lundi 18 juin 2018

L'éditeur Bourrelier et ses collections pour la jeunesse


L’éditeur Bourrelier, ses collections et le lancement du Prix Jeunesse (1)

C’est en 1932 que Michel Bourrelier (1900-1983), un an après avoir fondé les éditions Bourrelier, ouverte aux ouvrages scolaires et aux innovations pédagogiques, crée deux collections de récits pour la jeunesse. La collection "Primevère" vise les 10-14 ans tandis que "Marjolaine" s’adresse plutôt aux garçons et filles de 8 à 12 ans.

Dès les années 1932-33 est prise la décision de fonder un Prix Jeunesse, attribué sur manuscrit, par Paul Hazard (1878-1944), historien des Lettres renommé, lequel vient de publier en 1932, chez Flammarion : Les Livres, les Enfants et les Hommes. S’associent au projet l'écrivain Charles Vildrac et Michel Bourrelier, l’éditeur publiant, dans les collections "Primevère", "Marjolaine" et "L'Alouette", les Prix Jeunesse jusqu’en 1965, tous deux s'étant montrés sensibles aux suggestions des bibliothécaires Marguerite Gruny et Mathilde Leriche.
En 1945, alors que la nouvelle association « Pour le livre » rassemble des éditeurs dont Tatiana Rageot et Michel Bourrelier, les Bibliothèques centrales de prêt sont créées dans les départements.

La collection documentaire "La Joie de connaître"


Bourrelier publie sa collection documentaire  "La Joie de connaître" de 1935 à 1958. Comme souvent avec les ouvrages de ce type, la documentation devient vite obsolète malgré le prestige de certains auteurs comme Albert Dauzat (Voyage à travers les mots), André Leroi-Gourhan (Les Hommes de la Préhistoire), Alfred Métraux (Les Peaux-Rouges de l’Amérique du Sud), Pierre de Latil (Les Bêtes innombrables des mers) ou Henri Lhôte (Le Sahara, désert mystérieux). Néanmoins les deux tomes de Au village de France de P.L. Menon et R. Lecotté demeurent de précieux ouvrages sur les usages et coutumes de France. La présentation sévère et le contenu parfois ardu conduiront plutôt la collection vers les lecteurs adultes   

L’éditeur lance sa collection "Heures enchantées" (1946-1956) dont on retiendra deux recueils. En 1946, celui des contes d’Aquitaine ;  Étoile d'or et oreilles d'âne et autres contes d’Aquitaine recueillis par Armand Got (déjà connu grâce à son recueil La Poèmeraie de 1928), pour Le Roi des Corbeaux, et en 1948, Le Petit ours en pain d’épice et autres contes de Pernette Chaponnière. Bourrelier traduit en 1946 l’album de Claire Huchet : Les Cinq frères chinois, illustré depuis 1938 par Kurt Wiese. (p 130)
On raconte (Bourrelier, 1956) est un remarquable recueil de 53 contes de Mathilde Leriche (1900-2000), publiant, par exemple, Les Babouches de Baba-Rayou ou Dodu-Dodo le cochon fatigué.

La collection "Marjolaine" pour les plus jeunes

Editant dès 1932 La Mère Grimuzot raconte de Lily Jean-Javal, la collection "Marjolaine", d’abord modeste en titres, aura pourtant une belle longévité puisqu'elle existe encore au début des années 60. Son plus grand succès est sans doute La Maison des petits bonheurs, écrit par Colette Vivier, Prix Jeunesse 1939, et publié en 1940. Il est sous-titré Le Journal d’Aline : une fillette y relate jour après jour le menu quotidien de son univers enfantin.
La collection "Marjolaine" propose 27 titres en 1960, pour les plus de 8 ans. Jusqu’à 10 ans, on propose Le Cirque des merveilles de Jean Buzançais, Nic et Nick de Claire Audrix et Christian Fontugne, Prix jeunesse 1955 et l’explicite : On demande une maman par Colin Shepherd, datant déjà de 1933.
On trouve aussi dans "Marjolaine", en 1952, une traduction de Petit Point et ses amis d’Erich Kästner et, en 1954, Les Lunettes du lion, suivi de La Famille Moineau, déjà écrit par Charles Vildrac en 1932 (illustré par J.-A. Cante), un an avant qu’on réédite La Colonie de 1930, L'Escabeau volant (1935) de César Santelli, et La Maison des petits bonheurs de Colette Vivier (1939). Des titres postérieurs à la guerre, on retient  Thérèse et le jardin d’Alice Piguet (1945), Amadou le bouquillon de Charles Vildrac (1949) et, en 1952, Moudaïna ou deux enfants au cœur de l’Afrique d’Andrée Clair (de son vrai nom Renée Jung, née en 1916), une histoire respectueuse des mœurs de l’Afrique dans laquelle une petite fille blanche transplantée sur les bords de l’Ogoué se lie d’amitié avec un enfant noir sympathique, éveillé et avide de s’instruire. (Les suites, Tchinda, la petite sœur de Moudaïna, paraît chez Bourrelier, en 1959, comme Rejoignons Moudaïna en 1961). On y lit aussi une histoire de maison hantée, Rémi et le fantôme de Colette Vivier, Petit point et ses amis (un peu moralisant), illustré par Jacques Touchet, de l’Allemand Erich Kaestner et L’Étrange famille de la pampa (1957), bon récit d’Aimée Collonges.    


La catégorie des 10-12 ans bénéficie surtout de la trilogie des Moudaïna d’Andrée Clair, romancière éprise des civilisations africaines. La collection avait accueilli quelques nouveaux noms dont ceux de Paul-Jacques Bonzon (Du gui pour Chrismas, 1953) et George Cory-Franklin, déjà célèbre pour ses récits animaliers et sur l’Ouest américain, qui publie L’Ourse grise des Montagnes Rocheuses. Citons encore Jeanne Loisy pour Pim et les cavernes de Coscoron et la Provençale Marie Mauron contant La Ségurane aux retours enchantés.


La collection "Primevère" pour les 10-14 ans
Après avoir publié des traductions d’Andersen (Pierrot la Veine), de R.M. Ballantyne (Terre de glace), la collection "Primevère" s’attache surtout aux  auteurs français.  Elle   publie en 1934  Quatre du cours moyen ou les joyeux gangsters de la Mardondon de Léonce Bourliaguet (1895-1965) et, en 1937, Jeantou, le maçon creusois de Georges Nigremont (alias Léa Pelletier, 1885-1971), un récit très documenté sur la vie rude des ouvriers creusois contraints de migrer vers Paris pour trouver du travail.
Les illustrations de couverture des premières éditions sans jaquette sont souvent dues à Maggie Salcedo. 
Marie Colmont reçoit le Prix Jeunesse en 1935 pour Le Rossignol des neiges, préfacé par Paul Hazard. Il s’agit du parcours courageux, semé d’embûches d’une enfant fugueuse à la voix merveilleuse qui connaît le succès grâce à un travail acharné.  
Si les récits de Lily Jean-Javal et de Lucie Delarue-Mardrus ont beaucoup vieilli, on peut encore apprécier ceux de Léone Mahler (L’Imagier de la Reine, Le Secret de l’île d’Or, La Fileuse de Lune) et de Paul-Jacques Bonzon (Loutsi-Chien et ses jeunes maîtres). 

 
En 1952, "Primevère" reliée, illustrée, pourvue d’une jaquette, et qui s’adresse toujours aux 10-14 ans. édite encore Quatre du cours moyen (ou les joyeux gangsters de la Mardondon) illustré par l’auteur Léonce Bourliaguet (un récit datant de 1934), Le Rossignol des neiges de Marie Colmont, primé en 1935, L'Auberge de la Belle-Etoile (Marcelle Vigneron) de 1936, Jeantou le maçon creusois (G. Nigremont) de 1937 et La Petite fille de nulle part publié par Marianne Monestier en 1941.
Parmi les rares titres nés il y a moins de 5 ans, on relève : Le Secret de l’île d'or dû à Léone Mahler en 1948, Les Etranges voyageurs de Georges Nigremont (1949) et Sama, Prince des éléphants de René Guillot, publié en 1950.
                                  


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