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mardi 29 mai 2012

ERIK André-René Jolly dans le journal "Lisette", Nique et Prune (VII)


ERIK, scénariste, dessinateur et coloriste du journal LISETTE (VII)

NIQUE ET PRUNE

André-René Jolly, alias le scénariste-dessinateur et coloriste Erik (07/07/1912-13/08/1974) est injustement oublié aujourd’hui. La meilleure preuve, c’est l’absence d’une bibliographie sérieuse concernant une œuvre prolifique, des années 30 aux débuts des années soixante-dix.
Il est vrai que bon nombre de ses œuvres publiées dans les journaux pour la jeunesse n’ont pas bénéficié d’albums qui auraient assuré la pérennité de son immense travail.
En outre, ses travaux ont été dispensé et dispersé dans une multitude de journaux tels que : Benjamin, Oscar Bill. Le Roi des Détective, Gavroche, Grandes Aventures, Simbad le marin, Le Téméraire, Aventures Humoristiques, Coq Hardi, OK, Paris-Jeunes, Jeudi-Matin, Comique Magazine, Coeurs Vaillants, Ames Vaillantes, Fripounet et Marisette, J2 Magazine, Formule 1, Zorro, Pierrot, Spirou, Tintin, Millat Frères Magazine, Lisette, Sylvie, Jocko et Poustiquet, L'Intrépide, Dicky le Fantastic, Ima, l’ami des jeunes et Record.
Né à Verdun, fils d’un militaire de carrière, André-René Jolly choisit d’abord le pseudonyme de Jérome-Erik, puis d’Erik. Sans aucune formation ni école particulière, il se lance très tôt dans la bande dessinée. Il ne dédaigne pas de travailler pour la publicité ou pour le dessin animé publicitaire. Auteur, dessinateur et coloriste, il travaille en solitaire et réalise sans aucune aide toutes ses bandes, toujours avec talent, même si on peut regretter parfois que l’histoire se développe exagérément. On peut le comprendre quand on sait que les auteurs de cette époque étaient souvent très mal payés et n’avaient ni statut, ni sécurité sociale. Beaucoup savaient qu’il leur faudrait travailler jusqu’à leur mort.   
Parmi les thèmes de prédilection, retenons les savants fous et les professeurs loufoques, les personnages d’un autre temps, comtes ou nobles divers et leurs domestiques, les détectives amateurs, masculins (Oscar Bill, Vrac reporter, Papou détective, Pat’Rac, Babiol…) ou féminins (Finette, Madie, Nique et leurs compagnons animaliers), les policiers professionnels.
Erik manifeste une prédilection pour l’Histoire du Moyen Âge (celle des chevaliers cocasses) et pour la Préhistoire (qui permet la « reconstitution » d’improbables machines, tantôt antiques et étranges, tantôt futuristes.
Le bestiaire est aussi d’une grande richesse puisqu’il va des animaux familiers aux animaux de la jungle ou aux espèces préhistoriques.
 
        Sans faire appel ni à un scénariste, ni a des coloristes, il réalise entièrement, en plus d’illustrations souvent désopilantes et de publicités, des bandes dessinées humoristique et caricaturales, dans le style hergéen de la ligne claire, usant à la fois du trait rond et pointu qui le caractérise et le fait reconnaître d’un seul coup d’oeil.
     Il est bon de rappeler qu’Erik Erik a toujours manifesté de l’intérêt pour les personnages féminins. Comme il s’intéressait à la mode, il représente avec goût les toilettes, les coiffures des jeunes filles, en minimisant la caricature, moins indulgente envers les personnages masculins.
Les personnages féminins présents dans Ames vaillantes (Etamine, Finette), Ima, l’ami des jeunes (Madie), Lisette (Nique) ou le mensuel Sylvie (Dorothée) sont là pour le prouver.

La série Nique (diminutif de Véronique, c’est son oncle chez qui elle réside, le professeur Transitoire, qui nous l’apprend) a longtemps occupé les pages de l’hebdomadaire pour jeunes filles : Lisette. La jeune adolescente est la vedette d’une série policière et mène parfois ses enquêtes avec son cousin Pat et Anne, la détective.  Elle est toujours accompagnée par son amie la pie Prune, au caractère bien trempé à tel point qu’il arrive que cette bavarde à la tête coiffée par un petit bonnet rouge vole la vedette à sa maîtresse.   
Nique, jeune fille brune à la coiffure toujours impeccable, maintenue par un nœud enserrant les cheveux, connaît parfois des aventures dangereuses où elle affronte malfaiteurs dangereux, savants fous ou êtres tyranniques. Heureusement, l’humour constant de l’auteur désamorce  le caractère dramatique.

Puisqu’un seul album de 64 planches est paru aux éditions de Montsouris,  en 1959 : L’Etrange croisière du Kara-Ko,  il est nécessaire de retracer, autant que faire se peut, les parutions des aventures inédites de Nique et Prune (1953-1961), parues dans le journal Lisette.

1953 : Nique et les « Caméléons » (planche 1 dans le N° 14 du 05/04/53)

1953 : Prune veut faire du cinéma (planche 1 dans le N° 26 en juin 1953, fin : planche 16 dans le N° 42 du 18/10/53)

1953-54 : Le Secret d’Aldabar (planche 1 dans le N° 43 en octobre 1953)

1955 : Nique et la soucoupe volante

1955-56 : La Bague d’Onyx (planche 1 au cours du mois de novembre 1955, fin le 16 décembre 1956, n° 51)

1957-58 : L’Etrange croisière du Kara-Ko (seul épisode paru ensuite en album

1959-60 : L’Oiseau des Zartukas (planche 1 dans le N° 24 du 14/06/59)

1960-61 : Le Chevalier bleu (planche 1 dans le N° 34 du 21/08/60)

1961 : La Lande des menhirs (planche 1 dans le N° 32 du 06/08/61)


mercredi 17 mars 2010

Maison de la Bonne Presse et Bayard-Presse : presse juvénile IV



De la Maison de la Bonne Presse à Bayard Presse
De L’Echo du « Noël » (1906) à J’aime la B.D. (2004)
Un siècle de presse juvénile catholique


IV Bernadette, le « parent pauvre » des fillettes
Bernadette, hebdomadaire pour filles, à la parution régulière de 1923 à 1640, renaît aussi en 1946. Cette presse mièvre et pieuse n’est qu’un « parent pauvre », malgré un supplément en couleur, sous titré « Histoire, Art, Science, récréations », proposant des rubriques plus profanes.
Les ouvrages sont illustrés, après la guerre, par Grand'Aigle, Gaston Jacquement, Pierdec (alias Pierre Decomble), Loÿs Pétillot, Alain d'Orange, Manon Iessel, Solveg (S. Voisin) ou Maurice de la Pintière (1920-2006), des dessinateurs fréquents à la Bonne Presse. On y remarque des récits illustrés par Manon Iessel (comme la vie de Florence Nightingale), Félix Jobbé-Duval, Gaston Jacquement (alias Ticky ou Tiky), Pierdec, avant l’arrivée d’illustrateurs plus connus comme Alain d’Orange, Solveg (alias Solange Voisin), Janine Lay, Pierre Forget ou Gervy. La prépublication de romans cinématiques (L’Oiseau des îles illustré par Gaston Jacquement, Les Naufragés du « Sassandra », imaginé par Renée Tramond, Le Monstre des abîmes en 1951, de Henriette Robitaillie), prouve l’absence d’évolution. Ce n’est qu’en 1955 qu’on remarque les belles illustrations non signées d’Alain d’Orange, pour le roman de R. Gaël, adapté par M. O. Saint-Hilaire : Le Messager du tsar. En 1956, Henriette Robitaillie, scénarise la bande dessinée de Solveg, Lucette et les éléphants, avant de créer pour Janine Lay, les personnages de Priscille et Olivier pour deux épisodes mémorables : Le Secret du lagon bleu et Le Puma aux yeux d’escarboucle. Cette omniprésence envahissante d'Henriette Robitaillie, écrivant jour après jour et sur tous les sujets, caractérise l'hebdomadaire de cette époque.
C’est aussi en 1956 qu’on fait à nouveau appel à Gervy, le père de Pat’Apouf, créant Miette et Totoche, ou contant en B.D. et en couleur Les Tribulations de Canou. L’hebdomadaire a la chance de publier Moustache et Trottinette au Moyen Age du grand Calvo. Dès 1956, les deux hebdomadaires Bayard et Bernadette passent à l’impression offset, agrandissent leur format et améliorent leur contenu. En 1963, l’excellent illustrateur Pierre Forget (avant de repartir graver des timbres), réalise la bande dessinée, La Reine du lasso et L.N. Lavolle (Hélène Chaulet), publie L’Enfant du fleuve, inspiré par le fleuve Nil et illustré par Pierdec (alias Pierre Decomble).

Au début de l’époque des « yéyés », on note la tentative du mensuel Rallye jeunesse (1959-1966), créé et dirigé par le Père Sève, pour établir le premier une relation d'égal à égal entre les adultes et les adolescents mais, bien qu’il innove en s’ouvrant à la génération « yéyé », sa diffusion est limitée aux milieux catholiques.
En 1962, la Bonne Presse, associée à Georges Dargaud, remplace son hebdomadaire Bayard par le mensuel mixte Record, avec une toute nouvelle équipe qui laisse sur le carreau les auteurs et dessinateurs de Bayard. Elle accueille une pléiade de dessinateurs qui exerceront bien vite leurs talents, tels René Goscinny et Jean Tabary (Le calife Haroun el Poussah et le vizir Iznogoud), Gotlib, Claire Bretécher ou, dans des journaux au public moins restreint, comme Pilote.
Le 5 janvier 1964, Nade a pris la succession de Bernadette et tient jusqu’au 29 avril 1973. Entre temps, la publication prendra le nom de Nade Télé-Jeunes avec l’ambition d’être le 1er journal de télévision pour les jeunes. Nade, journal visant « les petites filles et leurs petits frères », a restreint son lectorat potentiel malgré la présence d’un débutant prestigieux, l’orfèvre du dessin François Bourgeon. Jumelée avec Lisette agonisant, le 1er novembre 1964, en lui imposant toutes ses bandes dessinées, la revue se condamnait à ne survivre que quelque temps.