mardi 2 mars 2010

Rimbaud Un pierrot dans l'embêtement blanc par Claude Vautrin

Rimbaud d'après une photographie de Carjat. Composition de Raymond Perrin

RIMBAUD UN PIERROT DANS L'EMBETEMENT BLANC


Merci à Claude Vautrin qui a publié cette présentation de mon
essai dans Massif des Vosges Magazine n° 34, fin février 2010.
(Cliquer sur l'image pour lire plus aisément le texte)

lundi 1 mars 2010

L'Histoire de la littérature jeunesse n'est pas un fleuve tranquille

"Lire au collège" n° 67 : Violence, tabous, trangressions (printemps 2004)

L’Histoire de la littérature de jeunesse n’est pas un fleuve tranquille !
Autres temps, autres mœurs : l’idée de « livre pour la jeunesse », les limites de ses frontières, ses tabous et ses seuils de tolérance, ont nécessairement évolué au cours d’un siècle, secoué par les guerres, les idéologies et leurs goulags. Les notions même d’enfance et d’adolescence sont très fluctuantes. Elles ont nécessité des ajustements si mouvants qu’on en vient même aujourd’hui à aller au-delà de ces distinguo pour créer des collections destinées aux « jeunes adultes » ou, suprême astuce commerciale, des « romans transgénérationnels » !
Empruntons les bottes de sept lieues nécessaires pour parcourir les décennies.
Au début du XXe siècle, l’idéologie et la morale républicaines imprégnant les récits et une logique économique implacable s’opposent à l'esprit créatif et à l'imagination. La morale républicaine substituée à la morale chrétienne montre la même rigidité et l'absence d'invention. Aux récits romancés, sans contexte historique ou social fort, ont succédé des ouvrages purement instructifs…
Les lecteurs actuels de fantastique croiront-ils que le courant « réaliste » est, pendant longtemps, le plus encouragé par la France profondément cartésienne, méfiante à l’égard de « la folle du logis » et du récit merveilleux ou fantastique. En 1906, au moment où reparaît la version « autocaviardée » du livre de G. Bruno : Le Tour de la France par deux enfants, si peu fiction mais vraie leçon de choses continue et réaliste, les petits Anglais satisfont leur imaginaire avec Peter Pan. L’ouvrage de G. Bruno, « laïcisé » après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, est en outre, l’exemple le plus manifeste d’autocensure. L’espace disponible oblige à nous focaliser sur quelques genres jugés suspects.

Le long purgatoire des « mauvais genres »
L'intrigue policière et le roman de science-fiction, ghettos circonscrits dans le grand ghetto de la sous ou paralittérature, sont généralement déconsidérés. Les énigmes policières, même celles d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc ou Le Mystère de la chambre jaune (1908) de Gaston Leroux devront attendre des « glissements culturels » parfois tardifs avant d'être publiés dans des collections conçues pour la jeunesse. (Seuls Sherlock Holmes et Rouletabille échappent à l’exclusion). Les ouvrages ressortissant au merveilleux scientifique de J.-H. Rosny, devront subir un même purgatoire. L'hebdomadaire L'Ami de la jeunesse se voit reprocher par La Gazette de la presse, en mai 1914, de publier « des romans policiers et des aventures sanglantes », capables d'entraîner les lecteurs « à la folie et au crime ».
Rappelons les agissements des Savonarole de la presse et de la littérature enfantine dont la figure emblématique fut celle de l’abbé Louis Bethléem, (1869-1940). Directeur de la Revue des lectures, il fustige, dès 1913, les « mauvais » illustrés du groupe Offenstadt, les romans policiers de Ferenczi, les westerns des Editions modernes, les aventures de Buffalo Bill ou de Mandrin des Editions Prima… Il établit, en 1931, une liste-type de Récits pour enfants, puisque la littérature enfantine « ne tue pas moins d’âmes que l’école sans Dieu » !
La fiction féerique, longtemps suspecte, est critiquée par les pédagogues, comme Maria Montessori, dénonçant à Londres en 1921, « la mauvaise influence du merveilleux sur la jeunesse », (Annie Renonciat le rappelle dans Livre mon ami). Cette critique sera d’ailleurs reprise par Célestin Freinet, dix ans plus tard… et dans les années 50, par le psychologue et réformateur de l’éducation, Henri Wallon, fermement convaincu que l’enfant ne distingue pas rêve et réalité.
L’astuce des éditeurs a consisté alors à éviter les mots qui fâchent. Puisque l’aspect scientifique et anticipatif des romans de Jules Verne est communément accepté, adaptons le vocabulaire ! Qui se douterait que la collection « Contes et romans pour tous », chez Larousse, dans les années 20-30, cachent plusieurs ouvrages de S-F, tels ceux de Henri Bernay ? De 1927 à 1932, Tallandier utilise l’expression « Voyages lointains-Aventures étranges » pour une collection où l’on rencontre les auteurs Jean de la Hire, Maurice Champagne ou M. Limat. A partir de 1929, les éditions Fernand Nathan recèlent dans leur collection « Aventures et voyages », (faussement anodine), maints ouvrages d’anticipation de T. C. Bridges, Tancrède Vallerey, O. von Hanstein et Henri Allorge. Qui croirait que la collection « Caravelles » des éditions Fleurus s’adonne aussi en 1957-58 à ce même genre de récits ? Même en 1970, la collection, chez Hatier et G.-T Rageot, « Jeunesse poche » (1970-1974), développe une section « anticipation », (pour les premiers récits juvéniles de S-F de Christian Grenier et Pierre Pelot). Il faut attendre 1977 et « L’effet "Guerre des étoiles" », le film de George Lucas, pour que l’on admette enfin que la collection pour ados, « L'Age des étoiles », chez Robert Laffont, soit entièrement consacrée à la science-fiction et le dise.
Dans le genre « policier », certains pourraient à tort, croire qu’il a fallu la création de « Souris noire » en 1986 pour que le genre soit présent sur le rayon jeunesse. Au coeur des années 50, par le jeu de rééditions souvent illustrées, Les Disparus de Saint-Agil (1935) de Pierre Véry, Le Cheval sans tête de Paul Berna, L’Affaire Caïus d'Henry Winterfeld, deviennent les prototypes des histoires policières qui donnent le rôle principal aux enfants. Est-ce en raison du caractère policier du récit que l’on critique l'implication d'un ou plusieurs enfants enrôlés de gré ou de force dans l’aventure, où les adultes n'ont qu'un rôle effacé ? . (Tintin, à la même époque, sans doute parce qu’il appartient au monde méprisé de la B.D., échappe à ces critiques). Que la bande à Gaby, du Cheval sans tête de Paul Berna, formée d’enfants banlieusards de « la rue des Petits-Pauvres », soit encore considérée par Paul Garapon, dans la revue Esprit, en 2002, comme une « bande de voyous », stupéfie. Est-ce être en raison de l’argot jubilatoire de ces jeunes débrouillards, au langage familier mais juste ?
Chance ou malchance de l’énigme policière : les séries du genre (Club des cinq, Alice, plus tard, Langelot, Michel, Fantômette…), démarrent en 1955 chez Hachette. Le double discrédit tombe à la fois sur le genre et sur la notion de série, confondue parfois avec celle de collection et même de cycle. Il en résulte encore aujourd’hui une censure inavouée, non explicite mais bien réelle, par exemple, dans la liste du Cycle III. Alors que la plupart des B.D. choisies sont issues de séries, tout récit d’un roman développé dans une trilogie ou ayant une suite a été banni, (une exception confirme la règle : Le Buveur d’encre d’Eric Sanvoisin).
Donnons un coup de projecteur sur les fictions « réalistes » des années 70-80.

Mai 68 et ses conséquences plus ou moins lointaines
Dans Le Monde du 13 décembre 1969, Simone Lamblin se plaint des centres d'intérêt de la jeunesse car « on connaît assez bien le répertoire des thèmes romanesques : les animaux, l'enfant malade ou orphelin (ou les parents malades), le sauvetage d'un animal par un enfant et inversement, les jeunes dépistant les manœuvres d'un personnage énigmatique, l'équipée d'un jeune garçon dans des circonstances exceptionnelles, la récupération d'un trésor ou d'un objet volé, etc., tous sujets exploités depuis le XIXe siècle sans avoir jamais été remis en question ». Or, tout va très vite changer.
Des collections comme « Plein vent », chez R. Laffont, « Travelling », chez Duculot en 1972, « Les Chemins de l’Amitié », chez Amitié-G.T. Rageot, en 1973, « Grand Angle » pour G. P. en 1974, s’ouvrent aux réalités de leur temps. « Travelling » évoque des aspects du monde actuel, sans éviter la cruauté de certaines réalités contemporaines. Ainsi sont mis en récits le génocide des Indiens au Brésil, la guerre civile en Irlande du Nord ou les conditions de vie des travailleurs immigrés… Des romans traitent de la vie et de la psychologie conflictuelle des adolescents, de leurs aspirations… « Les Chemins de l'Amitié » vont toucher des lecteurs de plus en plus mûrs. Ses objectifs sont de « clarifier la vision des grands sujets d'actualité et des divers problèmes auxquels, dans notre société moderne, chacun est confronté ». Chaque roman fait « appel au "vécu", offrant ainsi au lecteur des éléments de compréhension qui pourront éventuellement lui permettre de mieux se situer dans le monde dans lequel il vit. »... « Grand Angle » évoque des problèmes sociaux ou des thèmes actuels. Ouverte sur le monde contemporain, « d'hier, d'aujourd’hui et de demain », à travers des récits permettant « une meilleure approche des problèmes de notre temps », elle publie aussi des romans historiques engagés.
Ce sont justement ces collections qui vont être violemment critiquées en 1985, par Marie-Claude Monchaux dans son pamphlet Ecrits pour nuire, (revu et augmenté en 1987). Les Editions de l’Amitié pour « Les Chemins de l'Amitié » et G. P. à cause de « Grand Angle » et Duculot pour la collection « Travelling », essuient des tirs nourris… Utilisant avec adresse le réflexe de réduction, par exemple, pour quelques lignes isolées du contexte et évoquant la masturbation, elle tire à boulets rouges sur Les Tilleuls verts de la promenade de B. Barokas.
Plus généralement, elle accuse la littérature pour la jeunesse des 10-15 ans des pires turpitudes. « Cela va de la destruction de la famille et l'idée de patrie, jusqu'au mépris pour le corps enseignant, l'apologie de la drogue, de toutes les déviances sexuelles, avec l'obsession gauchiste de la morbidité et de la mort ». S'y ajoute l'encouragement au vol, la drogue, la vie sexuelle précoce, l'antimilitarisme, le rejet, outre celui de la famille, de la société et de la nation, et la justification de la violence ! Même si elle semble surtout s’en prendre aux éditeurs éloignés de ses convictions politiques, ses attaques visent un grand nombre d’éditeurs. Nul ne sera surpris des charges contre des éditeurs de gauche, comme La Farandole. En 1987, on reproche aux éditions Syros des livres parus en « Souris noire ».
On dirait que l’auteur ne supporte, ni l’évocation de la solitude et de la sexualité de l’adolescent, ni celle de la maladie et de la mort, encore moins celle de réalités sociales ou économiques contemporaines, comme le prouve son aversion pour la collection « Mon bel oranger », publiée chez Stock. Le parti pris généralisé, nourri de lectures univoques et compulsives, rend inacceptables ces critiques.
La pamphlétaire, muette sur certaines dérives de la collection « Signe de piste », s’en prend à Gallimard à travers « Folio junior ». Les éditeurs novateurs sont dans la ligne de mire. L’Ecole des loisirs au rôle majeur dans le renouvellement de la littérature jeunesse ne pouvait sans doute pas être davantage épargnée que Christian Bruel, Le Sourire qui mord ou les albums d’Harlin-Quist. On extrait artificiellement une liste de mots jugés grossiers pour « descendre » le très utile récit de Susie Morgenstern, intitulé La Sixième. Reprenant un procédé fréquent à l'extrême droite, l’auteur dénonce « un plan visant à s'emparer de l'enfance », un complot, « mis en place il y a 60 ans » (sic), unissant auteurs, illustrateurs, éditeurs, éducateurs et bibliothécaires. Leur but ? «démanteler les structures actuelles de la civilisation occidentale contemporaine, de déstabiliser la famille, de discréditer l'ordre social, les mœurs, et d'affaiblir les lois, l'Armée, la sécurité, la nation ». Illustration très claire de la difficulté à admettre les nouveaux territoires de la littérature à destination de la jeunesse.

L'ancrage dans le réel et l'Histoire, toujours surveillé de près.
Deux tendances antagonistes, avec leurs propres détracteurs, ont toujours traversé l’Histoire du livre pour la jeunesse. L’une privilégie le merveilleux, longtemps fort suspect, en France du moins, car la littérature anglo-saxonne n’a jamais eu, semble-t-il cette méfiance, (elle le prouve encore aujourd’hui avec Harry Potter), l’autre tente d’appréhender les réalités sociales ou psychologiques qui aideront l’enfant et l’adolescent à accepter le monde tel qu’il est. Loin de se cantonner dans le thème de l’aventure, cliché du récit admis par tous, la littérature jeunesse est entrée de plain-pied, déjà au cours des années 70, dans le monde actuel dont elle reflète peu à peu tous les aspects.
Heureusement, nous sommes bien éloignés de l’époque où le contenu idéal des livres destinés aux jeunes devait être un paradis sucré, aussi insipide qu’anodin. Encore le merveilleux « irréel » était-il encore parfois banni. On pense aussitôt à l’histoire de ce roi qui souhaitait que son prince de fils ne soit pas exposé à la réalité du monde extérieur jugé trop cruel. Il interdisait donc toute mauvaise nouvelle. On connaît la suite : confronté un jour à la dure vérité, le prince ne lui a pas survécu. Ce n’est certes pas une raison pour ne proposer à la jeunesse que des tranches de vie bien dramatiques, pleines de cadavres sanguinolents, (comme dans Barbe Bleue), de père égorgeur, (tel celui du Petit Poucet qui trucide ses propres filles), ou incestueux, (voyez le géniteur de Peau d’Ane). Il existe aussi des pères lâches ou absents, n’est-ce pas Monsieur Lepic ? des adultes sadiques qui fouettent les enfants, chez Mme de Ségur. Une façon de rappeler que chacun peut construire une lecture par trop unilatérale et bornée, comme s’il était nouveau que « le réel investisse les pages des livres d’enfants ». Une façon aussi de dire que s’ils le font avec suffisamment de profondeur psychologique, de tact et de sensibilité, et c’est le plus souvent le cas, les auteurs de la littérature jeunesse peuvent, dans leurs fictions nuancées et subtiles, aborder des thèmes forts et nécessaires parce qu’ils sont ceux du monde dans lequel leurs lecteurs vivent.
L’amour était déjà au cœur des histoires traduites de l’Allemand Peter Härtling, comme Ben est amoureux d’Anna (1981) ou Jitka, reprises en « Pocket Junior ». Le Coup de foudre, titre de Nicole Schneegans, est à double sens mais il est pris dans son acception restreinte par Susie Morgenstern qui préfère s’attarder sur la faim d’aimer dans Premier amour, dernier amour.
Gudule s’adresse à des adolescents et n’esquive pas la première relation sexuelle dans L’Amour en chaussette, chez Thierry Magnier, en 1999. Adieu mes douze ans déclare Annie, le personnage de Betty Miles (1994), quand ses premières règles apparaissent. Des réalités plus crues, peuvent être traitées. Christophe Honoré, à travers l’histoire de P’tit Marcel, évoque le sida qui atteint le frère aîné dans Tout contre Léo (1996). C’est aussi cette maladie qui frappe Thomas, le contaminé par transfusion sanguine, dans La Vie à reculons de Gudule. Dans Mon cœur bouleversé (1999), P’tit Marcel a trois ans de plus et Léo est mort. L’adolescent voit ses parents incapables de faire le travail du deuil. « Je ne suis pas une fille à papa » (1998) affirme la fille aux deux mamans d’Honoré, et l’homosexualité est en filigrane dans le récit de Chris Donner : Les Lettres de mon petit frère (1991), tout comme dans le roman Comme le font les garçons (1998), de Marie-Sophie Vermot. Thierry Lenain a su, sans nourrir chez les lecteurs de fantasmes de peurs permanentes, faire allusion à la pédophilie dans La Fille du canal. Roger Judenne en abordant les rumeurs mensongères donne un autre éclairage dans Bruit de couloirs (1999). L’inceste, illustré par le cas d’une fillette abusée par son oncle, exigeait le tact de Claire Mazard, (Maman, les p’tits bateaux). Claude Clément parle du viol, dans sa fiction intitulée La Frontière de sable et Virginie Lou s’insurge contre les violences qui touchent à l’intimité, dans Je ne suis pas un singe. On hésite parfois à citer ces exemples, rares par rapport à une abondante production, parce que l’on redoute leur exploitation malsaine par les tenants d’un retour à l’ordre moral et les esprits régressifs qui semblent hélas les produits corollaires des crises économiques ! (1) Admettons d’abord que les enfants ne sont pas troublés par les mêmes choses que leurs parents. Certains changements de la société méritent d’être abordés moins gravement, la nudité par exemple. L’acte que Louise ne parviendra pas à réaliser en vacances, se mettre en tenue d’Eve, en 1997, dans La Vérité toute nue de Brigitte Smadja, le garçon imaginé par Alain Grousset l’a accompli en 2000, puisqu’il peut raconter Mes premières vacances tout nu (en « Première Lune »). Emilien, l’adolescent de Marie-Aude Murail veut être Baby-Sitter… et Anne Fine imagine des garçons qui veillent paternellement sur des Bébés de farine, pour s’initier à la paternité. Les filles sont parfois confrontées à des situations plus graves. L’adolescente Christine découvre qu’elle est enceinte et, En plus, c’était pas prévu (1997), raconte Marie-Sophie Vermot. Va-t-elle élever cet enfant plus tard ? Dans A. comme voleur de Jean-Claude Mourlevat, Arthur, abandonné dans un appartement sans électricité, est contraint de voler pour se nourrir. C’est sur le toit d’une H.L.M. que se réfugie une famille expulsée, dans Valet de carreau de Régine Detambel. La maladie gravissime et la mort ne sont plus tabous dans ces ouvrages. La fin peut venir de la guerre, comme dans L’Oasis de Xavier-Laurent Petit, quand se déchaîne la terreur islamiste, comme en Algérie. C’est franchement Un enfant dans la guerre que montre Thierry Jonquet quand un adolescent irakien doit affronter les champs de mines. Alice Mead, dans La Croix d’Adem (1999), aide à comprendre l’épuration ethnique chez les Kosovars. Sauve-toi, sauve nous ! crie Noé à son père accidenté, comateux, puis amnésique, dans le roman de Marie-Sabine Roger.
Claire Laroussinie ne laisse pas de chance de survie au père victime lui aussi d’un accident, et son personnage, pour cacher sa douleur, s’écrie : Même pas mal. Dans Esie-la-Bête (1999), premier récit de Rose-Claire Labalestra, publié par Thierry Magnier, la fillette surnommée ainsi est née de handicapés mentaux et traitée à l’école de « débile ». Une large place a été faite depuis deux décennies, dans le roman juvénile contemporain, aux handicaps de toutes sortes. D’autres problèmes sociaux sont aussi naturellement abordés, le chômage et son cortège de misères, le racisme et la difficile intégration quand on a hérité d’une double culture, la violence des banlieues et de la rue. Mais c’est le fait de romans qui visent un lectorat déjà mûr et l’on a assez reproché les indications de tranches d’âge pour ne pas engager de mauvais procès aux éditeurs qui font leur travail en laissant les auteurs témoigner par leurs récits sur un monde contemporain perçu à travers une sensibilité souvent écorchée et une écriture sans effets inutiles.
Aujourd’hui, la surveillance ne s’est pas relâchée comme si l’écrivain publiant ses écrits, non « pour la jeunesse » mais dans les collections jeunesse, devait aller au-delà de sa soumission à la loi de juillet 1949 dont il faudrait citer tout le paragraphe 2 pour en démontrer le caractère excessif.
Sans doute faut-il rappeler que les membres de la commission relative à cette loi de 49, outrepassant leur rôle de censeurs dans la presse, sont intervenus dans le processus de création des auteurs et des éditeurs. Dès 1951, ils transmettent aux éditeurs des consignes précises sur la représentation souhaitable des personnages, les limites de « l’affabulation » tolérable et des instructions détaillées recommandant la variété des rubriques, une sorte de nouveau « catéchisme » de la presse juvénile ! (2) L’écrivain pour la jeunesse sait qu’il doit se plier à davantage de contraintes que le romancier pour adultes, même si tout auteur écrit à la suite d’une émotion, d’un questionnement, d’un besoin urgent d’accoucher d’une histoire qui s’est autant imposée à lui que la nécessité de respirer. Déjà bridé parfois par une autocensure inavouée ou inavouable et, au final, encore contrôlé par les directeurs de collections et les éditeurs, il dispose des droits de la fiction et doit en plus de méfier de ceux qui reprennent une vieille recette pour l’accuser d’appartenir à une « littérature industrielle ».
Germaine Finifter, défendant « Le roman miroir de la société» a raison de souhaiter que certains romans « donnent envie de mener sa vie sans la subir ». Elle osait conclure : « Souhaitons que la littérature de jeunesse fasse s’interroger ses lecteurs sur eux-mêmes et sur le monde auquel ils appartiennent ».
Geneviève Brisac, directrice de collections à l'Ecole des loisirs apporte un éclairage intéressant, dans Lire au collège en 1999, quand elle écrit : « Les histoires d’édition ne sont pas des contes de fées et contrairement à ce qui peut se passer en littérature générale, ce qui dérange et provoque est mis de côté : il ne faut pas inquiéter, telle est la règle du marketing des livres de jeunesse. » Condamnée à « ne pas se hasarder à dire la vérité », cette littérature se contente « du faux thriller, des semblants de violence urbaine, de la pathologie sociale pasteurisée ». Gudule se plaint aussi de «directrices affligées du redoutable "syndrome de l’instit." ». Existent-ils encore « ces redoutables chirurgiens esthétiques qui se donnent pour mission de biffer, remanier, transformer, cisailler, réaménager joyeusement les textes qui leur sont confiés, sans égard pour l'auteur » ? Laissons les écrivains écrire, laissons les enfants lire et souhaitons que chaque « prescripteur », refoulant ses névroses, soit un vrai « passeur de livres ».

(1) En exprimant de telles hésitations, justifiées par le pamphlet de 1985-1987, j’étais loin d’imaginer que les nouvelles attaques contre l’approche légitime des réalités actuelles dans la littérature jeunesse viendrait d’un hebdomadaire de « gauche » ! Voir le dossier publié dans Le Nouvel Observateur n° 1962, du jeudi 13 juin 2002 n° 1962 : Quand le rose vire au noir et ma réaction dans la "Lettre ouverte à propos de la littérature jeunesse" sur ce blog, à la date du 20 janvier 2010.
(2) Sur le rôle de la censure exercée dans la presse juvénile, on peut consulter Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle (L’Harmattan, 2009), pages 178-181.


Merci au rédacteur en chef Vincent Bocquet qui a publié cet article dans le n° 67 de Lire au collège p. 6-10 (printemps 2004), avant de présenter fort élogieusement Un siècle de fictions pour les 8 à 15 ans (page 10)

samedi 27 février 2010

Collection "Maïa" (Stock), à partir de 1926




"Maïa" : une collection internationale, reliée et illustrée avec goût (chez Stock, depuis 1926)
La très ancienne maison d’édition Stock, fondée en 1708, contrainte de vendre ses éditions en 1921, prend le nom de Librairie Stock, Delamain et Boutelleau en 1925. Un an plus tard, Maurice Delamain et Jacques Boutelleau (plus connu sous son nom d'écrivain : Jacques Chardonne), créent, avec Stock, la collection "Maïa", reliée et illustrée avec beaucoup de goût. La collection éponyme du personnage de Waldemar Bonsels publient d’abord Maïa l'Abeille et ses aventures (écrit en allemand en 1912), puis Peuple du Ciel, mettant en scène un elfe. Cette collection a pour ambition d'éditer « les beaux romans pour la jeunesse moderne », « de vrais livres copieux, captivant l'imagination sans la gâter ». En plus des Contes par Andersen ou ceux d’A. Wahlenberg, les jeunes lecteurs vont apprécier quelques récits animaliers, de Félix Salten dont on traduit Bambi le chevreuil, une vie dans les bois (écrit en allemand en 1923), ou de Colette, pour Histoires de Bel-Gazou, un recueil inédit de 1931. Parmi les autres titres, on relève, Trois petits enfants bleus de Geneviève Fauconnier(1886-1969), inspiré par un rideau en toile de Jouy, publié dès 1927. Claude Roen imagine le pèlerin minuscule, le dernier Nain de la forêt, Robin Pouceton. On mêle littérature française (par exemple, une adaptation du Roman de Renard par André Pézard en 1928, avec des illustrations osées pour l’époque), et littérature étrangère.

De nombreuses traductions
On y traduit, dès 1927, Kari l’Eléphant de Dhan Gopal Mukerji, illustré par Ionna Bassarab, et encore Emile et les détectives, écrit en 1928 par le romancier allemand Erich Kästner, traduit en 1931. Ouvrage policier novateur, il donnait le premier rôle au jeune Emile Tischbein, parti pour Berlin en train. Lors du voyage, il se fait voler son argent et poursuit le voleur, arrêté plus tard, grâce à l’aide d’autres enfants.
De Kästner, on traduit aussi en 1936, Petit Point et ses amis, publié dès 1931 en Allemagne. En 1937, la traduction du chef-d’œuvre du Hongrois Ferenc Molnar (1878-1952), Les Gars de la Rue Paul, constituera le 17e volume. Il conte les frasques de deux bandes de collégiens chahuteuses et rivales, à Budapest, au début du siècle. Cette histoire, si datée que Napoléon est encore une figure héroïque pour ces préadolescents, est constamment rééditée, tant ces jeunes gens demeurent des écoliers comme les autres.
Sept ans après l'édition originale aux Editions du Centaure, en 1931, est réédité L'Enfant dans la forêt de Madeleine Ley (dont on publie aussi les poésies de Petits voix, illustrées par Edy Legrand), l'année où paraît aussi l’histoire du Gaulois Ambor le loup de J.-H. Rosny.
Il faudrait encore citer Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, La Caravane (des légendes orientales) de Wilhelm Hauff, Immensee de Théodor Storm, Une poursuite dans les terres de silence (dans l’extrême Nord de l’Amérique) par Stewart Edward White…
Perdurant après la guerre de 39-45, la collection "Maïa" propose toujours deux versions : la « Série A » s'adresse « à la jeunesse de 8 à 15 ans », la « Série B », « aux jeunes gens et jeunes filles de 12 à 15 ans ».

mercredi 24 février 2010

Serge Sauvion, "la voix de Colombo" dans un téléfilm de Pelot




Quand Serge Sauvion, « la voix française de Colombo », joué par Peter Falk, était acteur dans les Hautes Vosges…
C’était aux mois de mai et de juin 1984. L’équipe de FR3–Nancy menée par le Lorrain Michel Guillet s’était déplacée dans la vallée de la Haute Moselle, en particulier à Bussang et à Saint-Maurice. Elle réalisait le téléfilm, Le Pantin immobile, d’après l’adaptation que Pierre Pelot venait de concevoir en suivant fidèlement son roman homonyme.
A l’époque de la diffusion, le 22 mai 1985 (à 22 heures 25 !), Jeannick Le Tallec, dans Télérama, évoquait « l’histoire d’un rêve, brisé, d’une confiance trahie, la contradiction entre l’attachement au passé, aux racines et la soif d’un ailleurs ».
En effet, Lorrain, le routard (joué par Henri Deus), revient dans les Vosges avec son ami Sergio (interprété par Serge Sauvion) en lui faisant croire qu’il va l’emmener en Italie. Tandis que Lorrain s’arrête à Saint-Maurice sur-Moselle, son village natal, Sergio qui cuve son vin reste dans le train jusqu’à Bussang, cul-de-sac où il se fait quelques amis. Quand il se rend compte que son ami l’a trompé, quatre jours plus tard, il part le retrouver au feu de la Saint-Jean, sur la place de l’église et c’est le drame.

Serge Sauvion (décédé le 13 février 2010) joue le rôle de Sergio avec beaucoup de conviction et de concentration. Il fallait le voir, prostré des heures sur les marches de l’église de Saint-Maurice alors que la scène centrale ne survient que dans les premières heures du lendemain, quand le bûcher n’est plus que tisons et cendres.

L'hebdomadaire Télé Poche relève la sobriété de la réalisation : "Pas d'effets spectaculaires, mais une histoire toute simple, filmée simplement, sur l'amitié, les illusions de jeunesse et les dures réalités de la vie".
(voir "Vosges matin" du 18 février 2010)

LE PANTIN IMMOBILE : STRUCTURE DU RECIT, UN MONTAGE RIGOUREUSEMENT PARALLELE

LIEUX, JOURS, ACTIONS PRINCIPALES
MERCREDI
Epinal a) Lorrain et Sergio quittent Epinal pour
St-Maurice s/Moselle Remiremont en train de marchandises
St-Maurice s/M. b) Lorrain descend à Saint-Maurice subrepticement. Sergio, ivre, reste dans le wagon qui roule toujours
St-Maurice s/M c) Lorrain est invité par son ami Poli, dans la vallée de la Goutte. Le soir, il visite sa maison en construction.
Bussang d) Sergio se réveille dans le wagon, en gare de Bussang
Bussang e) Les bûcherons de la gare le renseignent
Au café, il brise un verre. Les gendarmes l’emmènent.

JEUDISt-Maurice s/M. a) Lorrain rend visite à Pierre, le romancier
St-Maurice s/M. b) Le soir, Poli rencontre Jacky qui prend des photos

Bussang c) Sergio, sortant de la gendarmerie, rencontre Isabelle et son ami Jean-Louis (connus au café.)
Tous trois pique-niquent.
Bussang d) Les trois amis rêvent de voyage en Italie...
VENDREDISt-Maurice s/M. a) Lorrain retrouve Josée et surtout Anne, sa soeur
beaucoup plus souriante et accueillante.
Bussang b) Sergio travaille à la scierie, mange chez Mado puis se couche, éreinté.

SAMEDISt-Maurice s/M. a) Lorrain aide Poli dans les travaux de la maison
Jacky apporte la photo et l'article du journal...
Bussang b) Sergio veut partir seul
Isabelle et Jean-Louis, déçus et amers, se disputent.
St-Maurice s/M. c) Le soir, Lorrain se rend au feu de la Saint-Jean
sur la colline, avec Anne.
Bussang d) Au café de Mado, Jean-Louis, ivre et déçu, lit à Sergio
l'article qui parle de Lorrain.

SAMEDI ET APRES....St-Maurice s/M. a) Lorrain et Anne filent le parfait amour.
Sergio, saoul, attend près de la place de l'église.
St-Maurice s/M. b) Au petit matin, après une discussion un peu vive, Sergio
frappe Lorrain et le tue, involontairement...

Collection "Jean-François" Les auteurs, les illustrateurs, les titres (D à V)







Collection "JEAN-FRANCOIS" - Editions Gautier-Languereau/Fleurus.

Cette collection est relativement peu connue, sans doute en raison de sa diffusion dans les seuls milieux catholiques : bibliothèques paroissiales, patronages, écoles privées, internats scolaires catholiques, séminaires etc.

Pour mieux la connaître, lire la présentation qui en est faite dans l'essai :
Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle (L'Harmattan, 2009) : pages 147 à 150.
Auteur, Illustrateur, Titre, date de parution :
René DUVERNE, Ill. Frédéric-Antonin BREYSSE : Le Lac sans fond (1950) Prépublié dans " C. V.", 1er semestre 1948.
René DUVERNE, Ill. F.-A. BREYSSE : La Percée des Mammouths Mountains (4e trim. 50) Prép. "Coeurs Vaillants" 1947.
René DUVERNE : Ill. F.-A. BREYSSE : L'Affaire des pétroles sous-marins (2e trim. 52) Prép. "C. V." 1er sem. 52
René DUVERNE, Ill. Noël GLOESNER : Atoll 72 (4e trim. 1953)
René DUVERNE, Ill. Pierre BROCHARD : Le Mystère du gouffre (2e trim. 1954)
Paul FABRICE, Ill. A. D'ORANGE : La Cargaison du "Léviathan" (1955) 1er Prix "Coeurs V." de litt. enf. en 55.
Ruth FORBES CHANDLER, Ill. Georges PICHARD : La Ferme aux Chinchillas (4e trim. 1962)
Yvonne GIRAULT, Ill. Pierre JOUBERT : La Horde (2e trim.1953) (1er roman d'Y. Girault)
Georges GRANDJEAN, Ill. PELLOS : La Guerre des éléphants (1956) (prépub. dans "C. Vaillants", 2e sem. 56 )
Georges GRANDJEAN, Ill. CYRIL : Le Secret des temples sans portes (3e trim. 1954)
Edward Buell HUNGERFORD, Ill. Pierre JOUBERT : L'Ile interdite (1er trim. 1955) trad. de l'américain.
L.-N. LAVOLLE, Ill. CYRIL : L'Emeraude du Grand Mogol (1956)
L.-N. LAVOLLE, Ill. BUSSEMEY : L'Onagre à la robe d'argent (3e trim. 1958) Prép. dans "A. V.", 1er sem.1957.
L.-N. LAVOLLE, Ill. Alain d’ORANGE: Nuno de Nazaré (1959) (Prix Enfance du monde, 1959)
L.-N. LAVOLLE, Ill. Alain d’ORANGE : Aventures sur le Nil (4e trim. 1962)
Thérèse LENOTRE, Couv. P. JOUBERT, Ill. J. P. PINCHON : Le Tambour d'Auzterlitz (2e trim. 1954)
LE SAUVAGE, (Robert FATOU), Ill. Alain D'ORANGE : Aventures aux Caraïbes (3e trim. 1960)
LE SAUVAGE, Ill. Pierre JOUBERT : La Diane de Rhodes (4e trim. 1955).
LE SAUVAGE, Ill. Pierre JOUBERT : Pétronille reprend la route (3e trim. 1959)
LE SAUVAGE, Ill. M. PREVOT : Fantôme à louer (1962)
André MAC-CORMICK, Ill. F.A. BREYSSE : L'Inconnu de la Chevrière (1952) Prépublication dans "Fripounet et Marisettte", 1950
Gilles MAGNY, Ill. Alain d’ORANGE : Le Passage oublié (1955)
P.-P. MAGUIRE, trad.-adapt de Y. GIRAULT, Ill. JAN-LOUP : A nous deux, Docteur Mellor ! 3e trim 1952
Guillemette MARRIER, Ill. Jean DROIT : Contrebandiers d'honneur [1955]
Rémi MAYAN, Ill. Pierre BROCHARD : Cadet de Provence (1er trim. 1954)
Jacques MIPE, Ill. Paul DURAND : H. U. 1 à Port-Goulphare (3e trim. 1955).
Jacques MIPE, Ill. CYRIL : Trident II en péril (3e trim. 1961)
Geneviève MOREL, Ill. JAN-LOUP : La Bague d'argent [1953]
Paulette MORIN, Ill. Noël GLOESNER : Enquête au collège (2e trim. 1960)
Max NICET (Maurice CHAVARDÈS), Ill. Pierre JOUBERT : Le Mystère de la Tour (3e trim. 1952)
Denyse RENAUD, Ill. Bernard BARAY : Le Fleuve aux Eaux Blanches (1er trim. 1956)
Bertrande de RIVIERE, Ill. Alain d’ORANGE : Le Tigre rugira cette nuit (1er trim.1954)
P. ROUGEMONT, Ill. Robert RIGOT : Le Signe sur le Sable (1950) Prépublié dans "Coeurs Vaillants" en 1947.
P. ROUGEMONT et Jean GUIDONI, Ill. Pierre JOUBERT : La Dame blanche (1951)
Louis SAUREL, Ill. Pierre JOUBERT : Montjoie ! Saint Denis (3e trim. 1957)
Henri SUQUET, Ill. M. DE LA PINTIERE : La Maison du Vent (1er trim. 1954)
Henri SUQUET, Ill. Raoul AUGER : S.O.S. Ici Paris ! (2e trim. 1954)
Félix SUTTON, Ill. G. PINCHARD : Le Dangereux Safari (trad. de l'amér.) (2e trim. 1961)
Georges TRAVELIER, Ill. J. GIRAUD et G. MOUMINOUX : Amérique An Mille (2e trim. 1959)
Claude VALETTE, Ill. CYRIL : La Fleur d'émeraude (2e trim. 1954)
Marcelle VERITE, Ill. CYRIL : Tempête sur Hong-Kong (vers 57-58)
Paul VIALAR, Ill. Pierre JOUBERT : Le Voilier des îles (1er trim. 1954)
Jean VIGNON, Ill. P. MARTY : Jimmy [1953]. Prépublié dans "Coeurs Vaillants", 2e semestre 1952.
Jean VIGNON, Ill. Alain d'ORANGE : L'Horloge de Tristeval (3e trim. 1954) Prép. dans "C.V." , 2e sem. 1953.
Jim VULPES, Ill. DUTRIAC : Le Perroquet en or (1950)
Jim VULPES, Ill. JAN-LOUP: L'Inconnu de minuit (1952)
Jim VULPES, Ill. JAN-LOUP : Le Trésor des Alaghirs (4e trim. 1955)

(86 volumes parus en 1962)

Collection "Jean-François" Les auteurs, les illustrateurs (1) (de A à D)







Collection "JEAN-FRANCOIS" - Editions Gautier-Languereau/Fleurus.
René d'ARNOULD et Jean BROSSES, Ill. Pierre DECOMBLE : Hurruguec le Naufrageur (1951) Prépub. dans "Fripounet et Marisette" en 1951.
Irène BALINSKA, Ill. André GALLAND : Le Camp secret (1950)
Paulette BLONAY, Ill. Georges PICHARD : Le Secret du bateau d'ivoire (2e trim. 1962)
Victor-Marie BONNARDEL, Ill. JAN-LOUP : Sur les Pistes du Sultan Bleu (1952)
Paul-Jacques BONZON, Ill. CYRIL : Le Voyageur sans visage (1958) (S-F)
Lucien BORNERT, Ill. Pierre MAGNIN : L'OEil de Feu (3e trim. 1960)
Philip BRIGGS, Ill. Jean. DROIT : A Dieu vat ! (1er trim. 1954) (trad. de l'anglais)
Philip BRIGGS, Ill. M. de la PINTIERE : Cap au Nord [1954]
Jean des BROSSES, Ill. Jean DROIT : Le Vengeur (4e trim. 53).
Jean des BROSSES, Ill. CYRIL : Vigilex. ou Le Secret de M. Philibert (oct. 1950)
Jean des BROSSES, Ill. Noël GLOESNER : Le Rébus de la Fontaine Ronde (3e trim. 1955)
Reginald BROWNE, Ill. JAN-LOUP : La Croisière de l'Astérion (1951) (S-F)
Roger BULIARD, adapt. Raymond LABOIS, Ill. Bernard BARAY : Nanouk (4e trim. 1956).
Thomson BURTIS, Ill. Raoul AUGER : Le Ciel infranchissable (2e trim. 1953). (S-F)
E. CAZARDES, Ill. Alain D'ORANGE : L'Inconnu du 5 septembre (1er trim. 1961)
Jacques CHABAR, Ill. JAN-LOUP : La Cité du serpent à plumes (1er trim. 1954).
Jacques CHEGARAY, Ill. Pierre BROCHARD : En bateau-stop autour du monde (2e trim. 1955)
Michel CLAIR, Ill. Pierre JOUBERT : N. K. mène le jeu [1953]
Jean CLAIR-GUYOT, Ill. [Henri] DIMPRE : Le Châtelain de l'Ile déserte 1956
Paul COGAN, Ill. CYRIL : La Crique au Calmar (1953)
Paul COGAN, Ill. Pierre DUPUIS : Les Mousquetaires du risque (Av. vécues). (1956)
Paul COGAN, Ill. CYRIL : Ouistiti et valises jaunes (1951)
Paul COGAN, Ill. CYRIL: La Tortue d'ébène (3e trim. 1952)
Paul COGAN, Ill. André GALLAND : Les Zoulacks gardent l'incognito (1950)
Paul COGAN, Ill. Alain d'ORANGE : Les Chevaliers du stade (1957) R. 64. Prépub. "C.V.", 57.
Paul COGAN, Ill. CYRIL : Les Pionniers de l'Espace (3e trim. 1959)
Paul COGAN, Ill. CYRIL : Les Volontaires du ciel (3e trim. 1958).
Maria de CRISENOY, Ill. CYRIL : Les Trois Tulipes (3e trim. 1961)
André DELOR, Ill. Noël GLOESNER : Le Révolté de Bethléem (1957) Prépub. dans "C.V.", 54.
DENIS-FRANCOIS, Ill. A. GALLAND : L'Appel de Vardecq (tome I et tome II) (1950) Prép. ds "C. V." 1er sem. 1949 R. 51
DENIS-FRANCOIS, [Denise HAMOIR], Ill. Alain d’ORANGE : Enigmes en héritage (1953)
DENIS-FRANCOIS, Ill. F. A. BREYSSE : Silence, on tourne (1954)
Yves DERMEZE, Ill. CYRIL : Les Diamants du Tanganyika (1952) Prépub. "Jeudi-Magazine", 1950.
Yves DERMEZE, Ill. Alain d’ORANGE : La Pierre Vivante (2e trim. 1958) (S-F)
Jean D'IZIEU, Ill. Pierre JOUBERT : Lumière sur la piste (1951) Prépub. "Coeurs Vaillants", 1950.
Jean D'IZIEU, Ill. Pierre JOUBERT : Les Onze de Thorslingen (4e trim. 1953) Prép. "Coeurs Vaillants", 1953
Claude DU BOUSQUET, Ill. Bernard BARAY : Les Seigneurs de la Jungle (2e trim. 1959)
Roger DUGENY, Ill. Pierre DUTEURTRE : Pierre le Corsaire (2e trim. 1960)

Collection "Jean-François" (Fleurus-Gautier-Languereau, 1950-1962)







Collection "Jean-François", (Fleurus & Gautier-Languereau, 1950-1962) : des romans inédits pour garçons
Voici le 12e épisode du "Cercle des collections jeunesse disparues"

En 1950, les éditions Fleurus s'associent à Gautier-Languereau, pour créer la nouvelle collection "Jean-François", (trop oubliée aujourd'hui). Grâce à ses journaux et à la puissance encore forte de l'Eglise, Fleurus diffuse d'abord la collection dans les milieux catholiques bien que son contenu ne soit pas idéologiquement religieux, avec cette nuance que plusieurs auteurs appartiennent au clergé, (tels les abbés Paul Rey, alias Jean d’Izieu, Henri Guesdon, alias Pierre Rougemont). Ce qu'elle propose avant tout, ce sont « des romans d'aventures aux mystérieuses péripéties et aux captivantes énigmes ». De 1950 à 1962, elle va proposer environ 86 récits illustrés en couverture et à l’intérieur. Ces récits sont très variés dans les thèmes et les lieux de l'action internationaux. Surtout, elle sollicite des auteurs habitués à écrire pour un public jeune, ouverts sur un avenir que l'on imagine délibérément optimiste.
On fait d'abord appel à des « auteurs-maison » qui prépublient parfois leur roman dans les journaux édités par Fleurus (Pierre Rougemont, Jean d'Izieu, Jean des Brosses, Jean Vignon, André Delor, de son vrai nom André Losay, 1913-1984…
Quelques récits portent leur lot d’exotisme.
Outre F.-A. Breysse, Pierre Brochard, Alain d’Orange, (pour 10 récits), Bernard Baray…, les illustrateurs sont souvent des artistes de la « maison », tels Jan-Loup, Cyril, Maurice de la Pintière, Noël Gloesner, Roger Bussemey, Robert Rigot, Pierre Joubert, (11 récits illustrés), voire Jean Giraud (futur auteur de Blueberry) et Mouminoux… Notons aussi les dessins d’André Galland, Georges Pichard, Henri Dimpre, Dutriac, Paul Durand, Pierre Duteurtre, Pierre Dupuis, Raoul Auger…
Plusieurs récits, parce qu’ils sont des romans policiers, un genre à peine toléré chez les adultes, aggravent leur cas en mettant en scène des enfants-enquêteurs et suscitent d’abord des commentaires sévères et négatifs de la part des « prescripteurs » de l’époque.

René Duverne et les aventures de Fifrelin
René Duverne (Lure en Haute-Saône, 1893-Aix-en-Provence, 1974) choisit pour héros d’une trilogie, l’adolescent acrobate Fifrelin, aidé de son pigeon Dolly et de son ancien camarade de piste au cirque Mouche, un jongleur annamite. C’est ce qui rend un peu moins invraisemblables certains exploits extraordinaires accomplis au cours des enquêtes qui mènent les héros de La Percée des Mammouths Mountains (1950), en Amérique du Nord, jusqu’à L’Affaire des pétroliers sous-marins (1952), en passant par Le Lac sans fond (1950), en Afrique du Sud. Les trois épisodes illustrées par Frédéric-Antonin Breysse ont été prépubliés dans l’hebdomadaire Cœurs Vaillants en 1947, 1948 et 1952, (mais certaines illustrations du journal ont disparu lors de l’édition en volume). René Duverne est aussi l’auteur du roman d’aventures, Atoll 72 qui associe chasse au trésor et invention d’une « lentille » sous-marine facilitant les explorations en grande profondeur.
Les romans qui ont pour thème la guerre ou les conflits suscitent autant de réserves que les policiers, s’ils n’évoquent pas le dernier conflit mondial. Ainsi, deux récits de 1953, superbement illustrés par Pierre Joubert, Les Onze de Thorslingen de Jean d’Izieu qui opposent Gaulois ou Germains aux Huns qui menacent leurs cités et La Horde de Yvonne Girault où est mis en action le jeune et sauvage Gengis Khan, sont parfois déconseillés. Autre roman à trame historique, Le Tambour d’Austerlitz (1953) de Thérèse Lenôtre raconte l’histoire du jeune Gilbert, engagé dans les armées impériales napoléoniennes.
Le Ciel infranchissable de Thomson Burtis aurait le double tort de se situer vers l’an 2000 et de montrer un grand avion américain (dont les pilotes ne sauraient être que des « guerriers »), stoppé dans le désert par un rayon fantastique ! Le titre presque anodin parce que faussement historique, La Cité du serpent à plumes (1954) de Jacques Chabar cache habilement l’aspect insolite du récit qui frôle le fantastique. Deux Français installés au Mexique découvrent un manuscrit attestant l’existence de survivants des anciens Mayas dans une cité mystérieuse. Leur recherche désintéressée sera récompensée.
Notons que la collection s'ouvre à des auteurs ayant des éditeurs « laïques » qui usent. Le plus « œcuménique » de tous est sûrement Claude Appell. Directeur de la revue laïque Terre des jeunes, il est seul à publier huit récits de 1950 à 1959, dans "Jean-François", sous le pseudonyme de Paul Cogan. On y rencontre quatre romans de L.-N. Lavolle, autre auteur « œcuménique », future romancière des éditions de l'Amitié.

De nombreux récits maritimes
La collection est d’ailleurs riche en récits et aventures maritimes. On relève en effet, Hurruguec le naufrageur (1951) de René d’Arnould et Jean des Brosses, Adieu vat ! et Cap au nord (ou les aventures d’un orphelin parti dans les mers arctiques), de Philip Briggs, En bateau-stop autour du monde (1955) de Jacques Chegaray, Le Beau Corsaire (1956) de Renée Tramond, La Cargaison du Léviathan de Paul Fabrice, Pierre le corsaire (1960) de Roger Dugeny, Aventures aux Caraïbes de Le Sauvage, etc.
Paul-Jacques Bonzon, en 1958, trois ans avant sa série Les Six compagnons, livre Le Voyageur sans visage, quand le jeune Sylvain, rendu invisible par un savant tué dans l’expérience, est contraint d’aller jusqu’en Amérique du Sud pour redevenir lui-même. Georges Bayard, futur auteur des Michel, chez Hachette, sous le pseudonyme de Georges Travelier, propose : Amérique An Mille, racontant la découverte au Groenland, par les Normands, en 999, de terres habitées par des tribus indiennes. Yvonne Girault, traductrice de plusieurs récits, a trouvé là son premier éditeur (pour La Horde). Le romancier populaire Paul Bérato, (alias Paul Mystère), propose deux récits d’Yves Dermèze : Les Diamants du Tanganyika et La Pierre vivante, une pierre dont les irradiations bouleversent la vie de jeunes campeurs et d’un géologue. Le Ciel infranchissable de Thomson Burtis et La Croisière de l'Astérion de Reginald Browne, (alias Edwy Searles Browne, 1889-1965) flirtent avec le même genre conjectural.
Autre romancier populaire, Henri Suquet publie La Maison du vent et sa mystérieuse armure moyenâgeuse et S.O.S. Ici Paris !, utilisant des technologiques surprenantes pour confondre un coupable.
Pour une présentation plus complète de la collection, lire Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle (L'Harmattan, 2009) : pages 147 à 150

mardi 23 février 2010

Cercle des collections disparues : récapitulatif

Le Cercle des collections jeunesse disparues : récapitulatif chronologique
Pour ceux qui pensent qu’un peu de clarté pourrait rendre ce blog plus « lisible » et plus utile, voici un premier récapitulatif chronologique des collections jeunesse disparues, présentées depuis le mois de janvier 2010.

- Collection "Contes et romans pour tous" (Larousse, 1928-1936) : 21 février 2010

- Collection "Aventures et voyages" (Nathan, 1929-1948) :
20 février 2010

- Collection "Plein Vent" : pour les adolescents, à partir de 1966 : 4 février 2010

- Collection "Bibliothèque Internationale", : une référence (1966-67) : 5 février 2010

- Collection "Olympic", une collection de qualité étrangement ignorée (1967) : fin janvier (1) et début février (2) 2010

- Collection "Jeunesse poche" (Hatier-G.T. Rageot) : Une des premières collections de « poche » : 16 février 2010

- Collection "Travelling" (Duculot, 1972) ouverte sur le monde actuel des « ados » : 13 février 2010

- Collection "Les Chemins de l'Amitié" (Editions de l’Amitié), pour les nouveaux adolescents dans un monde contesté et en mouvement (1973) : 12 février 2010

- Collection "Grand Angle" (G.P.), pour des adolescents préoccupés par leur époque (1974) : 11 février 2010

- Collection "Aux quatre coins du temps" (Bordas, 1978) : collection de poche multigenre à deux niveaux : 15 février 2010

- Collection "Les Fantastiques" (Magnard) (1996-2003) : 19 février 2010

Evidemment, d’autres collections du XXe ou du XXIe siècle vont suivre…

dimanche 21 février 2010

Collection "Contes et romans pour tous" (Larousse, 1928-1936...)





La collection « Contes et romans pour tous » (Larousse, 1928-1936)

Nouveau membre du "Cercle des collections disparues", la collection "Contes et romans pour tous", publiée chez Larousse dès la fin des années, mérite bien de rester dans les mémoires.


Larousse publie en fait deux séries. La série « beige et or » propose aux « aînés » des « romans modernes inédits » (par exemple Le Naufragé de l’espace et sa suite, L’Astre d’épouvante de Gustave Le Rouge (1867-1938), considéré alors comme « le Prince du fantastique « ou « le Wells français ») et Le Grand cataclysme d’Henri Allorge).
La « série rouge et or » (pour la jeunesse) est constituée de 27 volumes publiés de 1927 à 1936. (La reliure rouge est couverte d’une jaquette mobile souvent disparue aujourd’hui.)

Derradji, fils du désert

Paraît d’abord l'histoire d'un jeune Arabe Oranais envoyé en France : Derradji, fils du désert de René Maublanc, en 1927 (l’Algérien prépare l’agrégation d’arabe à l’Ecole normale supérieure de Paris). Ce récit est suivi d’Yvonne au pays de Derradji, quand cette jeune Française rend à Derradji sa visite effectuée trois ans plus tôt et découvre à la fois la richesse historique et l'âpreté de la terre africaine. Est-il nécessaire de préciser que la sympathie commune se mue en une « tendre amitié » ? René Maublanc (1891-1960), écrivain progressiste, fut un précurseur en France des poèmes haikaïs.
Pour saisir l'importance de ces romans à l'époque, lisons Mathilde Leriche. Elle écrit en 1931 : « Avant d'arriver à un roman si vivant et si joliment analysé comme Derradji et Yvonne au pays de Derradji, combien de nullités, de fadaises, et d’œuvres mauvaises faut-il lire !».
C’est une autre Afrique coloniale qu’évoque Le Targui au litham blanc de P. Demousson, puisque l’on fait de ce chef « un pillard africain », opposé à un savant français dont les inventions font (évidemment) « merveille » !

De nombreux récits d’Henri Bernay
En fait, les jeunes lecteurs actuels seraient sans doute davantage sensibles à plusieurs ouvrages qui se rattachent parfois à la S-F ou au fantastique, tels ceux d'un imitateur de Jules Verne, Henri Bernay (en fait, Auguste Thomazi, 1873-1959). Il fournit à la collection plus d’une dizaine de récits. Mais il faut distinguer ceux qui sont plus ou moins conjecturaux ou scientifiques et les autres. Dans La Pastille mystérieuse (1927), Bernay évoque la désintégration de l'atome et
son récit, On a volé un transatlantique (1928), joue sur l'esprit de suggestion démoniaque, acquis grâce au condensateur du savant Nurdos, produisant des « rayons Lambda ». Bernay aurait alors pu suggérer une réflexion sur les pouvoirs dictatoriaux en gestation à l’époque. (L’ouvrage bénéficie d’illustrations intérieures de M. Lemainque). L'Homme qui dormit cent ans (1929) fait aussi le procès de la science et des débordements dus aux progrès techniques. Dans Le Secret de la Sunbeam Valley, si l’on voit la science transformer le désert en oasis, le récit met surtout en évidence la cupidité humaine. D’autres romans : La Montagne du silence (en pleine Afrique), La Fortune errante (entre un vieil oncle et son neveu), Les Chasseurs de papillons (en Amazonie) ou Le Scolopendre (sorte de train chenille qui pénètre partout), Le Dragon volant, L’Armure du Magyar (dans les Karpathes), privilégient l’aventure.

L'anticipation naïve perce encore dans le récit d’E. de Riche, Le Raid fantastique, que l’on croit parti vers la planète Mars. En 1927, Urfa, l'homme des profondeurs, mi-homme, mi-poisson d’un monde souterrain, de Jean de Kerlecq, n'est pas moins étrange.
Auteurs connus et feuilletonistes dans Le Dimanche illustré, Charles Quinel et Adhémar de Montgon, proposent en 1931 l’histoire d’un orphelin déshérité: Bob et son chien Médard. De Francisque Parn paraît encore La Bête dans la neige (cachée dans le Nord canadien).

Collection "Aventures et voyages" (Nathan), ouverte sur les mondes imaginaires





Collection "Aventures et voyages" (Nathan, 1929-1948)

Voici l'un des plus beaux fleurons du Cercle des collections jeunesse disparues. "Aventures et voyages" s'ouvre aux mondes imaginaires et aux ouvrages précurseurs de la Science-fiction.

Première collection pour la jeunesse digne de ce nom, "Aventures et voyages" est publiée de 1929 à 1948 par les éditions Fernand Nathan. Maurice Toussaint (1882-1974) illustre plusieurs couvertures d’ouvrages qui bénéficient de superbes illustrations en noir et blanc, souvent pleine page. En 1932, le duo Charles Quinel-Adhémar de Montgon y publie Le Bateau fantôme et, en 1934, le récit plus « classique », Aux quatre coins du monde.

Des mondes imaginaires inhabituels pour l’époque
De l’Allemand Ottfried (ou Ottfrid) von Hanstein (1869-1959), sont traduits deux ouvrages d’anticipation aux titres verniens : Radiopolis (1927, traduction de Elektropolis, adapté par Tancrède Vallerey et illustré par Maurice Toussaint), et Jusqu’à la Lune en fusée aérienne (1929, d’après Mond-Rak !). (Il existe une édition suisse de Radiopolis, réalisée en 1945 à Neuchâtel, par Nathan et Delachaux & Niestlé). E. Poirier illustre les fameux romans de l’Anglais T. C. Bridges (Thomas Charles), traduits de l’anglais par Suzanne Clot : Le Raid mystérieux de Martin Crusoé (au cœur des Sargasses) (1926, réédité en 1939), La Croisière du Vengeur au cœur de l’Afrique (1ère édition en 1927). Le 3e volume, Le Voyage dans l’inconnu (1928), au cœur des Rocheuses canadiennes, publié un an avant La Cité Mystérieuse (1929), bénéficie d’un format plus grand (de 19 sur 28 cm. au lieu de 15 sur 20,5 cm.).
D’autres récits ressortissent à la S-F ou au merveilleux fantastique, comme le récit de P. Couteaud, illustré par Fernand Chapelet, L’Ile de Tulipatan (1929), l’île corallienne d’un Nouveau Java, retravaillée par les humains, dans une atmosphère très colonialiste. (Tulipatan, c’était d’abord le nom d’une opérette, sur une musique de Jacques Offenbach, en 1868). L’éditeur accueille, en 1933, « le chef-d’œuvre de la série » selon Pierre Versins : le roman Un mois sous les mers (1933) de Tancrède Vallerey, écrivain populaire, titulaire en 1930 du Prix Jules Verne pour L’Ile au sable vert, publié ailleurs mais dont on édite encore ici L’Avion fantastique, en 1936 (réédité en 1946). On lui doit aussi, avec Gisèle Vallerey, en 1927, l’adaptation de 10 000 lieues dans les airs d’Ottfried von Hanstein (1869-1959), un récit réédité en 1946 qui n’a rien de conjectural, d’après Ein Flug um die Welt und die Insel des seltsamen Dinge. En 1934, paraît le récit : Les Rayons ensorcelés (1935) d’Henri Allorge (1878-1938), un auteur connu aussi et ailleurs pour Le Grand cataclysme, roman du centième siècle, de 1922.

La collection s’ouvre aussi à d’autres types de récits puisque l’on y traduit Le Gouffre noir de Henryk Sienkiewicz. De l’allemand, sont traduits Les Héroïnes du Pacifique ou les robinsonnes du XXe siècle de Friedrich Wilhelm Mader (1866-1945) et John Warkmann ou les Cent millions du petit crieur de journaux de Hans Joachim Dominik (1872-1945), deux récits encore adaptés par Gisèle et Tancrède Vallerey.
Les textes français, autres que ceux déjà cités, sont rares. Notons toutefois L’Enlèvement de Baby Dolly d’Alain Duval, Vie et Aventures de Buffalo Bill du romancier populaire Albert Bonneau (réédité en 1947 dans Spirou), et deux récits signés, De la Villesbrune : Le Gaucho proscrit et Le Tchaha. La plupart des titres sont encore disponibles chez Nathan, au début des années Cinquante, quand on réédite encore des récits, tels que Jusqu’à la lune en fusée aérienne (en 1948), Le Voyage dans l’inconnu et John Workmann.
Si cette collection est encore connue aujourd’hui, on le doit à Pierre Versins et à son indispensable Encyclopédie de l’Utopie, des Voyages extraordinaires et de la Science-Fiction. Notons aussi l’intense activité des membres du Forum B.D.F.I.