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vendredi 13 mars 2015

Gedalge et Les Voyageurs de l'Espérance de Georges Duhamel (6)

Gedalge et Les Voyageurs de « L’Espérance ». Récit de l’Age atomique de Georges Duhamel

C’est chez Gedalge que paraît en 1953 la 1ère édition du récit Les Voyageurs de « L’Espérance » de Georges Duhamel (Paris, 30 juin 1884 -Valmondois, 13 avril 1966). Médecin épris de littérature, romancier, académicien et chroniqueur interrogeant la modernité, Georges Duhamel avait publié chez l’éditeur Paul Hartmann Les Jumeaux de Vallangoujard (1931), un récit d’anticipation fondé sur la gémellité.    
L’ouvrage posait la question de savoir si les jumeaux Zani et Zano, élevés selon les principes de la science appliqués par le professeur Pipe, allaient échapper au modèle standard prôné par cet utopiste du bonheur imposé, au risque d’abandonner leur identité. D’ailleurs, l’ouvrage est réédité chez Gedalge dans les cartonnages utilisés souvent comme livres de prix.

Dans son nouveau livre Les Voyageurs de « L’Espérance », sous-titré Récit de l’Age atomique, composé spécialement pour la jeunesse et publié une première fois en 1953, Georges Duhamel a imaginé l’effroyable catastrophe déterminée par l'éclatement de tout un arsenal atomique, plusieurs bombes ayant explosé simultanément.
Cette catastrophe dont les effets n’ont pas été calculés et maîtrisés (on le devine plus aisément aujourd’hui et on le découvre surtout dans la dernière partie du roman) a des répercussions profondes et irrémédiables sur l’aspect du monde terrestre. Elle surprend la famille bourgeoise, cultivée et aisée des Fromond qui vivent dans un clan constitué de 5 adultes et de 5 enfants, ayant à leur service le jardinier Grégoire et son épouse Gervaise. A la fin d’un déjeuner, ses membres perçoivent des grondements bizarres dans les entrailles de la terre. Radio et téléphone ne fonctionnent plus et la route est coupée.         
Toute la famille Fromond qui se disposait à partir pour une croisière de vacances décide d’utiliser le bateau L’Espérance, à la fois à voile et à moteur, pour fuir cette terre où le niveau de l’eau commence à s’élever. Grands-parents, enfants, petits enfants et serviteurs (et même le chien Dick et le chat Kyoko) s'embarquent à temps sur le bateau familial. Les provisions, l’eau potable et Ils savent seulement que l’on devait expérimenter la bombe Z dans les déserts du Nolaska et pensent trouver leur salut sur les flots.


Partis vers l’inconnu puisqu’il n’y a plus de repère, ils vont errer, pendant des jours et des jours, sur les mers, bouleversées comme tout le reste de la planète. Ils croisent un iceberg et des ours blancs, une multitude de poissons morts, des cachalots et un monstre marin, des victimes noyées, des épaves et même des villes englouties  …
Ayant échappé à maints périls, ils finissent par arriver un jour, comme jadis Noé, sur une île sans plage formée par le sommet d'une montagne et qu’ils nomment Alicia. Ils vivent ainsi dans Fromondville, en s'efforçant de reconstruire une sorte de civilisation. Ils aménageant une baraque, un jardin, un parc pour les trois chèvres et les quatre chevreaux capturés. Le vieux Guillaume Fromond, savant et célibataire, décède dans l’île où il est enterré. Un avion de passage largue un paquet content une brochure les informant du malheur universel et le pitoyable état du monde après la catastrophe. Plutôt que de quitter l’île, les Fromond préfèrent rester sur leur île où ils pensent demeurer les maîtres de leur destinée.

Ce roman écrit par un académicien qui ne peut s’empêcher d’étaler sa culture à longueurs de pages  (l’étymologie du mot brouette n’a rien à faire ici) est d’une lecture parfois agaçante et les trop nombreuses digressions cassent le rythme du récit. On sait combien Georges Duhamel était en fait un homme du passé (ne décrivait-il pas le cinéma comme « un divertissement d'ilotes, un passe-temps d'illettrés, de créatures misérables, ahuries par leur besogne et leurs soucis » ?) mais sa dénonciation du péril nucléaire reste légitime.
Alors que Pierre Versins, dit dans son Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction dit que c’est un « rare exemple d’anticipation pessimiste pour enfants », Georges Duhamel assurait qu’il voulait  surtout « présenter à des êtres jeunes les problèmes du temps ». Or, la lecture du roman au XXIe siècle risque de faire apparaître un style bien désuet.



Les éditions Gedalge ont proposé plusieurs éditions du récit. Il y eut d’abord en 1953 l’ouvrage de la collection « Les Loisirs de la jeunesse ». La reliure souple est munie d’une jaquette mobile en couleurs et l’intérieur du livre est agrémenté à la fois d’illustrations en noir et blanc, d’un frontispice en couleurs et de 5 hors-texte en couleurs, l’artiste Jacques Roubille s’étant chargé de toutes les illustrations.
En 1958, dans la collection « Aurore » paraît ce même récit mais sous le titre Les Rescapés de « L’Espérance » Récit de l’Age atomique, illustré par Michel Dahin.
C’est en 1959 que paraît le cartonnage grand format (33 cm sur 26) sous le titre Les Voyageurs de L’Espérance, avec la fameuse couverture rouge et or, le 1er plat étant orné d’une illustration contrecollée tandis que l ’intérieur du livre reprend les illustrations et hors-texte de Jacques Roubille.
La collection « La Comète » adopte en 1960 les illustrations monochromes de Maurice Raffray pour cette nouvelle édition qui adoptera en couverture au moins deux versions des motifs décoratifs propres à la collection. En 1963, le bleu foncé, le bleu clair et l’orange se substituent au vert foncé, au vert clair et au jaune de l’édition de 1960.
Il existe d’autres tirages des diverses collections.     


       

mercredi 11 mars 2015

Gedalge et le roman Peau-de-Pêche de Gabriel Maurière (5)

Les Editions Gedalge et Peau-de-Pêche de Gabriel Maurière (Henri Legrand, 1873-1930) (5)

Pendant la Première Guerre Mondiale, un petit Parisien de neuf à dix ans, prénommé Charles ou plutôt Charlot, est confié à une prétendue « tante » malhonnête et brutale qui le pousse à mendier à la porte des églises pour qu’elle nourrisse ses quatre « mioches ». Un jour, une jeune mariée qui vient de lui donner une pièce d’argent perd par terre son porte-billets. L’enfant court, remet l’objet perdu à la dame et s’enfuit. Il remet sa pièce de vingt sous à sa tante, furieuse quand il lui raconte sa bonne action.
Charles revoit pourtant la bonne dame Madame Desflouves qui l’invite chez elle. Quand il apprend que sa tante est aussi allée chez elle, qu’elle a reçu vingt francs et lui a pourtant volé une montre, Charles s’enfuit et il est renversé par un autobus. Hospitalisé et rétabli, le petit Dupré ne retournera pas dans son faubourg miséreux.
Il apprend qu’il va partir à la campagne, dans le village de Charmont-sous-Barbuise, dans l’Aube, « à seize kilomètres de Troyes », chez des oncle et tante, de braves paysans qui vont le traiter comme leur propre fils. D’ailleurs, ils ont déjà un fils, Albert, parti pour la guerre dans les tranchées de Champagne et une fille, Lucie, qui ne manque pas de taquiner Charles.
Alors qu’il est bien vite émerveillé par les beautés de la campagne et surtout par les animaux de la ferme, en particulier le chien Tom aussitôt devenu son ami, l’âne et le cheval Pierrot, Charles doit s’adapter à sa nouvelle école très différente de celle de la rue Vitruve à Paris. Très vite, on le surnomme Peau-de-Pêche à cause de son teint pâle et délicat et de ses joues roses, ce qui n’offusque guère.



Petit à petit, il découvre et apprécie la vie de la ferme et la vie saine de la campagne. Quand ses compagnons de classe le sortent d’un bourbier où il risquait de se noyer, il s’en fait enfin des  amis mais celui qui lui est le plus cher, c’est le grand Alexis, surnommé La Ficelle. C’est lui qui l’initie à la vie sylvestre, à la pêche dans la Barbuise et même à la chasse. Sa scola rité terminée, au lieu de poursuivre ses études, Peau-de-Pêche choisit la terre, à la grande satisfaction de son oncle.
Mais la guerre vient brutalement frapper la famille d’accueil. Albert est gravement blessé. La tante et Charles se rendent à Châlons puis à Pogny où la guerre fait rage. Ils y découvrent qu’Albert est décédé et enterré et les parents désespérés vont reporter leur affection sur l’enfant adopté, âgé de 13 ans et demi lors de l’armistice de 1918.
Bien plus tard, Charles aura l’occasion de revoir à Paris Madame Desflouves, toujours désintéressée et protectrice, laquelle va jouer un rôle déterminant dans sa vie sentimentale et son avenir puisque c’est grâce à elle qu’il conservera l’amitié d’Alexis et épousera Lucie.          
         
  
Le roman Peau-de-Pêche, constitué de cinq parties, publié d’abord en 1927, puis en 1929 dans sa version définitive, va connaître de très nombreuses éditions chez Gedalge. On le rencontre d’abord dans la collection « Aurore » où il est encore présent dans une version reliée en 1956, à l’époque où l’éditeur a déjà vendu 200 000 exemplaires du récit.
Il adopte d’autant plus vite la forme d’un roman scolaire que Gabriel Maurière, d’abord instituteur, puis professeur, devient inspecteur de l’Enseignement primaire. Le récit prend  donc la forme d’un « Livre de lecture courante » pour le Cours moyen et supérieur. En 1930, il est illustré par Edmond Rocher et des notes en bas de pages explicitent de nombreux termes ou expressions. 
Le roman fait aussi partie des fameux livres de prix à couvertures rouges et des principales collections des éditions Gedalge. Après la Libération, en 1946, paraît sa deuxième édition illustrée par Raylambert. La solide reliure carmin, couverte d’une jaquette mobile illustrée en couleurs, cache un mauvais papier mais 4 hors-texte agrémentent cette édition. La 3e édition paraît en 1957 dans la collection « Les Loisirs de la jeunesse », avec un papier de qualité qui met en valeur les anciennes illustrations en noir et blanc de Raylambert ainsi que le frontispice et les hors-texte, cette fois au nombre de cinq.

La dernière édition de la maison Gedalge, paraît dans la collection « Comète » en 1960, avec des illustrations monochromes peu attrayantes de Anne Castille.             


jeudi 5 mars 2015

Gedalge et les collections "Comète", "Grand Pavois" et "Juvénilia" (4)

Gedalge, éditeur de livres pour la jeunesse (4)

IV "La Comète" remplace "Les Loisirs de la jeunesse"
Dernières collections : "Grand Pavois" et : "Juvenilia"

Sans faire vraiment preuve d’innovation et d’imagination, les éditions Gedalge créent la collection : "La Comète", reliée, illustrée  et cousue, qui coexiste quelques années avec "Les Loisirs de la jeunesse", laquelle collection était remarquable pour ses frontispices et ses hors-texte en couleur et dont elle réédite la plupart des titres.


Les volumes de « La Comète » de format 18 cm. sur 13 présentent des couvertures ornées de taches de couleurs, tantôt froides, tantôt chaudes, à gauche d’une illustration d’une taille évidemment réduite, en noir et blanc ou monochrome.    
Malheureusement, les dates d’éditions sont rares et sont souvent remplacées en début de volume par le copyright datant généralement de la publication dans la collection « Les Loisirs de la jeunesse ».
Chaque livre ne bénéficie pas du même type d’illustration. Par exemple, Peau-de-Pêche de Gabriel Maurière, une fois de plus réédité en 1960, est pauvrement illustré d’images sombres en noir et blanc, avec quelques touches de vert, d’Anne Castille. De même Les Voyageurs de l’Espérance de Georges Duhamel est réédité en 1960 avec des illustrations en noir et blanc de Maurice Raffray.  Les Voyageurs de « L’Espérance » de Georges Duhamel, sous-titré Récit de l’âge atomique,  une anticipation plutôt noire méritait mieux.
L’éditeur a tenté un équilibre entre les auteurs classiques et modernes. On réédite sans surprises les Contes d’Hans Christian Andersen, Colomba de Prosper Mérimée, La Tulipe noire de Dumas, Le Prince et le Pauvre de Mark Twain, Ivanhoé de Walter Scott, en 1960 (illustré parfois en double page de dessins monochromes orange de Lebègue), La Perle noire de Henri de Monfreid…  


Parmi la tétralogie des « âges farouches » de J.-H. Rosny, on a choisit de rééditer seulement Erymah et La Guerre du feu. Mais on réédite sous eux couvertures différentes Ambor le loup ((l’histoire de ce chef gaulois qui combat avec Vercingétorix contre l’invasion romaine) en 1958. Les récits biographiques de personnages réels ou mythiques sont encor là puisque Madeleine Doumerc raconte Lulli (des cuisines royales à l’Opéra), de Dispan de Floran, on republie Robin des bois, Denise Adhémar conte encore l’histoire de Ha-Ouf, Fils de lions (sous-titré Conte pour Axelle) et l’on a eu la bonne idée de reprendre le frontispice et les magnifiques hors-texte en couleurs de André Hofer. On a fait de même pour l’auteur-illustrateur Henri Iselin qui se plaît à recenser Les Evasions historiques. L’amoureux de la mer qu’est resté Léonce Peillard méritait bien aussi que Premier voyage autour du monde : Magellan, conserve aussi frontispice et hors-texte. Le fait qu’on réédite Henri de Graffigny qui se penche sur Les Martyrs du pôle. (ceux du yacht « La Jeannette », pris dans les glaces au XIXe siècle) et, en 1957 . Henri de Monfreid, illustré par André Hofer, raconte La Perle noire (1957). Des traductions apparaissent plus tard : L’Émeraude de Ceylan (1958) vieux récit de l’Italien Emilio Salgari et Le Pistolet d’or à monture d’argent (1960) de Daniel Hawthorne, illustré par Mixi-Bérel (illustrateur encore peu connu qui signe parfois Mixi). 
Parmi les rares traductions d’ouvrages scandinaves, on retrouve Sylvia de Alvide Prydz et Annie en Norvège de Cecilie Lund.
Au sujet des nouveautés, citons Le Pistolet à monture d’argent de Daniel Hawthorne, Sahara, horizon sud de P. Leprohon. Quelques récits d’aventures ne parviennent pas à masquer une impression de désuétude et de décalage par rapport à cette fin des années 50. Voici Le Coffret d’ébène de Christian Fontugne et Claire Audrix, Mystère à Montségur de J Yves-Blanc     


Ce n’est pas la réédition des romans de Claude Esil  (Le Maître des diligences), de Thérèse Lenôtre (Le Roi de Rome), de Max Ferré (Alain Gerbault navigateur solitaire), de R.P. Groffe (Le Cabaret des bons enfants), de Jean Neuville (Légendes de la mer), de A. Le Corbeiller (Surcouf), de Noël Tani (Le Dernier des Caraïbes) qui peuvent supprimer l’impression de déjà vu.
Heureusement, il y a aussi Histoires improbables d’André Ferré, La Tour de Jaman de René Tramond et la réédition justifiée du récit de Jean Gaillard : Le Rallye fantastique.   
La maison Gedalge publie aussi des ouvrages documentaires dans la collection "Grand Pavois" en 1959-1960, avec des titres sur la conquête spatiale, le Tour de France, les Indiens ou le cinéma. 


A la même, époque, la collection « Juvenilia » publie quelques livres-disques avec la collaboration de Jacqueline Caurat, speakerine à la télévision et présentatrice d’émissions sur la philatélie.
La Librairie Gedalge qui entretient depuis trop longtemps les fonds de ses collections essoufflées, republiant sans cesse les mêmes titres avec trop peu de nouveautés, a beau tenter de faire croire à une modernisation de ses collections alors que naissent de nouvelles maisons d'édition ou de nouveaux départements pour la jeunesse, disparaît en 1975. La Librairie Gedalge n’est plus en phase avec son époque depuis au moins une décennie.


Deux ans plus tôt, l’ancien résistant Antonin Wast, son directeur depuis 1946 (mais il avait racheté des part de la Librairie bien plus tôt), décédé le 31 décembre 1973 dans un accident de bus, avait publié Le Guide du routard auparavant refusé par une soixantaine d’éditeurs. Cette publication vite interrompue n’est qu’un épiphénomène peu significatif.


mercredi 4 mars 2015

Chez Gedalge, collection "Les Loisirs de la jeunesse" (3)

Gedalge, éditeur de livres pour la jeunesse

III "Les Loisirs de la jeunesse", la nouvelle collection de Gedalge

Les Éditions Gedalge ont en fait créé deux collections nommées "Les Loisirs de la jeunesse". La première a vu le jour avant la guerre en 1938-1939. Les ouvrages paraissent alors sous une couverture cartonnée au dos toilé bleu et une vignette en couleurs a été contrecollée sur la couverture., Sont alors parus, en 1938, Les Martyrs du pôle de Henry de Graffigny (1863-1934), illustré par André Galland, Erymah de J.H. Rosny, illustré par André Hofer, Le Prince et le Pauvre de Mark Twain, Campagnat le mystérieux de Jacques des Gachons (1868-1945), Mes années d’enfance et de jeunesse d’Alexandre Dumas, Mes années d’enfance et d‘adolescence de George Sand, La Prodigieuse aventure d’un enfant du peuple René Caillé (1799-1838) d’Henriette Célarié, Le Singe et le Tortue Contes persans de Marc-Yvon Gaillard (1938), illustré par André Galland, et Contes et Légendes de l’Auvergne, de la Marche et du Limousin (1940) de Georges Nigremont…


Après la guerre, en 1945, la collection « Les Loisirs de la jeunesse » reliée adopte le format 18 cm sur 14. A cette époque paraît le livre d’Henriette Célarié : Récits tragiques et héroïques (1940-1944), illustré par André Galland dans une collection reliée ornée en couverture d’une vignette rectangulaire en couleurs et contrecollée. Cette série de livres ne porte pas officiellement le nom d’une collection mais il pourrait s’agir d’une variante de la collection « Les Loisirs de la jeunesse ». Les volumes imprimés sur un papier médiocre ne sont pourvus que de quelques illustrations pleine page en noir et blanc. Les éditions Gedalge (nommées parfois « Anciennes éditions Gedalge, A. Wast & Cie), dirigées depuis la Libération par Antonin Wast (1901-1973), ancien résistant, sont toujours très fortes pour rééditer leurs anciens ouvrages Par exemple, on voit reparaître Campagnat le mystérieux de Jacques des Gachons, Robin des bois de Dispan de Floran… De Claude Esil, on peut lire Une jeune Français sous la Terreur (1945) et L’Hécatombe à Diane.  Noël Tani (alias Mademoiselle Leroux, auteur bien connu aux éditions Montsouris), propose Le Dernier des Caraïbes (souvent réédité) et Marcel Artigues, Le Duel des frégates (1947), illustré par Lochard. Lily Jean-Javal revient avec Odile et son tuteur et Armand Le Corbeiller offre la 1ère édition de son Surcouf (Robert Surcouf, 1773-1827).


La nouvelle collection « Les Loisirs de la jeunesse », celle que l’on connaît le mieux et qui constitue sans doute la  meilleure collection de la maison Gedalge,  est pourvue d’une jaquette amovible illustrée et présente en plus d’illustrations en noir et blanc des hors-texte en couleurs. On y réédite des ouvrages parus avant la guerre et des nouveautés. L’auteur privilégié est J.H. Rosny Aîné puisque l’on réunit pour un jeune lectorat la tétralogie des « âges farouches », depuis Le Trésor lointain jusqu'à Erymah et les récits intitulés, Le Félin géant et La Guerre du feu, tous deux davantage connus. Il est certain que les spécialistes de la Préhistoire doivent sourire des illustrations parfois anachroniques d’André Hofer. On réédite aussi Ambor le loup et un récit peu connu de Rudyard Kipling et W. Balestier : Le Naulahka (publié par Ollendorff en 1908), l’histoire d’un collier de pierres précieuses recherché en Inde par Nicolas Tarvin.


La réédition en en 1946, illustrée par Félix Jobbé-Duval du roman de Noël Tani, Le Dernier des Caraïbes bénéficie de superbes hors-texte en couleurs. C’est l’histoire étrange d’un jeune homme d’origine caraïbe, élevé par une famille française, reconnu comme prince par les siens et chargé de reconquérir les îles des Caraïbes. Bonnets blancs et blancs bonnets de Lily Jean-Javal est aussi publié en 1946 et Maggie Salcedo illustre plus tard La Revanche de Sybil. Raylambert (1889-1967) dessine avec tact et tendresse les enfants défavorisés, évoqués dans Peau-de-pêche par Gabriel Maurière (Henri Legrand, 1873-1930). Cette histoire d’un enfant des quartiers misérables de Paris qui reprend goût à la vie dans le village de Charmont, près de Troyes, déjà écrite en 1918 et chez Gedalge dès 1927, méritait d’être rééditée. Le livre de Gabriel Maurière réédité dans les différentes collections de la maison constitue l’un des plus grands succès de l’éditeur : 200 000 exemplaires vendus en 1956. Le récit maritime de Marcel Artigues, Le Duel des frégates, bénéficie d’une nouvelle édition, cette fois luxueuse et pourvue de hors-texte en couleur de Gustave Gerno. La réédition en 1947 du récit de Henry de Graffigny (alias Raoul Marquis, 1863-1942) : Les Martyrs des pôles, illustré par André Galland, ne doit pas cacher que l’auteur, vulgarisateur scientifique de renom, était en vogue en 1910, quand il publiait Le Tour de France en aéroplane. Du même auteur, on publie aussi Voyage de cinq Américains dans les planètes. Henriette Célarié, racontant René Caillé  dans La Prodigieuse aventure d’un enfant du peuple, en 1949, bénéficie des hors-texte aux couleurs vives et contrastées de Félix Jobbé-Duval. Louis Dispan de Floran conte une fois de plus sa version de Robin des bois et autres chroniques du cycle breton (1950) dans un style savoureux et plein d’humour. Le Duel des frégates de Marcel Artigues bénéficie de deux éditions, l’une populaire et l’autre avec hors-texte. Des textes ont vieilli, tels Les Martyrs des pôles de Henry de Graffigny, Le Roi de Rome de Thérèse Lenôtre (édité cette fois avec de jolis hors-texte en couleurs de Maggie Salgado) ou Les Désirs de Riquette d’Henry Champly (1894-1967).


En plus de son Surcouf, Armand Le Corbeiller propose sa version de Cartouche et Max Ferré s’infiltre dans la collection avec Alain Gerbault navigateur solitaire. Après l’ajout d’auteurs « classiques » : Mark Twain (Le Prince et le Pauvre), Grimm (Blanche-Neige), Alexandre Dumas (La Tulipe noire), Andersen (Rien qu’un violoneux, illustré en 1951 par Icare Marchegay), Prosper Mérimée (Colomba), la collection prospère dans les années 50.   
Parmi les nouveautés, on distingue Légendes de la mer (1954), de Jean Neuville, illustré par André Hofer, Le Cabaret des bons enfants (1955) de René-Paul Groffe, L’Oncle Amiral. Contes chinois de Lucie Paul Margueritte, illustré par Icare Marchegay, Le Maître des diligences de Claude Esil, la biographie de Vincent Caillard, « l’ami de la route », Rosario Montès (1947) de Pierre Sinmare, un récit ancré au Mexique sous le règne de l’empereur Maximilien.
Relevons encore Le Merveilleux destin de quatre fillettes (il s’agit de l’enfance de quatre filles nobles et privilégiées) d’Huberte Hébert, Ha-Ouf fils de lions de Denise Adhémar, Chevaliers de légendes de Dominique Paladhile, Les Quatre Fan’Foudys d’Eugène David-Bernard, La Tour de Jaman de Renée Tramond, Les Évasions historiques d’Henri Iselin auteur et illustrateur, Seul sur la route (1951) d’E. Coste qui raconte la fuite d’une famille française face à l’invasion allemande en juin 1940.     


Nous reviendrons sur deux titres essentiels de la collection : Peau-de-pêche de Gabriel Maurière, une fois de plus réédité mais avec une très belle couverture et des hors-texte de Raylambert et Les Voyageurs de l’espérance, création originale en 1953 de Georges Duhamel, sous-titrée Récit de l’âge atomique, une anticipation plutôt noire illustrée par Jacques Roubille.    


mardi 3 mars 2015

Gedalge, éditeur de livres pour la jeunesse (2)

Gedalge, éditeur de livres pour la jeunesse

II Des collections «  Aurore » et « La Bibliothèque des petits enfants » à la "Bibliothèque « Regina »"

Pour mieux connaître Les Éditions Gedalge, il faudrait (enfin) faire l’inventaire des collections suivantes : «  Aurore », « La Bibliothèque des petits enfants », "Bibliothèque « Regina »", "Les Loisirs de la jeunesse", "La Comète",  la collection documentaire "Grand Pavois" et la petite collection de livres-disques « Juvénilia », en sachant qu’en outre des ouvrages sont aussi publiés hors-collection.       


Les albums écrits et illustrés par Maggie Salcédo (1890-1959) sont surtout publiés en 1926, comme Bout-de-réglisse n’a pas de malice ou Les Trois souhaits du père Pain-Blanc. Cet auteur illustre aussi les livres de sa cousine Lily Jean-Laval et elle orne les livres de la collection « Aurore » d’une vignette en couleurs se détachant sur le fond généralement bleu (et parfois blanc). Elle publie aussi de courts récits, comme Riquet à la houppe publié dès 1922 dans « La Bibliothèque des petits enfants ». On y trouve des petits livres brochés de 24 pages, illustrés en noir et blanc, comme Le Petit Marchand de L. Humeau, Le Loup garou de Thierry Maurice ou Le Panier renversé de Godchaux...   


Gedalge lance la Collection « Aurore » constituée de romans d’aventures, voyages, contes et nouvelles pour tous dès 1920. On y réédite des auteurs  classiques français comme Balzac (Pierrette), Gautier (Le Capitaine Fracasse) Mérimée (Colomba) ou étrangers, tels Andersen (Rien qu’un violoneux, datant de 1837), Melville (Le Cachalot blanc, en fait une adaptation de Moby Dick), Swift (Voyages de Gulliver). Tourgueniev (Récits d’un chasseur).
La plupart des auteurs français ne sont plus réellement contemporains puisqu’il faut citer André Theuriet (1833-1907), pour L’Oncle Scipion, Jean D’Agraives (Le Château du Reliquaire), André Cazanave (L’Épervier sacré), Lucie Delarue-Mardrus, Suzanne Normand (Le Batelier de Lutèce) ou Joanny Brun (Jean Verpillon)... L’incontournable Lily Jean-Javal publie Marthon et le Père Papyrus et de l’écrivain suédois Sigfrid Siwertz, on traduit Les Pirates du Lac Mélar.


Maggie Salcédo illustre les romans de sa cousine Lily Jean-Javal (1882-1958), Bergerette fille des eaux et La Quenouille du bonheur (un roman repris dans la collection "Bibliothèque « Regina »" en 1927). Le plus grand succès de la collection et de l’éditeur est Peau-de pêche, l’histoire d’un petit Parisien orphelin, élevé sans tendresse par une femme malhonnête, plus tard transplanté dans une campagne bénéfique, avant une adolescence troublée par la guerre de 1914-1918, mais réconfortée par la naissance de l’amour. Prix Sobrier Arnould en 1929. Il est écrit avec verve et sobriété par Gabriel Maurière, déjà auteur en 1928, du récit Aïno, publié chez Gedalge. Le récit qui deviendra le plus grand succès de l’éditeur, Peau-de-pêche est adapté au cinéma en 1928, par Jean-Benoît Levy et Marie Epstein et devient aussi « Livre de lecture courante », médiocrement illustré par Edmond Rocher, chez Gedalge, dès 1929.


  La collection « Aurore » ne meurt pas  en 1938 puisqu’elle republie encore après la guerre, sous une couverture illustrée pleine page en couleurs, des récits comme L’Âme aux trois visages de L. Delarue-Mardrus, Alain Gerbault de Max Ferré ou Magellan de Léonce Peillard. 
Dès 1927, l’éditeur développe la « Bibliothèque Régina », aux récits édifiants, tels L’Âme aux trois visages (1928) et La Quenouille du bonheur de Lucie Delarue-Mardrus, La Prodigieuse Aventure d’un enfant du peuple, René Caillé (1938), fils d’un bagnard injustement condamné et découvreur de Tombouctou, de Henriette Célarié. Gedalge continue de privilégier Lily Jean-Javal (Bergerette fille des eaux, 1937).  On connaît moins Tête folle d’Esme Stuart. La « Bibliothèque Régina » est une collection peu attrayante, constituée de livres brochés imprimés sur un papier médiocre, de format 18,5 cm sur 11, illustrés uniquement en couverture d’une vignette contrecollée  en couleurs de Maggie Salcedo. 


La maison change de propriétaire à la fin des années 1930 et, pendant l’Occupation, les éditions Gedalge subissent « l’aryanisation » en 1941. (On leur impose un directeur non juif) et elles changent donc de main.
C’est peut-être à cette époque que l’on publie une adaptation du Baron de Crac. Gedalge adhère en décembre 1944 à l’association « Pour le livre ».



La Libraire Gedalge, éditrice de livres pour la jeunesse (1)

Gedalge, éditeur de livres pour la jeunesse

I Le bric-à-brac insolite des livres de prix

La Librairie Gedalge est fondée en 1852 à Paris par Elias Jonas Guédalia, un Polonais d’origine juive, venu de Breslau (aujourd’hui Wroclaw) en Silésie, et qui prend le nom d’Émile Gedalge. Bientôt installée au 75 rue des Saints Pères, la librairie vend d’abord dès 1865, des livres de prix et des manuels scolaires destinés surtout à l’enseignement primaire des écoles publiques.
Surtout à partir de 1920, l’édition s’étend aux livres de jeunesse et aux albums pour corriger le caractère saisonnier des précédentes activités qui perdurent.
Vouloir éclaircir les publications des éditions Gedalge, c’est tomber dans un piège étrange, un sac de nœuds aux ramifications d’autant moins faciles à suivre qu’il semble qu’aucun catalogue ne puisse faciliter la tâche. On pourrait bien sûr se contenter des généralités généralement répandues mais nous préférons prendre le  risque de jeter un maximum de lueurs sur les œuvres et les auteurs publiés sans vouloir être exhaustif. Il s’agit, en tout cas de faire en sorte que Gedalge ne soit plus traité par quelques béotiens d’éditeur « microscopique » !   

L’édition par la Librairie Gedalge des ouvrages pour la jeunesse est mal connue et sous-estimée car personne jusqu’ici n’a tenu compte des différentes collections pour la jeunesse. Peut-être en raison de l’édition parallèle d’ouvrages scolaires, le choix des livres pour la jeunesse est en général conforme aux valeurs morales que l’on veut inculquer à l’époque et les auteurs choisis ne surprennent pas.


Commençons par les livres de prix puisque leurs publications s’étendent sur la plus longue période. L’ensemble des ces rééditions de titres empruntés à des éditeurs très divers constitue un bric-à-brac plutôt hétéroclite. Leurs formats et leurs paginations sont très variables. Par exemple en 1954, Zette, histoire d’une petite fille et Poum, aventures d‘un petit garçon de Paul et Victor Margueritte, deux livres reliés de 160 pages, sont imprimés dans un grand format de 30 cm sur 23. En revanche, en 1956, Le Roman de Renart, un livre de 90 pages  illustré par de Raylambert, adopte le format 21 cm sur 15. Des auteurs classiques figurent dans les livres de prix. Parmi les œuvres les plus connues, on relève La Petite Fadette de George Sand  (dont on édite aussi Le Château de Pictordu), Mademoiselle de la Seiglière de Jules Sandeau, Contes d’Andersen, Eugénie Grandet de Balzac, Le Roi,des montagnes d’Edmond About, Olivier Twist de Charles Dickens, Le Pays du Dauphin vert d’Elisabeth Goudge. Parmi les œuvres les plus « modernes » ( !), faut-il nommer Les Jumeaux de Vallangoujard de Georges Duhamel (œuvre majeure publiée par Paul Hartmann, en 1931, illustrée par Berthold Mahn, une sorte de récit d'anticipation fondé sur la gémellité, bien avant l'essor du genre conjectural). et Le Drôle de François Mauriac ? (Paul Hartmann avait aussi publié en 1933 Le Drôle, orné de 60 dessins de Madeleine Charléty, écrit par un François Mauriac dont on reconnaît le ton mordant et la verve. Cette fiction satirique, dénonçant l’éducation trop permissive d’un enfant gâté et tyrannique sera rééditée chez Gedalge dans « Les Loisirs de la jeunesse).


Parmi les héros populaires, on note la présence d’Aladin et la lampe merveilleuse, de Fanfan la Tulipe d’Irénée Despan, de Robin des bois de Dispan de Floran, du Baron de Crac, de Jean Bart d’Henri Iselin, de Denis Papin (A toute vapeur Denis Papin de Claude Ésil). On réédite des romanciers populaires : Jean D’Agraives (La Cité des sables), Paul Cervières, alias Angélique Bourcier (Le Mas aux cigales, Aventures de deux écoliers), Léon Berthaut (L’Or de la mer), Pierre Besbre, alias Eugénie Soulié (Je vais à paris, Les Bohémiens de l’air) et, bien sûr, JH. Rosny Aîné (Le Trésor lointain). Parmi les œuvres traduites et rares, relevons Le Musicien aveugle de Korolenko et, plus exotique, Les Chasseurs de têtes de l’Amazone de F. W. Up de Craff. Parmi les œuvres originales qui méritent le détour, il faut citer Le Mystère des ruines de Gisèle et Tancrède Vallerey et Le Rallye fantastique de Jean Gaillard. Datant de 1956, ce livre grand format (28 cm sur 21,5) conte les aventures d’un adolescent de 18 ans voyageant dans un  satellite artificiel depuis Meudon, de la Terre de Feu à Madagascar, des déserts tropicaux aux pôles jusqu’à un retour triomphal sur l’Esplanade des Invalides !