jeudi 11 octobre 2012

Collection "Spirale" (G.P. Rouge & Or) : une collection multigenre (3e partie)


Collection "Spirale" (G.P. Rouge & Or, 1959-1980) : une collection multigenre (3e partie)

Les éditions G.P. (alias La Générale Publicité), dirigées par Victor Dancette (1900-1975) et qui sont absorbées par les Presses de la Cité en 1961, sont surtout connues sous l’appellation « G.P. Rouge et Or ». Après leur essor initial assuré, selon l’historien Gilles Ragache, « par des commandes de Vichy », on se souvient qu’elles ont créé les fameuses collections « Bibliothèque Rouge et Or » et « Bibliothèque Rouge et Bleue ». Après avoir donné naissance à la collection « Dauphine » en 1957, elles créent en 1959 la collection "Spirale", peu coûteuse et proposée aux lecteurs et lectrices, du CM 1 à la classe de troisième.
De sa naissance à 1980, la collection va publier plus de 300 titres en mêlant des romans autonomes et des volumes de séries. Plusieurs générations d’auteurs fort différents vont y cohabiter, de Marie-Antoinette de Miollis, Léonce Bourliaguet et René Guillot à  Monique Ponty, Pierre Pelot et Christian Grenier.
Robuste, solidement reliée, avec sa couverture « plastifiée lavable » et ses cahiers « cousus au fil de lin », elle est de format 17 cm sur 12,5. Chaque volume comporte 20 illustrations en couleurs et 30 illustrations en noir et blanc. La collection concurrence visiblement la « Bibliothèque verte » (mais elle ne dispose pas du gigantesque réseau de distribution des éditions Hachette) et les collections jeunesse de Marabout : « Marabout Junior » et « Marabout Mademoiselle ». 
Visant en fait les garçons et filles de 10 à 15 ans (alors que la collection « Dauphine » s’adresse plutôt aux 6 à 10 ans), elle décline peu à peu les séries, en particulier policières, les classiques, les romans d'aventures abordant parfois le récit maritime ou exotique, le western et la science-fiction, et les romans historiques. On peut aussi y remarquer des romans originaux et inclassables.


« Spirale » et les récits conjecturaux

La collection "Spirale", sans doute encouragée dans ses nouveaux choix par le coup de boutoir de mai 68, a décidé à la fois de s'ouvrir à des genres auparavant considérés comme illégitimes, comme le roman policier et la science-fiction en publiant des auteurs-clés de la décennie 1971-1980.
Dans le domaine des récits conjecturaux, on relève des ouvrages précurseurs, tel L’Homme à l’oreille cassée d’Edmond About qui annonce Hibernatus (un colonel d’Empire endormi par le gel en 1813 est ressuscité 46 ans plus tard) et les deux ouvrages d’anticipation « classiques » de Jules Verne : De la terre à la lune et Autour de la lune. On remarquera davantage, outre Kor et ses chiens loups de Robert-James Green (au coeur de la Préhistoire, un garçon s'aventure hors de sa tribu et s'enrichit du savoir des tribus rencontrées), des  ouvrages dus à des auteurs contemporains. Paraissent ainsi Les Enfants immortels au temps barbares (1977) de Pierre Debresse (en l’an 2102, de jeunes voyageurs temporels interviennent dans la passé), Le Pays des rivières sans nom (1973) de Pierre Pelot (le chasseur solitaire et sauvage Manoudh sauve une enfant fragile d’un monde hyper civilisé venu détruire son univers) et Les Fleurs de l’espace (1976) de Christian Grenier (Mathias et Lydia, voyageant en « magniscope », ont rapporté de la planète Riar l’animal fantastique Pourlou mais aussi des graines de fleurs indestructibles…). William Camus propose deux récits de science-fiction : en 1977, Un bonheur électronique (en l’an 20 000, le robot UE, chargé d’assurer la survie de l’espèce humaine qui a accumulé les cataclysmes, exerce sa tyrannie…) et, en 1978, Une drôle de planète (deux extra-terrestres débarquent en catastrophe sur la terre)


« Spirale » et le récit policier

Petit à petit, la collection « Spirale » s’enrichit de romans policiers, soit autonomes, soit développés dans des séries. Ce qui compte encore à l’époque pour les prescripteurs adultes, c’est que l’on n’y rencontre ni colts, ni vulgarité.
La série phare du genre, c’est Jacques Rogy, journaliste détective de Pierre Lamblin. Doué, désinvolte, téméraire, le brillant reporter l’emporte toujours sur les bandits. Le personnage est souvent illustré par Françoise Bertier ou par Vanni Téaldi. La série débute avec Jacques Rogy entre en scène (Trois garçons mènent l’enquête, en 1960). Le premier épisode, illustré par Françoise Bertier, montre comment le journaliste du Grand Echo, aidé par les gamins du village de La Bégule, va résoudre une affaire de tableaux volés. Certains titres sont révélateurs des activités du personnage (qui n’est pas sans faire penser quelquefois au héros aventurier Bob Morane d’Henri Vernes, voire aux films joués par Eddie Constantine), comme Jacques Rogy enquête sous les eaux (1962), Jacques Rogy traque l’espion (1965), Jacques Rogy devient agent secret, jusqu’à Jacques Rogy réussit un fameux coup de filet (1976).
 Jacques Rogy enquête sous les eaux évoque l’engloutissement sous les eaux du village de Savines, lors de la construction du barrage de Serre-Ponçon.
Avec Lucienne Pujol, Lamblin écrit aussi la série Les Jum’s (ce sont les deux frères jumeaux Didier et Philippe) et il a publié un épisode de la série Max (Max lève l’ancre).
Autre série forte de 15 titres, Shirley dont les épisodes sont écrits par Edward Home-Gall. L’intrigue est parfois bien naïve et invraisemblable mais les lectrices et même certains lecteurs se passionnent pour les aventures de cette hôtesse de l’air courageuse et généreuse, qu’on la rencontre dans Shirley et le mystère des lingots d’or (1967), ou dans Shirley et l’affaire du diamant.
Tous les épisodes des aventures de l’aviateur  Biggles ne sont pas des polars mais il faut néanmoins citer ici la série du Captain W.E. Johns. Knud Meister et Carlo Andersen lancent leur jeune détective Yann et son inséparable ami Erling dans des enquêtes diverses et intrigantes, depuis Yann détective en 1973. Max Artis n’a eu que deux occasions de mettre en valeur son héros, Le Toucan, en quête du trésor des samouraï ou parti pour Sumatra, en 1976 et 1977.
On peut rattacher au genre Les Pirates de l’uranium (1960) de Pierre Castex. Le jeune Parisien Nic, en vacances à Banyuls, et son nouvel ami Tirepoux, aident un groupe de garçons du pays dans la découverte d’un nid de contrebandiers. Un autre récit de Pierre Castex, Le Rallye fantastique est un roman sportif à intrigue policière.  
Autre récit autonome de L.N. Lavolle (alias Hélène Chaulet), Menaces sur l’inventeur qui fait intervenir un spécialiste du contre-espionnage et ses deux assistantes judokas. C’est une chance de pouvoir lire en 1962, dans la collection, L’Etrange invitation de Louis C. Thomas (alias Louis Thomas Cervoni, 1921-2003). Serge qui a répondu à une invitation de son oncle se retrouve seul dans une propriété inconnue.
C’est d’un autre niveau que Catherine à la rescousse (laquelle Catherine vole au secours de sa grand-mère qui s’est fait voler ses économies), un récit de Marie-Louise Fischer !


« Spirale » et les récits inspirés par le monde maritime


Comme il est souvent de tradition à l’époque, les récits inspirés par le monde maritime ne sont pas rares. Outre (on l’a vu), Gilliatt le malin de Hugo, Les Voyages du Capitaine Corcoran d’Assolant, L’Île au trésor de Stevenson, on réédite La Roche aux mouettes de Jules Sandeau, Le Voyage d’Edgar d’Edouard Peisson. On fait appel à des auteurs français contemporains pour publier L’Aventure est sous la mer de Gilles Saint-Cérère (des lycéens et lycéennes de Dakar veulent découvrir le secret de « La Belle-au-Roy », une frégate de la flibuste engloutie), La Fringante du comédien-auteur Philippe Avron, La Belle-Amarante, l’histoire d’une goélette, et Souviens-toi Jonathan (autour de l’épave dune goélette engloutie) d’Yvan Mauffret et Le Naufragé du Nelson de Zoé Petit. Parmi les traductions, on remarque Le Petit garçon dans l’île de Théodore Taylor (la robinsonnade sur une île des Caraïbes d’un enfant de 11 ans et du Noir Timothée), La Croisière du Sans-Souci d’Ursula Moray Williams et Aventures aux Caraïbes de Viola Bayley. Il faudrait encore citer Femmes de la mer (1959) d’Anne de Tourville, Le Chant du Pacifique (1960) de William Willis (en 1954, l'auteur parti de Callao au Pérou sur un radeau de balsa  a abordé 114 jours plus tard aux Samoa). Ajoutons Le Chevalier de Sartigues (1962) d"Hélène Hilpert qui évoque l'Ecole des Gardes de la Marine royale à Toulon. Palamède des Sartigues, envoyé là par son père pour punir son esprit rebelle, s'adapte à la rude discipline tant il aime la mer.    
  
« Spirale » et le monde animalier


Le monde animalier inspire aussi directement ou indirectement plusieurs ouvrages. C’est évident pour Nicky, mon ami, le célèbre blaireau de Molly Burkett (à qui l’on doit aussi Trois joyeux petits renards), Rollo, cerf d’Ecosse de Joseph F. Chipperfield ou Les Surprenantes aventures de Pepsy le chat de Jane Slaughter. Si Alan C. Jenkins rend hommage Au royaume des éléphants, en revanche, Colin Day ne semble guère s’émouvoir du massacre des pachydermes dans Chasseurs d’ivoire. Thomas Mayne-Reid évoquait dans une période bien antérieure Les Chasseurs d’ours. Des animaux plus proches de nous apparaissent dans Le Petit Gitan, son âne et la grande ville de Geneviève Laporte et dans Martine et Tell le débrouillard d’Edith Grotkop. Il conviendrait d’ajouter l’ouvrage souvent traduit de Paul Gallico : L’Oie des neiges.     

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