comme avant toi ton père et ton grand-père…), puis mangas télévisés de la fin des années 70 et lecture de Tolkien... As-tu fait aussi la lecture de quelques ouvrages moins « recommandables » : B.D. du genre Strange ou Nova ? Romans populaires ou romans dits « de gare » ?

J’ai toujours eu tendance à lire tout ce que l’on me mettait (ou que je trouvais !) à portée de main. Je me suis donc, un temps, goinfré de Comics (Doc Strange, les Xmen et le Surfer d’argent étaient mes héros préférés) ! Quant aux romans de gare, trouvés pour 50 cts de francs à l’époque dans les bacs des bouquinistes, j’avoue un faible pour les San Antonio (Foiridon à Morbac City est irrésistible !)…

Ta « culture S-F » semble essentiellement anglo-saxonne : Jack Vance, Frank Herbert, Ursula Le Guin, Mickael Moorcock, Orson Scott Card… Est-ce à dire que tu n’as pas lu les Français du genre ?
J’ai découvert tardivement que les Français étaient dans le domaine capables du meilleur. Aujourd’hui, et même si je lis encore beaucoup d’anglo-saxons (ils sont quand même bons ces coquins-là !), je me régale aussi avec les sagas baroques de Pierre Bordage, les space opera de Laurent Genefort, les nouvelles de Jean-Claude Dunyach… Je fais également des découvertes, comme cette Horde du Contrevent, d’Alain Damasio, dont on parle beaucoup (et pas assez !) en ce moment. Oui, les Français tiennent la rampe !

Est-ce que tu as lu, comme beaucoup de trentenaires de ta génération, les livres-jeu du style « Donjons et dragons », ou joué à des jeux de rôle sur consoles ou sur ordinateurs ? (En cas de réponse positive, conséquences éventuelles sur ton écriture)

Non, je n’ai jamais aimé les Livres dont vous êtes le héros, et j’ai toujours été réfractaire aux jeux vidéo. Mais j’ai bien sûr connu la mode des jeux de rôle, j’étais au lycée au moment du boum ! J’ai même participé à des jeux de rôle grandeur nature (le terme exact m’échappe aujourd’hui), qui m’ont beaucoup plu. Quant à savoir si cela a influencé mon écriture, je ne sais pas. Sans doute. Si tel a été le cas, c’est qu’il y avait de toute façon en moi un terreau favorable !

Puisque le fantôme sombre d’Albator hante Les Maîtres des brisants, peux-tu dire ce que tu apprécies dans les mangas (encore mal connus et peu appréciés en France par les adultes) ? Penses-tu que certains aspects du genre marqueront la culture de demain et comptes-tu tenir compte de cet apport dans tes futurs écrits ?

Pour commencer, il faut distinguer les « mangas » (terme générique qui désigne la bande dessinée japonaise) et les « anime » (les dessins animés). Albator 78, qui a déclenché chez moi (à l’instar d’Harry Potter pour Le livre des Etoiles) l’écriture des Maîtres des Brisants, est un « anime », pas un « manga » ! Ceci dit, c’est vrai que j’aime « mangas » et « anime », tels qu’ils sont proposés en France en tout cas. Leurs histoires sont généralement complexes, leurs personnages, même caricaturés, restent très humains et ne se divisent pas forcément en bons et en méchants. Les nombreux genres (Gakuen étudiants, Kawaï enfantins, Shojo sentimentaux, Shonen virils…) possèdent bien sûr chacun leurs codes, mais tous ont en commun d’offrir une narration directe et enlevée.

Je ne sais pas comment la culture de demain sera marquée par les « mangas », mais elle le sera, c’est évident. Il suffit de voir l’engouement des jeunes pour eux, et le linéaire qui leur est désormais consacré dans les librairies B.D. ! Je pense que l’on ne pourra pas raconter une histoire dans dix ou quinze ans de la même façon que maintenant. Personnellement, j’essayerai non pas de m’adapter mais de comprendre et d’intégrer à l’instinct ces changements !

En disant que la lecture de Harry Potter avait déclenché en toi une sorte de pari, n’as-tu pas pris le risque que l’on dise que tu as surfé un thème « tendance » à l’époque ?

Le thème commençait seulement à tendre vers la « tendance » quand Qadehar le Sorcier est sorti (juin 2001). On trouvait alors sur le rayonnage Fantasy des libraires les Harry Potter (sortis d’abord en poche, rappelons-le), les Pullman (A la croisée des mondes), le premier Peggy Sue de Brussolo, le premier Tom Cox de Franck Krebs et… pas grand chose d’autre !

Quant à l’image du surf, moi, elle ne me dérange pas. On quitte la plage et les bronzeurs quand on chevauche une belle grosse vague ! Et on prend le risque de tomber, de se faire rincer par quelques méchants rouleaux. Surfer peut être jubilatoire, ce n’est certainement pas aussi facile qu’on veut bien l’imaginer.

En fait, ton imaginaire s’abreuve à d’autres sources que J.K. Rowling et tu nourris tes romans à la fois de ta culture historique du Moyen Age et des matériaux fabuleux glanés dans tes voyages. Peux-tu donner des exemples précis de villes, de paysages ou d’anecdotes qui viennent de tes « expéditions » ?
Mon imaginaire, c’est vrai, puise dans les livres (Le seigneur des anneaux plus que Harry Potter, quand même !), les films (Stargate, par exemple, qui m’a inspiré l’idée des portes conduisant d’un monde à l’autre), les choses vécues (Agathe a existé et m’a martyrisé au collège bien avant Guillemot !), ma culture d’historien (j’ai effectué des recherches sur les runes avant de créer mes Graphèmes) et mes voyages.

Ainsi, la ville de Ferghânâ dans laquelle déambule Guillemot avant de faire la connaissance de Kyle, m’a été inspirée par Marrakech au Maroc. Le peuple de la mer, que rencontre Coralie, existe vraiment (sous une forme moins « fantastique » !) et nomadise, à bord de radeaux, au sud de l’archipel philippin. Enfin, pour terminer, les brigands qui capturent Romaric et Coralie m’ont rappelé ceux qui nous ont dévalisé, mon frère et moi, un jour de neige, sur la route du col de la Lowari au Pakistan…

C’est une grande chance de voir ton album Contes d’un royaume perdu mis en scène et en images par le grand illustrateur François Place. Peux-tu préciser comment s’est déroulée votre collaboration ?

C’est vrai, c’est une chance. Cela faisait longtemps que j’avais envie de travailler avec François. Je l’ai rencontré pour la première fois lors d’une édition du FIG, à St Dié (il s’en passe des choses dans les Vosges !). C’est un personnage étonnant, doté de tous les talents : écrivain, illustrateur, boute-en-train…Enfin bref, lorsque j’ai proposé mes contes chez Gallimard, je n’imaginais pas une seconde qu’ils proposeraient à François d’en être l’illustrateur ! Par chance, mes textes lui ont plu, ont fait naître des images dans sa tête. Cette région du monde (l’Asie centrale) lui a toujours tenu à cœur et il a, je pense, développé très vite une intimité avec les lieux et les gens, sans jamais y être allé. Tant mieux ! Car c’était la première fois que je faisais ce type d’exercice, et je m’étais interdit d’interférer dans son travail. Pour moi, un album est le résultat de deux imaginaires qui se rencontrent. C’est ce qui s’est passé, j’en suis heureux !

Ce qui surprend chez toi, c’est le naturel de tes rapports humains avec tous les êtres quelle que soient la génération à laquelle ils appartiennent. Tu sembles en phase avec chacun et tes récits s’en ressentent. Cette empathie immédiate est-elle un héritage de tes voyages dans des pays où la convivialité est essentielle ?

Hum, difficile à dire. Mais bon, tu exagères beaucoup ! Les gens m’intéressent depuis toujours. Je les écoute je les observe, j’essaye d’imaginer ce qu’ils sont en creux, dans ce qu’ils ne disent pas, ne montrent pas. Je pense que les voyages m’ont appris à concilier cette attitude de retrait, de recul confortable, avec l’élan vers l’autre, le contact créateur. C’est peut-être ce mélange des deux que tu appelles phase ou empathie. Parce que l’un se nourrit de l’autre.

Dans Les Maîtres des brisants, comment peux-tu concilier l’image d’un « héros » apparaissant comme une sorte de modèle alors qu’il semble en même temps semblable à tous les êtres, avec ses qualités mais aussi ses faiblesses ou ses souffrances ?

Parce que le héros des Maîtres des Brisants, Vrânken de Xaintrailles, surnommé par ses ennemis Chien-de-la-lune et capitaine du « Rongeur d’os », n’est pas un héros… C’est un miroir, un miroir dans lequel les autres personnages se voient évoluer, grandir, parfois mourir. L’ironie de Vrânken pousse Xâvier à faire ses preuves, sa faiblesse oblige Rymôr à être fort, sa confiance force Mörgane à explorer des mondes effrayants, son indifférence cause la perte de Frä Drümar… Vrânken n’est « héroïque » que parce qu’il permet à des héros de naître.

Certains éléments paraissent risqués : noms hérités des légendes scandinaves, vocabulaire néologique et technique un peu difficile et surtout dénouement différent de la tradition qui veut que le « méchant » soit puni. De plus, bien qu’écrivant des récits épiques, tu évites le piège du manichéisme. Comment tes jeunes lecteurs réagissent-ils ? Sont-ils surpris de voir ainsi introduites plus d’humanité et plus de tolérance dans le récit ?

Mes lecteurs (et pas forcément les plus jeunes !) sont évidemment déroutés par les noms compliqués et le vocabulaire étrange que je leur impose. Mais certains voyages sont d’autant plus beaux qu’il a fallu (un peu…) les mériter !
Quant à la problématique bons/méchants ou à la fin « hollywoodienne » que j’ai voulu absolument éviter, je pense que les lecteurs y sont maintenant préparés, et deviennent même demandeurs ! Grâce notamment aux « anime » et « mangas » que nous évoquions tout à l’heure, à cent lieues pour beaucoup de la morale simpliste des Walt Disney…

Fantasy, Science-fiction, conte … En fait, est-ce que le genre du récit importe pour toi plus que le fait d’écrire un récit initiatique aidant les jeunes lecteurs à se situer, à grandir ?

Bien sûr que non. Je n’écris pas de livre de science-fiction ou de fantasy. J’écris des histoires d’aventures qui se passent ailleurs. Des histoires d’amitié et de courage. Des histoires qui menacent et unissent des adultes et des adolescents. Des histoires qui éveillent, qui détruisent, qui confrontent des destins. Bref, des histoires initiatiques ! Parce que pouvoir s’appuyer sur quelque chose pour grandir et se situer, comme tu le dis bien, est essentiel.

Je pense que beaucoup de problèmes, aujourd’hui, viennent de la disparition de la dimension initiatique de l’existence. Les jeunes, surtout, sont laissés sans autre repère que celui du consumérisme, qui les transforme sans qu’ils s’en rendent compte en esclaves béats, à l’image de Pinocchio et de ses amis changés en ânes par le maître de la foire ! Ils ont un accès immédiat à tout, tout de suite, sans le filtre du temps et de l’initiation. Sans préparation. Sous le couvert de la liberté, on tue la vraie liberté qui est de savoir et de comprendre, pour pouvoir choisir, décider et agir. On en est loin !

Tes récits ont rapidement été traduits en de nombreuses langues, (dont l’anglais, ce qui est rare pour des romans jeunesse). Quelles sont les traductions qui t’ont le mieux plu et celles qui t’ont le plus étonné ?

On en est aujourd’hui à vingt langues pour les traductions ! J’ai été étonné par les Chinois (les illustrations intérieures, surtout), les Anglais (qualité de la couverture et de la traduction —je lis un peu l’anglais !), les Brésiliens… J’ai été touché par l’édition grecque. Non pas que je lise le grec ! Le livre aurait pu être écrit en haut-martien, c’était pareil ! Mais Marianna, la traductrice, a pris la peine de poser des questions pertinentes pour coller au mieux avec mes intentions. Et puis l’équipe éditoriale m’a invité à Athènes. C’était très agréable ! Enfin, savoir que l’on est traduit et lu dans le pays d’Homère, premier des romanciers, ce n’est pas rien !

Tes succès romanesques semblent davantage dus au bouche à oreille de tes jeunes lecteurs qu’à une analyse critique, souvent adulte. Je suis toujours émerveillé de voir tes lecteurs et lectrices se presser avec enthousiasme et gourmandise vers ton stand pour une dédicace ou un échange !

Je dis toujours que la vérité vient du terrain. Le terrain, pour un auteur jeunesse, ce sont les jeunes lecteurs. J’estime n’avoir de comptes à rendre qu’à eux. A eux et à mon éditeur. L’opinion de critiques grincheux, les prix jeunesse décernés par des adultes et que je n’ai jamais, j’essaye de ne pas y prêter attention. La vérité est ailleurs. Peut-être dans l’enthousiasme, le visage épanoui, le regard brillant des enfants qui viennent jusqu’à mon stand pour voir à quoi je ressemble (pour les plus timides) où pour essayer de m’arracher la promesse d’une suite (pour les moins timides !) !

Quels sont tes projets romanesques actuels ? Vas-tu continuer à utiliser la science-fiction ou la fantasy ? Ou penses-tu t’orienter vers le fantastique pur ?
Envisages-tu un récit en un volume ou un cycle en plusieurs tomes ?


Je ne sais pas exactement quelle forme définitive prendra mon projet en cours. Pour l’instant c’est un livre unique, que j’aurai peut-être envie de décliner en série ensuite. Je l’ai orienté vers le Fantastique, histoire de boucler le triptyque (Fantasy-SF-Fantastique) ! Je n’ai pas d’autre ambition que surprendre, et séduire, ce jeune public si réactif et si stimulant !

Je terminerai par une de tes formules préférées :

« Garde-toi, Erik ! »


Merci Raymond, toi aussi. Et à bientôt, en Lorraine !


P. S. : Je m’aperçois un peu tard que j’ai oublié dans mes questions, d’exploiter les échos des livres d’Erik L’Homme dans les essais récents, d’où ce post-scriptum :

La reconnaissance de l’œuvre d’Erik L’Homme, dans les ouvrages spécialisés, semble commencer en 2003, avec la publication de l’Index de la fantasy : l’heroic fantasy en France de Jean-Luc Triolo, paru chez Encrage. Les tomes I et II du Livre des étoiles sont chroniqués dans le 1er volume, recensant l’année 2002 et le 2e volume paru en 2004, concernant l’année 2003, présente les 3 tomes de la trilogie.

En septembre 2004, André-François Ruaud, maître d’oeuvre du livre superbe : Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux, paru aux éditions Les Moutons électriques, introduit Erik L’Homme, p. 401, parmi Les Enfants d’Orphée et de Mélusine. Il note que « son œuvre présente de réelles qualités qui la rendent attachante ». Il ajoute : « Le ton est d’une agréable légèreté, le cadre brossé avec un entrain communicatif, l’intrigue captivante et bien menée. »

C’est en mars 2005 que, dans son essai Le Roman pour ados, paru au Sorbier, Josée Lartet-Geffard présente, p. 129 et p. 131, Le Livre des étoiles : « une saga fantastique qui (…) s’inscrit dans la continuité de Tolkien par la création d’un monde foisonnant où s’affrontent chevaliers, sorciers et korrigans et (…) ajoute à ces contenus traditionnels des éléments de la modernité, ordinateurs ou cinéma, ainsi que des apports de cultures aussi variées que celles des Philippines, du Pakistan ou de l’Afghanistan. »

Tout récemment, en mai 2005, Jacques Baudou dans son « Que-sais-je ? » sur La Fantasy, p. 92, cite en premier, dans son chapitre sur La Fantasy pour la jeunesse, Erik L’Homme « avec sa trilogie Le Livre des étoiles », parmi « les auteurs français qui se sont montrés aussi imaginatifs que les Anglo-saxons ». Erik l’Homme est en bonne compagnie, puisque Jacques Baudou évoque ensuite Laurent Genefort, Patrick Delperdange, Marc Cantin, Pierre Bottero et Hervé Jubert…


Le Livre des étoiles : Une trilogie fantastique française, bientôt incontournable [C'était en 2005 !]

Non, ce n’est pas chauvinisme que l’on signale que la saga fantastique d’ Erik L’Homme, (d’ailleurs en cours de traduction en anglais), est d’abord écrite en français. C’est parce que le genre, très développé dans le monde anglo-saxon depuis un siècle, malgré la série Golem des frère et sours Murail ou celles de Serge Brussolo, est souvent chichement représenté dans la littérature pour « ados » en France. Certes, Guillemot est apprenti sorcier lui aussi mais il s’enracine dans une culture différente de celle de la créatrice d’Harry Potter. Abreuvant son imaginaire à la fois dans sa connaissance historique et universitaire du Moyen Age et dans son expérience humaine enrichie de voyages mouvementés des Philippines aux confins du Pakistan et de l’Afghanistan, Erik L’Homme a conçu un univers double original et personnel. Dans le Monde Certain aux mours contemporaines, détaché du Pays d’Ys avant de revenir s’y amarrer, évoluent chevaliers, sorciers et Korrigans. Le Monde Incertain, en revanche, aux villes médiévales truffées de brigands, obéit à d’autres lois magiques.

Le premier tome, Qadehar le Sorcier mettait surtout en valeur la révélation des aptitudes de Guillemot, jeune sorcier assez intrépide pour emmener ses amis au-delà de la Porte du Monde Incertain pour délivrer une jeune fille.

Dans le second tome, tout en s’attachant à l’énigmatique Seigneur Sha, faussement accusé d’avoir volé Le Livre des étoiles, l’auteur parvient à renouveler son récit et à surprendre ses lecteurs en concevant des événements forts. Non seulement, le romancier passionne son lecteur grâce à des actions inattendues et dramatiques, comme l’échec de l’expédition de la Guilde des Sorciers ou le piège des Korrigans redoutables et parjures, mais il dynamise le récit par des dialogues toujours justes et pleins d’humour. Il suscite un intérêt accru pour l’entreprenant Guillemot dont il « confirme les talents », autant que les siens dans l’art de conter, en l’entourant de personnages originaux, tel le jeune sorcier Beltram. Si le romancier a conçu « un univers magique et fantastique » personnel, mêlant chevaliers et sorciers médiévaux et ordinateurs et cinémas de la modernité, c’est parce qu ’il s’abreuve autant à nos mythologies hexagonales qu’à un imaginaire mondial, aussi bien enrichi par la lecture de Tolkien que par celle du Français Pierre Bordage.

Alors que les deux premiers tomes surprenaient par leur dynamisme optimiste et leur confiance dans la lutte contre les difficultés de toutes sortes, le dernier épisode de la trilogie ajoute une dimension humaine inattendue : l’expérience de la souffrance et de la mort. Enlevé par l’Ombre qui compte sur lui pour percer les derniers secrets du Livre des étoiles, Guillemot provoque l’arrivée dans le Monde Incertain de tous ceux qui l’aiment ou l’estiment. Ce sont d’abord ses amis adolescents prêts à prendre tous les risques pour le sauver. Qadéhar, à la tête d’une armée de Chevaliers, alliée aux hommes libres du Monde Incertain, renforcée par les Korrigans convaincus par Beltram, part à la recherche de celui qui est, sans qu’il le sache encore, bien plus que son élève. Les douleurs morales et physiques n’épargneront personne. L’auteur, informé de nouvelles tragiques en provenance d’Afghanistan au moment de la conception du livre, a su transcender ses sentiments par le biais de l’écriture. Il en résulte une ouvre à la fois grave et néanmoins optimiste et dynamique, susceptible ô combien d’aider les jeunes lecteurs à mûrir et à grandir. Pour comprendre le succès de cette « saga des sorciers », il faut aller au-delà de la vogue du fantastique pour comprendre que les adolescents sont sans doute davantage sensibles au « parler vrai » des personnages et à la résolution des conflits grâce aux forces conjuguées de la solidarité et de la fidélité en amitié

Alors que sa trilogie fantastique, Le Livre des étoiles, continue de séduire en France comme à l’étranger, grâce à l’édition dans la collection « Folio junior », Erik L’Homme amorce une « saga » de S-F : Les Maîtres des brisants.

Vient de paraître dans la collection « Hors-piste », le premier épisode Chien-de-la-lune : c’est le surnom donné par ses ennemis au capitaine Vrânken de la planète Nifhell. Vrânk, (pour les intimes), maître du « Rongeur d’os », vieux vaisseau spatial et « crève-Brisants », vient d’être chargé de contrer l’étrange offensive d’une flotte ennemie, susceptible de contrôler la galaxie. En effet, le Khan de la planète rivale Muspell vient d’attaquer Planète Morte et plus particulièrement la base impériale chargée de surveiller les « Chemins Blancs », des raccourcis indispensables pour les voyages spatiaux. Cette base est dirigée par le commandant Brinx Voranx et un jeune stagiaire néophyte, Rôlan Atcoll, est blessé et fait prisonnier... Mais cette étrange attaque, entreprise avec les vieux navires de guerre de Muspell, même si elle bénéficie du concours d’un chaman « otchigin », capable d’anticiper les actions de leur cible, n’est-elle pas un leurre destiné à piéger les gens de Nifhell ? Avant de décoller de sa planète, le capitaine Vrânken, très motivé en apprenant qu’il doit affronter une expédition dirigée par la redoutable « Pieuvre », doit d’abord accueillir des adolescents stagiaires, arrachés un peu brutalement à leurs études et à leur milieu familial pour une expédition de trois ans. Nul doute que les jeunes lecteurs seront d’abord séduits par l’identification possible avec les membres de ce trio, formé de deux garçons et d’une fille d’origine sociale et de formation très différentes. Xâvier, fils d’un général-comte, après avoir vite perdu de sa superbe, manifeste des dons stratégiques utiles en la circonstance. Mârk, orphelin de condition modeste, embauché pour la cuisine, est doté de qualités humaines et d’un sens du dévouement à toute épreuve. Quant à la seule jeune fille, Mörgane, formée à la dure école des devineresses, elle seconde brillamment l’adulte Frä Daüda, susceptible d’assister le capitaine dans ses tactiques guerrières.

Même si les ingrédients classiques du space opera et d’une nouvelle « guerre des étoiles » sont là, Erik L’Homme a su les renouveler par des trouvailles, comme celles de l’échiquier magnétique, des guêpes cybertueuses, de « l’exochaloupe »...

Les puristes de la S-F seront-ils surpris par l’introduction de pouvoirs surnaturels dans chaque camp : le chaman « otchigin » chez les partisans du khan et la devineresse du camp de Nifhell ? Les péripéties, les drames aux conséquences parfois tragiques ne manquent pas : trahison, meurtre, blessures et destructions... Les lecteurs et lectrices adolescents apprécieront le caractère bien trempé et l’évolution des membres d’un trio, d’ailleurs dotés aussi d’humour et de fantaisie, embarqués dans une aventure où se conjuguent surtout solidarité, esprit déductif et tactique et générosité.

Nul doute que cette série, astucieusement amorcée, ménage bien des surprises et va créer quelque impatience chez ceux qui vont sans doute réclamer au plus tôt la sortie du 2e épisode : Le Secret des abîmes.


Erik L’Homme a percé "Le Secret des abîmes"

Quel soulagement pour les lecteurs du Maître des brisants, heureux de découvrir le sort des défenseurs de l’Empire et surtout celui du trio d’ adolescents stagiaires, de moins en moins néophytes depuis qu’ils ont fait preuve de courage et d’initiative dans la défense du Rongeur d’Os ! Il est vrai que l’auteur avait laissé ses personnages dans un état inquiétant et une situation plutôt dramatique. Chien-de-la-lune, alias le capitaine Vrânken, dupé par les hommes du khan, éloigné à dessein de sa planète Nifhell vers Planète Morte alors que les troupes du khan envahissent et incendient la capitale Kenningar, est en outre blessé à l’épaule. C’est le jeune Mârk, on s’en souvient, qui a reçu la guêpe "cybertueuse" à sa place. Il recouvre ses esprits à l’infirmerie, auprès de ses amis Xâvier et Mörgane.

Pour aggraver la situation, le passage des Chemins blancs, pour rejoindre Nifhell, ont été coupés. Or, sans cette sorte de raccourci spatio-temporel, la planète agressée ne peut être rejointe qu’après une course interminable ! On se doute bien que le salut ne saurait venir que du vieux vaisseau de Chien-de-la-lune et de ses ressources secrètes. Encore faut-il harmoniser la réalité actuelle et celles des vieilles légendes, seules capables d’assurer une traversée de l’espace à la vitesse de la lumière.

Plutôt que de céder à la tentation de rendre plus techniquement vraisemblable son space-opéra, (ce qu’il faut laisser au cinéma et à la bande dessinée), obéissant sans doute en cela à des goûts plus personnels, Erik l’Homme a préféré orienter le récit vers le merveilleux traditionnel des légendes, (comme ces sagas qui lui ont inspiré ses noms propres), celui des animaux fantastiques, licornes ou gôndüls, et des forces spirituelles. Certes, Erik L’Homme, en incarnant le secret des brisants dans la métamorphose inattendue du vaisseau le Rongeur d’Os, reconnaît s’être souvenu des « cétacyborgs », ces curieux vaisseaux créés par Alexandro Jodorowski et Juan Gimenez, dans la B.D. : « La Caste des Méta-Barons ». Mais il n’est pas interdit d’y voir aussi un hommage à Danielle Martinigol, laquelle a donné des « abîmes » une image « vivante » et originale, étonnante et émouvante, celle d’astronefs mythiques. S’interroger sur le genre de récit développé par Erik L’Homme : science-fiction, fantastique, fantasy ou récit merveilleux ? serait vain et stérile. Qu’importe en fait les technoscanners, les exochaloupes ou les guêpes cybertueuses ! Qu’importe, même et surtout à l’heure du centenaire de la mort de Jules Verne, si le degré de « scientificité » du récit ne semble pas l’essentiel. En revanche, dans ce roman initiatique destiné à des préadolescents, pour les aider à grandir et à accéder peu à peu à une certaine maturité, ce qui prime, ce sont les relations humaines, nouées souvent entre des adolescents et adolescentes au caractère bien trempé. Loin de tout angélisme ou manichéisme, avec souvent beaucoup d’humour et de justesse dans les dialogues, l’auteur campe des personnages auxquels adhèrent les jeunes lecteurs parce qu’il ne cache ni leurs qualités, ni leurs faiblesses et leurs défauts, permettant ainsi une empathie profonde. Si ce sont des êtres naturellement faillibles, ce qui les lie, c’est d’abord le sentiment très fort d’une amitié construite au fil de l’action, muée en fidélité lorsque les épreuves se multiplient. Solidarité et sollicitude vont de pair chez ces garçons et ses filles, sans éviter ni les taquineries propres à leur âge, ni les imprudences liées à leur fougue. Heureusement, ils sont très humains et la difficile introduction de Rôlan dans le trio Mörgane-Xâvier-Mârk est révélatrice d’une certaine authenticité psychologique des personnages. Ce deuxième tome qui continue de plonger le lecteur dans un monde conflictuel et menaçant est aussi celui de la fragilité des êtres, qui paient physiquement et moralement le prix de leur lutte. C’est particulièrement le cas pour Mörgane et Vranken.

Après ces combats épiques et malgré les amours contrariées du capitaine et de la Pieuvre, le roman clôt une aventure que certains auraient sans doute voulu prolonger !

vendredi 29 janvier 2010

"Olympic", une collection de qualité étrangement ignorée





Les illustrations de ce message, comme celles qui précèdent ou qui suivront, devront être considérées comme des hommages aux auteurs, illustrateurs et éditeurs, parfois disparus, le plus souvent bien vivants. Elles sont aussi une tentative de reconnaissance d'un patrimoine à préserver d'urgence.
Dans le cadre de la conservation partagée, la BM de Clamecy en Bourgogne et la BMVR de Toulouse, région Midi-Pyrénées (Olympic, années 70-80), sont chargées de cette collection.

"Olympic", une collection en phase avec son époque : des nouveaux genres et de nouveaux auteurs

Les éditions G.P. Paris, toujours présidées par Victor Dancette, créent en 1967 la collection "Olympic". Constituée de volumes reliés d’environ 190 pages, imprimés sur du « papier vélin supérieur » et pourvus d'une jaquette mobile illustrée en couleur, d’abord sur un décor coloré puis sur un fond blanc, elle semble surtout destinée aux livres de prix, achetés par les établissements scolaires. Sa typographie et sa mise en page sont soignées chaque volume dispose d’une trentaine d’illustrations en noir et blanc.

Une collection qui satisfait les goûts des filles et des garçons

Rivale surtout des collections "Plein vent" (Laffont), "Fantasia" (Magnard) et "Bibliothèque internationale" (Nathan), la collection s’adresse jusqu’en 1970, tantôt aux garçons (Le Naufragé de Rhodes de Jacqueline Cervon, plusieurs fois primé, Thunderbolt le rebelle de Jacques Talrich), tantôt aux filles (Quelques brins d'edelweiss de Dominique Egleton, la série Karin de Inger Berga (de Karin et son destin à Karin se marie, Pour qu’un cœur batte encore de Saint Marcoux…), tantôt à un lectorat mixte (A Peyreloube, un été de Hélène Coudrier, Voici venir l’orage d’Anne Clairac, dans un village suisse). Des traductions dans les premiers titres peuvent fausser l’idée d’une collection vite très ouverte aux écrivains français. Par exemple, Le Convoi maudit de George G. Stewart (réédition d'un roman anglais de 1936, racontant l’aventure de pionniers américains bien trop pressés d’arriver en Californie), C’était mon ami de Finn Havrevold (déjà chez G.P. en 1963), Oh ! Suzanna de J.R. Williams (encore une histoire de l’Ouest américain de la fin du XIXe siècle) ou La Poursuite implacable (quand un marchand suédois vole des rennes à une famille lapone) et Les Pirates de la mer d’Arthur Catheral…

Plumes féminines confirmées ou nouvelles

Tout en conservant les aspects du livre de prix, agrémenté d'une maquette agréable, la collection "Olympic" évolue favorablement. Elle s'assure le concours des plumes confirmées. En plus des auteurs féminins déjà cités, on remarque en 1967, Yvonne Meynier (Le Dernier orage, quand Yves et Marion doivent affronter une terrible inondation), en 1968, Marcelle Manceau (Agnès mon amie), en 1969, Colette Nast (Peur sur l’alpage) et Bertrande de Rivière (Le Guet-apens de Terre Sainte), un récit ancré à la fin du XIIe siècle, en France et en Orient), en 1970, Claire Graf (Le Pays de Léa), et en 1971, Lucy Vincent (Suspense à la montagne noire). La collection fait encore appel à d’autres talents. Suzanne Malavié imagine que la jeune Nathalie, découvrant dans un parchemin l’histoire d’un sculpteur méconnu du XVe siècle, part à la recherche de L’Artiste de Santiago (1971). Jacqueline Cervon fait se rencontrer un jeune Perse et un jeune Grec à la ressemblance étonnante, au cours des guerres médiques dans Le Fouet et la cithare (1971). Sur un fond tout aussi historique, Hélène Coudrier conçoit Galla et les amphores de Sallerne (1972) et Anne Clairac, imagine que la Savoyarde Claude Perrier devient Le Chevalier d’Albin (1972), à la fin du XVIIe siècle. Il faut faire un saut jusqu’en 1974 et 1975 pour rencontrer L.N. Lavolle (L’Expédition de l’Intrépide), Renée Aurembou (Le Disparu des villes mortes), Suzanne Sens (Les Contrebandiers du sel) mais Amélia Elizabeth Walden intervient en 1972 (Le Pic du diable) et en 1974 (La Décision de Carol). Les adolescents, scolarisés jusqu’à 16 ans depuis la rentrée 1967, vont rencontrer des auteurs adaptés à leurs goûts et à leurs intérêts. En 1969, 30 titres disponibles constituent « une bibliothèque "dans le vent" pour les 13-15 ans ». La collection paraît peu marquée par les effets de mai 68, sauf peut-être lorsque Michèle Gilles met en scène en 1969, dans Le Garçon qui venait de la mer, un adolescent (provisoirement) révolté par les adultes, avant des rencontres bénéfiques au cours d’un été.

Une place de choix pour les talents masculins

Les auteurs français masculins trouvent peu à peu une place de choix. Après Jacques Christophe dont on réédite l’histoire romantique, Les Violettes de Baden (1968), intervient celui qui fut longtemps l’écrivain de la marine marchande, Yvon Mauffret, pour cinq récits, depuis Marina où le temps d’un été (1968), dont le cadre est une belle maison de Bretagne, jusqu’à Goulven (1976), (bourlingueur, peut-être aventurier de la mer au passé mystérieux), en passant par Le Manoir en péril (1970) et La Maison dans l’île (1972). Mais le titre le plus connu, souvent réédité, c’est Pilotin du Cap Horn (1970), quand Etienne, 17 ans, fils d’un riche armateur, en échec dans ses études, embarque sur « La Bérénice » dont l’équipage va l’aider à mûrir.
Place à l’aventure avec Surcouf, le roi de la course (l’impétueuse jeunesse du plus célèbre corsaire de France), de Jean Ollivier, avec le roman historique de Gil Lacq, L'Herbe des Sarrasins. Si Un Pays sans légende (1969) de Paul Berna permet aux lecteurs de retrouver un auteur qui leur est familier, Le Maître de la foudre, un curieux roman de Dominique Egleton qui flirte avec la S-F, pose des problèmes taxinomiques aux spécialistes. C’est à coup sûr plus surprenant que Les Mahuzier sous la Révolution d’Archibald Mahuzier !
Hubert Balme s’introduit chez les Pygmées nomades dans Le Fétiche de Balila et Jean Ollivier se plaît à présenter Jean Laffitte, dernier des grands flibustiers des Antilles, c’est Le Gentilhomme du Sud. De 1970 à 1973, Pierre Pelot propose quatre récits forts différents. En 1970, La Drave évoque la traque d’un homme chez les bûcherons canadiens qui affrontent la rivière en furie, pour acheminer leur bois. Les Epaules du diable (1972) sont celles des taureaux affrontés dans l’arène et La Révolte du Sonora, même si le cadre paraît historique, est surtout l’histoire de Sando et d’une tribu Yaqui alors que le très beau récit, Les Légendes de Terre, appartient à la science-fiction. N'oublions surtout pas, dans le même genre, celui de la S-F, La Machination de Christian Grenier (ces deux derniers livres cités ayant connu une seconde vie dans "Le Livre de poche jeunesse)
De 1974 à 1975, William Camus va publier les quatre épisodes de son personnage américain, Pete Breakfast, depuis Le Faiseur de pluie jusqu’à Ce Sacré Far-West, illustrés par Jean Retailleau qui se charge aussi des volumes : Outi-Tanka jeune bison et L’Or des fous, quand Pete passe du monde des Iroquois à celui du Grand Nord. Entre temps sont venus, X.B. Leprince (Dans le sillage de l’Altaïr) et Maurice Vauthier (Des galères pour Saint Marc), connus chez "Signe de piste" et Joseph Le Poëzat-Guigner (Le Croisé d’Anjou), un auteur connu chez Magnard (et en Meuse et en Bretagne !).

Des illustrateurs talentueux et chevronnées

Les illustrateurs fréquents sont Jean Retailleau, Michel Jouin, Jacques Pecnard, Jean Reschofsky. Se font plus rares Maurice Paulin, Michel Gourlier, Gil Pascal et Daniel Dupuy (surtout pour les jaquettes), Monique Gorde, Françoise Bertier, Daniel Billon, et Annie-Claude Martin. En 1976, plus de 80 titres sont disponibles mais on s’étonne de l’oubli actuel général qui frappe cette collection de qualité.