Affichage des articles dont le libellé est albums illustrés. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est albums illustrés. Afficher tous les articles

lundi 29 décembre 2014

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : Les albums illustrés (6)

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : Les albums illustrés (6)

La dernière décennie du XXe siècle est déjà très riche en albums et en créateurs graphiques de toutes sortes. Aux éditeurs bien établis dans ce secteur, tels Albin Michel Jeunesse, Bayard, Casterman, L’Ecole des Loisirs, Père Castor Flammarion, Gallimard Jeunesse, Grasset Jeunesse, Hachette, Ipomée (diffusé par Albin Michel) ou Syros…, s’ajoutent de petites et de grandes maisons. En 1992, Jacques Binsztock a créé le secteur jeunesse des éditions du Seuil. On voit ainsi mieux percer ou naître, dans ce domaine, des éditeurs tels que Actes Sud Junior, Atelier du poisson soluble, Bilboquet, Calligram, Circonflexe, Didier Jeunesse, Esperluette (Belgique, 1994), Etre éditions (remplaçant le Sourire qui mord en 1997), Kaléidoscope (1988), Grandir, La Nacelle, Mango, les éditions nantaises MeMo et Mijade (deux éditeurs nés en 1993), Milan, Nord-Sud, Passage piétons (1998), Ricochet (1995), Le Rouergue, Le Sablier (1997), Scandéditions/La Farandole, (reprenant Messidor), Le Sorbier absorbé par La Martinière en 1998, Le Sourire qui mord (jusqu’en 1996), Thierry Magnier (1997)…           Les illustrateurs et illustratrices sont de moins en moins des autodidactes. Ils ont, pour la plupart, reçu une formation dans une école des Beaux-Arts ou des Arts décoratifs, parisienne ou provinciale comme celle de Strasbourg, quand ils ne sortent pas d’une école d’architecture ou des écoles Estienne de Paris ou Emile Cohl de Lyon.
De nombreux albums, surtout à partir de cette époque, vont être choisis par le Ministère de l’Education Nationale, pour figurer, soit dans les « listes d’œuvres de littérature pour la jeunesse » en « accompagnement de programmes », pour les classes de 6e et de 5e-4e, soit dans les « documents d’accompagnement des programmes » et de « littérature », des divers cycles de l’école primaire. Cette reconnaissance est doublement importante. Elle empêche désormais de réserver l’album aux plus jeunes, puisqu’on le destine aussi aux enfants écoliers et aux adolescents collégiens. On reconnaît aussi que cette forme d’expression et de lecture nécessite des compétences multiples quant à l’approche complexe et diverse de l’image et du texte, voire une culture jusqu’alors sous-estimée.
Le début du XXIe siècle est particulièrement riche en albums en tout genre puisque la plupart des éditeurs de jeunesse, petits, moyens ou grands, ont leurs collections. Dans ces conditions, il est difficile de rendre compte raisonnablement de la production de l’année 2004, ce qui est d’autant plus frustrant qu’elle est généralement de grande  qualité.
Parmi les éditeurs qui produisent le plus d’albums et surtout obtiennent les meilleurs succès se distinguent d’abord, L’Ecole des Loisirs qui diffuse en outre Pastel, Kaléidoscope et Archimède, Le Seuil Jeunesse, Albin Michel Jeunesse, Gallimard Jeunesse. Viennent ensuite, selon les âges, des tout petits aux plus grands, ou selon les années considérées, Nathan Jeunesse, Gautier-Languereau/Hachette Jeunesse, Thierry Magnier, Bayard-Jeunesse et Milan. Une place encore très honorable doit être accordée à Actes Sud Junior, Casterman-Duculot, Grasset-Jeunesse, Nord-Sud, Père Castor Flammarion et Didier Jeunesse. D’autres éditeurs qui se sont investis plus tard dans l’album de fiction peuvent bouleverser cette liste, tels Quatre-Fleuves, L’Atelier du poisson soluble, Rue du monde, Mango Jeunesse ou Syros Jeunesse. Un jeune éditeur comme Sarbacane, apparu en 2003, pourrait bien chambarder les classements ! Des petits éditeurs, ayant moins de dix ans, ont réussi à se creuser une place et à se faire connaître. On vit peu à peu apparaître les Editions Etre (1997), Passage piétons (1998), Les Oiseaux de passage (2000), Les Editions Petit à Petit (2000), Zoom éditions (2001), Quiquandquoi (2001), Le Buveur d’encre (2001), Les Editions Tourbillon (2002)… Citons encore L’Ampoule, Autrement jeunesse, Circonflexe, Le Rouergue, Grandir, MeMo, Motus, De La Martinière Jeunesse, La Joie de lire, Des lires, L’Ampoule, Lo Païs d’enfance/Rocher Jeunesse, Bréal Jeunesse, Adam Biro, Seghers Jeunesse, Picquier Jeunesse, Gulf Stream, Editions du Panama, les Editions Naïve, Le Baron perché…




Auteurs et illustrateurs, titres, éditeurs :

Frank ASCH et Devin ASCH : La Souris de M. Grimaud Albin Michel Jeunesse
Claire BABIN, Ill. Olivier TALLEC : Gustave est un arbre Adam Biro
Eric BATTUT : Monsieur Tête à l’envers Lo Païs d’enfance / Le Rocher
Fred BERNARD, Ill. François ROCA : L’Indien de la tour Eiffel Seuil Jeunesse
Eve BUNTING, François VINCENT : Cheyenne pour toujours Syros jeunesse
Catherine CHARDONNAY, Ill. Renaud PERRIN : La Chasse au fauve Albin Michel J
Agnès DE LESTRADE, Constanza BRAVO : Le Plus Gentil Loup du monde La Joie de lire
Olivier DOUZOU : Mik Editions Memo
Wolf  ERLBRUCH : La Grande question Editions Etre
Béatrice FONTANEL : La Voix des masques Palette
Taro GOMI : Je te l’avais bien dit ! Mango Jeunesse
Jacob et Wilhelm GRIMM, adapt. Anne JONAS, Ill. Anne Antoine GUILLOPPE : Akiko la curieuse  Philippe Picquier Jeunesse.
Chen JIANG HONG : Le Cheval magique de Han Gan L’Ecole des Loisirs 
Emmanuelle HOUDART : Monstres Malades Thierry Magnier
Satomi ICHIKAWA : Le Magasin de mon père Pastel
Philippe JALBERT : Si le loup y était Editions Milan
Patrick JOQUEL, Ill. Sandra POIROT-CHERIF : Que sais-tu des rêves du lézard ? Magnard
Joëlle JOLIVET : Zoo logique Seuil Jeunesse
Camille JOURDY : Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie ! Editions Quiquandquoi
Albert LEMANT : Lettres des Isles Girafines Seuil Jeunesse
Vincent MALONE, Jean-Louis CORNALBA : Cochon-Neige ou les tribulations d’un petti cochon trop mignon Seuil Jeunesse
David MCKEE : Elmer et Serpent Kaléidoscope
Gérard MONCOMBLE, Ill. Thomas EHRETSMAN : Inukshuk le garçon de pierre « Terre de couleurs » Milan 
Michael MORPURGO, Michael FOREMAN : Jim et le dauphin Ecole des loisirs
Bruno MUNARI : Toc Toc Le Seuil Jeunesse
Yves PINGUILLY, Ill. Frédérick MANSOT: Ploc Ploc Tam Tam Bilboquet
Michel PIQUEMAL, Ill. Antoine RONZON : Tokala l’indien-cheval « Terre de couleurs » Milan
Claude PONTI : Blaise et le château d’Anne Hiversère L’Ecole des Loisirs
Hélène RIFF : Papa se met en quatre Albin Michel Jeunesse
Matthieu SAPIN : L’Archéologie, c’est nul Bréal Jeunesse 96 p. 23 cm. 2004
Riad SATTOUF : Ma circoncision Bréal Jeunesse
Rafik SCHAMI, Ole KÖNNECKE : Mon papa a peur des étrangers La Joie de lire
Joann SFAR : La Sorcière et la petite fille Bréal Jeunesse 

Nouveaux albums (non listés) :


jeudi 20 mars 2014

Mireille Pradier, conteuse et illustratrice à (re)découvrir

Connaissez-vous Mireille PRADIER ?

Non ? Moi non plus puisque j’ignore tout de ses dates et lieux de naissance, de vie et de mort. J’ignore tout de son parcours. Je prends pourtant l’insolente liberté de vous en parler (J’accepte volontiers les précisions des lecteurs du blog).
Cet auteure-illustratrice  qui semble seulement présente dans le monde de l’édition enfantine entre 1943 et 1946 (même s’il y a eu des rééditions ultérieures), une période trouble et troublée, serait encore davantage ignorée si l’illustrateur très connu Guy Sabran n’avait pas « imagé » (le terme s’écrit n’en déplaise aux puristes coincés) quelques-uns de ses textes. (Selon le site Internet Théâtre au vent, Mireille Pradier serait le pseudonyme de Mireille Forichon).


Chez l’éditeur (peu connu) Willeb, installé 13 Rue Marivaux à Paris, paraissent quatre de ces récits. Parlons d’abord de deux « histoires racontées ». Puisqu’il n’y a aucune indication quant à leur illustration, on peut supposer qu’elle les a illustrées elle-même.
Paraît d’abord en 1943 Agénor Kangourou se marie, un album de 32 pages très plaisant, au dessin à la fois souple et naïf. Agénor qui doit épouser Mademoiselle Virginie du Palmier ne s’est réveillé qu’à midi et tous les invités attendent. Parti en bicyclette, Agénor fait une chute de vélo avant d’être victime de deux grands boas qui veulent lui voler sa bague et le ligotent à un arbre. Son ami l’ours le libère, Agénor retrouve Virginie et le repas de mariage peut enfin commencer.    


Mireille Pradier a sans doute aussi illustré dans le même style clair et humoristique, Histoire de Lola la girafe géante, un album de 32 pages paru chez Willeb au cours du 3e trimestre de l’année 1945.
Lola est d’abord une petite girafe orpheline africaine adoptée par le Noir Papou des Béni-glou-glou qui vient de tuer sa mère d’une flèche. Les enfants adorent l’animal et se servent de son cou comme d’un toboggan. Elle grandit, devient géante et attire la jalousie d’une autre tribu qui tente de la capturer au lasso. Tirant d’un cou sec sur la corde lancée pour l’attraper, elle emporte pendus à son cou les guerriers ainsi vaincus. Lola décorée par Papou vit ensuite en princesse.      


Toujours chez Willeb paraissent encore Les Souliers de Rosette. Conte de Noël, un album de 32 pages illustré par M.-Th Auffray, paru en 1944 et réimprimé en 1945 et 48 et aussi La Vie de Jean de La Fontaine sous une couverture de G. Barret et avec des illustrations de M.-Th. Auffray. C’est un livre de 94 pages paru en 1946 dans la collection « Trois couleurs ».
L'éditeur Willeb a aussi publié en 1946 un conte de Noël de Mireille Pradier, illustré par Mô, intitulé La Révolte de l'âne, du boeuf et du mouton (8 pages). 
Autre éditeur privilégié de Mireille Pradier, l’éditeur parisien G.P. (alias Générale Publicité), chargé au départ d’honorer des commandes de Vichy, son directeur Victor Dancette s'étant refait une virginité en publiant l'album La Bête est morte, dessiné par Calvo) ). Mireille Pradier a la chance de voir ses textes illustrés par le réputé Guy Sabran (frère du romancier Jean Sabran, alias Paul Berna dont tout le monde a lu Le Cheval sans tête).
Sont édités successivement :
- Histoire des trois soldats de Goëldieu, un album de 30 pages écrit par Mireille Pradier et illustré par Guy Sabran G. P. Paris (1943, 1945 et 46).
- Le Rêve de Janou. Conte de Noël par Mireille Pradier, Imagé par Guy Sabran G. P. Paris (1943)
- Aurora, histoire de la petite princesse qui voulait apprendre à rire et à pleurer. Conte de Mireille Pradier, Imagé par Guy Sabran G. P. Paris, 1944
- Béluclaire Texte de Mireille Pradier Images de Guy Sabran G. P. Paris, 30 p. oct. 1945 et 1946. 
- Brégançon. La Légende de la reine Jeanne Texte de Mireille Pradier Images de Guy Sabran G. P. Paris, 32 p. 1945 et 1946.


Autres textes de Mireille Pradier :
- Bérylune : histoire d’une fée Illustrations de Guy Sabran Ed. S.E.M.P. 1944.
- Camping au Thibet Illustrations : 12 gouaches de Charles Desruols, Ed. Zimmermann, « Collection de l’impossible », 244 p., 1946. 


         

lundi 17 février 2014

Tous à poil ! Au secours, les censeurs reviennent

Tous à poil ! Au secours, les censeurs reviennent !


Texte de Claire Franek, Illustrations de Marc Daniau, éditions du Rouergue, 2011

Pauvre littérature jeunesse toujours sous la surveillance pas toujours désintéressée des censeurs de tout poil ! Quand on ne l’accuse pas d’être « une opération de marketing », on va fouiller jusque dans les bibliographies établies par des familles responsables pour la disqualifier. Comme si la loi du 16 juillet 1949 (jugée scélérate par feu Cavanna) et toujours en vigueur ne suffisait pas! Le phénomène est ancien et reprend des forces à chaque période de récession de l’économie et de régression des esprits. On croyait passé le temps où Louis Pauwels (l’inventeur d’une « jeunesse atteinte par le sida mental »), évoquait aussi « le pourrissement des yeux des enfants » par la bande dessinée. Cette fois, c’est un politique en mal de reconnaissance qui croit se refaire une vertu en jouant les vierges effarouchées devant l’album pour enfants : Tous à poil ! Cachez cette nudité que nos enfants ne sauraient voir, clame ce Tartuffe menteur (disciple tardif et attardé des abbés Bethléem et de Parvilliez), prétendant à tort que le livre est recommandé par l’Éducation nationale. Le livre joyeux, festif et décomplexé de Claire Franek et Marc Daniau, publié en 2011 au Rouergue (donc sous Sarkozy) a surtout pour but, à travers des dessins réalistes mais enfantins, de « dédramatiser la nudité », loin des corps parfaits ou retouchés de la publicité. Des gens se déshabillent les uns après les autres pour aller tout simplement et joyeusement se baigner dans la mer.
Le livre de jeunesse n’a pas à être un cours de morale et si on voulait à tout prix lui en inventer une, ce serait celle d’ « une âme saine dans un corps sain ». Pourquoi ne pas faire davantage confiance à l’intelligence des enfants ?  


Tarzan (déjà rhabillé en 1948) Mowgli et Kirikou ont intérêt à bien se tenir ! Faudra-t-il les toiletter, tout comme les manuels d’Histoire ou de SVT ? Ces réacs qui sévissent partout nous ramènent au moins 60 ans en arrière. Ce retour à l’ordre moral n’augure rien de bon dans cette période malsaine et délétère où les bobards et les rumeurs sont amplifiés par les réseaux sociaux.
Heureusement, nous en sommes certain, aucun jeune ne se sert d’Internet, aucun n’utilise son portable ou son smartphone pour échanger des propos, des photos ou des images ! Aucun ne regarde la télé-réalité, ce qui ferait baisser les moyennes scolaires et, Dieu merci, les enfants restent muets ou n’échangent que des propos vertueux dans toutes les cours de récréation !