samedi 15 mars 2014

"Je bouquine" a trente ans (1)

                            Je bouquine : Trente ans, tous les talents (1)

               

Il y a dix ans, nous avions signalé le 20e anniversaire de la remarquable revue de lecture juvénile, Je bouquine, qui méritait bien un coup de chapeau, publié dans la revue Nous voulons lire n° 154,  de mars 2004, sous le titre « La revue « Je bouquine » fête ses vingt ans » (un résumé est paru sur le site de Citrouille). C’est avec le même plaisir que nous saluons aujourd’hui les trente ans de cette revue illustrée pour les jeunes de 10 à 15 ans publiée par Bayard Presse.
Encouragée par le succès du bimensuel Okapi (1971) et du mensuel J’aime lire (1978), Je bouquine, née en mars 1984, publie de courts romans inédits, écrits par les meilleurs auteurs contemporains et illustrés par les grands artistes actuels de la bande dessinée ou de l'illustration. Ni les chefs-d’œuvre classiques, ni les parutions les plus récentes, ne sont oubliés. Ajoutons une part non négligeable pour toutes les rubriques de l’actualité cinématographique, musicale, sportive ou littéraire qui intéressent les pré-adolescents.
Sa réussite est remarquable dans une période difficile pour la presse des jeunes. Avec un tirage initial proche de 70 000 exemplaires (ce tirage se situerait plutôt autour de 40 000 exemplaires aujourd’hui), la revue se porte bien même si elle difficile à trouver en kiosque. La revue Je bouquine gardera toujours son cocktail séduisant. Après des pages variées d’actualités, le roman inédit illustré occupe le plus large espace : -une soixantaine de pages, moins plus tard quand on ajoute, une histoire courte ou un feuilleton-. Puis, c'est le dossier littéraire consacré à un auteur classique, d’Homère à Le Clézio, de Swift ou Dickens à Bradbury, de Vallès ou Jules Verne à Fred Uhlman, agrémenté d'un chapitre de roman adapté en B.D… Reportages ou histoires vécues, B.D. humoristiques et courrier des lecteurs dialoguant la rédaction et avec l'auteur du récit original complètent ce magazine varié, aidant l'adolescent dans ses choix, privilégiant les droits de l'imagination et la littérature. De quoi satisfaire et réconcilier modernes et classiques. Notons l’infinie richesse de cette bibliothèque idéale pour la jeunesse, constituée mois après mois. On remarque la présence de grands romanciers connus des adultes. Les trois Patrick : Grainville, Modiano et Süskind, les deux derniers illustrés par Sempé, sont rejoints par Michel Tournier (célébrant les dix ans de la revue avec La Couleuvrine), Bertrand Visage et Tonino Benacquista. De grands auteurs populaires, tels Bernard Clavel, Pierre Pelot, voisinent avec Alain Gerber, Claude Pujade-Renaud, Claude Michelet ou Gilles Perrault… Les préadolescents retiennent plutôt les noms connus dans les écoles et les collèges. Ceux de Robert Boudet, Evelyne Brisou-Pellen, Jean Coué, Christian Grenier, Marie-Aude Murail, Jean-Côme Noguès, Jean-Paul Nozière, ou Daniel Pennac... Apparaissent les signatures féminines de Malika Ferdjoukh, Laurence Gillot, Jacqueline Mirande, Brigitte Peskine, Anne-Marie Pol, Nicole Schneegans puis Alice de Poncheville, Oriane Charpentier. Dans la deuxième décennie, les lecteurs et lectrices mémorisent d’autant mieux les noms de H. Ben Kemoun, Géva Caban, Patrick Delperdange, Marie Farré, Anna Gavalda, Gudule, Paula Jacques, Gérard Moncomble, Mikaël Ollivier, Gisèle Pineau,  M.-S. Roger ou Brigitte Smadja…, qu’ils sont lus en collections de poche, ou connus des adultes prescripteurs. C’est dans la revue que les ados ont lu les aventures de Kamo de Daniel Pennac, illustrées par J.-L. Floch, de 1985 à 1992. L’auteur incontournable, c’est Marie-Aude Murail, contant les aventures du collégien Serge T. avant 4 autres romans, percevant réalités actuelles et préoccupations des jeunes du XXIe siècle. En 1995, une romancière discrète publie Dis-moi tout. C’est Marie Desplechin, bien connue aujourd’hui.
La revue offre des histoires contemporaines, ancrées dans des milieux et des contextes familiaux divers, pour une jeunesse avide de tolérance et de compréhension mutuelle. Histoires d’amour et d’amitié, de solitude ou de solidarité, drames abordés avec tact, ce sont des miroirs tendus aux ados à la recherche d’eux-mêmes et des autres. Tous, suscitant « l’envie de vivre, le goût des autres, la curiosité vers l’inconnu », s’appuient sur le plaisir de la lecture. Les romans d'aventures, très présents au début, restent une constante. Les choix éditoriaux privilégient aussi les énigmes policières, adaptées au récit court. Boileau-Narcejac, Michel Amelin. Irina Drozd et J.-P. Nozière sont rejoints par Joseph Périgot, Malika Ferdjoukh (très présente), Michel Quint, Brigitte Aubert, Mikaël Ollivier. Les anglo-saxons John Tully et Leon Garfield voisinent avec l’angoissant Roderic Jeffries. Quel lecteur de « polars » s’étonnerait de trouver ici J.-P. Arrou-Vignod, B. Aubert et G. Cavali, F. Fajardie, Anthony Horowitz (plutôt fréquent), Michel Grisolia, Caryl Ferey, Frank Pavloff, Bertrand Puard ou Maud Tabachnik ? Les adolescents connaissent-ils mieux Paul Thiès, Jacqueline Mirande et Marie Farré (Saiont-Dizier) ou Gudule ?
Le merveilleux, le fantastique et la science-fiction sont au cœur des récits de R. Escarpit, Olivier Cohen, Joëlle Wintrebert, William Camus, G.-O. Château-Reynaud et Giorda avant qu’apparaissent Jean-Marc Ligny et Christian Grenier. Viennent ensuite pour la fantasy ou le fantastique, Erik L’Homme, Pierre Bottero, Timothée de Fombelle, Johan Heliot, Hervé Jubert, Christophe Lambert, Yves Grevet et Victor Dixen, Les évocations historiques ne manquent pas grâce à Jacqueline Mirande, Robert Boudet, J.-J Greif, Annie Jay ou Annie Pietri…
Il faut compter avec les histoires animalières : des histoires de chevaux, (dont Black-Panache, le hors-la-loi de Pelot), l’évocation des loups, du chien, grâce à Yvon Mauffret et Bernard Clavel (Akita et La Chienne Tempête)… Souvent, le couple auteur-dessinateur fait merveille. Quel régal de voir Pierre Pelot imagé par Paul Gillon, Joëlle Wintrebert par Yves Chaland, Evelyne Brisou-Pellen par Fred, Paul Thiès par André Juillard, Jean-Paul Nozière par Philippe Mignon… Plus tard, c’est un plaisir de voir associés Robert Belfiore et Yan Nascimbene, Fanny Joly et François Avril, Michel Tournier et Claude Lapointe, Bertrand Solet et Marcelino Truong, Anthony Horowitz et Jean-François Martin… ! Depuis l’An 2000, le roman illustré est plus court. On adjoint, en fin de revue, une histoire courte puis un feuilleton humoristique de Fanny Joly ou de Claude Gutman. La revue change plusieurs fois de format. En 2000, elle annonce en couverture : « Littérature, BD, cinéma et musique ». Le dossier littéraire maintient, après l’extrait de roman en B.D., une « rencontre » avec l’auteur. Peu à peu, les œuvres du XXe siècle, trouvent une large place. Les classiques de l’enfance et de l’adolescence sont illustrés (Trois hommes dans un bateau, Le Grand Meaulnes, L'Enfant et la rivière, Vendredi ou la vie sauvage...) Des romans traduits sont adaptés... Rapidement apparaissent des œuvres récentes, aux frontières du genre juvénile. Avant Frison-Roche, Pagnol, Joffo, il y eut  Colette, Giono, Kessel, B. Clavel, Andrée Chédid. L’adaptation du Chercheur d'or de Le Clézio compense son absence majeure dans les récits. La revue s’ouvre aux oeuvres internationales de Panaït Istrati, Italo Calvino, Yachar Kémal, avant des œuvres de Dino Buzzati, Satyajit Ray, Francisco Coloane ou Hamadou Hampâté Bâ...  La large place faite aux prétendus « mauvais genres », que la revue a contribués à faire entrer dans les écoles et les collèges, mérite d’être notée. Le policier « classique » des Leblanc et Leroux, Conan Doyle ou Agatha Christie, Mac Orlan et Pierre Véry, côtoie le merveilleux des contes de Perrault, d’Andersen, de Grimm, de Marcel Aymé … (mais on a oublié Pierre Gripari). Des œuvres de S-F sont adaptées : celles de Frederic Brown, Ray Bradbury, Isaac Asimov, Stefan Wul et Arthur Conan Doyle… Lire cette revue est une heureuse surprise pour l’œil et pour l'esprit : les meilleurs récits pour la jeunesse sont donc ceux d'une littérature exigeante. Ce magazine de lecture constitue une étonnante bibliothèque de romans courts inédits, écrits par les meilleurs auteurs jeunesse et remarquablement illustrés par des graphistes contemporains. Aux prestigieux anciens, Berthet, Blanc-Dumont, Caza, Götting, Juillard, Rouge ou Tito…, ont succédé des artistes nouveaux comme Martin Matje, Pierre Bailly, Olivier Balez, Delphine Collignon, Ludovic Debeurme, Vincent Dutrait, Rémy Malingrey, Philippe Munch, Bruno Pilorget, Frédéric Rébéna, Antoine Ronzon, Emmanuel Cerisier, Mathieu Sapin ou Tom Tirabasco... Nouveau logo, nouvelle maquette et nouvelles rubriques finissent par convaincre que Je bouquine a changé tout en restant fidèle à sa structure essentielle : roman inédit, plus bref, classique adapté en partie en BD et dossier littéraire et le guide culturel informant sur l’actualité littéraire, cinématographique et musicale. Ajoutons le feuilleton humoristique Marion, de Fanny Joly et de l’illustrateur Catel puis l’expérience d’écriture collective Le Collège de la lune verte.  La revue a créé le prix Tam Tam décerné à Montreuil et le concours Mini-plume (devenu Jeunes écrivains). La revue dispose d’une collection de romans et d’un blog très actif. En B.D., elle a fait connaître bien des œuvres dont Le Journal d’Henriette de Dupuy et Berberian, Nabuchodinosaure de Widenlocher et Herlé, James Bonk de Blasteau et Martin, Aya de Yopougon, etc.    

Aucun commentaire:

Publier un commentaire