lundi 28 janvier 2019

MARIJAC (Jacques Dumas) auteur de BD et éditeur de journaux pour la jeunesse (3)


Marijac, auteur de BD et éditeur de journaux

Après avoir créé pendant la guerre son petit journal artisanal Le Corbeau déchaîné, Marijac, dans une France encore en guerre, édite son Coq Hardi, journal résistant à Clermont-Ferrand (republiant Les Trois Mousquetaires du maquis de Marijac, ridiculisant déjà l’occupant dans Le Corbeau déchaîné) pour 10 numéros. Ce journal si typiquement français deviendra le creuset d'une nouvelle école de bande dessinée, trop souvent occultée par la bande dessinée belge.
Ce n’est qu’en avril 1946 que Coq Hardi reparaît jusqu’en mai 1955. (Il est suivi par Coq Hardi Je serai jusqu’en février (et le mensuel Cocorico pour 4 numéros en 1957). Marijac rappelons-le, exerce les fonctions de dessinateur, scénariste, rédacteur en chef, adaptateur, éditeur, voire maquettiste...


Marijac lance Baby Journal qui publie Calvo, Mat, Trubert, Alain Saint-Ogan (26 numéros d’avril 1948 à avril 1949) puis Cricri (1949) qui prend la succession jusqu’en février 1950. On y retrouve Calvo (Cricri souris d’appartement), Trubert (Le Chevalier Printemps), Alain Saint-Ogan (Nizette et Jobinet), Mat, plus Claude Marin et Marijac (Costo chien policier).



Ces auteurs se retrouvent dans Les Belles images de Pierrot que les éditions de Montsouris (1952-1955) confient à Marijac pour qu’il relance la publication.
En 1953, déçu par les éditions Montsouris, Marijac abandonne Pierrot et Coq Hardi dont il cesse d’être le directeur  et crée les éditions de Chateaudun. 



Il lance le magazine Mireille, pour jeunes filles, bimensuel, puis hebdomadaire et enfin, mensuel, existe du le 1er avril 1953 jusqu’en septembre 1964, en changeant à la fois de contenu et de propriétaire. On remarque surtout L’Orpheline du cirque, d’abord dessinée par Pierre Leguen, puis par Christian Mathelot. Étienne Le Rallic dessine Moustique, Dut (alias Pierre Duteurtre), La Fille de Buffalo Bill et Jean-Claude Forest (1930-1998), Princesse étoile. Tandis que Noël Gloesner (1917-1995) propose Mademoiselle Demi-Solde, Christian Mathelot (1923-2013) imagine Miss Cambouis.
En 1957, le magazine Mireille est repris en association avec Del Duca qui évince Marijac de l’équipe et impose alors des séries italiennes, généralement médiocres, Marijac vend alors le titre aux Éditions Mondiales.
Marijac a aussi été directeur-rédacteur en chef sous son nom de Jacques Dumas du magazine Nano et Nanette en 1955, un journal pour les petits pour lequel il avait su tirer parti des talents de Edmond-François Calvo, Erik (René Jolly), Noël Gloesner et Étienne Le Rallic, qui y dessinaient pour les plus jeunes.


Il faut encore citer parmi  les créations de Marijac les parutions suivantes :  Une sélection d’histoires du Far-West (1955) Far-West Aventures (1957), Frimousse (1959), Princesse et Bout d’chou (1966).


Marijac recycle volontiers ses propres bandes dessinées qu’il republie dans ses nouvelles publications. Il utilise encore ce procédé dans Allez France (1968),  journal (faussement) sportif destiné à la jeunesse et qui n’aura le temps de ne publier que 3 numéros, avec Roger Couderc (nommé rédacteur en chef) et Michel Drucker (tous deux virés de la télévision après mai 68) !
Marijac, directeur de la publication occupe l’essentiel des pages grâce à 4 bandes dessinées dont il est le scénariste : Une fille sur les planches (dessins de Gaty), L’Étroit Mousquetaire (dessins de Jen Trubert), Allez Ramuntcho (dessins de Noël Gloesner) et Les Invincibles de l’Ouest (dessins de Duteurtre).   
Beaucoup plus tardivement Marijac lance encore les magazines Mam’zelle et Jeunes Frimousses mais c’est un échec dû au fait que ces journaux na correspondent plus au goût du jour.                   
En 1979, Marijac reçoit le Grand Prix de la bande dessinée d’Angoulême, une reconnaissance tardive mais amplement justifiée.
                       


Si la production de Marijac en tant que dessinateur, scénariste ou dessinateur scénariste est immense, on peut regretter que peu d’albums restituent son œuvre multiple. Heureusement que Jacques Glénat a réédité plusieurs albums mémorables.    




jeudi 24 janvier 2019

MARIJAC le journal COQ HARDI et le cow-boy JIM BOUM (2)


Marijac, créateur du Journal Coq Hardi

Prisonnier, évadé, résistant en Auvergne pendant l’Occupation, Marijac, en novembre 1944,  dans une France qui n’est pas encore entièrement libérée, après son petit journal artisanal Le Corbeau déchaîné, crée son Coq Hardi, journal résistant à Clermont-Ferrand (republiant Les Trois Mousquetaires du maquis de Marijac, ridiculisant déjà l’occupant dans Le Corbeau déchaîné) pour 10 numéros. Ce journal si typiquement français deviendra le creuset d'une nouvelle école de bande dessinée, trop souvent occultée par la bande dessinée belge.
Outre dans les suppléments du journal Coq Hardi, n° 1 à 13, édités à Clermont-Ferrand Marijac publie aussi très vite Les Trois Mousquetaires du maquis dans le magazine hebdomadaire parisien Coq Hardi



Ce n’est qu’en avril 1946 que Coq Hardi reparaît jusqu’en mai 1955. (Il est suivi par Coq Hardi Je serai jusqu’en février (et le mensuel Cocorico pour 4 numéros en 1957). Marijac rappelons-le, exerce les fonctions de dessinateur, scénariste, rédacteur en chef, éditeur, voire maquettiste...

Jim Boum dans Coq Hardi

Le journal illustré publiera peu d’épisodes de Jim Boum :



En 1946, paraît Le Saumon d’argent (repris dans Cocorico en 1947 et dans l’album Le Mustang fantôme). Jim Boum affronte la bande criminelle d’un certain Hirlanders qui souhaite l’éliminer. Les indiens fréquentent aussi la région…



Dans Jim Boum sur la piste infernale en 1947, l’action démarre en Californie où le procureur général confie à Jim une mission délicate. Il s’agit d’enquêter sur un accident mortel troublant...



En 1950, Jim Boum est embarqué dans L’Étrange croisière du squalus.  C’est ainsi que Jim Boum entre dans la science-fiction en étant porté par un appareil construit par le professeur Salanas, appareil qui est parachuté sur la plante Mars au milieu de monstres ailés…  
Trois épisodes paraissent en 1954 : Le Canyon sans espoir, La Diligence tragique et Le Secret des monts maudits.



Dernier épisode publié : Chasse à l’homme au pays des jivaros, chasseurs de têtes en 1955. Jim Boum, qualifié de « célèbre scout américain » est envoyé par le 2e bureau de Washington sur les traces d’un avion disparu. Cet avion contiendrait des documents relatifs à la fameuse arme secrète « L’Irradium X 40 »…        

De 1947 à 1950, Coq Hardi publient des bandes dessinées d’auteurs français chevronnés : Etienne Le Rallic (Poncho Libertas, Le Fantôme à l’églantine), Raymond Cazanave (Capitaine Fantôme), Auguste Liquois (Guerre à la terre), Calvo (Cricri souris d’appartement), Dut (Sitting Bull le chevalier rouge), Poïvet, Kline, Noël Gloesner (Colonel X), Erik (André Jolly, Papou détective privé), Mathelot (Le Grand Cirque), Pellos (La Vie de Marcel Cerdan), sans oublier Mat, Daniel Laborne et Claude Marin...
Il va de soi qu'il conviendrait d'ajouter les bandes créées ou rééditées par Marijac. 
Bien qu’il prétendre défendre une bande dessinée essentiellement française, Marijac a tout de même publié les bandes étrangères de Hogarth (Drago), Fred Harman (Red Ryder), Ed Dodd (Mark Trail), Martin Branner (Ursule et Cie, Bicot), Benito Jacovitti (Pippo, Tar-Zan), Ferdinand (Mik), Kidnapped (Robert Webb, …   


Mais en 1950, la reprise de Coq Hardi par les éditions de Montsouris marque un tournant qui déplaît à Marijac déplorant l’embourgeoisement du journal.   
Des suppléments du journal, baptisés Magazines Coq Hardi, de format « à l’italienne » publient 71 fascicules de bandes dessinées en noir et blanc et plusieurs épisodes de Jim Boum. D’ailleurs, dans ces fascicules, Marijac se réserve la part du lion.   



Le journal Coq Hardi publie en outre sa "Collection Coq hardi", de romans illustrés bon marché de 50 pages, brochés, de petit format, publiés aux éditions SELPA de Clermont-Ferrand. Paul Bérato, un des maîtres du roman populaire, y publie des récits sous deux  pseudonymes, celui de Paul Mystère dès le n° 1, L'Or des Alfourous, illustré par Marijac et pour une douzaine de titres, et celui de Yves Dermèze qui signera encore 12 romans d’aventures. George Fronval, Maurice de Moulins, Albert Bonneau, Maurice Limat et Edmond Romazières sont là, comme les illustrateurs Dut, Étienne Le Rallic, Georges Bourdin ou Christian Mathelot.
        

mardi 22 janvier 2019

MARIJAC et son cow-boy JIM BOUM (1)


Marijac (Jacques Dumas, 1918-1994) et son cow-boy chevaleresque JIM BOUM

         Cet homme orchestre de la presse des jeunes cumule les fonctions : scénariste, dessinateur, rédacteur, éditeur… et son activité est immense. Aussi doué dans le genre humoristique que dans la veine réaliste, il utilise aussi les pseudonymes de Dum’s et de Jacques-François et collabore, avant la création de Coq Hardi,  à de nombreux journaux : Pierrot, Le Bon Point, Francis Guignol, Le Journal de Bébé… 
Des ecclésiastiques de L’Institut des fils de la charité, dont les abbés Gabriel Bard, Gaston Courtois (ex « Jacques Cœur », 1897-1970), et Pierre Rougemont (l’abbé Henri Guesdon), fonde Cœurs Vaillants, né officiellement à Paris le 8 décembre 1929. A côté de Cuvillier, et Hergé pour Tintin et Milou (depuis octobre 1930), on trouve Marijac (alias Jacques Dumas, 1918-1994) qui crée Jim Boum, Chevalier du Far-West, 1er épisode paru de 1931 à 1933.



Jim Boum, héros d’un des premiers westerns de la bande dessinée française, surnommé « le scout des frontières », passe insensiblement du style humoristique, parfois grandguignolesque, au style réaliste (dès 1934). Le texte est d’abord inscrit sous l’image avant d’intégrer le coeur de l’image mais le ballon interviendra tardivement et temporairement, en 1938, dans Jim Boum, chevalier de l’air, à partir du 1er janvier 1938. 
Jim Boum, au départ dessiné assez grossièrement, à traits rapides,  évolue en général au milieu de personnages « mauvais garçons » à l’allure patibulaire. Au départ, les Indiens sont sauvages et cruels mais leurs mœurs vont s’adoucir au fil des épisodes comme dans les films contemporains de John Ford. Ce changement positif notable apparaîtra plus clairement dans les albums Sitting Bull le chevalier rouge, dessiné par Dut (Pierre Duteurtre) en 1948 (et réédité par Glénat en 1978 et 79) et dans Poncho Libertas, illustré par Le Rallic.  


Parurent ensuite, en 1934 : Les Nouvelles aventures de Jim Boum. 



De 1935 à 1936, Jim Boum est toujours là pour La Victoire de Fort-Lincoln. Du n° 17 au n° 53, toujours en 1936, paraît Jim Boum au Mexique, épisode suivi de Jim Boum au Far West, en 1937. Toujours en 1937 paraît l’épisode Jim Boum chef de caravane (commencé au n° 19 du 9 mai).
Du n° 45 (1937) au n° 30 (1938) Jim Boum devient Chevalier de l’air. En 1938 paraissent des aventures sous le titre générique de Suite des nouvelles aventures de Jim Boum le chevaleresque.
Toujours dans Cœurs Vaillants paraissent encore Le Drame de West Canyon (1938-1939), Jim Boum en Afrique (1939), Jim Boum au front (1939). Jim Boum qui vient de quitter l’Afrique va lutter contre les nazis en Pologne.



C’est aux éditions Fleurus, clandestines et repliées à Clermont-Ferrand puis à Lyon, en zone Sud, pendant la guerre, que paraissent les épisodes  suivants : Jim Boum : Irradium X 40 (du no 4 en 1940 au no 52 en 1941).
Le Secret des Monts Latanas (1942, du n° 1 au n° 29), Le Sachem sans plume (du n° 30 en 1942 au n° 7 en 1943), Le Chasseur de mustangs (1943)  et L’Énigme du Canyon rouge (du n° 40 en 1943 au n° 15 en 1944). 
Des épisodes des  aventures de Jim Boum paraissent sous formes de fascicules à l’italienne dans les collections « Belles histoires de Cœurs Vaillants ». Par exemple, dans le n° 4 de juin 1941, Jim Boum Chevalier des neiges. 



Cœurs Vaillants ne sera autorisé officiellement à reparaître à Paris que le 19 mai 1946, compte tenu du pétainisme de son directeur Gaston Courtois pendant la guerre.

Prisonnier, évadé, résistant en Auvergne pendant l’Occupation, Marijac, en novembre 1944,  après son petit journal artisanal Le Corbeau déchaîné, crée son Coq Hardi, journal résistant à Clermont-Ferrand (publiant Les Trois Mousquetaires du maquis de Marijac) pour 10 numéros. Ce journal si typiquement français deviendra le creuset d'une nouvelle école de bande dessinée, trop souvent occultée par la bande dessinée belge.
Ce n’est qu’en 1946 que Coq Hardi reparaît jusqu’en mai 1955. (Il est suivi par Coq Hardi Je serai jusqu’en février (et le mensuel Cocorico pour 4 numéros en 1957).
Des suppléments du journal, d'une viçngtaine de pages au format à l'italienne, sous le nom de Album Magazine Coq Hardi, publient des bandes dessinées en noir et blanc et plusieurs épisodes de Jim Boum. souvent déjà publiés auparavant dans Coeurs Vaillants. 



         En 1977, Jacques Glénat réédite Le Mustang fantôme (prépublié dans Album Magazine Coq hardi n° 17) dans un recueil concocté par Henri Filippini qui contient, outre Le Mustang fantôme (15 planches), Le Saumon d’argent (17 planches) et 10 planches de Patos, enfant de la brousse, BD humoristique qui  n’a rien à voir avec Jim Boum. (Le Saumon d’argent est publié dans Coq Hardi en 1946 et dans Cocorico en 1957).




P.S : Le Mag, supplément hebdomadaire des journaux du groupe EBRA (Est Républicain, Vosges matin, Républicain lorrain…) a publié en janvier 2019 une réponse à un courrier d’un lecteur belfortain de Jim Boum sous le titre : Jacques Dumas alias Marijac.    

jeudi 29 novembre 2018

L'Epopée de Gilgamesh dans la presse des jeunes et la littérature jeunesse


L’Épopée de Gilgamesh dans la presse des jeunes et dans les ouvrages
accessibles à la jeunesse

Sauf erreur de ma part, la presse pour la jeunesse a rarement informé jusqu’ici ses jeunes lecteurs de l’existence de L’Épopée de Gilgamesh.
Je citerai seulement :



- Une aventure palpitante : Gilgamesh : Hebdomadaire Pilote n° 402 du 6 juillet 1967
L’Épopée de Gilgamesh en bandes dessinées de José Bielsa : pages 23 à 29.
Pilotorama : Khafaja dans l’antique Sumer (dessin double page de Henri Dimpre)




-         Gilgamesh, le premier héros de l’humanité : Mensuel Virgule n° 107, novembre 2018. Editions Faton. Pages 12-21.

« Né il y a cinquante siècles, dans sa première version, ce long poème à la fois étrange et familier n’a rien perdu de sa force tragique. Ses quelque trois mille vers dont nous connaissons à peu près les deux tiers, couvrant douze tablettes, souvent incomplètes, parfois impossibles à reconstituer dans leur intégralité, nous parlent d’abord du sort commun à tous les hommes, celui d’être mortel (…).
     L’Epopée de Gilgamesh raconte l’histoire devenue légendaire du roi d’Ourouk, une Cité-État dont il aurait été le souverain vers 2650 ou 2600 av. J.-C et dont il subsiste des ruines en Irak (sous le nom actuel de Warka).
Gilgamesh, seigneur tyrannique de la cité d’Ourouk, s’affronte à son rival Enkidou, un homme sauvage créé par les dieux pour le ramener à la raison.
Devenus amis après s’être battus, les deux hommes partent au coeur de la Forêt des Cèdres pour vaincre le géant Houmbaba.
Séduite mais repoussée par le roi vainqueur Gilgamesh, la déesse Ishtar se venge en lâchant sur terre le taureau céleste, tué à son tour.
Mécontents du rôle irrespectueux d’Enkidou, les dieux le font mourir au grand désespoir de Gilgamesh.
Le roi d’Ourouk décide de partir à la recherche d’Outa-Natpishtim, seul humain devenu immortel. Sa quête échoue et il ne peut goûter la plante de l’éternelle jeunesse dévorée par un  serpent. Il rentre à Ourouk, résigné et plein de sagesse.      
     La patience des archéologues, depuis un siècle et demi, a permis de retrouver différentes versions de cette œuvre, dispersées dans l’ensemble du Moyen Orient, en Anatolie, des lisières du plateau d’Iran jusqu’aux rives de la Méditerranée, des pays de la Mésopotamie à la Palestine, en passant par la Syrie et le Liban. D’abord transmise oralement pendant plusieurs siècles, déjà rédigée à partir du IIe millénaire av. J.-C., elle a été traduite ou adaptée dans différentes langues, à des époques différentes. »
(L’Épopée du roi Gilgamesh et de son ami Enkidou
Adaptation libre par Raymond Perrin, L’Harmattan, 2013 « La légende des mondes »  
Extrait de l’introduction.)


                                             Ouvrages accessibles aux scolaires
Au départ, les scolaires ne disposaient guère que de la version de Pierre Grimal Histoire de Gilgamesh parue dans Contes et légendes de Babylone et de Perse /chez  Pierre Grimal chez Nathan en 1962, dans la fameuse collection « Contes et Légendes de tous les pays ».
Plus tard, Henri Gougaud propose Enkidou et Gilgamesh (Sumer) dans: L'Arbre à soleils de Henri Gougaud. collection « Points » au Seuil.
Il faut attendre 1996 pour lire  La Célèbre légende babylonienne du roi Gilgamesh qui voulait être immortel de Jiri Tomek traduit par Llona Lartigue, dans Contes de l'Antiquité, chez  Gründ, collection « Les Grands classiques de tous les temps ».
L’introduction des textes fondateurs dans les programmes du collège va entraîner une profusion de publications à partir de 2001. On remarque ainsi :
- L’Épopée de Gilgamesh racontée par Michel Laporte
dans 6 récits de Babylonie – Paris : Castor Poche Flammarion, 2001 pp. 45-103.
* Le Premier Roi du monde. L’Épopée de Gilgamesh / Jacques Cassabois – Paris : Hachette Jeunesse, 2004, (« Livre de poche jeunesse ; 1008 »)     
- Gilgamesh / adaptation de Léo Scheer
« Le premier roman de l’Histoire » « Librio », 2010.
* Gilgamesh / Adaptation de Martine Laffon d’après la traduction de Jean Bottéro,
Dossier par Françoise Santoni-Bissaïn
Paris : Belin-Gallimard, 2009. 126 p
« Texte intégral et Dossier / ClassicoCollège »
* L’Épopée de Gilgamesh racontée par Pierre-Marie Beaude
Pierre-Marie Beaude – Paris : Gallimard Jeunesse, 2009. 128 p.
« Folio junior Textes classiques ».
* Le Récit de Gilgamesh. L’homme qui partit en quête de la vie sans fin  / Traduction remaniée et abrégée par Stéphane Labbe
- Paris : École des Loisirs, 2010. « Classiques abrégés », 140 p.
* Gilgamesh, le roi qui ne voulait pas mourir par Viviane Koenig
- Paris : Oskarson (Oskar Jeunesse), 2010. 160 p. Ill. : Erwan Pagès « Histoire & Société ».
* L'Épopée de Gilgamesh en 8 récits par Jean Muzi
- Paris : Flammarion Jeunesse, 2011. 128 p. Illustrations de Frédéric Sochard.
* Gilgamesh Adaptation, présentation et commentaires par Alain Migé
- Paris : Editions Larousse, 2012. 127 p. « Petits classiques Larousse ; n° 178 »

Je me permets d’ajouter mon ouvrage :
* L’Épopée du roi Gilgamesh et de son ami Enkidou
Adaptation libre par Raymond Perrin
-          Paris : L’Harmattan, 2013 « La légende des mondes ».   


jeudi 11 octobre 2018

Jacques Martin, l'album La Grande Menace et le tunnel d'Urbès (et non de Bussang)


Jacques Martin, l’album La Grande Menace et le tunnel d’Urbès (et non de Bussang)

Le fait que les éditions Hachette viennent de rééditer (pour un prix dérisoire) la bande dessinée La Grande Menace (parue dans le journal de  Tintin en 1952, devenue un album du Lombard en 1954) donne l’occasion de rectifier une erreur réitérée à propos du lieu qui est à l’origine de l’histoire conçue et dessinée par Jacques Martin.



Jacques Martin persiste et signe

Dans Les Cahiers de la bande dessinée n° 20, Spécial jacques Martin d’avril 1973, Jacques Martin raconte les origines du héros Lefranc : « C'était en 1950. J'étais avec un ami d'enfance en vacances dans les Vosges. II m'emmena voir le tunnel de Bussang transformé par les Allemands en 1944 pour lancer des V 1 sur Paris. Heureusement, l'avance rapide des troupes françaises empêcha ce crime d'être accompli. Le tunnel, très profond, était invulnérable aux bombardements, et à la moindre alerte, il suffisait de rentrer les rampes de lancement à l'intérieur, grâce à des rails. En visitant, je me suis rendu compte que tout était intact, et il m'est apparu que n'importe quel fou pouvait remettre tout cela en état de marche ! (…) De retour en Belgique, j'ai imaginé l'histoire de La Grande Menace.»     
Sur le site internet Araucan.com en 2002 (50 ans après la naissance de Lefranc), Jacques Martin persiste dans cette version en faisant cette confidence : « Lorsque j'ai acheté ma première voiture en 1951, je me suis rendu dans les Vosges pour retrouver un ami d'enfance qui m'a fait découvrir le Col de Bussang. Pendant la Seconde Guerre, ce n'était pas encore un col mais un tunnel où les Allemands avaient installé des V.1 braqués sur Paris. Rendez-vous compte que lors de ma visite, en 1951, ils étaient toujours en place, juste désarmés. Le site était gardé par un malheureux soldat. J'ai trouvé cela tout à fait effarant ! Sur le chemin du retour, j'ai imaginé le scénario de La Grande Menace.  (Ce texte est encore en partie repris en 2018 dans la nouvelle édition Hachette de la B.D., dans le cahier additionnel, page 5).
        

Jacques Martin s’est trompé de tunnel

Or, il faut bien admettre que Jacques Martin a été trahi par sa mémoire. Le tunnel visité n’est pas celui qui a été construit au col de Bussang au début des années 1840. Le souterrain long de 250 mètres a été frontalier après l’annexion de l’Alsace jusqu’en 1918. En 1944, les Allemands font exploser une partie de la voûte de ce tunnel routier pour retarder les Américains. On ne voit plus guère aujourd’hui que l’entrée alsacienne, l’entrée vosgienne étant masquée par la végétation. 
En fait, Jacques Martin (né à Strasbourg en 1921, disparu en 2010), a visité la partie terminale du tunnel ferroviaire qui devait relier Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges et Urbès en Alsace (un tunnel bien connu aujourd’hui grâce aux travaux du Bussenet Raphaël Parmentier). Envisagé en 1927, il est interrompu en 1935 alors que 4000 mètres ont été creusés côté alsacien sur les 8300 m. prévus. A la fin de 1943, les Allemands investissent le tunnel pour y enterrer une usine d‘armement. Devenu un camp de travail dépendant des camps de concentration de Natzwiller-Struthof, le tunnel soumet les déportés à des conditions de travail insupportables dans les gaz et l’humidité. L’usine produit des pièces pour les V1/V2 et pour les réacteurs du Messerschmitt ME 262. C’est donc bien ce tunnel de l’horreur d’Urbès que Jacques Martin a visité soit en 1950, soit en 1951. Dans le climat de guerre froide des années 50, où la perspective d’une Troisième Guerre Mondiale n’est pas écartée, il imagine une puissance criminelle (dirigée par la maléfique Axel Borg) menaçant l’Etat français de détruire Paris avec une bombe nucléaire. La tâche du journaliste Lefranc est donc gigantesque pour empêcher ce projet diabolique !          

 
La prépublication dans le journal de Tintin des 60 planches (une par semaine) commence le 21 mai 1952 dans l’édition belge et le 3 juillet 1952 dans l’édition française. Seule, l’édition belge consacrera une couverture à La Grande menace. La première édition de l’album aux éditions du Lombard date de 1954. 

lundi 18 juin 2018

Bourrelier, collection "L'Alouette" et Colin-Bourrelier


L’éditeur Bourrelier,  "L'Alouette" et Colin-Bourrelier (2)

Une collection soignée, reliée et illustrée en couleurs : "L'Alouette"

Les éditions Bourrelier passent des noms de fleurs à celui d’un oiseau En 1956, elles nomment"L'Alouette", une collection solidement reliée et  illustrée en couleur, pour les 8/14 ans. C’est encore la « collection des "Prix Jeunesse" » (prix fondé, rappelons-le, par Michel Bourrelier) et c’est aussi une collection conçue pour la distribution des prix. Elle  publie donc, en 1956, après Dorothée de Rachel Field, traduite par Natha Caputo, Le Secret de don Tiburcio (celui d’un extraordinaire perroquet bleu), de Jeanne Loisy, Prix Jeunesse en 1956, avec des illustrations de Françoise Estachy,, le même prix ayant été remporté en 1947 par Jean Bosshard pour Le Marchand de sable attendra... (naïvement illustré par J. A. Cante, réédité en 1958). Toujours en 1956 reparaît L’Île rose de Charles Vildrac, bien illustrée en couleur par Romain Simon qui illustre aussi la réédition de La Colonie en 1957 (mais c’est J.A. Cante qui se chargera des rééditions de Amadou le bouquillon et Les Lunettes du lion…), l’année où Marie Colmont (1895-1938) propose son recueil, Le Cygne rouge et autres contes du wigwam et de la prairie,


Des trois titres publiés par May d’Alençon, retenons surtout Les Six garnements de la Roche-aux-chouettes (1957), illustré par Pierre Belvès. En 1958, alors que Georges Nigremont, illustré par Pierre Noël, évoque Quatre coups espacés, c’est Étienne Cattin, amoureux des trains et spécialiste des récits ferroviaires qui est distingué pour Rat-Blanc et son chauffeur. (4 ans avant que soit édité L’Express du soir, 1962, illustré par André Pec). C’est juste avant l’histoire des jumeaux malouins Alain et Alban embarqués sur le bateau de Duguay-Trouin, l’un comme mousse, l’autre en fraude et contraints tour à tour de jouer « L’Autre » chez les corsaires de Simone Martin-Chauffier, un roman primé en 1959 et réédité chez G.P. en 1977. Vingt titres sont proposés en 1960, quand Gine Victor Leclerc reçoit le Prix Jeunesse pour Va comme le vent, les aventures d’un jeune cavalier mongol. Parmi les traductions, on relève en 1957, L’Arc-en-ciel vogue vers Masagara de Friedrich Feld (illustré par Pierre Noël) et Marycia, la princesse au cœur de glace et autres contes polonais de Corneille Makuszynski (1884-1954), finement illustré par Françoise Estachy et, en 1960, En « gnomobile » à travers l’Amérique d’Upton Sinclair. D’André Chamson (1900-1983) on réédite en 1961, L’Auberge de l’abîme, beau roman historique de 1933, évoquant les paysans huguenots pacifistes des Cévennes au XIXe siècle et la traque d’un jeune officier secouru par un médecin amical.



Des éditions Bourrelier aux éditions Colin-Bourrelier
 
Bien qu’il édite encore le Prix Jeunesse 1962 : Le Mystère de l’ancre coralline de Magda Contino, des aventures policières, tout à tour dramatiques et comiques, Bourrelier ralentit la publication d’inédits et rejoint Armand Colin en 1963. L’association Colin-Bourrelier ne surprend pas ceux qui se souviennent que Michel Bourrelier est le petit-fils de Louis Le Corbeiller, cofondateur de la Librairie Armand Colin, ce même Armand Colin ayant initié au métier Michel Bourrelier  qui concentre désormais ses anciennes collections, pour un dernier feu d'artifice, à l'intérieur de l’unique "Marjolaine" qui se décline selon trois niveaux d'âge.
"Marjolaine", "Primevère" et "L’Alouette" cessent de paraître en 1968.
Michel Bourrelier publie ses derniers Prix jeunesse, avant de passer le relais aux Éditions de l’Amitié- G.T. Rageot en 1968. Paraissent, en 1963, Renard roux, de May d’Alençon, en 1964, Sur la route des bohémiens de Jacqueline Verly, en 1965, Le Secret du ballon jaune de Nicole Lesueur, chant du cygne de la collection. Les plus de 12 ans retrouvent, outre des traductions de Dickens et d’Alberto Manzi, des romans de Marianne Monestier (La Petite fille de nulle part… de 1941), ou de Robert Teldy-Naim (Sept soleils sur la neige, 1954, évoquant les prospecteurs du Grand Nord canadien), ou découvrent en 1961, L’Aventure du serpent à plumes, énigme passionnante de Pierre Gamarra, faisant intervenir deux enfants basques, les Aztèques et un mystérieux écrivain. Citons encore L'Express du soir, évoqué par ce fou des trains que fut Étienne Cattin (Prix Jean Macé 1962), et Jeunes princes captifs : Deux fils de François 1er prisonniers en Castille, publié en 1961 par Louis Delluc (un homonyme du cinéaste).