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dimanche 28 décembre 2014

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : Mondes imaginaires et science-fiction (3)

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : Mondes imaginaires, fantasy, fantastique, merveilleux 
et science-fiction (3)          


Depuis quelques années déjà, l’édition jeunesse française vit sous l’infleunce de « L’effet Harry Potter »
Le petit sorcier de Joanne K. Rowling,, grâce à ses aventures développées dans des volumes de plus en plus épais, a encouragé les éditeurs à proposer des gros romans  et plus encore, à publier des trilogies, cycles ou séries de fantasy, un genre jusqu’alors très discret en France.
Les Anglo-saxons ont également exercé leur influence grâce au Seigneur de anneaux de Tolkien, aux Chroniques de Narnia de Clive Staples Lewis et à la trilogie de Philip Pullman, A la croisée des mondes.
Ce début du XXIe siècle voit donc le triomphe des littératures de l’imaginaire dont les frontières se révèlent perméables, le merveilleux glissant du conte ou de la légende vers le roman épanoui dans la fantasy, tandis que le policier et le fantastique flirtent de façon éhontée, au point de faire douter de leur genre respectif, la science-fiction trouvant plus difficilement sa place, malgré l’excellente collection « Autres mondes », animée chez Mango par le spécialiste Denis Guiot. Est-ce parce que le rapport au réel dans la S-F est très différent de celui qui existe dans les autres mondes de l’imaginaire ?
La fantasy a pris un immense essor. Le fantastique, le merveilleux et la science-fiction se fondent alors dans l’unique catégorie des « Mondes imaginaires » mais la vogue du récit mythologique conduit à préciser la catégorie des « Contes, Mythes et légendes ». Les collections généralistes s’adaptent vite à cette nouvelle tendance, comme « Folio junior » où l’on peut lire Diana Wynne Jones, Erik L’Homme,  William W. Nicholson, Cliff McNish, Philip Pullman, Katia Sabet, Chris Wooding… et bien sûr, les volumes de « poche » de Clive Staples Lewis (Narnia) et de Joanne K. Rowling (Harry Potter)…   
« Le Livre de poche jeunesse » absorbe peu à peu « Vertige fantastique » et publie à un prix abordable des ouvrages parus en grand format, en particulier ceux de la collection « Wiz ». Ainsi paraissent des textes de Georgia Byng,  du Français Serge Brussolo, de Kevin Crossley-Holland,  Cornelia Funke, Michael Hoeye, Natalie Jane Prior ou Bjarne Reuter…    

Des collections plus spécialisées naissent et se développent un peu partout. Chez Albin Michel jeunesse, c’est l’excellente collection « Wiz », au grand format qui, dès 2002, s’est ouverte aux mondes imaginaires de la fantasy et de la magie. Chez Bayard Jeunesse, « Les Mondes imaginaires », publient Anne-Laure Bondoux, Pierre Grimbert, Alexandre Malagoli et Paul Thiès. Il faut aussi compter avec la collection « Littérature Hors collection » où se rencontrent Michael Ende  et Christopher Paolini (Eragon).
 En 2003, Fleurus, filiale du groupe franco-belge Média-Participations, avait racheté les éditions Mango, dont Pierre-Marie Dumont, P-DG de Fleurus, devient président. Mango publie la collection de science-fiction « Autres mondes », animée par Denis Guiot à qui l’on promet une « totale liberté éditoriale », ce qui sera remis en question en 2007.
Les Editions Degliame créées en 2000 publient des nouveautés dans les genres fantastique, fantasy et science-fiction. Mais elles vont interrompre leurs activités en novembre 2005. En 2004, on note surtout la réédition partielle de la série Les Conquérants de l’impossible écrite par Philippe Ébly,


Les auteurs, les titres, les collections et les éditeurs :

- ANDERSON : Interface « Scripto » Gallimard Jeunesse (S-F)
- Philip ARDAGH : Les Aventures d’Eddie Dickens 3 : Une folle croisière  « Wiz » Albin Michel
- Sophie AUDOUIN-MAMIKONIAN, Erika PITTIS : Tara Dunkan 2 : Le Livre interdit Seuil
- Aurélien AUJAME : William, le jeune voyageur du temps 1 : William et la sorcière de Londres Didier Carpentier
- Clive BARKER : Abarat II :  Jours de lumière, nuits de guerre « Wiz » Albin Michel 
- Luc BESSON : Arthur et les minimoys (d’après une idée de Céline Garcia) Arthur 1 Intervista-Manitoba   
- Holly BLACK, Tony DiTERLIZZI : Les Chroniques de Spiderwick 1 : Le Livre magique Pocket Jeunesse
- Anne-Laure BONDOUX : La Tribu (rééd. des 3 tomes du Peuple des rats) Bayard Jeunesse
- Pierre BOTTERO : Les Mondes d’Ewilan 1 : La Forêt des captifs  Editions Rageot 
- Hélène BREDA : La  Phophétie des Magicyans « Milan Poche Junior » Milan  
- Herbie BRENNAN : La Guerre des fées Tome 1 « Pocket junior » Pocket jeunesse
- Serge BRUSSOLO : Sigrid et les mondes perdus T. 2 : La Fiancée du crapaud  « L. P. J. »  
- Serge BRUSSOLO : Elodie et le maître des rêves 1 : La Princesse sans mémoire  Plon 
- Georgia BYNG : Molly Moon 2 : Molly Moon arrête le temps “Wiz” Albin Michel
- Eoin COLFER, Ill. Tony FLEETWOOD : Artemis Fowl  1 Gallimard “Folio Junior ; 1332” 
- Fabrice COLIN : Le Mensonge du siècle Mango (Autres mondes)
- Zizou CORDER : Lion Boy 1 « Wiz » Albin Michel Jeunesse
- Kevin CROSSLEY-HOLLAND, Ill. F. ROCA : La Trilogie d’Arthur 1 : La  Pierre Prophétique « L de poche J. » Hachette  .
- Luis DE LA HIGUERA : Dans les Griffes du Temps « Grands formats » Editions Degliame
- Tony DiTERLIZZI, Ill. Holly BLACK : Les Chroniques de Spiderwick I Le Livre magique Pocket Jeunesse
- Chitra-Banerjee DIVAKARUNI : La Confrérie de la Conque Tome 1 : Le Porteur de Conque  Philippe Picquier  
- Debra DOYLE, J.D. MACDONALD : Le Cercle magique 1 : Randal, l’apprenti sorcier « Les Mondes imaginaires » Bayard J.   
- Jeanne DuPRAU : La Cité de l’Ombre « Folio Junior » Gallimard Jeunesse
- Philippe EBLY : Les Conquérants de l’impossible : Le Matin des dinosaures (réédition) Ed. Degliame 
- Michael ENDE, Ill. G DOREMUS : Jim Bouton et Lucas le chauffeur de locomotive 1 « Litt. Hors collection » Bayard J.   
- Gilles FONTAINE : Trilogie du Nouveau Monde 1 : La Survivante Magnard J. 
- Cornelia FUNKE : Cœur d’encre Hachette Jeunesse  669 p.   
- Michael HOEYE, Ill. Hervé TANNQUERELLE : Hermux Tantamoq 3 : Les Souris mènent la danse « Wiz » Albin Michel   
- Jean-Pierre HUBERT : Les Sonneurs noirs (Autres mondes) Mango jeunesse
- Brian JACQUES : La Forteresse en péril Mango 496 p. Mango  (« Rougemuraille 14 »)
- Hervé JUBERT : Le Quadrille des assassins ou L’Opéra du diable 3 : Sabbat samba « Wiz » Albin Michel .
- Norton JUSTER : Le Royaume fantôme « Le Livre de poche jeunesse » Hachette Jeunesse  
- Elizabeth KAY, Ill. Ted. DEWAN : Félix ou le monde à l’envers Gallimard Jeunesse   
- Franck KREBS, Ill. François ROCA : Tom Cox 4 : Tom Cox et l’impératrice sanglante Seuil Jeunesse
- Christophe LAMBERT : La Loi du plus beau « Autres mondes » Mango Jeunesse
- Thomas LAVACHERY : Bjorn le Morphir « Médium » Ecole des loisirs
- Nathalie LE GENDRE : Mosa Wosa (Autres mondes)
- Erik L’HOMME : Les Maîtres des brisants 1 : Chien-de-la Lune « Hors piste » Gallimard Jeunesse
- Danielle MARTINIGOL : La Trilogie des abîmes : 2 L’Envol de l’abîme (Autres mondes ; 25) Mango jeunesse
- William W. NICHOLSON : Le Vent de feu 3 : Le Chant des flammes « Folio junior » (rééd.) Gallimard
- Ian OGILVY : Méléas et le Warlack « Estampille » Bayard 198 p.
- Kenneth OPPEL : Fils du ciel  « Estampille » Bayard   
- Christopher PAOLINI : Trilogie de l’Héritage 1 : Eragon 1 : Bayard (700 p.) 
- Darren SHAN : La Saga de Darren Shan 1 : La Parade des monstres « Pocket Junior » Pocket Jeunesse
- Emmanuel VIAU, Ill. Stéphane COLLIGNON : Tessa et Lomfor 4 : Les Falaises des Géants (Fleurus-Aventure) Fleurus


(En rouge, la S-F, en bleu, la fantasy, le merveilleux et le fantastique).  

samedi 27 décembre 2014

Coup de rétro sur 2004 : fictions pour la jeunesse il y a dix ans (1)

COUP DE RETRO SUR 2004 : fictions pour la jeunesse (1)

A la fin de cette année 2014, il semble intéressant de jeter un coup d’œil de dix ans en arrière afin d’offrir un bref panorama nécessairement subjectif des fictions offertes à la jeunesse en 2004. Il faudrait un ouvrage complet pour tenter d’être exhaustif tant la production d’ouvrages est riche et variée. Dans le cadre d’un blog, nous préférons donner à voir à partir de couvertures de livres, d’albums et d’affiches de films. 
L’évolution de la littérature jeunesse n’a rien d’une histoire de Bisounours.
L’édition pour la jeunesse, semblable dans son fonctionnement à l’édition pour adultes, en adopte les qualités et les défauts, tels le taux de rotation élevé, surtout pour les « poches », les retours rapides et la baisse générale des tirages résultant de la progression inflationniste des nouveaux titres. Le stade artisanal a disparu depuis longtemps, sauf chez de très petits éditeurs, comme se sont effacées presque toutes les « maisons » d’édition à caractère familial au point que l’on parle de plus en plus d’une « édition sans éditeurs ». L’édition jeunesse est, elle aussi, devenue une industrie, avec sa logique impitoyable et ses contraintes. Les utilisations du management et des techniques de marketing ou de promotion sont de plus en plus présentes, tant dans le domaine des journaux juvéniles que dans celui des livres jeunesse. La tendance à l’internationalisation et la recherche de nouveaux marchés, accentuant industrialisation et commercialisation, sont aussi à prendre en compte.
Dans un monde économique voué à une concentration qui échappe, semble-t-il, au volontarisme politique, le livre, s’il reste d’essence culturelle, est non seulement devenu une « marchandise », un pur produit de « l’industrie culturelle » mais il est pieds et poings liés à un phénomène mondial irréversible, résultant du modèle américain, alliant culture et communication, comme chez le groupe duopolaire Hachette Livre-Lagardère et Vivendi Universal, (devenu Editis) qui détiennent, à eux deux, les deux tiers du marché.


En 2004, dans le domaine de l’édition, l’un des faits les plus marquants est le rachat en janvier des éditions du Seuil, vieille dame septuagénaire par Hervé de La Martinière, éditeur depuis 1992.
Le rachat de Dupuis par Média Participations ou celui de Milan par Bayard n’a pas entraîné un tel  mouvement de stupeur  ou d’émotion.
En effet, en juin 2004, la holding Média-Participations (dont Axa et Michelin sont actionnaires) et qui édite Rustica, Mango, Fleurus Jeunesse, (sans la presse), Mame, possède déjà les éditeurs de B.D. : Le Lombard, Dargaud, Blake et Mortimer et Kana. Elle rachète les éditions Dupuis. Son directeur Vincent Montagne se déclare très intéressé par la bande dessinée.
En mai 2004, Arnaud Lagardère, écartant les éditeurs Gallimard et Médias-Partipations, vend 61 % de VUP, (baptisé Editis en octobre 2003), pour 660 millions d’euros, à la holding Wendel Investissement, groupe d’investissement purement industriel, dirigé par le baron Ernest-Antoine Seillière, encore à l’époque patron des patrons puisque président du Medef. Le baron devient propriétaire de Plon-Perrin, Robert Laffont, Juillard, Belfond, Nil, dans le domaine du poche :  10/18, Pocket et Fleuve noir, plus Les Presses de la Cité, Les Presses de la Renaissance, Solar, Syros, La Découverte. C’est aussi dans le domaine scolaire, Armand Colin, Bordas, Larousse, Retz, Le Robert. C’est encore Univers-Poche et Nathan dans le double domaine scolaire et édition jeunesse.
Plus que jamais, l’édition, comme la presse, est sous le contrôle de l’industrie, (en particulier de celle des armes), et de la finance… L’accord se fait probablement avec l’accord du pouvoir en place.
Hormis quelques réserves syndicales ou du parti socialiste, les réactions sont timorées et ne suscitent ni débat, ni protestation.
Ajoutons que Lagardère, grâce à Hachette Filipacchi Médias, dirige un important empire de presse (magazine, jeunesse, féminine, régionale), face à son concurrent Dassault, groupe industriel très présent, tout comme lui, dans l’armement, lequel groupe Dassault détient la Socpresse à 82 % et Dassault Communication à 100 %.
Mourad Boudjellal, fondateur des éditions Soleil, qui a connu en particulier le succès avec les bandes dessinées Rahan, (rééditées) ou nouvelles comme Lanfeust de Troy, s’associe avec Antoine Gallimard, TF 1 et le Musée du Livre.

En 2004, tout en continuant de bénéficier des récits d’Evelyne Brisou-Pellen, Jacqueline Mirande, Bertrand Solet, Alain Surget et Odile Weulersse, le roman historique s’enrichit des participations de Marie Amaury, Philippe Barbeau, François Charles, Michel Cosem, Stéphane Descornes, Anne-Marie Desplat-Duc, Anne-Marie Dubosc, Jo Hoestland, Arthur Ténor...         
La fantasy, un genre en plein essor bénéficiant surtout de « l’effet Harry Potter », est illustrée en France par Eric Boisset, 1Pierre Bottero, Audrey Françaix, Anne-Laure Bondoux, Serge Brussolo, Erik L’Homme, Luc Besson, Hervé Jubert, Sophie Audoin-Mamikonian, Emmanuel Viau, Thomas Lavachery...
La science-fiction juvénile qui ne se porte pas très bien malgré les efforts de Denis Guiot qui dirige « Autres mondes » et va perdre Jean-Pierre Hubert en 2005, résiste grâce à un noyau dur et fidèle composé de Fabrice Colin, Gilles Fontaine, Christophe Lambert, Danielle Martinigol, Nathalie Le Gendre, Erik L’Homme, …  Le policier pour jeunes inspire de nombreux auteurs. En se limitant aux écrivains francophones, citons Brigitte Aubert et Gisèle Cavali, Claudine Aubrun, Hubert Ben Kemoun Marie Bertherat, Evelyne Brisou-Pellen,, Stéphane Daniel, Christian Grenier, Michel Honaker, Anthony Horowitz... Ajoutons Yves Hugues, Alice Hulot, Michel Laporte, François Librini, Catherine Missonnier, Lorris Murail,  Béatrice Nicodème, Jean-Paul Nozière, Jean-Hugues Oppel, Alain Paris, Noël Simsolo et Bartyrand Solet.
Dans le roman « généraliste » ou pour « ados », on remarque Jacques Asklund, Jeanne Benameur, Pierre-Marie Beaude, Anne-Laure Bondoux, Jean-François Chabas, Guillaume Guéraud, Xavier-Laurent Petit…. Ajoutons, par exemple, Alex Cousseau, Didier Daeninckx, Marie-Hélène Delval, Anne-Marie Pol et Françoise Reynaud…
N’oublions pas une abondante production d’albums illustrés et d’albums de bandes dessinées, les journaux et magazines d’une presse très variée, couvrant toutes les tranches d’âges et de nombreux films visibles par tous les publics.  
Si les optimistes se réjouissent d’une offre aussi variée et d’une vitalité qui ne manifeste aucun signe général de ralentissement, les pessimistes s’inquiètent de la production vertigineuse, en perpétuelle expansion, d’une « machine » qui semble « portée à blanc », tant le nombre de titres enfle régulièrement.
Engagée dans une fuite en avant que personne ne maîtrise, l’édition qui publie 52 000 nouveautés et nouvelles éditions en 2004, contre 35 000 en 1997, (dont un tiers de la production consacré à la littérature générale et environ 10 000 ouvrages dans le rayon jeunesse), poursuit sa course folle et sa fuite en avant, provoquant la baisse des tirages de chaque ouvrage, sauf pour les best-sellers largement médiatisés, au risque de tout écraser sur leur passage...


(Pour aller plus loin que ce résumé succinct, se reporter à mon essai : Littérature de jeunesse et presse des jeunes au début du XXIe siècle, L’Harmattan, 2008.)  

jeudi 7 juin 2012

Imaginales 2012 d'Epinal : des mondes imaginaires partagés avec la jeunesse (2e partie)


Imaginales 2012 d’Epinal : des mondes imaginaires appréciés aussi par la jeunesse (2e partie)




(Suite du panorama des auteurs ayant publié pour la jeunesse)

Jeunes ou adultes : même combat

Il y aurait encore les auteurs qui écrivent aujourd’hui à la fois pour la jeunesse et pour les adultes.
C’est une grande chance de pouvoir approcher cette année le grand écrivain allemand Kai Meyer, auteur d’une cinquantaine de romans historiques et de fantasy. Dans le rayon jeunesse, nous connaissions bien Histoire de Merle et La Formule de verre (Hachette). Il remporte cette année le « Prix Jeunesse » pour La Soie et l’Epée, un volume de la trilogie Peuple des nuées (L’Atalante).
Christophe Lambert se partage aussi maintenant les faveurs des deux lectorats. Après des récits édités par Bayard, il a publié La Reine de la vengeance (« Royaumes perdus », Mango, 2010). Plus récemment, on lui doit La Fille de mes rêves  (« Soon », 2011
Le Spinalien d’adoption Johan Heliot travaille énormément et publie beaucoup sans sacrifier la qualité, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs de tout âge. Outre les récits de la collection « Autres mondes », Les Fils de l’air (« Ukronie »), Terre des tempêtes et Steppe rouge (après La Légion écarlate dans la collection « Royaumes perdus »), retenons au moins La Guerre des mondes n’aura pas lieu ! (Mango, 2010), Nada Solstice (2010), Flibustière (L’Atalante Jeunesse), Le Tempestaire et Les Flibustiers du vent (Baam).
Avant le thriller fantastique pour adultes Narcogénèse (2011), Anne Fakhouri avait obtenu le « Grand Prix Imaginales 2010 » pour le diptyque La Clairvoyance et La Brume du jour (Atalante Jeunesse).
Didier Daeninckx est davantage connu dans le monde du polar que dans celui des littératures de l’imaginaire. Peu importe les étiquettes. Ce qui compte, c’est qu’il s’agit d’un auteur viscéralement opposé à tout racisme comme le montre aussi bien, Cannibale, Le Chat de Tigali que Meurtres pour mémoires, un ouvrage devenu un « Classicocollège », chez Belin-Gallimard. Cet ouvrage a permis a beaucoup de s’interroger sur le meurtre des Algériens sans armes, jetés dans la Seine par les policiers de Papon, le 17 octobre 1961.    

Priorité à la jeunesse

Et puis, il y a ceux et celles qui se consacrent entièrement à la littérature jeunesse dans des genres très divers. Tous, jeunes et moins jeunes, renouvellent les genres de l’imaginaire.
Charlotte Bousquet avait  été nommée en 2010 pour La Marque de la bête (revisitant Peau d’Âne, coll. « Royaumes perdus », chez Mango) dans la sélection du Prix jeunesse. Cette année 2012, elle remporte le Prix des collégiens pour La Nuit Tatouée. La Peau des rêves.
Elle a aussi fait paraître plusieurs thrillers dans la collection « Courants noirs » (Gulf Stream) comme Noire lagune et Venenum mais aussi Précieuses pas ridicules (Gulf Stream, 2012). Son époux est l’illustrateur Fabien Fernandez qui a participé à la fresque collective du festival. On lui doit, entre autres illustratations, les images de Laponie Voyage polaire (2011), Croquemitaines (texte de Charlotte Bousquet) et Contes du monde...
Parmi les illustrateurs, il me plaît de citer le sympathique Joël Cimarron, né à Paris et qui a grandi en Martinique. Après la bande dessinée Le Couteau-Chien (Gallimard), il publie plusieurs albums à la Luciole masquée, comme La Belle et Ganesh ou Blanche Neige et les Korrigans...
Après cinq récits remarqués et publiés dans la collection de S-F  « Autres mondes », Nathalie Le Gendre diversifie encore ses thèmes (Brune et Jules, Oskar Jeunesse) et publie des récits comme Imago et Vivre (coll. Soon) ou Libre (Coll. Mini-Syros).   
Erik L’Homme, auteur au succès croisant et mérité, a d’abord  exploré les quatre faces de l’imaginaire : la fantasy avec Le Livre des étoiles, la science-fiction dans Le Maître des brisants, le thriller fantastique pour la trilogie Phaenomen, le conte (Contes d’un royaume perdu). Toujours chez Gallimard Jeunesse, il a raconté une aventure extrême personnelle avec Des pas dans la neige. Depuis, il a entrepris une série d’ouvrages à quatre mains publiés conjointement chez Rageot et Gallimard. Il s’agit de la série fantastique A comme Association, bientôt forte de huit volumes et qui permet la survie posthume du regretté Pierre Bottéro.  
Parmi les jeunes plumes, retenons Carina Rozenfeld. Prix Imaginales des collégiens en en 2009 pour La Quête des Livres-Mondes, après Les Clefs de Babel, Coll. « Soon » et A la poursuite des Humutes, Coll. « Mini-Syros ». elle a proposé Les Cracheurs de lumière (L’Atalante Jeunesse). 
Jeune plume déjà experte, Manon Fargetton s'était fait remarquer en 2006 par Aussi libres qu'un rêve ("Autres mondes"). Elle s'adresse plutôt aux jeunes adultes cette fois dans June. Le Souffle publié chez Mango. 
C'est avec grand plaisir qu'on retrouve le toujours souriant Alain Grousset, ardent défenseur des littératures de l’imaginaire, tant à travers ses romans que dans ses anthologies consacrées au fantastique ou à la science-fiction, comme Dix façons d’assassiner la planète. Il est en compagnie cette fois de Danielle Martinigol dont on n'est pas près d’oublier la belle Trilogie des Abîmes. Tous deux, après avoir écrit ensemble plusieurs séries dont celle de Kerri et Mégane,  ont écrit en commun Sens interdit (« Ukronie », Flammarion).
Xavier Mauméjean cumule les fonctions de romancier et de directeur de collection. Après avoir coécrit les 4 tomes de la série Le Bouclier du temps (Fleurus) avec Johan Heliot, il a publié La Guerre Spéciale (Mango) et La Reine de lumière (« Ukronie », 2009). Il a dirigé depuis quelques années la nouvelle collection « Royaumes perdus » où il accueille aussi bien les plumes confirmées, celles de Johan Heliot et Fabien Clavel que celles des jeunes auteurs comme Jonas Lenn et Jérôme Noirez. Pour la jeunesse, il écrit en 2011, L’Ami de toujours (« Tribal », Flammarion).

Les premières fois

C’est la première fois que Pierre Grimbert vient aux Imaginales. Il est l’auteur de nombreux récits lisibles par la jeunesse. On se souvient que, chez Degliame, il avait développé Les Aventuriers de l’irréel dans 4 tomes autour du thème des jeux vidéo. Chez Bayard jeunesse, il y eut La Haute Quête de Dragonia et des récits de fantasy indépendants, de grande qualité, tels La Malédiction du coquillage, La Reine des amazones, Le Baiser de la subure (2001), Le Guetteur de dragons et Le Trophée des sorciers (2002). 
Avec Audrey Françaix, il avait fondé en 2004 les éditions Octobre, spécialisées dans la littérature de fantasy. Aujourd’hui, Pierre Grimbert publie des livres davantage destinés aux adultes, comme les séries Les Enfants de Ji, Les Gardiens de Ji ou Le Prophétionnel. 
    
C’est aussi 1ère fois que Jean-Luc Marcastel vient aux Imaginales, l’occasion de découvrir un auteur brillant et convaincu. Parmi son œuvre déjà importante, retenons le cycle Louis Galoup dont le 1er tome s »intitule Le Village au bout du monde et La Geste d’Alban, un livre nommé pour le « Prix Jeunesse » 2012. Autre ouvrage remarqué et nommé pour le Prix des collégiens : Le Dernier hiver ("Black Moon"), "Un cri d'amour qui repousse les ténèbres". Il ne faut pas être grand clerc pour deviner, chez Jean-Luc Marcastel, un écrivain plein d'avenir. 
Lilian Bathelot fait aussi partie des nouveaux venus à Epinal. On se souvient de C’est l’Inuit qui gardera le Souvenir du Blanc, roman de SF  paru aux défuntes éditions Le Navire en pleine ville, en 2006. Dans la collection « Courants noirs » (Gulf Stream), il publie L’Etoile noire (2010) et Kabylie Twist (2012), un roman fort et sans concession sur la guerre d’Algérie.

Je rappelle qu’il s’agit d’une vision bien subjective des Imaginales. J’espère néanmoins qu’elle ne paraîtra pas trop partiale.
Il faut, bien entendu, rendre hommage à Stéphanie Nicot, Directrice artistique du Festival et à Bernard Visse, Directeur du Festival, principaux artisans de cette magnifique manifestation.

J’assume en tout cas mes choix et les Imaginales sont tellement riches que l’on verra paraître sur la toile toutes sortes de comptes-rendus très différents, évoquant aussi illustrateurs, jeux de rôle, musique, fanzines et revues, cinéma, etc.
Si une information est involontairement inexacte, merci de me le signaler. Il est facile de corriger rapidement un blog.

P.S. : J’achève ce petit travail au moment où me parvient l’annonce de la mort de Ray Bradbury qui fut pour beaucoup l’initiateur à la science-fiction grâce aux Chroniques Martiennes et à Fahrenheit 451.

Imaginales 2012 d'Epinal : des mondes imaginaires également pour la jeunesse


Imaginales 2012 d’Epinal : des mondes imaginaires appréciés aussi par la jeunesse (1ère partie)




Les Imaginales, le 11e festival des mondes imaginaires d’Epinal s’est déroulé du 31 mai au 3 juin 2012 à Epinal.
Cette manifestation qui permet de consulter et d’acquérir des milliers d’ouvrages actuels dans la « Bulle du livre » a l’immense mérite d’associer les auteurs pour toutes les tranches d’âge et les écrivains qui s’adonnent à tous les genres de l’imaginaire.
Sont aussi bien  sont représentés récits fantastiques et de science-fiction, sagas de fantasy, thrillers parfois fantastiques, contes et légendes et romans historiques.
Une fois de plus, je vais regarder les Imaginales par le petit bout de la lorgnette, puisque comme le disait la chanson : « on y voit bien mieux que par le gros bout ». C’est particulièrement vrai quand on veut rendre compte de la présence très importante d’une littérature jeunesse de grande qualité.
La littérature jeunesse s’est particulièrement enrichie du fait de l’extension exponentielle du domaine de la fantasy mais bien d’autres facettes sont présentes.

Des débats et des conférences multiples sous les « Magic Mirrors » ou à l’Espace Cours

Un débat intitulé Ecrire de l’imaginaire pour les jeunes : raconter ou faire la morale ? est consacré le 1er juin à cet immense domaine avec la participation de Marie Caillet (L’Héritage des Darcer), Nathalie Le Gendre, Kai Meyer, Emmanuelle Nuncq (Bordemarge) et Magali Segura (Le Prix d’Alaya).
Deux autres débats que j’ai pu suivre concernent indirectement la jeunesse. D’abord la présentation par Brigitte Lion, en présence du modérateur Jérôme Vincent, spécialiste de toutes les formes de science-fiction sur actusf, du Mythe de Gilgamesh, un exposé relativement savant sur ce récit fondateur extirpé du pays de Sumer, en Mésopotamie et d’abord rédigé dans les signes cunéiformes de la langue akkadienne. En fait, L’Epopée de Gilgamesh, loin des versions savantes de Jean Bottéro ou de Raymond Jacques Tournai et Aaron Shaffer, est rendue accessible aujourd'hui aux élèves de 6e grâce aux nombreuses vulgarisations parues dans les diverses collections de poche jeunesse (nous y reviendrons un jour).   
Autre débat très intéressant, relatif à la guerre d’Algérie, intitulé 50 ans après la guerre d’Algérie… Comment solder les comptes, sous les auspices de Stéphanie Nicot, avec Didier Daeninckx, Roland C. Wagner (Rêves de Gloire) et Lilian Bathelot. 

Parmi les prix 2012, signalons Le Prix des collégiens attribué à Charlotte Bousquet pour La Nuit Tatouée. La Peau des rêves, Le Prix Jeunesse a permis de récompenser l’auteur allemand Kai Meyer pour La Soie et l’épée. Le Peuple des nuées.
C’est  Stéphane Beauberger qui remporte le Prix des lycéens avec Le Déchronologue (réédité dans « Folio SF »).
   
Si l’on scrute le « trombinoscope » 2012 figurant dans le numéro spécial de Vosges Matin consacré au festival, on identifie plus d’une trentaine d’auteurs qui se dévouent partiellement ou totalement à la cause de la littérature publiée chez les éditeurs « jeunesse ».
Je dois d’abord m’excuser auprès de ceux et celles que je n’ai pu rencontrer, et photographier en dépit de mon envie (par exemple, Marie Caillet (L’Héritage des Darcer, Michel Lafon), Emmanuelle Nuncq (Bordemarge, Castelmore), Magali Ségura (Le Prix d’Alaya, Bragelonne), Guillaume Lebeau (Banquises de feu, Rageot) et Xavier Mauméjean).
En revanche, j’ai pu approcher plus d’une vingtaine d’écrivains qui, généreusement, se sont prêtés à l’exercice et je les en remercie. C’est d’ailleurs tout à fait exceptionnel de pouvoir associer tant de talents divers et d’auteurs disponibles, conviviaux et patients.

Quelques distinctions…  par forcément indispensables 

Pour les auteurs présents qui se consacrent aux mondes imaginaires, outre la distinction des genres : conte, fantasy, fantastique et science-fiction…, il est peut-être utile d’entrevoir plusieurs catégories.

Il y a d’abord les écrivains qui ont publié autrefois de tels livres, par exemple en science-fiction et qui se consacrent aujourd’hui à la littérature adulte. On peut citer Fabien Clavel, « Prix Imaginales » avec Les Gorgonautes, («  Royaumes perdus », 2009) et auteur chez Mango où il a proposé La Dernière Odyssée (« Royaumes perdus ») et L’Océan des étoiles (« Autres mondes », 2008). Aujourd’hui ces trilogies : L’Apprentie de Merlin (Mango, 2010-2011) et Le Miroir aux vampires (« Baam », Flammarion, 2011-2012) semblent viser davantage un public adulte.
Nommons aussi le grand auteur Pierre Bordage qui, après la novélisation de Keana, La Prophétie, s’était généreusement ouvert à la jeunesse avec Ceux qui rêvent et Ceux qui sauront, (coll. « Ukronie », chez Flammarion). Il faut bien admettre que la plupart de ses autres ouvrages de qualité exigent la compréhension d’un lectorat adulte.
Si elle a écrit des essais savants, par exemple sur Claude Seignolle, Marie-Charlotte Delmas n’a pas hésité à participer à la collection « Chauve-souris », chez Syros (par exemple pour trois livres dont La Vengeance du meneur de rats). Aujourd’hui, ses ouvrages s’adressent à des esprits plus mûrs. Retenons Le Légendaire des dragons, publié chez Fetjaine.
 Audrey Françaix, après avoir publié plusieurs romans dans la collection « Le Cadran bleu », chez Degliame, comme Les Frontières de Féerie, Les Fées de marbre, Le Tribunal des Follets, Halloween, le club des monstres s’adresse avec évidence aux adultes avec Le Cycle de la Chair, Le Festin d’Ohmelle et Le Club des apprentis criminels.

Il y a ensuite les écrivains qui publient depuis très longtemps des livres fantastiques ou de science-fiction et poursuivent aujourd’hui une longue carrière littéraire.
C’est pour moi l’heureuse occasion d’évoquer un écrivain qui vient pour la première fois aux Imaginales alors que sa carrière littéraire est déjà fort longue, je veux parler de Christian Léourier. Je me souviens de sa série de science-fiction : Jarvis, amorcée avec  Le Messager de la grande île, publiée dans la "Bibliothèque rouge" et poursuivie dans la collection "Voies libres", Il y eut aussi L'Arbre-Miroir, dans la collection "L'Age des étoiles", chez Robert Laffont. J’aime me souvenir des deux albums fantastiques : Le Gwemen sacré et L'Appel des ondins, dans la collection « Eclipse » (toujours chez Hachette), avant Les Ailes de l’été et E.V.A. ou l’été de la Lune. Je l’ai suivi dans la collection « Les Fantastiques » (Magnard) pour L’Ombre de la tour blanche. C’était avant qu’il devienne responsable de la belle collection "Les Romans de la mémoire", chez Nathan et publie Contes et Légendes de la mythologie celtique et Contes et légendes de la Résistance, avant de s’illustrer dans la collection « Autres mondes » (Mission Brume), chez Mango ou chez Actes Sud Junior...
Dans sa trilogie Lumières d’Amérique, commencée Sous le vent de la liberté («Millézime », Bayard, 2005), Christian Léourier additionne les atouts du roman d’aventure et ceux du récit historique. Toujours chez Bayard-Jeunesse, il a récemment publié Le Puits des Âmes.
Il y a déjà au moins quatre décennies que j’apprécie les écrits de Jean-Pierre Andrevon, autrefois critique de l’imaginaire, par exemple dans les revues Fiction et Circus, puis, encore actuellement, dans L’Ecran fantastique. Surtout présent dans la littérature des adultes, il s’est néanmoins illustré plusieurs fois dans les livres pour la jeunesse. Citons pêle-mêle Le Train des galaxies (Bordas), La Fée et le géomètre (Casterman), La Nuit des bêtes, les anthologies Le Grand combat nucléaire de Tarzan, Bandes interdites et Le Chevalier, l’autobus et la licorne (Magnard), La Dernière pluie (Nathan), Le Parking mystérieux et Kofi et les buveurs de vie (Magnard), Le Visiteur de l’Anti-Monde) (Degliame), surtout le cycle Gandahar, avec Gandahar et l’oiseau-monde et Les Portes de Gandahar, (« Vertige SF », Hachette), cycle poursuivi avec Les Rebelles de Gandahar et L’Exilé de Gandahar (« Autres mondes », Mango), Le Passager de la  maison du temps (Bayard Jeunesse), Contes et récits des héros de la Rome antique (Nathan). Toujours chez Nathan, je n’aurais garde d’oublier Vercors juillet-août 1944 – La Forteresse sacrifiée.  Aujourd’hui, Andrevon est toujours là avec Nouvelle aurore (« Autres mondes »), et Les Guerriers de la nuit (« Tribal »). 

mardi 25 janvier 2011

Hommage à Michel Grimaud




Marcelle Perriod, la compagne de Jean-Louis Fraysse (le couple étant connu sous le pseudonyme de Michel Grimaud), vient de nous quitter le samedi 22 janvier.

Ces romanciers sont à la fois si discrets et modestes qu'il est temps de leur rendre un juste hommage.

HOMMAGE A MICHEL GRIMAUD (Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse)
1ère partie

Des romans historiques aux romans sociaux engagés


Les premiers livres publiés n’illustrent pas encore les thèmes chers aux auteurs : liberté individuelle, lutte contre le racisme, révolte, respect de la différence, urbanisation et pollution, fascisme et combat pour la libération des peuples…
C’est en 1971 que naît « Safari-Signe de Piste », la maison Alsatia s’étant associée avec Hachette pour la diffusion exclusive d’ouvrages. De nouveaux auteurs ont un esprit, à priori, bien éloigné de celui des anciens. En 1971, le couple Michel Grimaud amorce le cycle préhistorique : Les Aventures de Rhôor avec Rhôor l’invincible, suivi de Rhôor et les pillards. La même année, le couple a aussi publié dans « Plein Vent » en 1971, le roman intitulé Amaury Chevalier cathare.
. N’oublions pas le récit Des hommes traqués, au Chili du temps d’Allende, paru dans « Plein vent », en 1975 (réédité dans la collection « Les Couleurs de l’Histoire », chez Actes Sud Junior sous le titre : Les Larmes de la Terre).
En 1970, une des premières collections de livres de poche de la future décennie, pour les jeunes, est créée par Hatier et G.-T Rageot, des éditeurs qui donnent le jour à la collection « Jeunesse poche » (1970-1974). Une part de son originalité vient du développement des sections abordant des genres jusqu'alors encore un peu suspects dans le secteur jeunesse. Par exemple, l'aventure est représentée par Les Pirates de Bornéo de Michel Grimaud, en 1972.
Aux Editions G.P., la collection « Spirale » née en 1959, s'ouvre à des genres auparavant considérés comme illégitimes, comme le western et la science-fiction, et aborde les réalités historiques anciennes ou contemporaines. Ainsi sont publiés William Camus, Pierre Debresse, Christian Grenier et Michel Grimaud réhabilitant Les Insoumis de Terre-Neuve (1976).
Michel Grimaud fait partie des auteurs qui ont profondément renouvelé la littérature pour adolescents au début des années 1970.
Ce sont les adolescents de 13 à 16 ans que vise la collection « Les Chemins de l'Amitié », dirigée par Catherine Scob, aux Editions de l'Amitié-G.T.-Rageot, en 1973. Michel Grimaud, qui y publiera plusieurs récits engagés, tel Le Paradis des autres (devenu La Terre des autres, un roman très primé), ne craint pas de montrer un immigré algérien et son fils en butte au racisme ordinaire des habitants d'un village du Sud de la France. (Que la citation anachronique et malicieuse de ce roman, par Daniel Picouly dans Le Champ de personne, pour évoquer un souvenir d’enfance remontant à la fin des années 50 et évoquant une improbable dictée extraite du roman La Terre des autres, n’ait suscité aucune remarque critique montre assez la méconnaissance générale de la littérature jeunesse.) Le récit antiraciste, très vite devenu, Le Paradis des autres est réédité dans la collection « Les Maîtres de l'aventure »
La collection « Les Chemins de l'Amitié » a aussi accueilli Pourquoi partir ? (1974), Soleil à crédit (1975) tandis que la collection « Grand Angle », chez G.P. publiait en 1976, Une chasse en été. (Seul, le récit Une chasse en été est réédité par La Farandole en 1988).

Alors que vient de se constituer le Centre national des Lettres et de la Direction du livre, on assiste en juin 1975 à la Fondation de la Charte des auteurs pour la jeunesse par Christian Grenier, le père fondateur, assisté de William Camus, Jean Coué, Béatrice Tanaka, Michel Grimaud, Jean Ollivier, Pierre Pelot et Bertrand Solet.


Les récits de science-fiction et les romans fantastiques

Dans les rares récits français conjecturaux de cette collection « Plein vent », on doit citer La Ville sans soleil (1973), de Michel Grimaud, un récit écologique visionnaire et très vraisemblable, préfacé par Alain Bombard, évoquant déjà un site industriel atteint par la pollution
La collection « Jeunesse poche » range encore dans "l’anticipation" Le Peuple de la mer de Michel Grimaud, en 1974.
Mais en 1977, deux collections mémorables de S-F vont voir le jour. D'abord la collection « L'Age des étoiles », entièrement consacrée à la science-fiction, chez Robert Laffont (1977-1979), animée par Karin Brown et Gérard Klein. Michel Grimaud, avec L'Ile sur l'Océan Nuit (dont les couvertures sont illustrées par Jean-Claude Mézières), réclame justice pour les victimes du colonialisme. La 2e collection, « Travelling sur le futur », née chez l'éditeur belge Duculot, développe aussi la S-F., et vise encore le public des 13/17 ans. Michel Grimaud défend un univers écologique avec Les Esclaves de la joie, avant d'évoquer Le Temps des gueux, (réédité chez Mijade en 2010, sous le titre Le Récupérateur).
La collection susceptible de changer les mentalités, c'est « Folio Junior S-F », que propose à Pierre Marchand et anime le spécialiste de S-F Christian Grenier. Il le raconte fort bien en 2004 dans Je suis un auteur jeunesse (paru chez Rageot).
La vraie nouveauté dont Grenier a été le seul lecteur avant parution, c'est Le Tyran d'Axilane (1982) du couple caché sous le pseudonyme de Michel Grimaud, un récit jouant avec l'espace et le temps et d’où la poésie est loin d’être absente. C'est Enki Bilal qui illustre la couverture de ce roman au succès mérité.
Aux éditions La Farandole, dans la collection « L.F. Roman », paraissent Le Jour du Gombo (1982) et Le Passe-Monde (1986).
Chez Hachette, en 1996, dans « Vertige fantastique », parmi les nouveautés françaises, relevons Le Fantôme des Cassegrain de Michel Grimaud, alliant harmonieusement Histoire, fantastique et humour. Dans la collection « Folio junior », en 2000, paraît Le Violon fantastique (une façon de rappeler l'importance de la musique dans la destinée du couple des Grimaud).
Si la collection « Travelling », est née chez Duculot en 1972, c’est seulement en 1992 qu’elle accueille Coup de cœur, un roman trop peu connu du couple.

lundi 24 mai 2010

Christian Grenier, un fabuleux "auteur-jeunesse"



D'abord la science-fiction



Le récit policier (Logicielle) et bien d'autres genres

Christian Grenier, un « auteur jeunesse » multigenres

Christian Grenier, absent aux Imaginales, sera bien présent sur ce blog. En voici la preuve. Il est pour moi, un des écrivains les plus importants du « rayon jeunesse ». Rien d’étonnant à cela quand on jette un œil sur son imposante bibliographie, patiemment constituée depuis plus de 40 ans d’écriture.

« Monsieur Science-Fiction Jeunesse »
(C’est un titre qu’il peut partager avec Denis Guiot et Alain Grousset)

Né à Paris de parents comédiens en 1945, Christian Grenier qui ne peut lui-même embrasser la carrière de comédiens face au refus de ses parents, enseigne en collège après des études de lettres. Depuis toujours passionné par l’écriture, après avoir entraîné ses élèves à écrire des romans, il publie ses premiers récits juvéniles. Après deux volumes parus en Jeunesse poche (voir plus haut sur le blog), il obtient le prix O.R.T.F. avec La Machination, paru d’abord dans la collection « Olympic » chez G.P. (voir le blog plus haut). Très vite il devient un spécialiste de la S-F mais il est aussi scénariste de B.D. et de dessins animés (Argir, Rahan, Les Mondes engloutis…), auteur de pièces de théâtre, nouvelliste. En outre, il ne dédaigne ni le conte, ni l’album, ni la mythologie, ni la presse juvénile (Pif, Les Aventuriers, Je bouquine...). Certes, il est réducteur de limiter les activités de Christian Grenier à la S-F même s’il a beaucoup milité pour le genre aussi bien dans ses nombreux romans qu’à travers quatre essais : Jeunesse et science-fiction (Magnard, 1972), La Science-fiction ? J'aime ! (avec Jacky Soulier), (Messidor, 1981), La Science-fiction, lectures d'avenir ? (Presses universitaires de Nancy, 1994) et La S-F à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas (Editions du Sorbier, 2003).
Ce que les jeunes apprécient toujours, ce sont des récits sans temps mort, sans mièvrerie, où l'on ne s'ennuie jamais. Il est rare de renouveler aussi souvent joie de vivre et bonheur de l'écriture. Alors que la génération des années 70-80 s'est enthousiasmée pour La Machination, Le Satellite venu d'ailleurs, surtout Les Cascadeurs du temps, avec, toujours, cet étonnement pour le « passage » quasi « naturel », tant il était astucieusement conçu, vers un autre temps et un autre espace. Puis est venu le troublant et excellent roman : Le Coeur en abîme, et des recueils de nouvelles moins accrocheurs pour moi. La nouvelle génération des années 90, (les enfants des premiers lecteurs), s’enthousiasme pour deux cycles accrocheurs : celui du Multimonde, Grand Prix de l'Imaginaire, 1998 (confirmant l'amour de C. Grenier pour la musique), et celui d'Aïna, (où se développe en six tomes, le bestiaire fantastique, déjà amorcé dans le premier récit).

De multiples activités

Certains romans qui ne sont pas de la S-F » sont remarquables ou émouvants, tels le roman aux doubles points de vue : La Fille de 3e B et Le Pianiste sans visage ou encore l'âpre récit : Un printemps sans visage, (réécriture en 1995 du récit de 1979 : Le Moulin de la colère) et surtout Ce soir-là, Dieu est mort. Inutile de revenir sur son oeuvre d'anthologiste, dans « Folio Junior S-F », chez Gallimard, (puisque la collection aux magnifiques couvertures vient d’être présentée sur le blog). Rappelons qu'il ne s'est pas contenté de regrouper par thèmes les meilleurs textes accessibles aux jeunes puisqu’il a provoqué l'écriture de quelques-uns.
Si Christian Grenier est aussi à l'origine de la Charte des auteurs en 1975, s'il a animé la collection « Les Couleurs du siècle », dans « La Verte aventure », chez Hachette, (et reprise par Actes Sud Junior en 2000), s'il manifeste encore son goût pour le récit historique en 2002, avec Août 44 : Paris sur scène, et pour les contes et légendes publiés dans la célèbre collection des éditions Nathan, c'est vrai, qu’après son premier domaine de prédilection, en plus des ouvrages de S-F ou fantastiques, il se consacre surtout aujourd’hui aux aventures policières de son héroïne Logicielle. L'un des épidoses, L'Ordinatueur, a été tiré à 300 000 exemplaires. Parmi les albums, retenons Le Tyran, le Luthier et le Temps (illustré par François Schmidt) publié à l’Atelier du Poisson soluble et Toi lumière de ma nuit, illustré par Krystal Camprubi et présenté aux Imaginales 2010. Sur la palette de Christian Grenier, il faudrait aussi distinguer les récits fantastiques ou plus intimistes, des romans qui séduisent toujours la génération des années 2000. Il a toujours eu le souci d'ouvrir ses lecteurs aux réalités du monde contemporain avec la préoccupation permanente d'éduquer à l'écologie.
Depuis 1990, Christian Grenier a quitté Paris pour le Périgord. Il multiplie les interventions auprès des jeunes lecteurs, assure des conférences et fréquente de multiples salons.
Christian Grenier a été lecteur, correcteur, rewriter et un important directeur de collections chez plusieurs éditeurs, dont Rageot et Nathan. Il le raconte avec humour dans Je suis un auteur jeunesse (2004). On ne compte plus les traductions de ses textes, tant en Europe (Allemagne, Danemark, Espagne, Portugal, Grèce, Italie, Suède, République Tchèque) qu’aux Etats-Unis et au Japon, ni les nombreux prix acquis au fil des années.

Les reproductions des 72 couvertures (c’est loin d’être exhaustif) sont aussi un hommage aux illustrateurs identifiés (pardon pour les autres) : Michel Gay, Tibor Csernus, Christophe Durual, Rozier-Gaudriualt, Bruno Pilorget, Patrice Kes, Bernard Moro, J.-J. Vayssières, Michel Palomba, Manchu, Jean Révelin, Loro, Frédérick Pillot, Pierre Wachs, Christophe Durual, Nicollet, Patrick Gromy, Jeanne Puchol, Jean-Claude Götting, Florence Magnin, Marc Mosnier, Emmanuel Guibert, François Roca, Gwen Kéraval, Benoît Perroud, Magali Shmitzler, Emmanuelle Houdart, Alain Korkos, Nicolas Wintz, Sylvain Bourrières, Olivier Voutch, Philippe Munch, Alain Gauthier, Alain Korkos, Philippe Caron, Alexios Tjoyas, Julien Famchon, Krystal Camprubi…

mardi 20 avril 2010

Littérature de jeunesse et mondes imaginaires


Illustration et maquette de couverture : Renaud Perrin

Les mondes imaginaires dans Littérature de jeunesse et presse des jeunes au début du XXIe siècle
Il n'est pas inutile de revenir sur l'évocation des mondes imaginaires dans un gros ouvrage de 580 pages (édition 2008) où cet aspect est peut-être un peu noyé dans l'ensemble. Jean-Pierre Andrevon (dans L'Ecran fantastique), Jacques Baudou (dans Lunatique 78-79), Christian Grenier(sur son site Internet) ont évoqué cet aspect.


Table des chapitres 8 et 9, eux qui évoquent, entre autres auteurs, J.K Rowling, Tolkien, C.S. Lewis, Philip Pullman, Chris Wooding, Cornelia Funke, Michael Ende, Christopher Paolini, etc. (pour les auteurs traduits).
Parmi les auteurs francophones, notons Jean-Pierre Andrevon, Sophie Audouin-Mamikonian, Eric Boisset, Anne-Laure Bondoux, Pierre Bordage, Pierre Bottero, Serge Brussolo, Fabrice Colin, Laurent Genefort, Pierre Grimbert,Alain Grousset, Christian Grenier, Johan Heliot, Christophe Lambert, Nathalie Le Gendre, Erik L'Homme, Jean-Marc Ligny, Henri Loevenbruck, Alexandre Malagoli, Danielle Martinigol, Xavier Mauméjean, Jean Molla, Pierre Pelot,etc.

VIII L’irrésistible extension des domaines du merveilleux : conte, fantastique et surtout fantasy.................................... 241

1 : Des contes traditionnels ou modernes, aux sources de l’imaginaire (242),
« Contes et légendes » et fidélité, chez Nathan (244), Des contes venus des cultures du monde entier (245), Les contes des « poches » généralistes (248)

2 : Un fantastique popularisé et aux racines solides (249),
De 2000 à 2006, le cercle des collections disparues (251), Le fantastique des trilogies, des cycles et des courtes séries (255)

3 : La fantasy, reine de l’imaginaire au début du XXIe siècle (260),
La fantasy est-elle un genre défini et à part entière ? (260), Il y a sorciers et sorciers ! (263), Portes vers l’autre monde, épées, grimoires et talismans … (264), Des oeuvres fondatrices et motrices du genre (266), Quelques exemples d’une présence hexagonale (267), Les livres juvéniles précurseurs de la fantasy (269), Fantasy et cinéma : entente cordiale pour un enchantement (270), La fantasy juvénile publiée en France, de 2000 à 2006 (271), Gallimard jeunesse : quelques longueurs d’avance (273), Les nouveaux orphelins de la fantasy pour la jeunesse (277) Quête initiatique ou quête de ses origines ? (278), Vrais et faux orphelins (279), Les héroïnes sont des orphelines comme les autres (280), La fantasy animalière a aussi ses orphelins (284), Les orphelins de l’heroic fantasy ou d’ailleurs (285)

IX Discrétion de la science-fiction concurrencée, en dépit de la qualité des « Autres mondes » ……………………….... 289
Petite rétrospective de la science-fiction juvénile (290), De l’anticipation à la science-fiction (293), Enfin des collections juvéniles, estampillées « science-fiction » ! (295), La science fiction juvénile, de 2000 à 2006 (297), Des titres dispersés dans les collections généralistes (298), Quelques cycles, trilogies et diptyques (298), « Le Cadran bleu », une collection devenue « historique » (303), « Autres mondes », une collection de S-F exemplaire (305)