Affichage des articles dont le libellé est album amicorum. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est album amicorum. Afficher tous les articles

jeudi 19 mars 2015

Wroclaw invitée au Salon du Livre 2015 de Paris

Pour saluer Wroclaw au Salon du Livre de Paris

Puisque la ville de Wroclaw est l’une des villes polonaises invitées au Salon du Livre de Paris, du 20 au 23 mars 2015, en hommage à cette ville, voici une peinture miniature unique datant du XVIIe siècle.

Miniature extraite d'un album amicorum de 1677-1679

Elle orne l’album amicorum CORNUCOPIA de l’étudiant Nicolai Lucae, réalisé de 1677 à 1679 au coeur de l’Europe (un album déjà présenté sur ce blog). La ville de Wratislavia (l’actuelle ville de Wroclaw située en Basse-Silésie) était aussi nommée Vraclav ou Breslau à l’époque et Vratislavie en français.
Wratislavia, ville aux cent ponts arrosée par l’Oder et quatre de ses affluents, surnommée la « Venise polonaise du Nord », vit alors sous le règne de Jean III Sobieski, roi de l’Union de Pologne-Lituanie depuis 1674. Son histoire a été particulièrement troublée. Après avoir été dépendante des couronnes de Pologne et de Bohême, n’est-elle pas devenue ville-État sous l’autorité de l’empire des Habsbourg avant d’être rattachée à la Prusse au milieu du XVIIIe siècle ? Elle est ensuite placée sous l’autorité de l’empire allemand de Bismarck. Elle subit le joug de l’Allemagne hitlérienne avant de revenir enfin à la Pologne en 1945.


                       L'album amicorum de Nicolai Lucae

Ville cosmopolite, d’abord catholique, passée au luthéranisme au XVIe siècle quand elle devient un centre de l’humanisme, elle fit toujours bon accueil aux Juifs jusqu’à ce que l’arrivée des nazis bouleverse la situation dans un lieu bientôt ravagé par la guerre. Aujourd’hui, plus de vingt cinq ans après la chute du communisme, Wroclaw s’épanouit en jouissant de son entière liberté. 

lundi 8 décembre 2014

L'album amicorum CORNUCOPIA et 4 auteurs identifiés

L’album amicorum CORNUCOPIA et des auteurs qui ont un visage.

L’album de Nicolai Lucae a surtout recueilli des participations de professeurs et d’auteurs dans les villes de Wratislavia (Breslau) et Witteberga (Wittenberg).
La première, Breslau, où brille la deuxième école littéraire de Silésie (en particulier autour du dramaturge, romancier et poète Daniel Caspar von Lohenstein, en français, Daniel-Gaspard de Lohenstein) et la seconde, Wittenberg, qui a privilégié les polémiques religieuses luthériennes plutôt que la littérature.
Peut-être Nicolai Lucae était-il un étudiant en théologie (son nom évoquerait plutôt la Hollande) car il sollicite surtout des professeurs de morale et de théologie qui écrivent encore et surtout en latin bien que le luthéranisme ait favorisé le développement de la langue allemande. Apportons toutefois le correctif suivant : les participations en allemand ne permettent pas d’identifier les scripteurs.


Voici quatre participants à l’album dont nous connaissons les portraits et les dates de naissance et de mort.
Balthasar Mentzer (ou Mentzerus, Menzerus) dit « le jeune » (1614-1679), pour le distinguer de son père (der Ältere), est un théologien luthérien allemand, professeur de philosophie à l’Université de Marburg puis docteur et professeur dans l’Académie de Giessen de 1651 à 1679. Il est mort à Darmstadt peu de temps après sa participation manuscrite en 1678.
Johannes Andreas Quenstedt (1617-1688) est lui aussi un professeur de théologie de Wittenberg. Un an avant sa dédicace d’avril 1678, il a publié De sigillo confessionis dissertatio theologica.
Voici la rare participation d’un Français, celle de Joannes Joachim Zentgraf (alias Jean Joachim, 1643-1707). Théologien protestant et professeur de morale à Strasbourg, il est le dernier à intervenir dans l’album, page 124, en 1679, mentionnant le nom de sa ville en latin : « Argentorati ».               
Quant à Christian Donati (1640-1694), connu aussi sous les noms de Donath et Donat, il est recteur de l’Académie de Wittenberg quand il signe en 1678. 



P.S. : Que ceux qui trouvent cette présentation trop pédante ou trop éloignée de la littérature de jeunesse me pardonnent et se rassurent : il s’agit du 3e et dernier épisode susceptible néanmoins d’intéresser les latinistes (dont je ne fais pas partie) et les connaisseurs de la littérature germanique (avis aux traducteurs !).   

vendredi 5 décembre 2014

Intérêt historique et littéraire de l'album amicorum, l'exemple de CORNUCOPIA

L’album amicorum CORNUCOPIA et Martinus HANKIUS

Si l’album CORNUCOPIA comporte si peu de pages écrites, c’est peut-être parce que Nicolai Lucae était très exigeant sur le choix des personnalités qu’il sollicitait.
Les noms de Daniel Caspar von Lohenstein, Marcus Mappus, Johannes Gedhardus, Christophori Pfautzii (connu pour ses compétences en mathémathiques et en astronomie), pour ne citer que quelques personnalités, ont encore laissé aujourd’hui des traces de leur notoriété.


Je voudrais aujourd’hui à partir d’un seul autre exemple montrer l’intérêt historique et littéraire de l’album amicorum CORNUCOPIA. Il s’agit de celui de Martinus Hankius qui intervient depuis Vratislavia le 24 avril 1677 à la page 153.
D’abord, cet exemple montre combien la graphie des noms était encore fluctuante puisque l’on retrouve aussi cet enseignant et écrivain sous les noms de  Martinus Hanckius, Martinus Hannkius, Martinus Hanke, Martin Hancke, Martin Hanke et même sous le pseudonyme de Christian Brunman.
Né à Borna en Silésie le 15 février 1933, il est décédé à Breslau le 20 avril 1709. Il est déjà connu pour ses travaux quand il devient professeur de morale, d’histoire et au St-Elisabeth Gymnasium. Vice-recteur en 1670, il a déjà publié De Rerum Romanarum scriptoribus (1669) quand il participe à l’album CORNUCOPIA. On lui doit des œuvres poétiques, des écrits moraux et des contributions à l’histoire de la Silésie. Son savoir est si réputé en 1679 que l’empereur Léopold 1er de Habsbourg (1640-1705) veut le nommer bibliothécaire impérial. Comme il ne veut pas devenir catholique, Martinus Hankius refuse le poste. Loin de lui en vouloir l’empereur le comble de cadeaux. Ses nombreux travaux souvent publiés en latin sont alors connus en Hollande, en Angleterre et en France. 

  
     


mercredi 3 décembre 2014

L'album amicorum, un ancêtre de l'album illustré : l'exemple de Cornucopia au XVIIe siècle

Un ancêtre de l’album illustré au XVIIe siècle: Cornucopia de Nicolai Lucae

Le 30e Salon du livre jeunesse de Montreuil qui vient de s’achever n’a pas manqué de mettre en valeur l’album et ses illustrateurs les plus contemporains.
C’est l’occasion pour moi de revenir sur un ancêtre peu connu de l’album : « L’album amicorum » (album d’amis), recueil unique et personnel d’autographes d’amis, de condisciples, de collègues, de professeurs et de personnalités plus ou moins illustres. Cet album privé mêle écriture et image et doit beaucoup à la tradition allemande.


Voici un document exceptionnel : l’album amicorum CORNUCOPIA de l’étudiant Nicolai Lucae, réalisé de 1677 à 1679 au coeur de l’Europe. On y remarque l’inattendu blason du règne hongrois datant du règne de Matthias II, constitué d’une double croix et de trois « coupeaux de sinople », le tout surmonté de la couronne royale. Il est encadré de deux personnages belliqueux faisant allusion aux guerres contre l’Empire turc ottoman). Deux très   belles peintures miniatures ornent l’album. L’une présente la ville de Wratislavia (non pas Bratislava, maintenant capitale de la Slovaquie mais l’actuelle ville de Wroclaw située en Pologne, plus précisément en Basse-Silésie) nommée aussi Breslau à l’époque et Vratislavie en français. Wratislavia, ville aux cent ponts arrosée par l’Oder et quatre de ses affluents, surnommée la « Venise du Nord », vit alors sous le règne de Jean III Sobieski, roi de l’Union de Pologne-Lituanie depuis 1674. L’autre miniature met en valeur la ville allemande de Witeberga (Wittenberg), ville où Luther afficha ses 95 thèses en 1517. 
Wratislavia ou Breslau, après la Guerre de Trente ans, ville dépendante des Habsbourg, devient la capitale de la province de Silésie où se développe la littérature et en 1677-79, elle est surtout connue pour la "deuxième école de Silésie) tandis que Witteberga est encore marquée par les controverses religieuses autour du protestantisme luthérien.           
CORNUCOPIA est un objet artisanal de format oblong mesurant 13 cm. sur 8, composé de feuillets parcheminés reliés constituant 260 pages dont une trentaine seulement, datées et signées, sont écrites sans souci de chronologie dans leur agencement (la première dédicace apparaît à la page 47, la dernière à la page 219). Les feuillets sont collés sur une reliure qui assemble deux panneaux de bois présentant les mêmes motifs légèrement en relief.


Nicolai Lucae, étudiant voyageur d’origine aisée et sans doute d’une grande culture, sollicite  quelques condisciples mais surtout des enseignants, des personnalités politiques,  religieuses ou du monde littéraire. On y remarque la présence de personnes fréquentant le St-Elisabeth Gymnasium et le Maria-Magdalena Gymnasium de Vratislavia, alias Breslau.
La représentation sur la miniature du haut montrant la ville de Vratislavia (ou Breslau) ne correspond pas à l'état de la ville au XVIIe siècle. La peinture montre en fait la ville au Moyen Âge comme le montrent les représentations du pont et de la palissade tous deux en bois. Un bastion avait déjà remplacé ces éléments au XIVe siècle et des habitations s'élevaient alors à l'extérieur des remparts.    
À la page 119,  à la date du 18 juin 1877, on remarque l’intervention de Daniel Caspar à Lohenstein (alias Daniel Caspar ou Casper von Lohenstein). Cet écrivain, juriste et diplomate allemand, connu en outre comme poète baroque, romancier et dramaturge, illustrant la tragédie de l’époque baroque, est né à Nimptsch en 1635 et décédé à Breslau en1683.


Marcus Mappus qui intervient en octobre 1678, page 79, pourrait-il être le médecin et botaniste qui a réalisé en 1670 le premier inventaire du jardin botanique de l’université de Strasbourg ? Né en 1632, il est décédé en 1701. Les dates et le fait que Vratislavia possède un jardin botanique depuis 1587 rendent le fait plausible mais il serait imprudent d’aller plus loin.

Parmi les langues utilisées pour transcrire les sentences, proverbes et autres citations, il faut citer le latin (si fréquent qu’il semble jouer à l’époque le même rôle que l’anglais aujourd’hui), l’hébreu, le grec, l’allemand, le français et l’espagnol.  Les autographes et dédicaces ont été recueilli à Vratislavia (ou Breslau), à Witeberga mais aussi à Leipzig.