lundi 30 octobre 2017

1957 Jean OLLIVIER et Roger LECUREUX, scénaristes prolifiques du journal VAILLANT

1957 : Jean Ollivier et Roger Lécureux, piliers du journal Vaillant

Vaillant, hebdomadaire soutenu par le parti communiste, affiche un tirage très honorable (plus de 210 000 exemplaires en 1957) et bénéficie de séries prestigieuses, la plupart étant réalisées par des auteurs français. Ce qui surprend pour un journal qui s’adresse aux classes populaires, c’est de constater qu’un exemplaire du journal coûte 50 francs (le double du prix de Bayard) mais le journal est passé de 16 à 32 pages. Il n’est pas étonnant qu’il y ait plus de 40 % d’invendus malgré le dévouement des jeunes diffuseurs (54 % à Paris, 44 % en province, réutilisés pour des recueils de 13 numéros chacun ou revendus à la poignée, par exemple, pendant le Tour de France).  
Vaillant qui se revendique comme « le journal le plus captivant » (ou, sur la couverture de ses reliures, « le plus bel illustré de la jeunesse », conserve pour plusieurs années encore son grand format 28 sur 38 cm. (Est-ce ce grand format qui a retardé la publication d’albums ou la volonté de se distinguer de la presse dite « commerciale » ?)
Pour nous attarder sur deux chevilles ouvrières du journal, passons rapidement sur les autres bandes dessinées présentes en 1957, malgré le vif intérêt qu’elles suscitent. Le western Sam Billie Bill est dû à Lucien Nortier (1922-194) qui dessine en 1957 deux épisodes : Les Loups de Black-River et Les Trafiquants du Saskatchewan. Des adeptes passionnés de comique dévorent toujours Placid et Muzo, l’ours et le renard conçus par José Cabrero Arnal (qui signe Claude Arnal) et Pierre Ollivier et dessinés dès 1946, Pif  le Chien, créé par le même Arnal et repris par Roger Mas, Arthur le Fantôme justicier de Jean Cézard et La Pension Radicelle d’Eugène Gire, cocasse et délirante, bien mise en valeur par les pages grand format. N’oublions pas le pilote de chasse Bob Mallard de Bourdens et Yves Roy (Francis Hidalgo) et la bande sportive Rouge et Or de Raymond Poïvet. La place manque pour évoquer Rouc et Rou de Chéry, Gil Bagout de Godard, Le Roman de Renart illustré par Jean Trubert, tous les textes (en particulier sur les sportifs, boxeurs, coureurs cyclistes et champions divers) et les nouvelles …
Peut-être pour concurrencer Le Marsupilami de Franquin, Monzon a créé les étranges  Group-Group et Cha’Pa que l’on retrouve dans Le Mystérieux professeur Z.O.
La bande dessinée de Jean Tabary Rififi, détective privé (L’Évadé) doit être interrompue avant son dénouement et remplacée par Richard et Charlie, détective à cause des réactions scandalisées de certains parents. Le plus amusant, c’est que ces réactions apparaissent  dans la dernière page de la bande début août 1957. Le rédacteur déclare : « Je vous ai demandé des aventures fraîches ! saines ! gaies ! et non des coups de révolver à tout bout de champ ! Trop bagarreur ce Rififi ! Trop méchant ce bulldozer. Ce ne sont pas des histoires pour enfants ! »     

         Jean OLLIVIER

 
Si les scénaristes et dessinateurs talentueux sont fort nombreux, deux noms s’imposent davantage que les autres par leur omniprésence et leur créativité. Il s’agit du scénariste et écrivain Jean Ollivier, en 1957, encore rédacteur en chef du journal et du scénariste Roger Lécureux qui prend en 1958 la succession d’Ollivier au poste de rédacteur en chef.
Jean Ollivier (1925-2005) qui publie cette année-là les romans Colin Lantier (La Farandole, un extrait de ce roman moyenâgeux remarquablement bien écrit  figure dans le n° 624 du 24/4/57) et Le Mercure d’or (Dauphine, G.P.) est le scénariste des bandes Yves le Loup (La Cité de feu, La Tour des cent vaillances) pour deux épisodes dessinés par René Bastard (1900-1975), Davy Crockett (La Flèche vermeille, Un coup d’audace, Mississipi, La Vallée de la peur), quatre épisodes mis en images par Eduardo Teixeira Coelho (1919-2005), alias Martin Sièvre quand il dessine la saga de Ragnar le Viking (La Saga du trésor) pour le même Jean Ollivier. 

Ce grand scénariste omniprésent a écrit le dernier épisode de la série P’tit Joc d’André Joy (alias Gaudelette) qui décide d’abandonner le journal. (Écoeuré et révolté à la suite de l’invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques en 1956, il va courageusement quitter seul la publication et une période d’incertitude professionnelle commence pour lui). Dans sa dernière aventure, il donne à Jim, complice de malfaiteurs, les traits de James Dean, icône mythique encore très forte.  


A la fin de l’année 1957, Ollivier commence à paraître le nouveau scénario de Wango, une nouvelle bande dessinée de Coelho. (Nous nous abstenons de citer tous les personnages futurs, et ils sont nombreux, de Loup noir au Docteur Justice, créés par le même scénariste pour Vaillant ou pour Pif)

C’est aussi Jean Ollivier qui livre des textes et des nouvelles sous les pseudonymes de Gilles Maugis, Pierre Lectoure, Bernard Amyot…  

                     Roger LÉCUREUX (ou LECUREUX)

Roger Lécureux n’est pas un scénariste moins prolifique et indispensable. C’est lui qui scénarise la « grande série d’anticipation » (à l’époque, il vaut mieux éviter l’expression « science-fiction » !), Les Pionniers de l’espérance  dessinée par Raymond Poïvet depuis  1945. C’est déjà depuis 1946 qu’il écrit les textes de « l’insaisissable » Nasdine Hodja, d’abord dessiné par René Bastard puis par Pierre Leguen dans les deux épisodes La Cité des lépreux et La Cité engloutie publiés en 1957. L’homme de la brousse Lynx imaginé par Lecureux dès 1947 a eu plusieurs dessinateurs. En 1957, c’est, après Paul Gillon, Claude-Henri Juillard qui l’anime dans Lynx et les hommes-lions et Le Lion de neige.


(Ici encore, nous devons nous abstenir de parles des futurs héros créés par Lecureux, de Fils de Chine à Rahan, déjà créé en 1958 sans succès pour Ima l’ami des jeunes, en passant par Teddy Ted ou Capitaine Apache…).



     

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