dimanche 30 avril 2017

Collection "L'Ami de poche" chez Casterman : originale mais éphémère

Une collection originale mais éphémère : "L’Ami de Poche" (1980-1984), chez Casterman



Dans le domaine des collections de poche, après « Folio junior » collection créée en 1977 chez Gallimard Jeunesse, « Le Livre de poche jeunesse » née en 1979, en 1980, la même année qui voit apparaître « Castor junior Flammarion », il faut saluer la naissance, chez Casterman, de la collection "L'Ami de Poche". Elle est dirigée jusqu’en 1985 par Jean-Hugues Malineau, écrivain et poète. En dépit d’indéniables qualités, et d’une grande « diversité des genres, des tons, des styles d'écriture et d'illustrations », elle ne durera pas.
Pour les plus de dix ans, dans des volumes qui vont du simple au quintuple (de moins de 80 pages à plus de 240), la collection propose la réédition de classiques parfois un peu oubliés (L'Ami Fritz et le plus rare et fantastique Hugues le loup de Erckmann-Chatrian, Le Petit chose de Daudet, Maria Chapdelaine de Louis Hémon, Histoires naturelles de Jules Renard ou Le Fils du diable de Paul Féval…) ou réécrits par des auteurs contemporains, tes François Johan (Floire et Blanchefleur) et Pierre Dubois (La Chute de Robin des bois).


Si des personnages comme Tarass Boulba, Till l’espiègle, Robin des bois (revu avec humour par Pierre Dubois), le Capitaine Corcoran, et même Gockel et Hinckel de Brentano, revus et adaptés, ne surprennent pas, le lecteur étonné découvre Michael Kohlhaas de Von Kleist, Le Géant Yeous de George Sand ou La Filandière de Balzac.


Les modernes Yves Sandre (Le Dévorant, Terremoto), Andrée Chédid (Mon ennemi, mon frère), André Laude (Joe Davila l’aigle) sont aussi présents. De plus, la part réservée à la création, parfois poétique, est originale, grâce à des auteurs comme Pierre Dubois (avec Le Capitaine Trèfle) mais le facétieux elficologue propose aussi L’Almanach sorcier. Gérard Bialestowski (1946-2007), outre Victor et le corbeau-roi, joue avec les mots dans son P'tit Jo vole ou l'auteur de B.D. Jean-Claude Forest (célèbre depuis Barbarella) offre son unique roman : Lilia entre l'air et l'eau.


Plus rare à l'époque dans le roman francophone que dans la B.D. où il triomphe, le western est illustré par la résurrection de la série Dylan Stark de Pierre Pelot, un peu censurée par rapport à l’originale parue chez Marabout, mais forte de dix volumes mis en images par Michel Blanc-Dumont. De Mary Jemison, est traduite l'histoire d'une femme Enlevée par les Indiens Senecas (à 12 ans).


Le genre policier reste discret avec La Vigne de Nanterre de Bruno Menais et un texte fort, réédité depuis, Blues pour Marco d’Olivier Lécrivain. L’éditeur a classé dans le genre Le Monstre de Borough de John Flandres. Les aventures chevaleresques sont  à l'honneur. François Johan, qui a aussi adapté Les Quatre fils Aymon, propose en 5 tomes une nouvelle version des Chevaliers de la table ronde, depuis Les Enchantements de Merlin jusqu’à La Fin des temps chevaleresques. André Hodeir publie deux Aventures de la Chevalière.


La science-fiction et la fantasy sont représentées par La Fée et le géomètre de Jean-Pierre Andrevon, et des récits de Joëlle Wintrebert (Nunatak), Robert Silverberg (Les Conquérants de l'ombre) et Van Vogt (Destination Centaure). Quant aux récits de L’Épée magique de Dunstan Martin et des 4 histoires insolites, ils ressortissent au fantastique.
Dans la catégorie humour, émergent l’édition illustrée des Lettres d’un oncle perdu du trop rare Mervyn Peake (1911-1968) qui illustre lui-même le livre, Les Treize horloges de James Thurber et Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome.


Renforcent cet éclectisme, tous azimuts, les traductions russes (La Fille du capitaine de Pouchkine), germaniques (Michael Kohlhass de Von Kleist), anglo-saxonnes et espagnole, puisque l’on publie Le Lazarillo de Tormès, récit espagnol anonyme de 1554.
Selon les usages hélas disparus de l’époque, les ouvrages, en plus des deux ouvertures illustrées en couleur, sont agréments d’illustrations en noir et blanc. Elles sont dues à de illustrateurs de talent comme Bérénice Cleeves, Enki Bilal, Nathaële Vogel, Akos Szabo, Pierre Cornuel, Daniel Billon, Daniel Maja… Les auteurs de bande dessinée ne sont pas en reste puisque l’on reconnaît Enki Bilal, René Hausman, Jacques Tardi, Dino Battaglia, Serge Bloch, Michel Blanc-Dumont…
Si la disparition de la collection en 1985, après la parution d’environ 65 volumes, est inexplicable, on se console en découvrant que certains titres réapparaîtront chez l’éditeur.

(D’après la présentation largement revue et augmentée de la collection dans Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle, édition 2014, pages 330-331)

Ce texte peut aussi être considéré comme un hommage à Jean-Hugues Malineau, grand bibliophile, poète et passeur de poésie, disparu le 9 mars 2017 à l’âge de 71 ans.   

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