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mardi 22 décembre 2015

Coup de rétro sur quelques journaux de 1955

Coup de rétro sur quelques journaux illustrés de 1955

La presse commerciale et distractive illustrée marque un certain essoufflement pour les journaux privilégiant la bande dessinée. Marijac a créé Nano et Nanette en 1955, pour lequel il avait su tirer parti des talents de Edmond-François Calvo, Erik (René Jolly), Noël Gloesner et Étienne Le Rallic.
Le Journal de Mickey renaissant en 1952, a fait appel à des dessinateurs français, comme Pierre Nicolas, auteur de la longue série Mickey à travers les siècles (1952-1978). Il atteindra le tirage record, en 1957, de 633 000 exemplaires.
Hurrah Magazine est presque exclusivement constitué de bandes dessinées en couleurs (une seul page de texte : par exemple, La jeunesse de Catamount d’Albert Bonneau). Outre  Robin des bois de Jacques Souriau et Renaud Fontenay, Davy Crockett d’Étienne Le Rallic, Yann, Mousse du « Goéland » et Arthur et Zoé d’Ernie Bushmiller, on trouve des bandes dessinées traduites (Duck Hurricane, Chandra, prince royal…). L’Intrépide dont la 2e série s'étend de 1949 à 1962, après un temps de fusion avec Hurrah, connaît un inexorable déclin. Aux jours fastes, il publie Horn du West d’Étienne Le Rallic, Fanfan la Tulipe, fidèlement adapté du film de Christian-Jaque par Jean Prado, et Cadet Rousselle, du même Étienne Le Rallic.
Le journal Benjamin, renaît de décembre 1952 à novembre 1958, avec le parrainage d’écrivains et d’intellectuels, peu sensibles aux aventures belliqueuses de Biggles mais davantage séduits par la rareté des bandes dessinées. Il rend l’actualité accessible aux jeunes lecteurs, une préoccupation constante chez son créateur Jean Nohain. En revanche, le magazine Entre amis ne percera pas, vivotant de 1954 à sa mort en mai 1959.


Chez Fleurus, l’hebdomadaire catholique pour les garçons Cœurs vaillants connaît une année sans grande surprise avec quelques désillusions. Certes, on rencontre toujours les personnages de Frédéri le gardian de Robert Rigot (Le Chevalier Corsaire, Au pays des Caboclos, Le Gisement de Cavagna), et Yann Levaillant dessiné par Noël Gloesner (Le Chrysanthème de Jade, Expédition Ternium) occupe toujours la Une mais Oscar et Isidore de F.-A. Breysse, après une fugace apparition dans Le Secret du Vultur Totem inachevé, vont disparaître définitivement le 17 avril 1955. La rédaction fait croire que l’auteur est malade et pousse même l’hypocrisie en lui souhaitant « un prompt rétablissement » alors que cette rédaction, dans une ingratitude totale, l’avait mis dans l’obligation de s’en aller.


Les pages centrales sont alors remplies en catastrophe par des bandes de Robert Moreau, Pierdec, Pierre Brochard et même par Pellos qui illustre des histoires illustrées tirées du Mutilé de l’Océan de Jean Merrien et de Moby Dick de Melville. Rochelle, dans un style qui semble ne rien devoir à celui de Rol) dessine plusieurs récits complets en changeant de style. Alors que Robert Moreau, très sollicité, essaie de faire oublier l’absence de Calvo, Erik (André René jolly), toujours égal à lui-même, intervient très souvent. On lui doit les bandes Le Maître des profondeurs, Le Commissaire Picablo contre Z, Sus aux pirates et surtout Pat’ Rac contre l’Anguille, avant que le reporter-détective revienne dans Échec au dragon

Dans son style réaliste, G.B. Baray réalise Le Secret de l’amphore et Alain d’Orange illustre quelques scénarios. Notons encore le départ pour Rome de l’abbé Gaston Courtois qui va ainsi laisser le champ libre à l’abbé Jean Pihan.           


Vaillant, hebdomadaire soutenu par le parti communiste qui affirme toujours être « le plus bel illustré de la jeunesse », avec un tirage honorable, bénéficie de séries prestigieuses. Malheureusement, en 1955, la fantastique bande dessinée de science-fiction : Les Pionniers de l’Espérance, dessinée par Raymond Poïvet sur un scénario de Roger Lecureux est absente. Mais Lecureux scénarise Lynx blanc et L’Insaisissable Nasdine Hodja.  En revanche, on peut lire P’tit Joc de André Joy (alias Gaudelette) et Jean Ollivier, Bob Mallard de Rémi Bourlès et Bourdens. Ajoutons, remarquablement dessinées par René Bastard, la bande Yves le Loup (sur scénario de Jean Ollivier) dans Le Testament de Gauvin et Le Manoir des ogres


Des adeptes passionnés de comique dévorent Placid et Muzo, l’ours et le renard conçus par Jean Ollivier et dessinés dès 1946, Pif  le Chien, créé par le même Arnal et repris par Mas, Arthur le Fantôme de Cézard et La Pension Radicelle d’Eugène Gire, cocasse et délirante, bien mise en valeur par les pages grand format. Citons encore Lucien Nortier, l’auteur de Sam Billie Bill. En 1955 apparaît Ragnar le Viking de E. T. Coelho dans La Harpe d’or. N’oublions pas Capitaine Cormoran de Paul Gillon superbement mis en couleur et Louk, Chien loup.  



La presse d’origine belge connaît une embellie remarquable surtout à travers les deux journaux symbolisant les écoles de Bruxelles et de Charleroi. Chez Dupuis, le journal de Spirou dont le rédacteur en chef est Yves Delporte bénéficie de progrès techniques dans l’impression. On y trouve des séries mémorables. Pour Lucky Luke, Morris a pour scénariste Goscinny quand il dessine Des rails sur la prairie. Aux histoires de Buck Danny, l’aviateur dessiné par Victor Hubinon et scénarisé par Charlier s’ajoute une superbe biographie de Mermoz. Tif et Tondu contre la main blanche de Will et Rosy poursuivent leurs aventures dans Le Retour de Choc. Spirou, mis entre les mains du génial André Franquin (quoi va quitter Spirou pour Tintin) affronte Les Pirates du silence. Les Belles Histoires de l’Oncle Paul lancées par Charlier pour le côté éducatif font taire les censeurs. Peyo envoie Johan vers La Pierre de Lune juste avant Le serment des Vikings. Sirius (Max Mayeu), censuré pour L'Épervier bleu sur la Lune, commence la superbe série de Timour (Le Talisman). Il aborde ainsi l’Histoire depuis l’Antiquité à travers les générations successives du jeune homme aux longs cheveux roux. Jerry Spring, superbe western de Jijé, lancé en 1954 se poursuit avec Le Visage pâle et La Passe des Indiens. N’oublions pas Kim Devil de Gérald Forton dans Le Monde disparu. Les amateurs de scoutisme découvrent La Patrouille des Castors de MiTacq et Charlier dans Le Disparu de Ker Aven, tandis que naît, en novembre, l’étonnant journal Risque-Tout durant le temps de 50 numéros avec un superbe grand format. C’est assez pour que Maurice Tillieux crée Marc Jaguar.





Le journal de Tintin aligne lui aussi depuis ses débuts des séries prestigieuses. A Tintin et Milou, engagés dans L’Affaire Tournesol, Hergé ajoute Jo, Zette et Jocko qui s’aventures dans La Vallées des cobras. Le jeune breton  Corentin de Paul Cuvelier a laissé un grand souvenir car personne n’a su comme Cuvelier dessiner les « Peaux Rouges » avec autant de finesse, de respect et d’exactitude... Alix l'intrépide de Jacques Martin et dont les aventures s’étendront surtout sur le pourtour de la Méditerranée, découvre La Tiare d’Oribal. Bob et Bobette de Willy Vandersteen, après Le Gladiateur-Mystère affrontent les Martiens. Blake et Mortimer (conçus par Edgar-P. Jacobs dès 1946) plongés dans L’Énigme de L’Atlantide. Superbe série animalière, Chlorophylle né sous le crayon magique de Raymond Macherot lutte contre les rats noirs. Franquin fait une infidélité à Spirou en créant chez son concurrent Tintin le duo hilarant de Modeste et Pompon. Il faudrait encore citer Les Aventures de Dan Cooper de Weinberg, Le Chevalier Blanc de Fred Funcken,  Les Nouvelles aventures de Pom et Teddy de Craenhals, les récits complets en B.D. et les 8 pages de « Tintin-Actualités ».




samedi 10 mars 2012

1952 : Vaillant, "le journal le plus captivant"




1952 : Vaillant innove et publie de nouvelles séries

Après les difficultés financières qui ont conduit l’hebdomadaire à ouvrir une souscription (les frères Alain et Hubert Krivine participent d'ailleurs à la souscription, comme le signale le courrier du 20 avril 1952), le journal Vaillant connaît une période plus faste.
Ses 16 pages grand format (depuis 1950) font une grande part à la bande dessinée. Certaines séries sont déjà là depuis plusieurs années, telles Les Pionniers de l’Espérance (1945), bande de science-fiction dessinée par Raymond Poïvet et scénarisée par Roger Lecureux, la bande comique Placid et Muzo (1945) de José Cabrero Arnal, Lynx blanc (1947) de Rob Sim, Capitaine Cormoran (1947) de Lucien Nortier et Jean Ollivier, Hourrah Freddi (1948), bande policière de Claude-Henri Juillard, reprise par Pierre Leguen, Sam Billie Bill (1949), un western de Lucien Nortier (dessin) et Jean Ollivier (scénario).
Depuis 1950 et toujours présents en 1952, sont apparus Jean et Jeannette de Jacques Souriau et Jean Ollivier, Fils de Chine de Paul Gillon et Roger Lecureux, Les Compagnons de la section noire (1951) de Jean Cézard.
En 1952 apparaissent de nouvelles bandes de qualité : P’tit Joc « le jockey aux yeux bleus » qui ressemble à James Dean, d’André Joy (alias Gaudelette) et Jean Ollivier, Pour la horde, bande préhistorique (où les humains se battent contre les dinosaures !) de Jean-Claude Forest, lequel Forest dessine aussi Charlot. Notons encore une création : Le Fils du Cormoran de Claude-Henri Juillard. Dès le mois d’octobre , Jean-Claude Forest crée Copyright, animal fabuleux et c’est en décembre que Pif le chien d’Arnal et de Pierre Ollivier (créé en 1948) fait sa première apparition dans Vaillant. Jean Cézard commence alors la série réaliste, Lagardère.
On peut remarquer la très forte participation du scénariste et écrivain Jean Ollivier. Notons aussi la forte présence de Jean-Claude Forest, qui, en plus de Charlot et Pour la horde, illustre le roman sportif de Frank Moreau : Champion malgré lui.

vendredi 9 mars 2012

1952 : Vaillant et l'Affaire Henri Martin


1952 : Le Journal Vaillant et l’Affaire Henri Martin

En 1952, il est très rare que la presse des jeunes évoque les faits politiques en particulier les conflits internationaux. Quand ils le font, c’est plutôt pour approuver les actions guerrières engagées et la défense de la civilisation colonialiste occidentale, jugée supérieure à toutes les autres civilisations.
Pourtant, c’est par l’intermédiaire du courrier des lecteurs que le journal Vaillant n° 355 va, le 2 mars 1952, évoquer Henri Martin emprisonné dans « le bagne de Melun ». Le journal cite une lettre « émouvante » des jeunes lecteurs de Gentilly au président de la République Vincent Auriol : « Nous vous demandons la libération d’Henri Martin, grand héros de la Paix, qui a lutté pour que cesse la guerre injuste du Viet-Nam. »
Quelle est donc cette affaire qui va constituer en France un véritable scandale politico-militaire, une affaire qui va perdurer lors d’une partie de la Guerre d'Indochine, de 1950 à 1953.
Henri Martin, engagé dans la marine, est envoyé en Indochine française en 1945. Il est scandalisé par ce qu’il voit du bombardement d'Haïphong par les Français en 23 novembre 1946. Sa démission lui étant refusée, il retourne à Toulon.
Militant du Parti communiste français, il commence un travail de propagande à l'arsenal de Toulon et distribue des tracts contre la guerre en Indochine. Arrêté en mars 1950 pour une fausse accusation, il est pourtant condamné par le tribunal maritime de Brest, le 20 octobre, à 5 ans de réclusion pour propagande hostile à la Guerre d'Indochine.
C’est ainsi qu’éclate L’affaire d’Henri Martin, née de la disproportion entre une simple activité politique, contraire au règlement militaire et la condamnation à cinq années de réclusion.
Henri Martin devient le symbole de la « lutte du peuple français contre la sale Guerre d'Indochine ».
Des comités de défense se forment, à l'initiative du PCF et de personnalités du monde politique ou intellectuel. Jean-Paul Sartre publie, fin 1953, chez Gallimard, le livre L'Affaire Henri Martin. On y trouve les appuis et témoignages de Jean-Marie Domenach et de la revue personnaliste Esprit, de Jean Cocteau et de personnalités aussi diverses que Hervé Bazin, Francis Jeanson, Michel Leiris, Jacques Madaule, Jacques Prévert ou Vercors…
Malgré une longue campagne d'une grande ampleur : meetings, débrayages, brochures à grand tirage, Henri Martin n'est libéré que le 2 août 1953.
(Pour davantage d’information, consulter l’encyclopédie Wikipédia)