lundi 3 mars 2014

Je me souviens de Mouloud Mammeri

Je me souviens de Mouloud Mammeri


C’était au cours de l’été 1975.  Avec mon épouse, nous avions décidé de camper et de visiter l’Algérie et plus particulièrement la Kabylie en utilisant le stop et les transports en commun afin d’être en contact avec la population.
(Je sais que la chose peut surprendre en 2014).
Après le camping sauvage et la visite des superbes ruines de Djemila-Cuicul, je me souviens de l’ascension d’une montagne kabyle pour voir de près la cime de « la main du juif ». Nous avons vécu plusieurs nuits étoilées dans des sites rocailleux où nous ne pouvions voir que de rares bergers (l’un d’eux, en haut d’un col sans arbre, nous avait offert l’ombre de sa cabane et son lit pour faire la sieste). En stop, grâce à des camions, nous nous étions retrouvés dans un hameau haut perché de la commune de Beni Yenni. C’est ainsi que nous avons atterri dans le village de Taourirt-Mimoun dans lequel Mouloud Mammeri, le célèbre écrivain poète, anthropologue et linguiste, est né en 1917.
De lui, je ne connaissais guère alors que le film d’Ahmed Rachedi tourné en 1969, L’Opium et le bâton, d’après son roman paru en 1965. D’après les articles du journal Le Monde de l’époque, je savais les difficultés auxquelles il se heurtait déjà pour diffuser la langue et la culture berbère, à travers des cours bénévoles.
Quelle ne fut pas notre surprise de le découvrir au milieu de ses amis villageois, homme parmi les hommes, en train de jouer aux dominos tout en devisant joyeusement. Comme nous avions été invités à partager les festivités d’un mariage, nous avons eu la chance d’échanger quelques propos. En plaisantant, il nous disait avec un humour malicieux : « Dans mon village, il y a deux choses à voir, la mosquée et moi ». Je me souviens avoir été étonné par le français très pur et très riche, pratiqué par tous les membres de cette communauté.       
Nous avons continué notre périple et avons gagné le nord grâce à l’auto de jeunes gens qui nous ont hébergé à Tizi-Ouzou. Ils se nommaient Ahmed, Rabah et Hamid et ils nous emmenaient sur les plages de Tighzirt où nous écoutions le chanteur kabyle Idir et sa fameuse chanson Avava Inouva. (Que sont-ils devenus ?). L’hospitalité dura plusieurs jours car nos hôtes se mettaient à pleurer dès qu’on leur annonçait notre départ imminent pour Alger et la fin d’un voyage merveilleux dans un pays où l’accueil fut exceptionnel.
Dès que les Contes berbères parurent chez Bordas en 1980, je les ai lus et appréciés. Or, c’est en cette année 1980 qu’une interdiction frappa une conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle. Ce fut, dit-on, l’origine du printemps berbère. Lorsqu’en février 1989, l’écrivain fut victime d’un accident automobile, je ne compris pas tout de suite, tant le fait est monstrueux, qu’il aurait été assassiné par le pouvoir. 
Mouloud Mammeri a payé cher, trop cher, la défense de son identité amazigue.

Je suis très fier d’avoir pu serrer la main de cet homme.

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