jeudi 2 avril 2015

"Cascade", une collection des éditions Rageot (1)

Collection « Cascade », chez Rageot (1989-2004) (1)

Voici encore un fleuron du «Cercle des collections Jeunesse disparues ». 



C’est  en 1989, chez G.T. Rageot, séparé des Éditions de l’Amitié, qu’apparaît "Cascade", une collection dirigée par Caroline Westberg qui privilégie les auteurs de langue française et qui est diffusée par Hatier. Ses premiers titres font craindre qu’elle se nourrisse simplement, sous un nouveau look, d’œuvres sempiternellement reprises, comme Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur, L’Appel de la forêt de Jack London et La Guerre du feu de J.H. Rosny et de rééditions des collections antérieures.
Or, bien vite, elle prend de l'extension et propose trois niveaux d'âge : 7-8 ans, 9-10 ans, 11-12 ans (plus tard élargi au 11-13 ans), même s’il faut souvent, dans la réalité, ajouter quelques années pour trouver le lecteur adéquat. Surtout, grâce à son succès, elle va se diversifier et élargir son lectorat potentiel en rassemblant et absorbant peu à peu les collections précédentes comme "La Bibliothèque de l’Amitié" et "Les Maîtres de l’Aventure", cette dernière restant très active quelques années.
Le pari engagé « après la grande vague du poche » (survenue dix ans plus tôt) n’était pas sans risque puisque l'on propose un nouveau « concept-livre » qui bénéficie « de tous les procédés techniques modernes » mais remet en cause l’allure physique du livre au format de poche, familier à tous. C’est sous une couverture colorée et plastifiée, au début du moins, avec des rabats donnant l’illusion d’une jaquette, que la collection propose nouveautés et rééditions,  agrémentées d’un complément documentaire : des mini-dossiers en fin de volume qui se révèleront éphémères.



Les auteurs vétérans sont encore là, comme Michel-Aimé Baudouy s'essayant au roman historique avec La Capture de César, Yvon Mauffret, Monique Ponty et L’Inconnu de la Proiselière, Évelyne Brisou-Pellen, déjà familière du fantastique et des loups-garous dans Le Mystère de la Nuit des pierres. On retrouve aussi Christian Grenier, Michel Grimaud, Susie Morgenstern (Les Deux Moitiés de l’amitié), Jean-Paul Nozière (Elsa et Antonio pour toujours), Pierre Pelot (dont on réédite Les Etoiles ensevelies), Yves Pinguilly et François Sautereau qui entretient sa familiarité avec le fantastique dans Classe de lune et s’amuse beaucoup en décrivant les vœux exaucés pour Les Indiens de la Rue Jules Ferry.  



Toute une nouvelle génération apparaît, constituée par Catherine Missonnier qui fait un tabac dans les écoles avec Superman contre CE 2 et Vacances sorcières, Marie Dufeutrel introduisant un handicapé dans L’Été Jonathan (primé en 1990), Paul Thiès dont on découvre l’humour grâce au personnage préhistorique de Petit Féroce et qui s’essaie à l’Histoire avec Les Braconniers du roi. On semble seulement remarquer le roman de Sandrine Pernusch, Le Journal secret de Marine (1991), déjà paru en 1988, dans la "Bibliothèque de l’Amitié". Alors qu’il est lu à la dérobée, un journal donne lieu à la réconciliation inattendue de deux sœurs. On y rencontre encore Alain Surget dont Le Fils des loups, illustré par Thierry Desailly, se perd dans la forêt vosgienne de La Bresse (Vosges), et Roger Judenne mêle Histoire antique et thème animalier dans Le Lévrier du pharaon.



Hélène Montardre cache bien le secret de La Maison aux quatre étoiles et, si Marie-Noëlle Blin envoie de Bons baisers de Californie, le rêve américain réserve des surprises. Les romans sportifs sont trop rares pour qu’on ne mentionne pas Le Jour du match de Gilberte Niquet. Bientôt l’équipe s’enrichit de la présence de Jacques Asklund, de Yves-Marie Clément, de Malika Ferdjoukh, de Thierry Lenain, de Michel Honaker... Plus tard viendront Jean Molla et Pierre Bottero.
Parmi les oeuvres traduites, retenons Le Royaume de la rivière (devenu au cinéma Le Secret de Terabithia), L’Eté de tous les secrets de Katherine Patterson, Un poney blanc neige de Anne E. Crompton et on réédite Le Secret de l’oiseau blessé de Betsy Byars.



Première démultiplication de la collection "Cascade"
        
C'est en 1991 que G.T.- Rageot crée deux sous-collections, la première, éphémère, la seconde si développée qu’elle est capable de supplanter la collection-mère dans le cœur de bien des lecteurs.
"Cascade Aventure" semble réunir des atouts susceptibles de faire l’unanimité, en proposant « des héros, des grands espaces, des découvertes… », autour d’un thème porteur et toujours exploité en littérature jeunesse. Peut-être aurait-il fallu éviter les rééditions des récits présents dans les mémoires ou sur les rayons des bibliothèques : ceux de  Paul Thiès, d’Évelyne Brisou-Pellen, de Michel Grimaud, venus de l’ancienne collection "Les Maîtres de l’Aventure" (et même des "Chemins de l’Amitié", comme Miguel de la faim de Nicole Vidal qui évoquait le quotidien d’une famille pauvre du Brésil). Les nouveautés peuvent en pâtir, tels le superbe récit Le Prince d’ébène de Michel Honaker, tutoyant le meilleur fantastique sur le thème de la musique cher à l’auteur, Les Larmes de la jungle de Pierre Pelot, constamment dans l’ombre fidèle de Chico Mendès, au cœur de la forêt amazonienne, Le Pas des fantômes, récit étrange et de bon aloi de Valérie Dayre (dont C’est la vie Lili de 1991 est primé à Annemasse en 1992), ou l’excellent récit ressortissant à la science-fiction : Date limite (1991), de Jean Alessandrini. Notons le plongeon du vétéran Michel-Aimé Baudouy, au cœur de ce que Yves Coppens aime nommer « paléo-fiction », dans Le Maître du salon noir, et les exotiques récits de Jean Guilloré, Peur bleue en Mer Rouge et Le fétiche de jade. La collection publie encore Le Buveur d’écume de Yves Pinguilly et réédite Ali de Bassora, voleur de génie de Paul Thiès. 



Les thèmes de la collection vont se diversifier au fil des ans évoquant aussi bien les histoires d’amour et d’amitié des enfants et ados du monde entier, le monde animalier, les récits humoristiques, les romans historiques, l’imaginaire et le mystère et même le sport et le monde maritime...
La collection "Cascade Policier" est si riche qu’elle mérite d’être développée dans un autre chapitre qui évoquera également la collection "Cascade Pluriel" et sa sous-collection ouverte au fantastique.

(Version revue du texte paru dans Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle, L'Harmattan Edition 2014)   

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