dimanche 15 février 2015

Collection "Histoires d'Histoire", Hatier : à redécouvrir

Collection "Histoires d’Histoire" : des fictions historiques à redécouvrir

Petit retour sur « Le Cercle des collections disparues » délaissé depuis un certain temps !
En mai 1990, la collection « Histoires d'Histoire », vient de naître chez Hatier, pour les 11-15 ans. Son double et noble objectif est de « réconcilier les adolescents avec l'Histoire et la lecture ». Outre qu'un seul de ces buts serait largement suffisant, il semble que l'Histoire soit parfois prépondérante par rapport à l'intérêt proprement romanesque. Il faut nuancer cette opinion après avoir lu Les Siamois et l’ombre rouge de Didier Grosjean et Claudine Roland qui, tout en évoquant les recherches passionnantes des pionniers de la photographie animée (Muybridge, Marey, Demenÿ, les frères Lumière…) construisent une intrigue très intéressante. 



La collection dirigée par Renaud Bezombes et Jean-Michel Dequequer-Fergon s'appuie sur les programmes officiels des collèges, le papier est de qualité, la présentation élégante et la typographie claire avec un graphisme de Massin offre un maximum de lisibilité ! Si le format est fixe : 19cm de hauteur, la pagination varie de 141 pages à 237. De 1990 à 1993, seuls 24 volumes sont parus. Les ouvrages sont illustrés, en particulier par Eduardo T. Coelho, François Davot, Sylvie Faucher, Christine Flament, Carole Furby, Annie-Claude Martin, Christian Maucler, Jean-Michel Payet, Hughes Renier… Chaque volume publie une carte simplifiée qui facilite l’ancrage géographique du récit.      


De nombreuses périodes historiques sont néanmoins évoquées, depuis  l’Égypte de la reine Hatshepsout, au milieu du IIe millénaire avant notre ère, dans Le Nain de Pount (une caravane s’aventure vers ce lointain pays) de Béatrix Mydant-Reynes, jusqu’aux années trente, dans une Europe au climat politique trouble évoquées dans Meurtre Rue Montmartre de Pascal Dayez-Burgeon. Des ouvrages font revivre la Gaule au 1er siècle avant notre ère (L’Espion de César de Giorda), Athènes au temps des guerres médiques et de Darius (La Revanche de Képhalos de Giorda), Byzance au XIIe siècle et sa cour impériale grâce à P. Dayez-Burgeon et La Relique impériale (dont la luxuriance lexicale est à l’image de cette civilisation complexe). Paris, au temps de Charles VI, renaît dans Le Manuscrit oublié de Renaud Bezombes. Toutefois, les récits, parfois un peu ardus, même s'ils proposent intrigues, énigmes et chasses au trésor, ont pu décourager des lecteurs désireux de trouver une aventure plus savoureuse et passionnée. Des noms de romanciers sont déjà connus des adolescents. Le vétéran Georges Hacquard, ancien directeur de l’Ecole alsacienne, bien connu des latinistes pour son Guide romain antique, situant en 40 avant Jésus-Christ le récit de L’Étrange canne de Virgile. L’excellent Jean Ollivier, illustré par Eduardo T. Coelho, évoque une étonnante découverte, cinq siècles avant Christophe Colomb,  faite par Le Viking du dernier rivage. Giorda est  aussi doué pour conter La Revanche de Képhalos au temps des guerres médiques, l’épopée de L’Espion de César envoyé chez les Gaulois, que pour narrer l’histoire « vraie » du bonapartiste Estienne, dans Un tambour pour la République, au moment de la campagne d’Italie. Et Dominique Delmas, dans La Malédiction du crocodile raconte aussi l’épopée du maître-tailleur Boudan engagé dans l’armée de Bonaparte, au temps du Consulat. C’est le second Empire qui sert de toile de fond au récit de Renaud Bezombes et Jean-Michel Dequeker-Fergon : Le Serment de Louise.  

Autres romanciers familiers : Jean-Côme Noguès, bénéficiant de l’existence réelle du journal de Colomb, pour écrire Le Voyage inspiré, Yvon Mauffret, navigateur chevronné, à l’aise pour écrire Au vent de la flibuste, Gérard Hubert-Richou et son histoire de la locomotive Crampton, L’Affaire de la Jéromine, située sous le Second Empire, publiée en 1992.


Bien d’autres périodes historiques sont au cœur d‘autres fictions. La conquête de l’Empire aztèque par les hommes de Cortez en 1519 est au coeur du récit : La Sorcière et le Conquistadore de Didier Grosjean et Claudine Roland. C’est en 1533 que Laurent d’Ardière, Prisonnier de Barberousse (un récit de Corinne Chevallier) quitte Marseille pour le bagne d’Alger. C’est aussi à Marseille, mais au temps de la peste de 1720 que se trouve le contrebandier du sel, Pierre Féral qui recherchera Le Trésor du passeur (écrit par Bruno dell).  
Les sujets traités tenaient-ils assez compte des figures historiques connues ou des périodes historiques familières ? Peut-être ces romans ont-ils autant besoin du contrôle des historiens que d’un appui éclairé, apporté par un médiateur et initiateur chaleureux, qu’il soit documentaliste, professeur ou parent, pour être acceptés par de jeunes lecteurs.
         Bravo aux C.D.I qui permettent encore aujourd’hui que ces livres ne tombent pas dans l’oubli.


Note : Un seul ouvrage a, semble-t-il, été réédité : Le Voyage inspiré de Jean-Côme Noguès, reparu au « Livre de poche jeunesse ».

Des lecteurs et des sites confondent parfois La Malédiction de pendus de Marie-Charlotte Delmas (Syros Jeunesse) et La Malédiction du crocodile  de Dominique Delmas. 

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