mercredi 30 avril 2014

Artima et ses récits complets de B.D. en 1958

Les fascicules "Artima" en 1958 : des récits complets en B.D.  très populaires

Les fascicules de récits complets, illustrés bon marché et populaires étaient fort  nombreux au cours de années 50-60.
Le grand éditeur de province, sous la direction d’Émile Keirsbilk, fut sans doute Artima (ARTisans en IMAgerie) de Tourcoing, débutant de 1943 à 1949 par les "Albums du P’tit Quinquin" (surtout illustrés par J.E Dupuich), puis en 1948 par des séries de récits complets. Surtout depuis l’abandon, en 1952, du format à l'italienne (17,5 sur 23 cm.) pour le format « français », de la taille d’un cahier d’écolier, on connaît ses fameuses nouvelles séries aux couvertures mémorables et éclatantes de couleurs (mais l’intérieur est en noir et blanc). Les dessinateurs sont très internationnaux (français, espagnols, italeins, anglais, néerlandais ou américains). Ces récits illustrent de nombreux genres.


En 1958, l’éditeur annonce lui-même les thèmes suivants :
Cow-boys : Audax, Aventures Film, Ouragan, Red Canyon
                        Brousse : Tarou, Ardan
Aviation, Espionnage, Police : Dynamic, Vigor, Hardy, Mystic, Éclair
Aventures : Big Boy
Science Fiction : Météor, Spoutnik, Cosmos, Atome Kid, Aventures Fiction, Sidéral  
Historique : Vengeur, Téméraire [et ses bandes guerrières], Fulgor
Humoristique : Panda, Foxie
Sport : Olympic


Apparurent d’abord en 1952, Ardan, Audax, Aventures film, riche en westerns (un genre présent aussi dans Tex Bill, dessiné par René Mellies et intégré maintenant dans Aventures Film). Il y eut aussi Dynamic et Tony Cyclone, une mémorable histoire d’aviation. En 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan), un genre représenté aussi en 1956 par Atome Kid, Aventures Fiction et Cosmos, en 1957 par Spoutnik et un an plus tard par Sidéral. Jungle, histoire de l’Ouest et guerre sont présentes en 1954 avec la naissance de Tarou, une sorte de Tarzan débonnaire, Red Canyon (pour le western) et Vigor


Il faut encore citer Fulgor (1955-58), Foxie (1956-1985), Hardy (1955-58), Panda (1957-59), aventures animalières par l’atelier hollandais de Martin Toonder, Téméraire (1958-1962). Tempest, né en mars 1955, a disparu en août 1957. L’adoption du format de poche en 1960 et les comics marquent la fin d’une période mythique. Malgré un bon chiffre d’affaires et des bénéfices substantiels, les Éditions Artima sont rachetées par les Presses de la Cité en 1962 puis deviennent  Aredit en 1963. 


(Version augmentée d’après Fictions et journaux pour la jeunesse
au XXe siècle, L’Harmattan, édition 2014, page 207).

  

mardi 29 avril 2014

Albums de bande dessinée francophones parus en 1958

Les albums de bandes dessinées en 1958

Y a-t-il peu d’albums de bandes dessinées intéressants avant les « années Pilote » ? L’absence générale de prise en compte par la critique de ces ouvrages semble encourager une telle illusion.
En outre l’abondance d’albums de format moyen ou de « petits formats » bon marché, imprimés sur un mauvais papier masque souvent des oeuvres intéressantes souvent publiées en albums brochés.
En 1958, ce sont surtout les éditeurs commerciaux Dupuis, Dargaud-Le Lombard, Casterman (merci aux éditeurs belges !) et les éditeurs catholiques de Fleurus et de la Bonne Presse qui alimentent le marché.



Prépubliées dans Spirou et éditées par Dupuis, des séries donnent naissance à des albums réalistes : La Piste du Grand Nord (Jerry Spring de Jijé et Goscinny), Alerte en Malaisie et Buck Danny contre Lady X (Buck Danny de V. Hubinon), L’Inconnu de la Villa Mystère (La Patrouille des Castors de Mitacq), Le Glaive de bronze (Timour de Sirius), Le Gang du diamant et Valhardi contre Soleil noir (Valhardi de Charlier et Paape). Les séries comiques sont plus nombreuses : La Source des dieux (Johan et Pirlouit de Peyo), Les Pirates du silence (Spirou et Fantasio de Rosy, Will et Franquin), Pas de salami pour Célimène (Chlorophylle de Macherot) date de 1957. Lucky Luke de Morris s’enrichit de trois épisodes : Alerte aux Pieds bleus, Lucky Luke contre Joss Ramon (scénarisé par Goscinny) et Les Cousins Dalton. Tif et Tondu, série alors dessinée par Will, bénéficie de deux scénarios de Rosy pour Le Retour de Choc et Passez muscade.


Du journal de Tintin proviennent des albums Dargaud-Le Lombard : Le Maître du soleil (Dan Cooper de Weinberg),  L’Île de la brume (Harald le Viking des Funcken), Le Talisman noir (Pom et Teddy de Craenhals), et dans le genre humoristique, 60 aventures de Modeste et Pompon de Franquin, La Grotte mystérieuse et Le Monstre du lac (Chick Bill de Tibet), et Coke en stock, un épisode de Tintin de Hergé (publié chez Casterman).
Fleurus a cessé de publier la série Oscar Hamel et Isidore de Breysse, grossièrement congédié et les derniers albums de Frédéri le Gardian de Rigot paraissent en 1959. L’éditeur catholique se rabat en 1958 sur des séries plutôt infantiles comme Titounet et Titounette de Marie-Mad et Sylvain et Sylvette de Maurice Cuvillier et Jean-Louis Pesch.


La Bonne presse est plus brillante grâce à L’Ombre de Saïno, fabuleux 3e épisode de Thierry de Royaumont de Pierre Forget et Jean Quimper (alias M. P. Sève). Paraissent encore Tombstone, un épisode du western Bill Jourdan de Pétillot et Acquaviva, Orpheline du Far-West d’Alain d’Orange et Albert Bonneau et deux épisodes dus à Gervy : Pat’Apouf et le gang des diamants et Pat’Apouf et le virus de la Mort. On peut ajouter une bande peu connue : Liliane et le chevalier de Perce-Brume, scénarisée par Gendron et dessinée par Manon Iessel.
En 1958, les éditions Vaillant qui n’ont pas saisi l’opportunité de mettre en albums de magnifiques séries comme Les Pionniers de l’Espérance de Poïvet et Lécureux, Arthur le fantôme justicier de Cezard, La Pension Radicelle de Gire, Bob Mallard, Nasdine Hodja, Wango de Paul Gillon, Richard et Charlie de Tabary ou Yves le Loup de Bastard et Ollivier (le dernier album paru date de 1954), etc, se contentent d’éditer Les Aventures de Pif le chien (maintenant dessiné par Roger Mas d’après Arnal), et les albums pour les petits Placid et Muzo, Riquiqui et Roudoudou les belles images.
Les lecteurs les moins fortunés se contentent des albums de la S.P.E (séries Aggie, Lili, Oscar le petit canard, La Petite Annie, Bibi Fricotin, Les Pieds Nickelés), des albums Artima, Rouff ou des petits formats.  
                       
(d’après Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle
L’Harmattan, édition 2014, page 226 augmentée).   


jeudi 17 avril 2014

"Lecture Junior" chez Gallimard, une collection trop tôt disparue

"Lecture Junior" (1992-1996) : originalité et sens esthétique mal récompensés

« Le cercle des collections disparues » doit aussi évoquer des collections relativement récentes. C’est le cas de "Lecture Junior" dont on pouvait encore acquérir certaines parutions à la fin du XXe siècle. Il s’agissait d’une collection exceptionnelle tant par la qualité du papier, l’originalité du format que par le choix judicieux des meilleurs auteurs et illustrateurs. 


Avec une grande hardiesse éditoriale, Gallimard Jeunesse lance la collection "Lecture Junior", destinée aux 9-15 ans, ne publiant que des inédits, d’abord avec une 1ère de couverture sans titre ni auteur. Il s'agit rien moins, pour les jeunes lecteurs, dès 9 ans, que de provoquer « la rencontre avec la littérature (...) en douceur ». Les moyens mis en œuvre sont considérables et les concepteurs ont imaginé « un livre beau sans être intimidant ». La maquette est neuve, originale : l’illustration de couverture pleine page, d’une grande qualité esthétique, sur papier souple, ouvre sur « de belles pages foisonnantes d’illustrations en couleur, parfaitement intégrées au texte ». L’élégante typographie offre une grande lisibilité. Le papier est souple et résistant. « Des vignettes parcourent le récit comme des croquis accompagnent un carnet de voyage ». On en oublierait presque qu'il s’agit d’ouvrages de « poche », oubli conforté par le format 140 sur 190 mm, alors innovant et copié par d'autres, plus tard, au cours de la décennie. Bien vite cependant, titres et nom d’auteur reviendront à la une. Il faut dire que le romancier avait pu paraître évincé par l’illustrateur, et un équilibre pouvait sembler rompu entre le texte et l’image, au profit de cette dernière.


L’important est que l’on a publié là, le plus souvent grâce à des inédits, les plus grands noms de la littérature jeunesse, ceux qui seront les « classiques de demain », tels Roald Dahl (Le Livre de l’année), Leon Garfield, avec La Montre en or, Janni Howker dont on traduit Le Secret du jardin, Dick King-Smith qui peut manifester ses préférences pour son « animal favori » : le cochon. De lui, on publie généreusement As de Trèfle, le porcelet passionné de télévision, Cul Blanc, autre porcelet, à l’humour indispensable pour supporter d’être la mascotte d’un régiment. Le Nez de la Reine, Les Souris de Sansonnet et Les Longs museaux (des renards), montrent l’étendue de la palette animalière pleine de fantaisie d’un admirateur de Kipling et Beatrix Potter. C’est l’auteur le plus présent avec 8 volumes. Auteur déjà réputé en 1982 pour Cheval de guerre (War Horse, chez Heineman), Michael Morpurgo qui gratifie la collection de quatre récits (dont Le Roi Arthur) publie des romans parfois graves, tels le roman de guerre Anya, et l’épopée poétique, Le Roi de la forêt des brumes (1992), très bien illustrée par François Place. Il faudrait encore citer Janni Howker, Rosemary Sutcliff, Diana Wynne Jones, Elizabeth Laird…


Parmi les auteurs français, on remarque Marie Farré et ses récits Pourquoi pas Perle ? et Ne jouez pas sur mon piano !, Evelyne Brisou-Pellen (Le Fantôme de Maître Guillemin), Jean-Paul Nozière (Tu vaux mieux que mon frère), Daniel Pennac, dont on édite les quatre épisodes de Kamo, parfois sous d'autres titres que ceux de leur prépublication, Patrick Süskind et L’Histoire de Monsieur Sommer, Michel Tournier et La Couleuvrine moyenâgeuse, ces trois derniers auteurs ayant vu leurs récits respectifs, prépubliés dans la revue Je bouquine. Des talents nouveaux apparaissent : ceux de Bernardo Atxaga, dont l’ouvrage inttendu Mémoires d’une vache, de l’Anglaise Michelle Magorian dont on traduit les deux tomes de Bonne nuit, monsieur Tom, de Hugo Verlomme, un passionné de la mer, surfant sur les mots pour magnifier L’Homme des vagues. Ce qui fixe ces livres dans les mémoires, c’est, outre la saveur des récits, la qualité des illustrations, humoristiques ou réalistes, dues aux meilleurs crayons et pinceaux de la génération. Les Anglo-Saxons Quentin Blake, Anthony Browne voisinent avec les Français Roger Blachon (1941-2008), Serge Bloch, Jean-Philippe Chabot, Jean Claverie, Jean-Claude Götting, Miles Hyman, Claude Lapointe, Georges Lemoine, D. et C. Millet, François Place, Jame’s Prunier ou Jean-Jacques Sempé... On donne d’ailleurs la parole aux auteurs et illustrateurs à la fin de chaque volume.


Il est bien dommage que cette collection aussi séduisante que novatrice n'ait pas pu continuer d’exister telle quelle (elle n’a duré que de 1992 à 1996, lorsque 64 titres sont publiés, le n° 64 étant Monsieur Personne de Michael Morpurgo). Certes, les textes subsistent puisqu'ils ont en général été repris par la durable collection "Folio Junior", mais le concept bien que fortement novateur, dû au regretté Pierre Marchand (1939-2002), et les illustrations en couleur, auront malheureusement disparu. 




mardi 1 avril 2014

Livres et journaux pour la jeunesse dans L'EST MAGAZINE

Livres et publications pour la jeunesse : une page de L'EST MAGAZINE (supplément de "Vosges Matin" et de "L'Est Républicain") due à Laurence GILLOT que je remercie.



Le magazine est diffusé dans tout l'Est de la France (sauf en Alsace, je crois).
Le blog me donne l'occasion de lui assurer une plus large diffusion et de faire connaître ma tronche actuelle (c'est une photo prise par mon épouse Monique).  

mercredi 26 mars 2014

DYLAN STARK de Pierre Pelot numérisé chez Bragelonne

DYLAN STARK réédité en numérique chez Bragelonne

Antihéros plongé dans la Guerre de Sécession et les troubles nés d'une paix précaire. C’est surtout pendant ces années de l’après-guerre qu'on le voit  évoluer, de 1865 à 1867. Personnage de fiction inséré dans un cadre géographique et historique plausible, il subit d’autant plus les séquelles d’une telle période qu’il est un métis né de mère française et de père cherokee. Les "sang mêlé" étaient historiquement nombreux mais la création d'un tel personnage permet un regard tantôt exacerbé, tantôt critique et distancié sur les ethnies en présence : noire, blanche, indienne ou métisse.
Dylan Stark ressent toutes les violences d'un conflit mal éteint. Il fait face avec ses coups de cœur, parfois violents mais sans jamais céder au manichéisme, plus soucieux de traquer l'injustice que de restaurer la justice, une tâche qu'il estimerait illusoire.


Comme nous l’avons déjà écrit sur ce blog, on peut distinguer trois cycles dans ces aventures.
1) Le cycle de la vengeance jusqu’au retour vers les racines indiennes
2) Le compagnonnage avec Kija et la quête d’un hypothétique trésor
3) Le temps de l’errance et de la solitude

Les aventures de Dylan Stark ont d’abord été publiées de 1967 à 1969 par les éditions belges André Gérard de Verviers, dans la collection « Pocket Marabout » (pour 14 volumes)* mais d’autres aventures inédites plus discrètes paraissent chez d’autres éditeurs (Le Vent de la colère, Sierra brûlante, Pour un cheval qui savait rire…)   
A partir de 1980, dans la collection « L’Ami de poche », les éditions Casterman rééditent dix volumes des 14 volumes parus chez André Gérard.
Les éditions belges Claude Lefrancq ont publiés en 1997 et 1998 deux gros volumes Dylan Stark 1 (7 récits) et Dylan Stark 2 (sept récits dont l’inédit Plus loin que les docks). Seul Dylan Stark 2 a publié ma préface qui reste à ce jour une des rares introductions à la série. 
Le Navire en pleine ville republie en 2006 et 2007 quelques récits (dont Sierra brûlante).
C’est à partir de janvier 2014 que les éditions Bragelonne (après avoir déjà numérisé de nombreux livres de Pierre Pelot) commencent à éditer la série Dylan Stark en livres numériques dans la collection « Bragelonne Classic Western ».

Paraissent successivement :
      Quatre hommes pour l’enfer Dylan Stark - 1 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, janvier 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western)
Le Vent de la colère Dylan Stark – 2 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, janvier 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western)
La Couleur de Dieu Dylan Stark - 3 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, février 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 
La Horde aux abois Dylan Stark - 4 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, février 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 


Les Loups dans la ville Dylan Stark 5 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, février 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 
Les Loups sur la piste Dylan Stark 6 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, février 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 
Les Irréductibles Dylan Stark 7 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, février 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 
Le Hibou sur la porte Dylan Stark 8 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, février 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 


La Marche des bannis Dylan Stark 9  / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, mars 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 
Deux hommes sont venus Dylan Stark 10 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, mars 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western)
7h 20 pour Opelousas Dylan Stark 11 / Pierre Pelot  (Récit court)
- Paris : Éditions Bragelonne, mars 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western)
 (Chronologiquement, Plus loin que les docks devrait s’intercaler ici)
La Peau du nègre Dylan Stark 12 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, mars 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western)
L’Homme-qui-marche Dylan Stark 13 (Récit court)
- Paris : Éditions Bragelonne, mars 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 
Quand gronde la rivière Dylan Stark 14 / Pierre Pelot
- Paris : Éditions Bragelonne, mars 2014.
Livre numérique. (Bragelonne Classic Western) 



























Les épisodes 15, 16, 17 : Plus loin que les docksUn Jour, un ouragan et Le Tombeau de Satan ont été publiés le 14 juillet 2014. 



On attend encore les épisodes La Loi des fauves et et ceux qui ont été prépubliés dans  l’hebdomadaire Tintin : L’Erreur et L’Homme des monts déchirés.

* Contrairement à ce qui est écrit dans le Dictionnaire du Livre de Jeunesse, paru en 2013, c’est bien 14 volumes et non 10 qui sont parus dans la collection « Pocket Marabout ». En outre, Le Vent de la colère et Sierra brûlante (cités dans la notice sur Pelot)  appartiennent bien au cycle Dylan Stark.


jeudi 20 mars 2014

Mireille Pradier, conteuse et illustratrice à (re)découvrir

Connaissez-vous Mireille PRADIER ?

Non ? Moi non plus puisque j’ignore tout de ses dates et lieux de naissance, de vie et de mort. J’ignore tout de son parcours. Je prends pourtant l’insolente liberté de vous en parler (J’accepte volontiers les précisions des lecteurs du blog).
Cet auteure-illustratrice  qui semble seulement présente dans le monde de l’édition enfantine entre 1943 et 1946 (même s’il y a eu des rééditions ultérieures), une période trouble et troublée, serait encore davantage ignorée si l’illustrateur très connu Guy Sabran n’avait pas « imagé » (le terme s’écrit n’en déplaise aux puristes coincés) quelques-uns de ses textes. (Selon le site Internet Théâtre au vent, Mireille Pradier serait le pseudonyme de Mireille Forichon).


Chez l’éditeur (peu connu) Willeb, installé 13 Rue Marivaux à Paris, paraissent quatre de ces récits. Parlons d’abord de deux « histoires racontées ». Puisqu’il n’y a aucune indication quant à leur illustration, on peut supposer qu’elle les a illustrées elle-même.
Paraît d’abord en 1943 Agénor Kangourou se marie, un album de 32 pages très plaisant, au dessin à la fois souple et naïf. Agénor qui doit épouser Mademoiselle Virginie du Palmier ne s’est réveillé qu’à midi et tous les invités attendent. Parti en bicyclette, Agénor fait une chute de vélo avant d’être victime de deux grands boas qui veulent lui voler sa bague et le ligotent à un arbre. Son ami l’ours le libère, Agénor retrouve Virginie et le repas de mariage peut enfin commencer.    


Mireille Pradier a sans doute aussi illustré dans le même style clair et humoristique, Histoire de Lola la girafe géante, un album de 32 pages paru chez Willeb au cours du 3e trimestre de l’année 1945.
Lola est d’abord une petite girafe orpheline africaine adoptée par le Noir Papou des Béni-glou-glou qui vient de tuer sa mère d’une flèche. Les enfants adorent l’animal et se servent de son cou comme d’un toboggan. Elle grandit, devient géante et attire la jalousie d’une autre tribu qui tente de la capturer au lasso. Tirant d’un cou sec sur la corde lancée pour l’attraper, elle emporte pendus à son cou les guerriers ainsi vaincus. Lola décorée par Papou vit ensuite en princesse.      


Toujours chez Willeb paraissent encore Les Souliers de Rosette. Conte de Noël, un album de 32 pages illustré par M.-Th Auffray, paru en 1944 et réimprimé en 1945 et 48 et aussi La Vie de Jean de La Fontaine sous une couverture de G. Barret et avec des illustrations de M.-Th. Auffray. C’est un livre de 94 pages paru en 1946 dans la collection « Trois couleurs ».
L'éditeur Willeb a aussi publié en 1946 un conte de Noël de Mireille Pradier, illustré par Mô, intitulé La Révolte de l'âne, du boeuf et du mouton (8 pages). 
Autre éditeur privilégié de Mireille Pradier, l’éditeur parisien G.P. (alias Générale Publicité), chargé au départ d’honorer des commandes de Vichy, son directeur Victor Dancette s'étant refait une virginité en publiant l'album La Bête est morte, dessiné par Calvo) ). Mireille Pradier a la chance de voir ses textes illustrés par le réputé Guy Sabran (frère du romancier Jean Sabran, alias Paul Berna dont tout le monde a lu Le Cheval sans tête).
Sont édités successivement :
- Histoire des trois soldats de Goëldieu, un album de 30 pages écrit par Mireille Pradier et illustré par Guy Sabran G. P. Paris (1943, 1945 et 46).
- Le Rêve de Janou. Conte de Noël par Mireille Pradier, Imagé par Guy Sabran G. P. Paris (1943)
- Aurora, histoire de la petite princesse qui voulait apprendre à rire et à pleurer. Conte de Mireille Pradier, Imagé par Guy Sabran G. P. Paris, 1944
- Béluclaire Texte de Mireille Pradier Images de Guy Sabran G. P. Paris, 30 p. oct. 1945 et 1946. 
- Brégançon. La Légende de la reine Jeanne Texte de Mireille Pradier Images de Guy Sabran G. P. Paris, 32 p. 1945 et 1946.


Autres textes de Mireille Pradier :
- Bérylune : histoire d’une fée Illustrations de Guy Sabran Ed. S.E.M.P. 1944.
- Camping au Thibet Illustrations : 12 gouaches de Charles Desruols, Ed. Zimmermann, « Collection de l’impossible », 244 p., 1946. 


         

lundi 17 mars 2014

Tintin dans son journal en France en 1948

Le journal de Tintin en France, un événement parfois inaperçu en 1948




La presse des jeunes en cette année 1948 est dans un contexte difficile. On sait que se prépare la loi du 16 juillet 1949 sur les « publications pour la jeunesse » (déjà préparée depuis longtemps par les lecteurs militants de feu l’abbé Bethléem) et plusieurs journaux sentent si fort le vent du boulet approcher qu’ils préfèrent se saborder.
L’Astucieux, Francette, King-Kong, Mon Journal, Bob et Bobette et Les Aventures fantastiques, Le Journal de Bébé, Vaillante et Jeune Gars disparaissent. Parmi les récits complets, on ne verra plus Les Aventures fantastiques, Bob et Bobette édité par Dargaud et À l’assaut du ciel. 


C’est la rencontre entre Raymond Leblanc, éditeur et ancien résistant et Hergé, interdit de publier en septembre 1944, au lendemain de la Libération de la Belgique, qui a permis la naissance du Journal de Tintin « paraissant chaque jeudi » d’abord en Belgique, deux ans avant son arrivée en France. Le numéro 1 paru le  26 septembre 1946, tiré à 40 000 exemplaires, (épuisés en trois jours), est illustré en couverture par Le Temple du soleil de Hergé. Paraissent aussi les aventures de Blake et Mortimer de E.-P. Jacobs, L’Extraordinaire aventure de Corentin Feldoé de Paul Cuvelier. Raymond Leblanc fonde alors la nouvelle société des Editions du Lombard où seront publiés les albums tirés des bandes dessinées prépubliées dans l’hebdomadaire.


Cette apparition du Journal de Tintin dans le « plat pays » éclipse souvent l’arrivée en France de ce Journal de Tintin « le journal de tous les jeunes et de tous les amis des jeunes ». Il est édité par Le Lombard et Georges Dargaud, à Paris, au n° 60 de la Chaussée d’Antin, le 28 octobre 1948, soit deux longues années après l’édition belge, connue dans le Nord de la France par les messages publicitaires de la station Radio-Luxembourg. Ce fut pourtant un événement considérable tant il était attendu. Pourquoi ce retard ? Parce que le rival de Tintin n’est pas, comme on pourrait le croire son confrère belge Spirou, mais l’hebdomadaire catholique Coeurs Vaillants qui, sous la houlette de l’abbé Gaston Courtois diffusait en exclusivité les aventures de Tintin en France  depuis 1930. L’abbé Courtois exige que le nouveau journal ne fasse pas une concurrence déloyale au sien et fait tout son possible, selon Raymond Leblanc, pour faire échouer le projet d’implantation du périodique en France. Compte tenu de la façon plus que désinvolte dont Cœurs vaillants a publié de novembre 1947 à janvier 1949, les planches « massacrées », découpées n’importe comment, dotées de couleurs inadéquates de l’épisode Le Temple du soleil (parfois nommé Le Soleil du temple !), on comprend qu’Hergé ne publiera plus dans le journal Cœurs vaillants.     


Pour le prix de 15 francs, les petits Français découvrent neuf séries de bandes dessinées. Outre la première planche de L’Or noir et celle des aventures de Jo, Zette et Jocko dans Le Stratonef H. 22. de Hergé, des bandes dessinées réalisées par Edgar P. Jacobs pour les aventures de Blake et Mortimer (Le Secret de l’Espadon), Paul Cuvelier (L’Extraordinaire odyssée de Corentin Feldoë), Jacques Martin (Alix l’intrépide), Jacques Laudy (Hassan, le Voleur de Bagdad), les aventures de deux gamins de Bagdad et une bande anonyme de Salomone, La Princesse Zulimah. Leclerc, soldat de légende (en couverture) est une histoire illustrée par Etienne Le Rallic et il reste sept pages de rédactionnel adapté aux goûts des Français pour compléter le magazine de 16 pages. Il faudra de longues semaines de patience pour que les nouveaux lecteurs puissent connaître le dénouement des histoires distribuées au compte-goutte (à raison d’une planche par semaine), sans compter les interruptions.

(Présentation surtout extraite de « Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle, L'Harmattan, Edition 2014 », page  140.