dimanche 3 mars 2013

Maurice Rosy, enchanteur du journal de Spirou


Maurice Rosy (1927-2013), enchanteur  de « l’Age d’or » de Spirou

C’est un exceptionnel graphiste, éditeur, scénariste et dessinateur qui nous a quittés le 23 février 2013.


Grâce à Yvan Delporte, ce fils de cloutier autodidacte et musicien (son père refuse qu’il entre dans une école d’art), grand pianiste de jazz, entre au journal de Spirou  comme « donneur d’idées » auprès de la rédaction. Cette fonction unique lui est attribuée par Charles Dupuis. En fait, il devient très vite directeur artistique puis rédacteur en chef et se distingue comme scénariste de plusieurs séries très populaires. Par ses heureuses initiatives, Rosy a fortement contribué à la naissance de l’âge d’or du journal de Spirou.
Pour la série Spirou et Fantasio dessinée par Franquin, on lui doit le scénario des épisodes  Le Dictateur et le champignon (inventant le fameux gaz Métamol), La Corne du rhinocéros et Les Pirates du silence. C’est lui qui fait parler le premier le Marsupilami.
Il joue un grand rôle (donnant ainsi leurs chances à de nombreux dessinateurs talentueux) dans la création du journal grand format Risque-Tout (1955-1956) mais dont la diffusion géographique a été malheureusement restreinte.


C’est lui qui avec son copain Delporte ouvre Spirou à des formes d’humour nouvelles et à des séries inhabituelles.
C’est lui qui crée la série Boule et Bill, dessinée par Jean Roba, dans le fameux mini-récit (inséré dans Spirou) : Boule contre les mini-requins.
C’est lui qui scénarise le deuxième épisode de Jerry Spring, Le Splendide cavalier (devenu  Yucca ranch, en album), la série dessinée par Jijé.
C’est lui qui crée le rôle du mythique méchant Monsieur Choc, en habit et masque de fer, pour la série Tif et Tondu, dessinée par Will et dont il scénarise plusieurs épisodes avant de passer le relais à Maurice Tillieux.
En éditeur visionnaire, c’est lui qui invente la première collection de poche de BD avec « Gag de poche ». Si certains jugent la collection éphémère, qu’ils considèrent tout de même que 65 titres sont parus dont le rare Gaston biographie d’un gaffeur. C’est là que les Peanuts de Charles Schulz été d’abord traduits et Rosy y scénarise plusieurs épisodes de Bobo, l’éternel évadé qu’il a conçu pour le dessinateur Paul Deliège. Pour Bara, Rosy donne encore la parole à Max l’explorateur, jusqu’alors muet.     


C’est encore lui qui fait parler le chien policier Attila, à une époque où Derib n’était encore qu’un jeune dessinateur.
Après que son ami Delporte doit quitter Spirou, il  quitte Dupuis et la Belgique et s’installe à Amsterdam puis à Paris où il veut vivre de ses dessins. Il travaille à la fois pour la presse des adultes et pour celle des jeunes (chez Bayard). Il illustre de nombreux livres pour enfants de Béatrice Rouer, Jacqueline Held (série Croktou), Eveline Reberg, etc. 

Espérons que nous verrons paraître cette année son autobiographie en bandes dessinées, dont la publication était prévue à l’occasion des 75 ans du journal de Spirou.


jeudi 24 janvier 2013

"La Vie exaltante" des éditions de la Nouvelle France (2) Bibliographie


"La Vie exaltante" des Editions de la Nouvelle France, une collection assez mal connue  (2)
Collection « La Vie exaltante », Editions de la Nouvelle France (1943-1947) Bibliographie des ouvrages parus


1- Blaise CENDRARS ‑ L'Or, la merveilleuse histoire du Général Johann August Suter, illustré par Maurice Sauvayre. 1943, R. 1946
2- Maurice CONSTANTIN‑WEYER (1881-1964) ‑ Un homme se penche sur son passé, illustré par Georges Pichard.
3- Roger  VERCEL ‑ Du Guesclin, illustré par Jacques Lechantre
4- Joseph PEYRE - L’Escadron blanc, illustré par Pierre Noël
5- Comte de  GOBINEAU.‑ Le Prisonnier Chanceux illustré par Pierre Leconte
6-  J. H. ROSNY Aîné ‑ La Guerre du feu, illustré par Michel Jacquot
7- Pierre VIRÉ ‑ Au péril de l'espace. Illustré par Gaston de Sainte‑Croix 1942, 1943
8- Pierre VÉRY ‑ Les Disparus de Saint‑Agil illustré par Beuville, 1943.
9- A. T'SERSTEVENS. ‑ Joies de plein air, illustré par Hervé Baille (inédit). 1944
10- Louis GARNERAY. – Voyages, aventures et combats. Marins de Surcouf, illustré par Tïmar.
11- Pierre MAC ORLAN. ‑ L'Ancre de Miséricorde, illustré par Guy. Arnoux.
12- Guy de CHÉZAL. ‑ En Auto‑mitrailleuse, à travers les batailles de mai, illustré par Roubille.
13- Hélène DUFAU. ‑ Onze filles de France, illustré par Robert Joël (inédit).
14- Janine RIBES. ‑ Charlotte Corday. Une Romaine de Basse-Normandie, illustré par Jean Pichard (inédit).
15- Albéric CAHUET. – Pontcarral, illustré par Joé Hamman
16- Louis GARNERAY. – Voyages, aventures et combats. Pirates et Négriers, illustré par Timar.
17- Léon TREICH. ‑ Les Gentilshommes de la Flibuste, illustré par Van Rompaey (inédit).
18- O.P. GILBERT ‑ Le Courage est quotidien, illustré par Jacques Lechantre
19- Jacques DEBÛ-BRIDEL ‑ La Fayette. Une vie au service de la liberté, illustré par Jean Pichard (inédit). 1945
20- Anonyme ‑ Le Troisième Régiment de Tirailleurs Algériens en Italie (Janvier‑Août  1944), illustré de reproductions photographiques
21- Pierre DUBARD. ‑ Patrouilles à la Mer. Dunkerque-Flessingue 1939-1940, illustré par Nivard (inédit)
22- Maurice BOISSAIS ‑ La Postérité d'lcare, illustré par Gaston de Sainte‑Croix (inédit)
23- Jean VARIOT (1881-1962) ‑ Les Coursiers de Sainte-Hélène, illustré par Luc‑Marie Bayle.
24- Paul ACHARD, ‑ Le Soldat de la neige (1) : Le Héros des Alpes, illustré par Jean Traynier (inédit).
25- Raymond MILLET. ‑ Claude Bernard ou l’aventure scientifique, illustré par G. Bourdier (inédit).
26- Marcel MIGEO ‑ Pour l'honneur des ailes, illustré de bois gravés en couleurs de Lucien Cavé (Inédit).
27- Edouard PEISSON ‑ L'Aigle de Mer, illustré par Guy Arnoux.
28- René JOUGLET (1884-1961) ‑ La Ville Perdue, illustré par  Jacqueline Charmot
29- Louis‑Frédéric ROUQUETTE. ‑ Le Grand Silence blanc, illustré par Watrin.
30- Paul ACHARD. ‑ Le Soldat de la neige (2) : La Grande Epreuve, illustré par Jean Traynier (inédit).
31- Janine RIBES. ‑ Le Chemin de Jérusalem, illustré par N. Noël (inédit).
32- Charles PICHON – Charles de Foucauld. Le Houzard, illustré par Chavanne (inédit).
33- Henri MALO ‑ A l'Enseigne de la Petite Vache, illustré par Paul Jarach (inédit).
34- Charles PICHON ‑ Charles de Foucauld. Le Saint du Sahara, illustré par Chavanne (inédit).
35- H de ROLLAND ‑ Sept Siècles de Gloire, illustré par Pierre Theuber (inédit).
36- Emile CONDROYER  - Malgorn le baleinier, illustré par Pierre Watrin, 1946


37- Hélène DUFAU - Le Tragique été normand, illustré par François Ganeau
38- Marcelle VIOUX  - Jeanne d’Arc, illustré par Luc-Marie Bayle (1) 1946
39- Roger VERCEL - Le Fleuve. Les Grandes heures de la vie de François Garnier, illustré par Pierre Lafaux
40- Jean BOUCHON - La Lettre de marque, illustré par Huguette Bertrand
41- Capitaine CANOT - Vingt années de la vie d’un négrier, grand récit d’aventures, illustré par Luc-Marie Bayle
42- Joseph PEYRE - Matterhorn, illustré par Pierre Lafaux, 1947       

(1)    On indique parfois que la 1ère édition serait de 1942 en l’attribuant par erreur aux éditions de la Nouvelle France. Or, l’ouvrage était alors publié par les éditions Fasquelle et il pouvait être « récupéré » par le régime de Vichy, Jeanne d’Arc, ayant bouté jadis les Anglais hors de France.
L’édition de 1946 (qui est donc une nouvelle édition) pouvait cette fois plaire davantage au pouvoir gaulliste, Jeanne d’Arc devenant alors une icône de Résistance.

"La Vie exaltante" des éditions de la Nouvelle France : une collection mal connue


"La Vie exaltante" des Editions de la Nouvelle France, une collection assez mal connue  (1)


Pourquoi si peu d’ouvrages historiques consacrés à l’édition française évoquent-ils cette collection qui a pourtant publié 42 ouvrages de 1943 à 1947 dont une quinzaine d’inédits ? Peut-être parce qu’elle symbolise assez bien toutes les ambiguïtés politiques d’une époque balançant entre la Collaboration et la Résistance.
L’appellation « Editions de la Nouvelle France », créée au moment où la France connaît le régime de Vichy est plutôt étonnante et le nom de la collection : « La Vie exaltante », dans un tel contexte pourrait sembler une provocation. (1)
Bien sûr, on pourra rappeler qu’une telle expression est généralement utilisée pour rendre compte d’une existence épique, dune carrière militaire exemplaire ou d’une vie vouée à la défense d’un idéal. On ne manquera pas de remarquer que c’est à la fin de 1944, seulement, que la collection obtient l’aval de la censure militaire, après avoir, il est vrai, publié habilement des ouvrages célébrant la courageuse libération du pays.
Voici comment les éditeurs présentent leur collection, en 4e de couverture de la réédition de l’Escadron blanc (n° 4) de Joseph Peyré : « Le titre de la collection n’est pas modeste mais la modestie n’est pas toujours opportune quand il s’agit d’évoquer les plus glorieuses références de notre histoire ou de réveiller les mâles vertus qui sont l’illustration de notre race. Que l’exemple soit puisé dans l’innombrable geste nationale ou qu’il soit offert par des héros inventés selon les règles traditionnelles, les textes de cette collection voudraient avoir pour mission de restaurer, d’entretenir et d’exalter les grandes vertus viriles qui sont le goût du risque et le sens de l’honneur ».      


Selon Elisabeth Parinet (Histoire de l’édition à l’époque contemporaine, Seuil, 2004, p. 368), les éditions de la Nouvelle France sont créées par le fils de Georges Crès qui ajoute ainsi « au fonds hérité de l’ancienne maison Crès, disparue en 1938 », une édition de « demi-luxe ».
De nombreux ouvrages sont de nouvelles éditions puisqu’il n’y a en tout qu’une quinzaine d’inédits.
Sans doute avec l’accord de l'occupant et grâce à un groupement d’éditeurs (on aimerait bien savoir lesquels), elles ne manquent pas d'un papier de qualité et publient, à tirage limité, des romans luxueux pour l'époque, reliés et illustrés, dans la collection "La Vie exaltante". Le tirage est généralement de 500 ouvrages, plus 80 hors commerce (certains ouvrages bénéficient de nouveaux tirages en 1946), tous illustrés en couleurs, avec des hors-texte. Les livres, au format 19,5 sur 14,5 cm., sont munis d’une jaquette mobile illustrée en couleurs
Au départ, la tonalité de la collection semble traditionaliste et nationaliste. La publication d’un livre consacré à Charlotte Corday, la meurtrière du révolutionnaire Marat, est assez édifiante. Certains auteurs sont maurrassiens, pétainistes et la présence du comte de Gobineau, précurseur de théories racistes, confirme cette orientation droitière (2).
Or, dans la deuxième moitié de l’année 1944, après la libération de Paris, la collection introduit d’autres sensibilités dès la douzième parution. Interviennent alors des auteurs gaullistes, tel Jacques Debû-Bridel (pour une vie de La Fayette, une vie au service de la liberté), des résistants, comme Paul Achard. Des ouvrages célèbrent adroitement le débarquement, les armées de libération sur terre, sur mer et dans les cieux.
Personnellement, j’apprécie la reconnaissance du rôle libérateur des soldats africains dans Le 3e R.T.A en Italie (Janvier-Août 1944), écrit par des mains anonymes.  
Après une réédition de L’Escadron blanc de Joseph Peyré, illustrée par Pierre Noël, le 6e volume est une réédition de La Guerre du feu de J.- H. Rosny, illustrée en couleur par Michel Jacquot, avant Marins de Surcouf et Pirates et négriers de Louis Garneray, mis en images par Timar. Sur le même thème sera publié Les Gentilshommes de la flibuste de Léon Treich. La mer et les marins inspirent d’autres rééditions de récits, comme L’Aigle de mer d’Edouard Peisson, L’Ancre de miséricorde (1944) de Pierre Mac Orlan, illustré par Guy Arnoux, Patrouilles à la mer. Dunkerque-Fessingue 1939-1940 de Pierre Dubard. Le récit de Jean Variot, Les Coursiers de Sainte-Hélène, superbement illustré par Luc-Marie Bayle (1914-2000), imprimé en juillet 1945, est « autorisé par la censure militaire en date du 30 octobre 1944 ».  
On rencontre aussi dans la collection une réédition du récit : Les Disparus de Saint-Agil de Pierre Véry, illustré par Beuville. En mars 1944 paraît le romanesque Pontcarral (1937) d'Albéric Cahuet (1877-1942), un auteur aux écrits dénotant parfois une tonalité pétainiste, réactualisé par le film de Jean Delannoy en 1942, réédition posthume mal mise en images par Joé Hamman.
Quelques  récits à dominante biographique célèbrent Du Guesclin et Le Fleuve. Les Grands heures de la vie de François Garnier de Roger Vercel ou Claude Bernard ou l’aventure scientifique de Raymond Millet. 
La publication du 30e volume, La Grande épreuve, roman montagnard dédié à François Mauriac, second volume du diptyque Le Soldat de la neige de Paul Achard, au cours du 4e trimestre de 1945, laisse perplexe. C’est vrai : la tonalité religieuse dominant le 1er tome : Le Héros des Alpes, célébrant Saint Bernard de Menthon, est amplifiée dans le 34e volume, dû à Charles Pichon qui consacre, avec imprimatur, deux ouvrages biographiques à Charles de Foucauld : Le Houzard, puis Le Saint du Sahara.  Le dernier ouvrage de la collection, le n° 42,  semble être Matterhorn de Joseph Peyré, en 1947. (3)



(1) La consultation de l’ouvrage de Pascal Fouché : L’Edition française sous l’Occupation 1940-1944 (mais je n’ai lu que le tome II) ne m’a pas apporté d’éclaircissements. Les deux volumineux ouvrages ne mentionnent en tout que deux brèves notes.  
Le gros ouvrage, L’Edition française depuis 1945, ne nous renseigne guère. On y apprend que c’est « la Librairie de l’exportation Gaulon et fils (qui) représente un temps les Editions de la Nouvelle France » (p. 717) et que ces éditions « reprennent leurs activités » ( ?...) le 24 mai 1949 (p. 806).  
Les faibles tirages, en général 500 exemplaires luxueux, parfois « sur velin B.K.F de Rives, numérotés de 1 à 500 », d’une collection vouée en outre à la jeunesse, peuvent aussi expliquer le faible intérêt des historiens de l’édition pour cette collection.
(2) Un auteur de la collection,  sera condamné à la Libération, de vingt ans d’indignité nationale. Un autre, mis à la porte de l’Education nationale, est suspecté d’antisémitisme.
(3) Les éditions de ces ouvrages ne sont pas toutes reprises dans les bibliographies « officielles » des divers auteurs.

mardi 22 janvier 2013

Albin Michel : des collections méconnues (2)


Albin Michel : Trois collections méconnues pour la jeunesse (2)

« Les Belles aventures » et « Elfes et Lutins » 


Dans le « Cercle des collections disparues », en plus de la « Bibliothèque amusante pour la jeunesse », chez Albin Michel, il faut intégrer deux autres collections pour la jeunesse, publiées à partir de 1931 : « Les Belles aventures » et  « Elfes et Lutins » (cette dernière étant sans doute la plus mal connue).

Collection « Les Belles aventures » (le nom de la collection est indiqué en 1ère de couverture)

Forte d’une vingtaine de titres, cette collection a surtout, jusqu’ici,  retenu l’attention des amateurs de récits conjecturaux qui ont particulièrement remarqué Un manuscrit trouvé dans une bouteille de Yambo, Un voyage dans la Lune (réédité en 1940) de l’Allemand Otto Willi Gail, deux ouvrages de J H Rosny jeune : L’Enigme du « Redoutable » et  La Contrée aux  embûches. Enfin, une réédition, en 1949, du Docteur Oméga d’Arnould Galopin.
Deux auteurs sont à l’honneur : Emilio Salgari (1862-1911) dont on publie trois récits, de 1931 à 1934, et  Ferdinand-Antoine Ossendowski (1876-1945), originaire de Lettonie, auteur ici de trois récits, traduits du polonais et parus entre 1933 et 1937.
On retrouve des traductions et adaptations de la Comtesse de Gencé  et l’illustrateur le plus fréquent est Antoine Rapeno, un illustrateur d’origine espagnole dont on sait fort peu de choses, sauf qu’il aurait eu une quarantaine d’années au début du XXe  siècle.
            Le dernier ouvrage de la collection, La République 3000 de Paoli Menotti del Picchia, paraît en 1950.
Ces ouvrages au cartonnage souple, de 13 cm sur 20, comporte souvent plus de 300 pages et semble s’adresser à des lecteurs plus grands que ceux de la « Bibliothèque amusante pour la jeunesse ».


Bibliographie des ouvrages parus :

1931 : L’Héritage du capitaine Gildiaz d’Emilio Salgari(1862-1911), traduit et adapté par la Comtesse de Gencé

1931 : Un manuscrit trouvé dans une bouteille de Yambo,  traduit et adapté par la Comtesse de Gencé
     
1932 : Le Saut dans la brousse de Marian Hurd Mac Neely, illustré par Armand Rapeno.

1933 : La Ménagerie de Ferdinand-Antoine Ossendowski (1876-1945), illustré par Armand Rapeno.

1933 : L’Esclave de Madagascar d’Emilio Salgari (é. o. 1929), traduit et adapté par la Comtesse de Gencé

1934 : José le Péruvien d’Emilio Salgari (é. o. 1929), illustré par Armand Rapeno (il existe 2 couvertures différentes)

1935 : Le Dauphin de Kavak de Concetto Pettinato, traduit par la Comtesse de Gencé

1936 : L’Amulette des mille prodiges de Walter Heichen, illustré par Armand Rapeno

1936 : Kah’-Da. Histoire d’un jeune esquimau de Donald Baxter Mc Millan

1936 : Le Capitaine blanc de Ferdinand-Antoine Ossendowski, illustré par Armand Rapeno.

1937 : Les Navires égarés de Ferdinand-Antoine Ossendowski, illustré par Armand Rapeno.

1938 : Ange-Marie, négrier sensible de Roger Vercel, illustré par Armand Rapeno.

1939 : Les Robinsons de la Garonne de Gilbert d’Alem

1939 : Argent, cheval sauvage de Thomas C. Hinkle, illustré par Armand Rapeno.

1940 : Un voyage dans la Lune de Otto Willi Gail, traduit de l’allemand par Claude des Periers (déjà paru en 1930).

1941 : L’Enigme du « Redoutable » de J H Rosny le jeune (édité chez Crès en 1930).

1942 : La Contrée aux embûches de J H Rosny le jeune, illustré par Armand Rapeno.

1949 : Docteur Oméga d’Arnould Galopin, illustré par Armand Rapeno (éd. orig. en 1906)

1949 : Les Aventures de Robinson Crusoé de Daniel de Foé (réédition).

1950 : La République 3000 de Paoli Menotti del Picchia, traduit du portugais par Manoël Gahisto.

Collection « Elfes et Lutins » : livres brochés


Cette collection paraît moins luxueuse et moins coûteuse que les précédentes et on y rencontre beaucoup de rééditions.
Son intérêt principal semble résider dans le fait qu’elle regroupe plusieurs suites des aventures de Pinokio : Le Secret de Pinokio de G. Rembadi-Mongiardini et La Fiancée de Pinokio de Ugo Scotti Berni.
L’illustrateur Jean Ollin est requis pour deux ouvrages écrits en français : Contes de Gascogne de Monique Cazeaux-Varagnac et  Le Jugement des bêtes de Paule Billon.
Cinq récits étaient déjà parus dans la collection « Bibliothèque amusante pour la jeunesse ».
  
Bibliographie des ouvrages parus :

Les Aventures de Pinokio de Carlo Collodi (1883), un ouvrage (déjà édité chez Albin Michel en 1912, en 1920 et 1931…), illustré par Bernardini et préfacé par la Comtesse de Gencé, 1948.

Le Secret de Pinokio de G. Rembadi-Mongiardini, illustré par Armand Rapeno, 1946.

La Fiancée de Pinokio de Ugo Scotti Berni, illustré par Armand Rapeno, Préface de Paolo Lorenzini, 1947, 318 p.

L’Histoire du Docteur Dolittle de Hugh Lofting (nouvelle édition) 

Des pas sur la neige d’Eugenia Graziani, illustré par Marguerite Moulinié, 1947. (nouvelle édition)   

Kett : journal d’un chimpanzé de Ferdinand-Antoine Ossendowski (nouvelle édition) 

Contes de Gascogne de Monique Cazeaux-Varagnac, illustré par Jean Ollin, 1948.

Le Capitaine Spaventa Roman chevaleresque de G. Borsi   (nouvelle édition). 

Le Jugement des bêtes de Paule Billon, illustré par Jean Ollin, 1949.

Le Manoir de l’Oncle Croquemitaine de May Izelle, illustré par Huguette Barthel, 1953.

Albin Michel : Collections jeunesse méconnues (1)


Albin Michel : Trois collections méconnues pour la jeunesse (1)

I La "Bibliothèque amusante pour la jeunesse"

 

Albin Michel donne son nom à sa maison d’édition qui publie son 1er livre en 1902. C’est en 1910 que le siège est installé 22 rue Huyghens à Paris (14e). Dans le domaine des livres juvéniles,  Albin Michel très tôt crée des collections illustrées.
Mais ces romans illustrés pour la jeunesse ne portent pas toujours le nom de leur collection regroupés toutefois en 4e de couverture (On rencontre ainsi 26 titres en 1938 pour la "Bibliothèque amusante pour la jeunesse"). La dernière parution, La Merveilleuse idée de Sarah de Doris Gates, date de 1950. Par exemple, on chercherait en vain sur les couvertures ou à l’intérieur du volume Les Aventures de Buckland Boule de cuivre de Lawrence R. Bourne, traduit de l’anglais par Paul Dory, illustré de Maurice Toussaint, paru en juillet 1934, le nom d’une collection (1). Or il semble bien qu’il appartient, comme beaucoup d’autres volumes à la"Bibliothèque amusante pour la jeunesse", où l’on  réédite, en 1934, Les Aventures de Pinokio de Carlo Collodi (1883), un ouvrage traduit dès 1902 et encore édité chez Albin Michel en 1912, en 1920 et 1931…), illustré par Bernardini et préfacé par la Comtesse de Gencé qui va d'ailleurs fournir à la collection de nombreuses traductions et des adaptations. (Les auteurs français sont d’ailleurs rares).
D’autres aventures de Pinokio (c’est ainsi qu’on orthographie le personnage créé par Collodi dans cette collection) et de ses compagnons de rencontre, vont paraître sous diverses signatures.
 E. Cherubini a écrit en 1903 Pinokio en Afrique, un récit traduit en 1926. D’ Alberto Cioci, on connaît Lumignon l'ami de Pinokio, traduit en 1935 et Moccolo, l’ami de Lumignon, traduit en 1927. D’autres aventures paraîtront mais après la Deuxième Guerre Mondiale, dans la collection « Elfes & Lutins ».
Gigi parmi les insectes (1922) de Wamba, illustré par Carlo Chiostri et Les Aventures de Berlingot (1924) de Collodi Jeune font-ils dès le début partie de la "Bibliothèque amusante pour la jeunesse", qui pourrait le dire ? Ce qui est certain c’est que l’on fait traduire par la Comtesse de Gencé de nombreux auteurs italiens tels que G. Borsi, Luscor (Les Habitants de la mer, 1928), Luigi Barzini Les Aventures de Fiammiferino, 1930), Jolanda de Biasi, E. Graziani…
Vamba, alias Luigi Bertelli, 1858-1920, est considéré comme un pionnier de la littérature jeunesse en Italie. Gigi parmi les insectes(Ciodolino), écrit en 1893, traduit en 1922, est devenu un « classique » tout comme Le Journal de Jean Bourrascot, prépublié en 1907-0908, édité en 1912 et traduit en 1929. (On le trouve dans « Le Livre de poche junior » depuis 1995).   
Kett : journal d’un chimpanzé (1931) de Ferdinand-Antoine Ossendowski est traduit du polonais.


Sarah J. Silberstein et Claire Brugell ont traduit en 1935, des ouvrages devenus célèbres de Hugh Lofting : L'Histoire du Docteur Dolittle (écrite en 1920), Les Voyages du docteur Dolittle (un écrit de 1922, traduit en 1935) et La Poste du Docteur Dolittle, datant de 1923 et traduit en 1934, des ouvrages constamment réédités.
Hugh Lofting (1886-1947) a illustré lui-même ses ouvrages, parus de 1920 à 1952, contant les aventures de ce médecin capable de communiquer avec les animaux.
Le personnage est popularisé (mais aussi déformé) par le cinéma, depuis 1967, et par des séries d’animation. 
On peut remarquer la présence d’auteurs de bandes dessinées parmi les illustrateurs : Etienne Le Rallic, A. Perré et O’Galop (alias Marius Rossillon, 1867-1946), Maurice Toussaint et Auguste Liquois.
S’il est un ouvrage qui mérite une attention particulière, c’est bien, Les Aventures de Barnafinus de Roch Santa-Maria. Sous ce nom se cache le prestigieux José Corti, le futur éditeur de la Rue Médicis publiant Eluard, Aragon, Breton, René Char Julien Gracq mais aussi Gaston Bachelard et Gilbert Durand…      
  
(1)   Les données concernant cette collection étaient si rares quand j’ai écrit « Un siècle de fictions… » (j’ignorais alors Internet) que j’ai cru, à tort, que cette collection avait été créée après la Deuxième Guerre Mondiale. Ce blog me permet de corriger mon erreur.
Parmi les rares sites qui signalent ces collections d’Albin Michel, il faut noter :
     lespeuplesdusoleil. hautefort.com
     Forums.bdfi.net
    littératurepopulaire.winnerbb.net
    noosfere.com 



Bibliothèque amusante pour la jeunesse : Les ouvrages parus

1922 : Gigi parmi les insectes (1922) (Ciodolino) de Wamba (Luigi Bertelli : 1858-1920), traduit et adapté par la Comtesse de Gencé, illustré par Carlo Chiostri (édition originale en 1893)

1924 : Les Aventures de Berlingot (1924) de Collodi Jeune, traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé.

1925 : Lumignon, l’ami de Pinokio d’Alberto Cioci (rééd. en 1947), traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé.
 
1926 : Le Capitaine Spaventa Roman chevaleresque de G. Borsi 

1927 : Moccolo, l’ami de Lumignon d’Alberto Cioci

1928 : Les Habitants de la mer de Luscor, traduit et adapté de l’italien par la Comtesse de Gencé.

1929 : La Mythologie racontée par un oiseau de Jolanda de Blasi, traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé.

1929 : Le Journal de Jean Bourrascot, revu, complété et corrigé par Vamba, alias Luigi Bertelli (prépublication en 1907-1908), éd. originale : 1912)

1930 : Les Aventures de Fiammiferino de Luigi Barzini, , traduit et adapté par la Comtesse de Gencé, illustré par Etienne Le Rallic.

1931 : Un voyage dans la Lune de Otto Willi Gail, traduit de l’allemand par Claude des Périers (réédité dans « Les Belles aventures »)

1931 : L’Histoire du Docteur Dolittle, sa vie singulière dans son pays et ses étonnantes aventures dans les pays étrangers  de Hugh Lofting, illustré par l’auteur, traduit par Sarah J. Silberstein et Claire Brugel.

1931 : Les Aventures de la famille Tartemol de Suzy Mathis, illustré par A. Perré

1931 : Kett : journal d’un chimpanzé de Ferdinand-Antoine Ossendowski (1876-1945), traduit du polonais par Paul Kleczkowski et Robert Renard.

1931 : Les Aventures de Buz et Fury de Francis Warrington Dawson, illustré par O’ Galop (alias Marius Rossillon, 1867-1946)
1931 : Le Noël de Benno de Térésah (Teresa Corinna Ubertis Gray, 1877-1964), traduit et adapté de l’italien par la Comtesse de Gencé, illustré par Bruno Angelotta.

1932 : Une souris dans l’estomac d’un roi de Maria B. Pasini, traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé, illustré par Jean Dougan.

1933 : Martin des bois de Habette, illustré par l’auteur.

1934 : La Poste du Docteur Dolittle de Hugh Lofting, illustré par l’auteur

1934 : Les Aventures de Buckland Boule de cuivre de Lawrence R. Bourne, traduit de l’anglais par Paul Dory, illustré par Maurice Toussaint.

1935 : Les Voyages du Docteur Dolittle de Hugh Lofting, illustré par l’auteur

1935 : Au gré des vents d’Ada Severi, traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé.

1936 : Les Aventures de Barnafinus de Roch Santa-Maria (alias José Corti), illustré par Ray-Lambert

1936 : Max et Rémi de Colette Vivier, illustré par Armand Rapeno

1936 : Des pas sur la neige d’Eugenia Graziani, traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé, illustré par Marguerite Moulinié (rééd. en 1947)

1947 : Les Aventures de Pinokio d’après le roman de Carlo Collodi (1883) : féerie en 3 actes et 10 tabeaux de Fernand Rouvray, photographies de Lucien Lorelle.

1947 : Pinokio en Afrique de E. Cheribini, traduit et adapté de l’italien par la Comtesse de Gencé, illustré par Garibaldi Guiseppe Bruno.

1950 : Les Aventures de Trottemenu de Luciano Zuccoli, traduit et adapté par la Comtesse de Gencé, illustré par Auguste Liquois

1950 : Sussi et Biribissi de Nipote Collodi (alias Paolo Lorenzini, neveu de Carlo Collodi), traduit de l’italien par la Comtesse de Gencé, illustré par Armand Rapeno (éd. orig. en 1902).

1950 : La Merveilleuse idée de Sarah de Doris Gates


vendredi 26 octobre 2012

Les Crises de croissance de PILOTE dans LE ROCAMBOLE

Les crises de croissance de l’hebdomadaire Pilote (1959-1974)

Le journal Pilote présente sans doute la particularité unique d’avoir changé de lectorat, soit insensiblement, soit à travers des crises qui échappent le plus souvent à la perception du lecteur, pour passer en 15 ans des préadolescents aux adultes, en évoluant sans cesse au fur et à mesure que les premiers lecteurs avançaient en âge.

Tribulations préalables de quatre mousquetaires

Fin 1955-début 1956, René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Michel Charlier et Jean Hébrard (surnommé parfois « le quatrième mousquetaire »), fondent Edi-France/Edi-Presse (la 1ère pour la publicité, la seconde pour la presse. Ils participent à Pistolin, sorte de galop d’essai avant Pilote. Le projet d’un nouveau périodique est envisagé, en 1958, par François Clauteaux, Raymond Joly, Jean Hébrard, Jean-Michel Charlier, René Goscinny et Albert Uderzo.

Naissance du journal Pilote



Le 29 octobre 1959, à grand renfort de publicité, toutes les dix minutes, sur les ondes de Radio-Luxembourg, durant toute la journée, le premier numéro de Pilote sort en kiosque. Jean Hébrard est le directeur de la publication, François Clauteaux est rédacteur en chef, Raymond Joly, rédacteur en chef adjoint. Jean-Michel Charlier est directeur artistique et René Goscinny secrétaire de rédaction. Albert Uderzo est chargé des bandes dessinées, de la maquette. Pilote résulte donc de la triple association d’une radio et de ses représentants, d’un quatuor de personnes compétentes en matière de bandes dessinées et de deux imprimeurs provinciaux René Ribière et Charles Courtaud apportant des fonds. Au départ, Pilote est loin d’être un pur magazine de bande dessinée et son contenu n’a rien de révolutionnaire. Les bandes dessinées sont à 100 % francophones (beaucoup d’auteurs viennent de la bande dessinée belge).
C’est typiquement le journal des baby-boomers, nés entre 1945 et 1953 et c’est le magazine de la croissance économique des Trente Glorieuses.
Le rédactionnel est surtout assuré par les journalistes vedettes de Radio-Luxembourg : Lucien Barnier, Jean Carlier, Gilbert Cesbron et Lucien Combelle (signant Lucien François). Interviennent Pierre Bellemare, Jean-Paul Rouland, Jacques Bénétin, Brigitte Muel, André Bourrillon, François Clauteaux et son fils adoptif Rodolphe, vedette de la radio promu par Remo Forlani (co-auteur des aventures radiophoniques de Rodolphe), pour le shampoing Dop.

Après la première crise financière de 1960, une deuxième naissance

Piégé par les NMPP qui gardent les invendus avant de les rapporter en bloc et ont tendance à retarder leurs paiements, le journal est endetté. Courtaud et Ribière des Presses de Montluçon retirent leurs capitaux. Le journal est vendu pour 1 franc symbolique à Georges Dargaud, propriétaire de Pilote dès le n° 60. Goscinny est nommé directeur de la rédaction et Charlier devient directeur artistique.
Parce que la revue Hara-Kiri connaît une première « interdiction à l’affichage » en 1961, Cabu est embauché à Pilote par Goscinny dès 1962.

Le choix d’un public adolescent et le chant dangereux des sirènes « yé-yé »


Le magazine Salut les copains suscite des envies de copier une formule qui réussit et Marcel Bisiaux, rédacteur en chef en janvier 1962, veut adapter Pilote à la nouvelle mode en faisant intervenir vedettes de la chanson et animateurs proches de ce courant. C’est une lourde erreur car les lecteurs, dont on a sous-estimé le goût et l’intelligence, ne suivent absolument pas.

Fin 1963 : Troisième naissance d’un « vrai » journal de bandes dessinées, Goscinny et Charlier aux commandes

Fin 1963, Dargaud renvoie Bisiaux, menace de saborder Pilote et appelle Goscinny et Charlier pour sauver le journal. Ils deviennent corédacteurs en chef en septembre (Charlier jusqu’en octobre 1972). Pilote devient un véritable journal de bandes dessinées et fait appel à davantage d’auteurs de la bande dessinée française.
Bientôt, dans la grande presse, éclate le « phénomène Astérix ». Le premier satellite français est baptisé Astérix L’Express met en évidence Le Phénomène Astérix sur une de ses couvertures, un peu avant Le Nouveau Candide.

Le premier âge d’or de Pilote

En juin 1966, suite à l’intervention de Madame De Gaulle, le magazine satirique Hara-Kiri subit sa deuxième interdiction, laquelle va durer jusqu’en janvier 1967. Jean-Marc Reiser et Gébé, sans situation, s’adressent à Goscinny sur les conseils de Cabu. Gébé, alias Georges Blondeau, un des fondateurs de Hara-Kiri, lancé en septembre 1960, entre donc à Pilote en 1966. Reiser et Gébé écrivent d’abord des scénarios avant de pouvoir publier leurs propres créations dessinées.
Pilote entre dans son premier « âge d’or » en 1966.
A l’automne 1967, le rédacteur en chef René Goscinny devient directeur de Pilote à la place de Dargaud. Cette période éclectique est marquée par une intense créativité et une forte émulation et des personnalités très diverses s’affirment.

Les répercussions des événements de Mai 68 : la première rupture

Le journal Pilote, connaît une crise grave, consécutive aux événements de mai 1968. Entre fin mai et juin, victime des grèves d’imprimerie, le journal ne paraît pas. Pilote ne pouvait échapper à l’atmosphère de contestation généralisée.
Par un malheureux concours de circonstances, Goscinny, qui vient d'ailleurs d'être père et semble éloigné de l’état d’esprit ambiant, se retrouve dans un bistrot parisien face à une rédaction surexcitée et transformée en une sorte de tribunal.
Il éprouve l'impression de tomber dans un guet-apens. C’est d’autant plus injuste que Goscinny a toujours considéré les dessinateurs comme des auteurs à part entière. Il leur a mis le pied à l’étrier et leur a donné carte blanche.

Un « monstre tricéphale » et la naissance des pages d’actualité

Après des semaines qui apaisent les esprits et permettent aux « mutins » de faire amende honorable, Pilote devient une sorte de monstre administratif tricéphale. Gérard Pradal est plus spécialement chargé des plannings et des relations avec les auteurs, (qu'il ne craint pas de rabrouer) et Charlier est nommé rédacteur en chef littéraire. Il recevra les scénaristes tandis que Goscinny qui se charge plutôt de la partie graphique réunit son petit monde à qui il propose « un journal de type nouveau, avec prise directe sur la vie, réunions de rédaction, pages d'actualité, etc. ». Il s’agit de concevoir 4 ou 5 pages d’actualité traitées sous formes de gags plutôt visuels. C'est donc à partir de 1968 que, dans un journal « qui s'amuse à réfléchir », vont se développer davantage, car ils étaient déjà présents, les thèmes d'actualité traités par des équipes très diverses. Les satiristes professionnels et les humoristes se sentent plus à l’aise que d’autres auteurs.

Bande dessinée classique et dessin satirique peuvent-ils cohabiter ?

Une première coupure s’opère entre les représentants de la bande dessinée classique, humoristique et réaliste et les dessinateurs satiriques, surtout attirés par le traitement caricatural de l’actualité, tels les membres venus de Hara-Kiri. De plus en plus, nous sommes loin de l’illustré classique pour la jeunesse et Goscinny aide ainsi la bande dessinée à accéder à l’âge adulte.
De nouveaux talents, très divers tant sur le plan du style graphique que des idées, ne sont fédérés que par l’approbation d’un Goscinny, immense découvreur, qui regarde attentivement ce qu’ils font, encourage et conseille.
Il faut attendre l’émission radiophonique Le Feu de camp du dimanche matin diffusée sur Europe 1 en 1969, pour avoir l’impression plus ou moins juste de voir renaître la « joyeuse bande de copains ». Goscinny y retrouve alors Fred, Gébé et Gotlib mais l'émission est éphémère. En 1971, les dossiers thématiques prennent parfois la place des pages d’actualité.

1971 : Une crise qui met à jour des contenus antinomiques


Une polémique, grave de conséquences plus ou moins lointaines, a affecté le journal Pilote, mis en cause par un article du journal Le Monde et objet d'une attaque d'une grande virulence par Cavanna dans Charlie Hebdo.

« Bonne fête monsieur le président »

Le 22 avril 1971, pour le numéro 598, l'équipe a travaillé sur le thème de la Saint Georges. Elle fête le président Georges Pompidou à qui elle consacre huit pages d'illustrations, parfois caustiques, en tout cas dénuées de complaisance. Cet hommage mi-figue, mi-raisin est constitué de 18 portraits-charges étalés sur 3 pages en noir et blanc, d'un dessin montrant l'équipe de Pilote caricaturée et groupée autour du président photographié, de deux caricatures pleine page en couleur signées Ricord et Mulatier, plus huit caricatures plus ou moins grinçantes. Morschoine a droit à la 4e de couverture, ornée d'un portrait présidentiel pleine page, soit au total, « la bagatelle de vingt-neuf portraits » !

« M. Pompidou épaule Astérix »

Dans la rubrique « Politique », le 8 septembre 1971, on peut lire en haut de la page 6 du journal Le Monde, en gros caractères : « M. Pompidou épaule Astérix ». C'est par ce titre provocateur que le chef politique du quotidien parisien du soir commence un long article accusant Pilote, « le journal que l'on croyait destiné aux enfants », de « récupération », avant tout commerciale, de la politique. Pilote est qualifié, dans une réduction polémique et caricaturale, à n'être que « le journal aux vingt-neuf portraits présidentiels ».
L'accusation la plus percutante de M. Bergeroux consiste à dire que Pilote est coupable de « la "récupération" de la politique et de récupération commerciale avant tout ». Après avoir affirmé que « Reiser et Cabu donnent à Pilote ses dessins de noblesse du côté de la contestation et du non conformisme », Noël-Jean Bergeroux met le doigt avec lucidité sur la particularité d'un journal qui veut à la fois élargir son public tout en gardant « la clientèle des enfants » (le terme « adolescents » serait plus approprié).
Cette critique met en évidence la situation ambiguë et peu confortable d'un journal qui a peu à peu changé de tranche d’âge sinon de lectorat. Beaucoup de dessinateurs de Pilote, engagés dans « la recherche d'une nouvelle formule », à la lecture de la critique du Monde montrant un journal en porte-à-faux avec son public, voient s'accroître leur malaise. De fait, Pilote est un journal désormais bâtard.
La dernière charge de M. Bergeroux vaut d'être citée. Le magister écrit du haut de sa chaire : « Au demeurant, l'apport de ce journal à la presse dessinée et à l'humour n'est sans doute pas négligeable et sa tentative d'adéquation à une société - donc à une clientèle - en mutation, mérite d'être suivie avec curiosité. »

La riposte de Pilote orchestrée par Goscinny

Il était évident que la page polémique de M. Bergeroux ne pouvait laisser les auteurs de Pilote indifférents. Goscinny a réuni ses collaborateurs « aussi outrés que lui », assure-t-il, (mais on peut en douter), à qui il expose « les trois façons de réagir : ou bien on laissait tomber, ou bien j'écrivais une lettre d'engueulade au directeur du Monde ou bien on répondait dans le journal. Tout le monde a opté pour la troisième solution. » De toute façon, avec le recul, en répliquant dans les pages du journal, on peut dire que l'équipe de Pilote, (manifestement sous la pression insistante de son directeur), a fait le plus mauvais choix, la meilleure solution étant sans doute de ne rien faire. Pilote répond le 30 septembre, sous le titre « Editorial », composé avec les caractères de la manchette du Monde. Il publie huit pages de textes et de bandes dessinées sur les « récupérateurs », avec pour sous-titre principal : « Astérix épaule ses confrères ce qui n'est pas rien, vu le fric et les relations qu'il a. ».

Cavanna, « l'autre qu’on n’avait pas sonné ... »

Or l'affaire s'envenime le 11 octobre. « C'est à ce moment que l'autre que l'on n'avait pas sonné, y est allé à boulets rouges, par tous les moyens, y compris les plus bas en nous faisant incontestablement beaucoup de mal. » C'est ainsi que le directeur de Pilote parle de Cavanna, lequel dans Charlie Hebdo n° 47, intervient tardivement mais méchamment, en tout cas après la riposte du journal Pilote, ce qui est rarement rapporté dans la relation chronologique des faits.
Le directeur de Charlie-Hebdo s'étonnait d'abord qu' « un nommé Jean-Noël Bergeroux" (sic) "disait du bien de nous ». Or, « dans la page un peu plus loin, il parlait de "Pilote". Comme repoussoir. Mais si, voyons, "Pilote", vous savez bien : ce truc dans le genre "Pif le Chien" mais chef d'escadrille. Ce mal qu'il en dit ! Il a vraiment beaucoup de goût, Bergeroux. Il sait même reconnaître ce qui est caca. » Il fallait une étonnante mauvaise foi pour traiter ainsi un journal qui était à son apogée et apparaissait objectivement comme le meilleur journal de B.D. de tous les temps. Cet article au vitriol de Cavanna (où perce manifestement un sentiment très fort de jalousie) va contraindre certains dessinateurs à choisir leur camp. En fait, Cavanna envenime cette "querelle de boutique" pour faire revenir au bercail exclusif de Charlie-Hebdo, les transfuges Cabu et Reiser qu'il a embauchés le premier, dès 1960. Ils vont quitter définitivement Pilote en février et mars 1972 alors que Goscinny va croire qu'ils allaient rester. Gébé est déjà rentré depuis le mois de mai 1971. Des participations nouvelles donnent un nouveau ton au journal Pilote.
1972 : L’éclatement de l’équipe, parricide et nouvelles créations

Les conséquences de la polémique de 1971 ne s'arrêtent pas là. Des auteurs, fortes personnalités du journal, vont être troublés par ces petits événements. Pilote serait menacé par un risque d’implosion si un apport d’auteurs nouveaux et talentueux ne venaient pas contrecarrer cette situation critique. Parmi les auteurs perturbés, il y a Jean Giraud et Gotlib plutôt d'accord avec l'analyse de Noël-Jean Bergeroux. Nikita Mandrika a des relations de plus en plus tendues avec Goscinny et décide de fonder son propre journal. Brétecher ne tardera pas à entendre elle aussi le chant des sirènes rebelles ! Nikita Mandrika, rejoint par Gotlib (qui collabore déjà à Rock and Folk avec Hamster jovial) et Claire Bretécher, très liée aux deux autres « iconoclastes », fondent L’Echo des savanes, au contenu tout aussi scatologique que jubilatoire.

Grandeur et décadence d’un hebdomadaire en constante mutation


Pour Patrick Gaumer, dans « Les Années Pilote », l’année 1973 est une année transitoire, pleine de doutes et d’incertitudes. Il évoque « quelques crises de nerf, des portes claquées et autres disputes », en un mot, « un climat pesant ». Des séries disparaissent du journal : Astérix, Blueberry. Les aventures du cow-boy solitaire paraîtront dans son propre support, le mensuel Lucky Luke. Guy Vidal qui va distinguer une partie « variétés », une partie « magazine » et une partie « bande dessinée et illustration », remplace Gérard Pradal et, en novembre 1973, apparaît Le Nouveau Pilote.
En 1974, l’hebdomadaire qui va céder la place au mensuel, destiné aux adultes, « connaît des derniers soubresauts ». Une certaine originalité ne sauve pas l’hebdomadaire et Pilote mensuel, « journal à part entière de la presse adulte », naît en juin 1974. Racheté par le groupe Ampère alias Média Participations, il disparaîtra, sans surprise, en novembre 1989.
Goscinny, davantage intéressé par le cinéma, va s’éloigner de la direction de Pilote. Il la quitte officiellement en 1974. Charlier quitte aussi les éditions Dargaud en 1974. C’est aussi cette année-là qu’apparaît pour Goscinny une sorte de revanche puisque l’aventure d’Astérix, Le Cadeau de César, est prépubliée dans le journal Le Monde.


Bibliographie sommaire :
 
* Histoire du journal "Pilote" et des publications des Editions Dargaud / Henri FILIPPINI. - Grenoble : J. Glénat, 1977.141 p. 29 cm.

* Le Livre d'or du journal Pilote. (Pilote raconté par ceux qui l'ont fait) / Guy VIDAL, M. A. GUILLAUME, François GORIN. - Paris : Dargaud, 1980. - 144 p.

* Les années Pilote 1959-1989 / Patrick GAUMER. Préface de Guy Vidal. - Paris : Dargaud, 1996. 300 p.

Sur la crise de 1971-72 :
- Article de Noël-Jean BERGEROUX, paru  dans Le Monde du  08/09/1971 :
p. 6 : Politique : M. Pompidou épaule Astérix (sur 6 colonnes avec deux dessins parus, l'un dans Pilote, l'autre dans Charlie-Hebdo.
- Hebdomadaire Pilote n° 598 du 22/04/1971. ("Bonne fête Monsieur le Président" : pp. 12-18 + p. 60. (ou reliure Pilote n° 56 : n° 593-602).
- Hebdomadaire Pilote n° 622 du 07/10/1971 : Editorial : Astérix épaule ses confrères ce qui n'est pas rien, vu le fric et les relations qu'il a. [En réponse à l'article de Noël-Jean Bergeroux, publié par Le Monde, le 08/09/1971.] pp. 3-10. (ou reliure "Pilote" n° 58 : n° 613-624).
* Quand « Pilote s’amusait à réfléchir Eric Aeschmann Quotidien  Libération du 29/10/2009.


(Reprise en octobre 2012 d'un sujet disparu du blog)

Il s'agit d'un résumé de l'article paru dans la revue Le Rocambole N° 52/53 (Automne-Hiver 2010), sous le titre : Les Crises de croissance de l'hebdomadaire Pilote (1959-1974) pp. 245-290.