Affichage des articles dont le libellé est collection jeunesse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est collection jeunesse. Afficher tous les articles

samedi 3 mars 2018

La romancière L.N. Lavolle (Hélène Chaulet, 1914-1994) et ses nombreux ouvrages


La romancière L.N. Lavolle (Hélène Chaulet, 1914-1994), alias Claude Bailly, alias Denise Glize

Petite fille de Paschal Grousset, alias André Laurie, collaborateur de Jules Verne, la romancière Hélène Chaulet , fille de médecin, cadette de sept enfants, a grandi en Inde  avant de rentrer en France (à Paris et dans les Landes) où elle épouse un ingénieur français. Grande voyageuse, polyglotte, passionnée d’histoire, d’archéologie et d’ethnologie, celle qui utilisera surtout le pseudonyme de L.N. Lavolle introduira dans ses nombreux romans sa connaissance du monde, en particulier de l’Asie et de l’Orient, et son esprit de tolérance. Le cadre historique et géographique de ses romans s’inspirera directement de ce qu’elle a vu et vécu dans des pays aussi divers que l’Italie, l’Espagne, la Turquie, la Grèce, l’Egypte, l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, le Soudan ou la Chine,   

D’abord, des éditeurs catholiques

Elle publie d’abord ses récits chez des éditeurs catholiques (ce qui lui vaudra peut-être l’ignorance voulue ou la sous-estimation de son œuvre par les critiques strictement laïques, bien que leur contenu seulement humaniste et antiraciste n’ait rien à voir avec un quelconque prosélytisme).


Chez Desclée de Brouwer, dans la collection « Belle humeur », L.N. Lavolle publie 4 de ses récits. D’abord Le Conquérant de Golconde (1957) dont l’action se situe en Inde. Puis Habib Oullah et les quarante voleurs (1958), Le Monde de l’or noir (1960) évoquant l’Iran, avant  L’Ombre du pharaon paru en 1963, un voyage dans l’Egypte ancienne, au temps d’Aménophis IV qui deviendra Akhénaton.

Chez l’éditeur Fleurus, L.N. Lavolle est présente dans trois collections.
La collection « Jean-François » (Fleurus/Gautier-Languereau), plutôt destinée au garçons édite quatre de ses romans.  En 1956, L’Emeraude du Grand Mogol, première évocation de l’Inde ancienne, un récit republié en feuilleton en 1961 dans l’hebdomadaire Lisette,  illustré par Marcello. Un tailleur de pierres précieuses pour un prince hindou cherche à sauver d’un grave danger les parents du prince et les emmène dans la jungle…  On prépublie L’Onagre [à la robe] d'argent dans Âmes Vaillantes, début 1957, un récit publié en volume en 1958, contant les aventures en Iran d’une petite bergère et d’un fauconnier.
Nuno de Nazaré (au Portugal) paraît en 1959 et Aventures sur le Nil en 1962. Nuno, le fils de pêcheur répare une barque et s’embarque avec ses amis pour la pêche mais gare au raz de marée ! Dans l’hebdomadaire catholique Bernadette édité par la Bonne Presse, L.N. Lavolle  publie à la même époque L’Enfant du fleuve, inspiré par le fleuve Nil et illustré par Pierdec (alias Pierre Decomble).  

Dans la collection « Monique » destinée aux filles, L.-N. Lavolle, propose plusieurs récits parfois prépubliés dans les journaux du groupe Fleurus. Les Sorcières de la mer (1959), illustré par Alain d’Orange, est centré sur le sort de la petite Cinghalaise Nola, capable de plonger dans un lagon à la recherche des perles, de capturer et d’apprivoiser des dulongs, dans un milieu marin souvent dangereux. Un an plus tard, la romancière publie L’Indien aux yeux clairs, illustré par Jean Le Moing. La petite française Nelly, fille du consul de France à Bombay, découvre la misère de l'Inde, la situation tragique des "hors-castes", la rivalité religieuse des Hindous et des musulmans. 
L’éphémère collection « Caravelles »  (1957-1958) présente l’exotique Mango..



Chez Gautier-Languereau, paraissent plusieurs romans dans la « Bibliothèque bleue » ou Nouvelle Bibliothèque de Suzette » qui réédite Nuno de Nazaré. dans la "Bibliothèque bleue" en 1964. Après avoir publié Le Magicien d’Istanbul (1961) L.N. Lavolle, toujours attachée à la véracité du cadre historique ou géographique de ses récits, crée le personnage récurrent de Nathie, dont les aventures internationales débutent avec Nathie en Chine en 1962, Deux enfants chinois ont perdu leurs parents lors d’une migration à Hong Kong. Après bien des péripéties, ils sont accueillis dans la famille du consul de France grâce à la générosité de Nathie. Lors d’un voyage à Formose, ils retrouvent leurs parents.
Nathie réapparaît  en Crète, pays du roi Minos et de sa capitale Cnossos, avec Nathie et le Minotaure (1963), avant Nathie en Iran (1965). Les trois volumes sont illustrés par Georges Pichard, tout comme Le Magicien d'Istanbul publié en 1961.
Toujours chez Gautier-Languereau, la série « 3 romans » publie encore, en 1974, Nuno de Nazaré, Le Génie des forêts (1976) et Les Nouveaux esclaves (1978).

Dans la « Bibliothèque de l’Amitié »


Avant même la naissance de la collection « Bibliothèque de l’Amitié », les éditions de l‘Amitié-G.T Rageot publient, dans la collection "Heures joyeuses", Nothi, fils de l’Inde (1958) en quête de son ami, le grand éléphant Chaudru qu’il ne retrouvera qu’en se faisant coolie et après avoir traversé le Bengale avec des baladins.
Auteur-clé de la collection, la grande voyageuse polyglotte L. N. Lavolle accorde généreusement une quinzaine de titres à la collection, entre 1959, quand elle publie L'Etang perdu (quand deux enfants de l’immense forêt landaise défendent la faune et la flore de leur pays, 105 000 exemplaires auront  été vendus en 1981) et 1974, pour Énigme à Madère, quand Norman se mêle à la vie des jeunes pêcheurs portugais. L’auteur remporte le Grand Prix du Salon de l’enfance en 1960 pour Les Clés du désert, un beau roman qui ressuscite la civilisation sumérienne de Mésopotamie à travers l’histoire fabuleuse de Nina, la petite chanteuse. (L’ouvrage reparaîtra dans la collection "Bibliothèque de l'Amitié-Histoire").   
Les publications s’enchaînent : La Porte de jade (1961), ouverte sur « la route de la soie », avec Nane et Nourman joints aux Kasaks nomades pour retrouver leur pays, Les Secrets de la lande (1963) (quand Bertrand est subitement transplanté dans les Landes). Ce sont aussi les Landes qui servent de cadre à L’Etang perdu en 1964 (deux enfants landais veulent sauver la faune et la flore de leur région) et la collection « Les Maîtres de l’aventure » publie plus tard Le Prince des Landes.
L’Île née de la mer (1964) commence en Inde en 1947 quand des bandes d’enfants livrés à eux-mêmes vont pouvoir se réfugier dans les îles Maldives, grâce à la bonté du capitaine d’un boutre,  Le Lis de la mousson (1965, quand la pauvre Indienne Naurouzi aimerait bien faire pousser des lis sur les rivages du lac Dal, au Cachemire). Paraît Le Boléro d’or (1971, quand le jeune Landais Niceto veut être toréro et conquérir le trophée pour conquérir l’estime des autres... Il faut ajouter un volume signé Claude Bailly en 1963 : Nicolo et le lézard bleu.
Le blog vient de présenter un autre livre de Claude Bailly : Passage Saint-Ange paru dans la collection « Le Livre TV » Cette collection« Le Livre TV » permet à Hélène Chaulet d’être doublement présente grâce à L’Otage de Rome signé L.N. Lavolle (quand Constantin, le futur empereur de Rome séjourne en Sicile) et à Passage Saint-Ange, signé Claude Bailly.
Dans la "Bibliothèque de l’Amitié-Histoire" qui publie 6 titres par an, l’Antiquité est bien représentée grâce aux récits de L.-N. Lavolle. Par exemple, L'Acrobate de Minos publié en  1966 ou Les Perles de Cléopâtre, en 1968 (quand l’enfant Ptolémée, souverain légitime d’Egypte, souffre des ambitions et des manœuvres de César et de Cléopâtre)., par exemple,
Après la publication de L’Acrobate de Minos (réédité dans deux autres collections), Il faut ajouter deux récits inspirés par l’Inde ancienne : L’Ami du Grand Mogol (1970) et A l’ombre du Grand Mogol (1970). Terminons par Les Fils du soleil publié en 1973.
La collection Jeunesse Poche » redonne une chance au récit Afghanistan (DDB, 1958) grâce à Émeutes à Kaboul (1971)



Chez G.P. Rouge et Or, Hachette et Duculot


Chez G.P., Rouge et Or, dans la collection « Souveraine », en 1968 et 1969, L.-N. Lavolle propose L’Évadé de Carthage (1968) et Le Cheval des ténèbres (1969), avant L'Affaire du Miqueou. Dans la collection « Spirale » paraissent Les Baladins d’Anatolie (1971) et Menaces sur l’inventeur.
    Toujours chez G.P., la collection « Olympic » attend 1974 pour publier L’Expédition de l’Intrépide, un récit maritime.
Les éditions Hachette ont ouvert leur « Bibliothèque rose » dès 1952 puisqu’elle y publie Sous le ciel de l’Inde, réédité en 1958. Il  faut faire un saut jusqu’en 1966 pour rencontrer Le Bois des Quatre-Vents, publié dans la collection « Idéal Bibliothèque » .
Dans la collection « Travelling » des éditions Duculot, les pays du Tiers Monde sont présents, comme l'Inde, vue autant à travers ses mythes et ses réalités, dans le roman de L.N. Lavolle (comme Le Paria). Deux autres volumes paraissent : en 1974 : Le Feu des mages et, en 1977, Le Village des enfants perdus.
Les ouvrages de L.N. Lavolle ont reçu de nombreux prix et ils ont été traduits dans de nombreux pays, notamment l’Afrique du Sud, Le Danemark, La Grande-Bretagne, Les Pays Bas, La Norvège, La Suède, Les Etats-Unis, L’Espagne, L’Italie…



mercredi 28 février 2018

Passage Saint-Ange, un roman de Claude Bailly (Hélène Chaulet, 1914-1994), alias L.N. Lavolle


« Le Livre tv » : Passage Saint-Ange de Claude Bailly (Hélène Chaulet, 1914-1994), alias  L.N. Lavolle, alias Denise Glize

Passage Saint-Ange, un récit de Claude Bailly, publié en 1964 dans la collection « Le Livre tv » sous le n° 11, aux éditions de l'Amitié, illustré par J. Daynié, a des aspects qui devraient interpeller les lecteurs d’aujourd’hui.
Précisons d’abord que Claude Bailly est un des pseudonymes d’Hélène Chaulet (née au Vietnam en 1914, décédée à Biarritz en 1994), passionnée d’archéologie et d’ethnologie, grande voyageuse. Elle est surtout connue sous pseudonyme de L.N. Lavolle (L.N. pour Hélène) et sous celui, plus rare, de D. Glize (pour Émeutes à Kaboul en 1971).


L’action de Passage Saint-Ange, dans le 17e arrondissement de Paris, se situe dans un quartier populaire aujourd’hui disparu (ou plutôt complètement transformé en une impasse bordée de hauts immeubles modernes et d’arbres, entre l’Avenue de Saint-Ouen et la Rue Jean Leclaire).
Comme toujours dans ses romans, avec un grand souci documentaire, Claude Bailly écrit, p. 8 : « Les lampadaires éclairaient  les 3 blocs rouges des H.L.M., les trottoirs jonchés de poubelles et de détritus, et, plus loin, les masures du passage Saint-Ange, qui venaient buter contre le haut mur que les enfants nommaient entre eux la Citadelle ».


Ces enfants d’origines ethniques très diverses (Maghrébins, Arméniens, Chinois, Iraniens, Polonais, Hongrois, Italiens, Portugais) se nomment Jacinto, Dominik, Berjouk, Bela, Satvi, Reza, Nam et Clara. Ces enfants du Clan des chats (parce que l’eau à l’hôtel est coupée très tôt), formait « une jeunesse grouillante, mal lavée, mal peignée, qui devait se coucher sans se donner la peine de se déshabiller » et qui ne mangeait pas à sa faim. Elle s’oppose parfois aux enfants des H.L.M. rouges, habitants légaux et bien nourris.  Le Clan des Chats récupère des bouteilles dans les poubelles pour les vendre à un marchand du quartier.
Parce que la cage d’Akbar, un mainate apprivoisé et une radio transistor portative ont disparu, la police soupçonne les enfants du quartier qui redoutent qu’elle découvre que les habitants vivent « dix ou douze par chambre ». « Les chambres d’hôtel changeaient sans cesse d’occupants. Passage Saint-Ange, les gens achetaient trois ou quatre heures de sommeil, comme d’autres achètent un morceau de pain » (p. 26). Nicole, une fille des H.L.M., déclare à Jacinto, chef du Clan des Chats, le plus apte à comprendre les nombreuses langues du quartier,  que « la citadelle sera bientôt démolie puisqu’on va raser les taudis du passage, avec leurs puces et leurs punaises (…) pour y bâtir d’autres H.L.M. ».  Il est vrai que le passage est une « ruelle putride aux rigoles stagnantes d’eau de lessive, aux tas de légumes pourris, lancés par des mains négligentes du haut des fenêtres. »  
Quand la police visite les hôtels, les occupants en situation irrégulière ont eu le temps de fuir mais Jacinto, l’adolescent portugais de 13 ans, est emmené au poste … où. il joue bientôt aux cartes avec les agents ! En fait, seuls le chat de gouttière Nakib et le chien Nabi qui sert de guide à l’aveugle Clara ont aperçu le voleur.


Dirigé cette fois par le jeune Chinois Nam, le Clan des Chats décide de faire des recherches au marché aux puces de Saint-Ouen pourtant très éloigné. Il faut traverser le boulevard périphérique avant d’arriver aux roulottes de tziganes où la jeune aveugle Clara chante accompagnée par le guitariste tzigane Matéo, l’oncle de Bela, qui reconnaît en elle une grande artiste. Un journaliste de la télévision assiste à la scène... Les enfants se dispersent pour visiter les brocanteurs de la Porte de Clignancourt, d’autres, le coin de la cité Jules-Vallès ou le marché Paul Bert.
En revenant vers une fête foraine, les enfants entendent des cris. C’est le chat Nakib et son ami le chien Nabi qui provoquent le singe dressé Joko et mettent son dompteur en fureur. En fait, Joko a fait une fugue la nuit dernière et c’est lui qui a pris la cage d’Akbar et le poste de radio. Le Clan des Chats est soulagé.           
Mais Clara a disparu. Le Clan des Chats se rend au poste de police, récupère Jacinto et demande que l’on retrouve Clara. Les recherches sont vaines jusqu’au moment où les enfants et les adultes du quartier se tenant devant trois appareils de télévision d’un bazar du passage regardent un reportage intitulé « Une heure au marché aux puces ». Soudain, le documentaire se termine sur le chant d’une enfant à la voix inoubliable et merveilleuse : c’était Clara accompagnée par le guitariste Matéo.


Ce roman, sans être pesant, prône la tolérance et la solidarité, des qualités aussi mises à mal aujourd’hui que parfois les droits des enfants et ceux des migrants. Certes, le récit n’est pas sans défaut. Qui peut croire qu’un chat et un chien puissent se conduite en détectives ? Le marché aux puces paraît bien éloigné du Passage Saint-Ange. Sur 8 pages, l’auteur intègre un conte indien, Les deux frères, qui brise le rythme du récit.
Néanmoins, ce roman mérite d’être redécouvert car il n'a rien perdu de son actualité. 

dimanche 25 février 2018

Collection "Le livre tv" aux éditions de l'Amitié G.T. Rageot (1963-19*64)


La collection « Le livre tv » aux Éditions de l’Amitié G.T. Rageot

Les Éditions de l’Amitié créent l’éphémère collection illustrée au format de poche : "Le Livre TV" qui ne fournira que 13 titres de 1963 à 1964. Pourquoi ce titre ? Parce que la couverture cartonnée et quelques hors-texte présentent des illustrations photographiques inscrites dans un écran de téléviseur aux bords arrondis ! On est passé en France de moins de 4000 récepteurs en 1950 à plus d’un 1 400 000 en 1959 et la 2e chaîne va apparaître en 1964. C’est le type de collection qui ne change que d’enveloppe.
Cet astuce de l’image inscrite dans un écran de l’époque n’est même pas original puisque le procédé est déjà utilisé depuis 1961 et jusqu’en 1963 par les édition O.D.E.J. pour leur collection « Junior ». 
À l’heure où l’on diffuse les feuilletons : Thierry La Fronde, héros médiéval créé par Jean-Claude Deret, superbement incarné par Jean-Claude Drouot, Le Chevalier de Maison-Rouge (d’après Dumas) avec le virevoltant Michel Le Royer, et Au nom de la loi, inséparable de l’image de Steve Mac Queen (Josh Randall) et de sa carabine au canon scié, la collection ne publie aucun récit lié à la télévision, à une exception près.
En effet, dans un récit situé dans le XVIIe arrondissement de Paris, intitulé Passage Saint-Ange, l’auteur Claude Bailly (c'est un des pseudonymes d'Hélène Chaulet) fait apparaître, pour la plus grande joie de ses jeunes amis du quartier populaire, la jeune fille aveugle Clara, « à la voix d’une pureté merveilleuse », sur un écran de télévision. (Nous reviendrons bientôt sur ce roman).  


Chaque volumes est illustré de deux photographies en couleur et d'illustrations en noir et blanc assez nombreuses.
On rencontre des rééditions d’auteurs connus comme Michel-Aimé Baudouy : Bruno, roi de la montagne, un récit datant de 1953, raconte la vie de l’ourson orphelin Bruno, recueilli par une fermière des hauts plateaux des Pyrénées. Echappé, brutalisé par des bandits, rendu brutal par les mauvais traitements, victime d’un truand déguisé en « faux-ours », Bruno est finalement recueilli par son ancienne maîtresse qui adoucit son comportement. Plusieurs romans ont déjà été publiés dans la collection « Heures joyeuses », chez Rageot.
De Geneviève Dardel, Sur les traces du « Pourquoi-Pas ? » qui ressuscite le Commandant Charcot connaît une nouvelle vie, bien après son édition originale en 1945.  De L.N. Lavolle (Hélène Chaulet), on publie en 1963 une nouveauté : L’Otage de Rome. C'est l’histoire d’un esclave libéré, au IIIe siècle après J.C., en Sicile, à l’époque où Constantin, le futur empereur, est encore adolescent. Le récit donne des aperçus intéressant sur la civilisation romaine.
Robert Brassy publie aussi une nouveauté en 1963, Johan des fjords. L’orphelin Johan, héritier de ses ancêtres vikings a une passion pour la mer. Recueilli avec son amie Jouetta par une famille de pêcheurs pauvres, après une année de mauvaise pêche, le garçon et son amie doivent aider, à l’intérieur des terres, un riche fermier pour la moisson. Conquis par la gentillesse des deux enfants, l’homme leur lègue ses biens.   


Sont aussi des rééditions, les traductions d’ouvrages de E.T.A. Hoffmann (Histoire d’un casse-noisette) de l’Allemand Fritz Steuben, alias Erhard Wittek (1898-1981). Steuben était très présent, très tôt, chez Rageot, dans la collection "Heures joyeuses" pour le cycle de l’Indien Tecumseh (9 volumes en tout) dont on réédite seulement deux titres Pieds-agiles et Filles à l’arc et Flèche volante. Le récit de H. Queling, En route pour l'Himalaya, déjà édité dans la collection "Heures joyeuses"en 1947, est aussi une traduction de l'allemand.
Trois traductions d’Édith Vincent apparaissent : Un garçon manqué de A. Sétala, Le Trésor de Quarocuya de K. Mast (1963) et Une année merveilleuse de N. Barnes.
  Le Trésor de Quarocuya situe son action dans la montagne, à la frontière entre Haïti et Saint-Domingue. Les garçons Ramon et Delio poursuivent le meurtrier qui a blessé et dévalisé le père de Delio. Ils sont aidés par le Blanc Don Carlo qui les protège et dirige une  expédition en montagne. Après l’arrestation du meurtrie repéré par Ramon, les deux garçons pourront réaliser leur rêve : être chauffeurs de camions en ville.
 Une année merveilleuse se passe en Amérique chez des gentlemen-farmers. La jeune fille Ellen (12 ans) quitte le Kansas pour le Colorado où son père, ancien avocat,  devient planteur de pommiers. Ellen s’adapte d‘autant mieux à sa nouvelle vie qu’elle se lie d’amitié avec le jeune Anglais Ronnie. Randonnées à bicyclette, amitié partagée et vie familiale harmonieuse justifient amplement le titre du récit. 
  Traduit de l’italien Cent lires à l’aventure de G. Anguissola raconte les péripéties d’une pièce de cent lires depuis son acquisition par une jeune écolière pour acheter son journal, jusqu’au jour où elle s’enfonce dans le sable du désert, après l’accident d’avion dont est victime le dernier propriétaire de la pièce, un jeune soldat.
Malgré l’artifice du procédé, le récit conserve un certain intérêt.
  Les illustrateurs de la collection n’ont guère laissé de traces, sauf Pierre Rousseau (L’Otage de Rome) et Bernard Ducourant (Sur les traces du « Pourquoi-Pas ? »).

Voici 4 exemples tirés de la collection "Junior" éditée par O.D.E.J. à Paris. Elle publie des romasn classiques ou populaires pour garçons et filles à partir de 12 ans.
Si l'illustration de couverture s'inscrit dans un espace évoquant un écran de télévision, aucune allusion n'est faite sur ce moyen de communication en pleine expansion.


   


lundi 27 novembre 2017

1957 Monjoie ! Saint-Denis, un récit conventionnel de Louis Saurel

1957 Deux romans historiques : Colin Lantier de Jean OLLIVIER et Montjoie ! Saint Denis ! de Louis SAUREL

II Montjoie ! Saint-Denis de Louis Saurel, un récit conventionnel trop étalé dans le temps

Le roman de Louis Saurel est bien différent de celui de Jean Ollivier, malgré certains points communs.
L’action s’étire de 1415, année du désastre d’Azincourt, à 1429 lorsque la Lorraine Jeanne délivre Orléans. 


Vincent de Chauvigny, comme Colin Lantier, est un jeune homme d’une quinzaine d’années « de bonne taille, svelte, au corps souple, nerveux et déjà musclé ». Orphelin de père mais déjà écuyer, il est élevé par le seigneur François de Villiers, dans son château de Montfort, au sud d’Auxerre. Parfait cavalier, bon escrimeur, tenace et courageux, Vincent de Chauvigny se montre habile au jeu viril de la quintaine.


Mais le pays est troublé par la querelle des Armagnacs et des Bourguignons qui, depuis sept ans, profitent de la faiblesse du pouvoir royal pour entretenir la guerre civile.
Le sire de Joigny vient à Montfort pour informer François de Villiers que le roi Henri V d’Angleterre a débarqué en Normandie à la tête d’une grande armée. Vincent dont le père était vassal du comte d’Auxerre, désireux de combattre, peut accompagner Joigny. Avec Gérard Hervaux, le valet de Joigny, il part vers Paris. Au cours de la traversée de la forêt de Bière, des brigands attaquent. Joigny est blessé à la poitrine, son cheval est mort et Chauvigny, faisant front tout en protégeant son cheval Ardent, est blessé à la cuisse. Le trio se retrouve à l’auberge de La Butte Saint- Louis de Bois-le-Roi où un barbier soigne les blessés.


Après plusieurs semaines, ayant appris que le roi d’Angleterre avait fait le siège de Harfleur, le trio rétabli se dirige vers Rouen et retrouve le comte d’Auxerre, en compagnie du sire de Méricourt qui sympathise avec Vincent.
Aux côtés d’une armée désordonnée et des chevaliers bourguignons, Joigny, Vincent et Philippe de Méricourt montent vers la Somme  où Henri V d’Angleterre a massé dix mille hommes sur les hauteurs dominant la plaine boueuse d’Azincourt. Les Anglais plantent de gros pieux en avant de leur camp et attendent. 


Sous la pluie, les Français restent toute la nuit, en selle, dans leur bourbier, avec leurs lourdes armures sur leurs chevaux enlisés. Il fut facile aux archers anglais, depuis leur butte protégée, de cribler de flèches chevaux et seigneurs paralysés sur leurs montures. Chauvigny et ses compagnons sont placés à l’aile droite sur une prairie où un feu est allumé. Ils combattent. Claude Joigny et Gérard ont disparu sur le champ de bataille. Méricourt est grièvement blessé. Mourant, il demande à Vincent de donner une bague au comte Bertrand d’Armagnac et de l’informer de l’ampleur de ce désastre et du massacre de l’armée française le 25 octobre 1415. Ce qui fut fait dans le palais de Charles VI à Paris où Vincent est écoeuré par la continuation de la haine en Armagnacs et Bourguignons comme si personne ne se souciait du royaume de France.              
Le comte d’Armagnac devenu connétable charge Chauvigny d’une mission de reconnaissance dans l’enceinte de Paris. Il découvre des villages dévastés et les soldats Armagnacs et Gascons qui l’accompagnent se vantent sans vergogne d’avoir embrasé ces villages et massacré la plupart des habitants. A sa grande surprise, Chauvigny retrouve Claude Joigny et Gérard qui ont échappé à un massacre de prisonniers et lui apprennent que l’armée d’Henri V s’est rembarquée à Calais. Quelque temps plus tard, Vincent de Chauvigny et Claude Joigny participent en vain à l’assaut des Anglais à Harfleur. En 1416 l’empereur Sigismond d’Allemagne s’allie à Henri V et lui reconnaît tous les droits à la couronne de France.
Un jour, dans la rue, Chauvigny sauve le jeune Breton Antoine Robin des griffes des Gascons et de la potence.
Un an plus tard, le Dauphin Jean de Touraine s’éteint. Charles, troisième fils de Charles VI  devient Dauphin à 14 ans. Chauvigny et Joigny sont sidérés par sa laideur et son aspect chétif et souffreteux. Or, deux mois plus tard, Henri V reprend sa guerre contre Charles VI alors que barons et chevaliers français sont morts à Azincourt. La guerre civile continue et la reine Isabeau de Bavière exilée à Tours et qui ne songeait qu’à ses plaisirs crée un gouvernement hostile à celui de son fils avec l’aide des Bourguignons.
En ami 1418, les Bourguignons entrent dans Paris. Chauvigny, Joigny, Gérard et Robin se dirigent vers l’hôtel Saint-Paul pour secourir le Dauphin. Les Gascons viennent aussi soutenir le duc de Touraine. Le dauphin et son petit escadron doivent affronter des fantassins bourguignons mais les cavaliers du prévôt de Paris Tanguy du Châtel viennent en renfort. Quand le dauphin est à nouveau menacé par les Bourguignons,  en criant « Montjoie ! Saint Denis ! », Chauvigny s’élance et dégage le Dauphin. Tanguy du Châtel, émerveillé par tant de bravoure, adoube lui-même sur le champ Vincent ainsi accueilli dans l’ordre de la chevalerie avant que le Dauphin ne gagne Melun.    

     
Bertrand d’Armagnac n’a pas pu fuir et il a été égorgé. Plus tard, Tanguy du Châtel a été tué par le duc de Bourgogne. Jean Sans Peur ayant été égorgé lui aussi par Tanguy du Châtel, son fils Philippe le Bon s’allie aux Anglais. Sous l’impulsion d’Isabeau de Bavière un honteux traité est signé le 21 mai 1420 entre Charles VI, Henri V et le duc de Bourgogne. Isabeau et le duc livrent la France aux Anglais.   
En septembre 1420, une troupe de 400 hommes commandée par Vincent de Chauvigny quitte Bourges pour Orléans. Dans la ville, les cavaliers  dispersent ou massacrent les « misérables routiers » qui s’en prenaient à la veuve de Philippe de Méricourt et à ses enfants. La veuve se félicite de rencontrer celui qui a assisté son mari, mort dans ses bras. Elle va accompagner la troupe vers Melun mais reste à Pithiviers où Geneviève de Méricourt remet une médaille de Saint Michel à Vincent qui ne tarde pas à apprendre que Melun est tombée.
Henri V et Charles VI décèdent en 1422. Le dauphin devient donc Charles VII et Chauvigny jouissant d’un grand crédit à la cour est chargé d’annoncer à Marie d’Anjou qu’elle est reine de France. Quittant Bourges, Chauvigny en profite pour se rendre chez la baronne de Méricourt.  Il y rencontre Geneviève devenue une belle jeune femme à qui il déclare sa flamme.
En mars 1425, Yolande d’Aragon, « reine de Sicile » et mère de Marie d’Anjou conseille au roi de choisir Arthur de Richemont comme nouveau connétable. Il accepte.
Vincent de Chauvigny participe à un tournoi après avoir fixé à son casque un « gage d’amour » de Geneviève de Méricourt. Malgré une blessure au défaut de la cuisse, il gagne le tournoi.
Malheureusement, Georges de la Trémoille, nouveau favori du roi, fastueux et brutal, fait exiler le connétable de Bretagne. Le roi, abandonné de ses courtisans, n’est plus souverain que de nom. Les Anglais s’emparent de l’Anjou et du Maine. Madame de Méricourt et Geneviève doivent quitter la cour pour le duché d’Orléans.     
Six mois plus tard, Chauvigny arrive à Loches et apprend le départ de sa chère Geneviève. Il se rend chez le roi avec Marie d’Anjou et tous deux arrivent à le convaincre, malgré La Trémoille goguenard, d’attendre la venue de Jeanne la Pucelle et de rester dans le royaume de France.  A Orléans, Chauvigny retrouve Geneviève au chevet des blessés. Il revoit aussi Joigny qui s’est marié et Gérard Hervaux.
En février 1429, bourgeois et chevaliers d’Orléans et troupe du comte de Clermont veulent s’emparer d’un convoi de harengs destiné aux Anglais. Mais dés qu’il apprend que Dunois commande  les gens d’Orléans, Le comte de Clermont, jaloux, attaque en désordre à Rouvray les Anglais qui criblent de flèches les assaillants. Dunois évite seulement la panique mais « La Journée des harengs » est une défaite qui provoque le départ des nobles.
Un soir que Chauvigny ordonnait un tir de bombardes sur une bastille anglaise, les cloches annoncent l’arrivée de Jeanne par la porte de Bourgogne. La jeune fille ne tarde pas à attaquer mais elle est blessée d’une flèche. Robin, le valet de Chauvigny, se sacrifie pour son maître en se plaçant devant lui et meurt. Les Anglais, découragés, quittent Orléans et Vincent et Geneviève se marient à la cathédrale Sainte-Croix mais le combat continue pour bouter les Anglais hors de France.

Ce récit de Louis Saurel perd de son intérêt quand l’action s’étire au fil d’une quinzaine d’années. Bien sûr, on retrouve les scènes classiques du jeu de la quintaine, de l’adoubement, du siège d’une ville. La bataille d’Azincourt est bien évoquée mais il était inutile d’ajouter d’autres faits prétendument historiques. Les personnages sont trop nombreux et trop fugacement décrits pour qu’on s’y intéresse vraiment. Le roman magnifie surtout les actions des chevaliers (encore que les trahisons et les coups tordus ne manquent pas), alors que le peuple est bien souvent ignoré, voire méprisé. Par exemple, quand Chauvigny demande à la soldatesque ce que sont devenus les vilains des villages embrasés et qu’un crétin digne d’un cul de basse-fosse lui répond qu’ils ont été « branchés ou jetés à la Seine », Chauvigny, bien qu’indigné, « jugea cependant préférable de ne rien dire » !


(Rappelons que les violences des récits historiques "passent" beaucoup mieux que celles du western ou d'autres genres ciblés par les censeurs de la loi de juillet 1949 !)     
En outre, Louis Saurel semble prendre beaucoup de libertés avec la vérité historique.
Ce qui est finalement, le plus intéressant, ce sont les illustrations évocatrices et soignées de Pierre Joubert.  



1957 Colin Lantier de Jean OLLIVIER ou la défense des Jacques

1957 Deux romans historiques : Colin Lantier de Jean OLLIVIER et Montjoie ! Saint Denis ! de Louis SAUREL

Ces deux romans de Jean Ollivier et Louis Saurel publiés en 1957 ont en commun de situer leur action au moment de la Guerre de Cent ans (mais avec un écart considérable de six décennies). Ils mettent tous deux en valeur des jeunes gens vigoureux, hardis et fougueux que l’action guerrière va transformer peu à peu en hommes d’action même s’ils restent fidèles en amitié. Mais ces deux récits fort différents défendent des idéologies opposées, des intérêts et des catégories sociales bien différentes, voire opposées. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si Colin Lantier, illustré par Daniel Billon, est publié dans la collection « Mille épisodes » des éditions communistes La Farandole et si Montjoie ! Saint Denis !, illustré par Pierre Joubert, est édité dans la collection Jean-François des éditions catholiques Fleurus associées à Gautier-Languereau.

I Colin Lantier de Jean Ollivier ou la défense des Jacques



En l’an 1358, dans la ville de Paris, le prévôt des marchands Etienne Marcel, soutenu par les bourgeois et les métiers, a fait fuir le dauphin Charles à Compiègne mais la situation reste confuse. Le roi fourbe Charles de Navarre refuse la couronne de France que lui propose Etienne Marcel, tout en restant l’ennemi du dauphin. En fait, on le soupçonne de vouloir livrer Paris au roi d’Angleterre.    
Le Parisien Colin Lantier est, au printemps 1358, un jouvenceau de 15 ans et le fils d’un enlumineur. Orphelin de mère, il est déjà un archer habile comme il le prouve en atteignant mieux sa cible que le capitaine des archers du guet royal Gautier Malleraie. Il est prompt à défendre l’injustice et à apporter son aide aux hommes libres comme au Compiégnois Audry. Venu à Paris pour rencontrer le prévôt Etienne Marcel, Audry a réussi à échapper, malgré une blessure, aux hommes de Malleraie.
Réfugié dans l’église Saint Séverin, Audry apprend à Colin le drame des paysans attachés à la glèbe et la dure vie de la campagne alors que les gens « habitaient des cabanes noires où les enfants grandissaient comme des bêtes ». Mais le fourbe sacristain Jauneau informe Malleraie de la cachette du blessé. Malleraie et ses hommes, déjà rossés par Audry, se rendent à l’église. Le bûcheron de Compiègne, réfugié dans un escalier, se défend vaillamment malgré sa blessure et reçoit l’aide de Colin qui atteint d’une flèche Malleraie sous l’omoplate et fait fuir ses acolytes. 
Soutenu par Colin, Audry parvient à rencontrer Etienne Marcel pour l’entretenir du sort des laboureurs et paysans de Ribécourt, dans l’Oise, à la fois victimes du seigneur, de l’Anglais et des troupes du dauphin. Audry comprend vite qu’il n’y a rien à attendre de Marcel méprisant les choses de la terre. Le hors la loi convaincu que la liberté se gagne avec l’arc et les flèches quitte Colin qui retrouve son père inquiet mais fier de son fils.
Il croit le protéger en l’envoyant chez son frère Louis à Saint-Leu-de-Serans. Sur la route, il faut éviter les cavaliers anglais et Colin découvre les ravages de la guerre, les champs désolés, les toits de chaume crevés et la colère des hommes contre les puissants…


Tandis que Colin s’est endormi dans un arbre de la Croix des hêtres, son oncle Louis a quitté son village pour assister au rassemblement des villageois prévu dans cette forêt qui se peuple peu à peu des vilains venus de tous les villages environnants du Beauvaisis. Un homme nommé Guillaume Carle dont les enfants ont été pris par le seigneur  appelle à la révolte et à l’incendie des châteaux. Colin descendu de son arbre se joint à l’assemblée qui, en apprenant l’incendie du village de Précy, décide de marcher sur Cramoisy dont le seigneur Robert a fait brûler toutes les maisons et fait main basse sur le bétail. Bûcherons porteurs de fagots et laboureurs manoeuvrant un énorme bélier, s’avancent vers le castel en dépit des flèches et des pierres jetées des murailles. Les Jacques  pénètrent dans la cour et le fer des cognées heurte le fer des épées. Le sire de Cramoisy est tué et la flamme dévore les archives puis tout le château de Cramoisy.
Au château de Compiègne, le dauphin Charles dont le père est prisonnier dans Londres s’ennuie. Il reçoit la visite de Gaultier Malleraie qui l’informe qu’Etienne Marcel occupe Le Louvre et lui conseille de battre Charles de Navarre sur son propre terrain, celui de la duplicité.
Le capitaine Pied-de-Fer et ses cavaliers s’en prennent aux Jacques qu’ils criblent de flèches avant leur fuite vers la forêt. Colin retrouve Audry qui l’engage dans sa troupe avec l’assentiment de Guillaume Carle. Le soulèvement des paysans prend son essor et vole de village en village et la révolte gonfle tandis que des castels tombent et flambent de l’Yonne à la Somme.


Avant de s’attaquer au château de Mello, Colin propose de s’approcher seul du castel, seulement suivi de loin par le gros Verneuil. Mais le jouvenceau est surpris par les hommes de Malleraie et emmené devant le baron de Mello qui consent à le faire pendre. Dès le lendemain, Colin est conduit au gibet. Prévenus par Verneuil, Les hommes d’Audry, lui-même étant caché dans le clocher de la chapelle, lancent leurs flèches de tous côtés sur la garnison du château dont les portes sont fermées de l’extérieur. Des flèches enflammées mettent le feu partout tandis que Colin se réfugie dans la chapelle. Grâce à un souterrain, tous les Jacques fuient tandis que le château continue de brûler.


La ville de Meaux dont le marché est prospère a été prise par les Jacques grâce aux manoeuvriers qui leur ont ouvert les portes. Mais les cavaliers du comte de Foix ont vaincu, pillé et massacré la population de la cité mal gardée. Audry et Colin qui se dirigent vers cette ville découvrent avec surprise depuis une crête que plus de vingt brasiers sont allumés. Dès lors, Colin, l’ancien garçon enthousiaste est transformé en un adolescent révolté. Normandie et Flandre, Picardie et Angleterre, dauphin et Navarre sont réconciliés pour s’en prendre au peuple. La guerre paysanne a fait nombre de victimes et Etienne Marcel n’a pas tenu ses promesses et n’a rien fait pour aider les villageois. Guillaume Carle, trompé par Navarre qui a fait attaquer traîtreusement les Jacques, est capturé et chargé de fers avant qu’on le torture et qu’on lui tranche la main puis la tête. Deux flèches tirées par Audry et Verneuil traversent le corps de Gaultier Malleraie. Colin décide de continuer la lutte contre l’injustice des grands.                                            

Ce récit extrêmement évocateur est bien écrit. Jean Ollivier possède un art de conter qui lui permet d’insérer ses personnages dans un cadre crédible, tantôt urbain, tantôt rural,  parmi une faune et une flore qu’il connaît parfaitement. Ce roman d’aventures sur fond historique est toujours vivant tant il restitue les usages de l’époque et le sort peu enviable du peuple maltraité.      
L’auteur traitera le même thème de la révolte des Jacqueries en 1983 dans l’ouvrage Debout les Jacques ! également publié à La Farandole.