dimanche 19 février 2012

1952 : Ouvrages documentaires (adultes et jeunesse) (8)



1952 : Ouvrages documentaires (adultes et jeunesse) (8)

Pierre ALBARRAN : Alain Gerbault, mon ami Librairie Arthème Fayard
Jacques AUGARDE : Tabor Editions France-Empire
Robert BASTIN : Lord Robert Baden-Powell Citoyen du monde Editions SPES, Paris
Gabrielle BERTRAND : Le Peuple de la jungle Editions « Je sers », Paris
Norbert CASTERET : Ténèbres Librairie Académique Perrin
Louis CHAIGNE : Jean De Lattre Maréchal de France Ed. Fernand Lanore
André CHASSAIGNON et André POIRIER : Le Tour de France, ce passionnant fait divers Ed. la Grande Ourse
Pierre CLOSTERMANN : Feux du ciel (Flammarion, Ed. pour adultes).
Jacques-Yves COUSTEAU, Frédéric DUMAS : Le Monde du silence Editions de Paris (52-53)
André DEMAISON : La Vie des Noirs d’Afrique (« La Joie de connaître », Bourrelier, 1951
André DEMAISON : Le Grand Livre des bêtes dites sauvages Flammarion (Rééd. 1951, plusieurs couvertures)
Philippe DIOLE : Promenades d’archéologie sous-marine Editions Albin Michel
Auguste DUPOUY, Henry DUPUY-MAZUEL : Ceux de Bouvines « Bibliothèque des romans d’Histoire de France » Albin Michel 246 p.
Jacqueline et Claude DUBOIS, Ill. JAN-LOUP : A l’assaut de l’Himalaya (Ctes et Gestes historiques, Larousse)
G. DUVIC, Ill. G. BRAUN : René Caillé et Tombouctou la mystérieuse (Contes et Gestes historiques, Larousse)
G. O. DUVIC : Suffren et la campagne des Indes (Ctes et G. héroïques, Larousse)
Roger FRISON-ROCHE : La Montagne aux écritures Arthaud
Roger FRISON-ROCHE, Georges TAIRRAZ : Sur les traces de Premier de cordée Arthaud
Alain GERBAULT (1893-1944) : O.Z.Y.U Dernier journal Grasset
Alain GHEERBRANT : Des hommes qu’on appelle sauvages (album photo)
Alain GHEERBRANT : L’Expédition Orénoque-Amazone NRF Gallimard
David JAMES : Terre de froid « La Croix du Sud », Juillard
Dana et GINGER LAMB : A la recherche de la cité perdue 1 : Au pays de Pancho Villa « La Croix du Sud »
Dana et GINGER LAMB : A la recherche de la cité perdue 2 : Dans la jungle maya « La Croix du Sud » Julliard
G. GUILLEMOT-MAGITOT, Ill. P. PROBST : Une lignée de musiciens Jean-Sébastien Bach et ses fils Gedalge
Henri LAUGA et coll. : De la banquise à la jungle. Les Français, la terre et les hommes. Textes et documents Plon
Commandant LHERMINIER : Entre ciel et mer France-Empire
Raymond MAUFRAIS : Aventures en Guyane « La Croix du Sud », Julliard
Marcel MIGEO : La Vie de Maryse Bastié Editions du Seuil.
Micheline MORIN : Everest. Du premier assaut à la victoire Arthaud
Ugo NEBBIA : Léonard de Vinci Artiste et ingénieur Ed. de Varenne
H. OBERJOHANN : Mes éléphants du Tchad Arthaud
PALUEL-MARMONT : Au centre de l’Afrique avec Livingstone, Stanley et Brazza (Ctes et G. héroïques, Larousse)
Alexis PEARY, Photos : Suzy PILET L’Opinel Desclée de Brouwer (1951 et 1952)
Alexis PEARY, Photos : Suzy PILET Le Radeau Desclée de Brouwer (1951 et 1952)
Edouard PEISSON : Pôles L’Etonnante aventure de Roald Amudnsen
André ROCH, Préface E.F. NORTOU : Everest 1952 (expédition suisse Wyss-Dunant) Ed. Jehéber
Georges SADOUL : Vie de Charlot Editeurs Français Réunis
SAMIVEL : Cimes et Merveilles Arthaud
SAUVAGE : La Soif de l’air Ed. André Martel
Albert SCHWEITZER : A l’orée de la forêt vierge. Récits et réflexions d’un médecin en Afrique Equatoriale Française Edition Albin Michel
Alain SERGENT : Le Roi des prestidigitateurs Robert Houdin « Les 400 coups » Editions du Seuil
Haroun TAZIEFF : Cratères en feu Arthaud
Haroun TAZIEFF : Le Gouffre de la Pierre Saint-Martin Arthaud
Renée TRAMOND : Au pays des éléphants « Voyages et découvertes », Fernand Lanore
Serge VACULIK : Béret rouge Arthaud
Paul-Emile VICTOR : Aventure esquimau « La Croix du Sud », Juillard

Les ouvrages documentaires sont encore si peu nombreux que la jeunesse trouve d’autant mieux sa pitance dans les ouvrages destinés aux adultes que la presse des jeunes évoque les mêmes personnages ou les mêmes auteurs.

Les histoires s'inspirant de l'actualité sont rares. Les guerres coloniales sont ignorées ou tolérées, sauf par le magazine Vaillant, le seul à émettre des réflexions critiques sur les guerres où la France est impliquée.
Aux récits ancrés dans un réel parfois douloureux, (et bien que Le Journal d’Anne Frank soit traduit depuis 1950, aucun journal juvénile, aucune collection de fiction n’évoque le sujet avant la fin de la décennie), on préfère des fictions biographiques soit historiques, soit mythiques comme l'archétypale histoire du massacreur de bisons, Buffalo Bill, très légendaire et omniprésente dans le roman et surtout la bande dessinée. Qui dira la part de légende dans les multiples évocations de Don Bosco, saint et acrobate, du Docteur Schweitzer, « sorcier blanc », joué au cinéma par Pierre Fresnay et Prix Nobel de la paix en 1952, de Mermoz ou de Saint-Exupéry, Le Seigneur de Juby imagé pour Cœurs Vaillants ? De telles « illusions biographiques » ont bien leur place dans la fiction. Après « l’année 1952 des 3 maréchaux », (De Lattre, Juin, Leclerc), les héros militaires reviennent en force, Jean d'Agraives et Jean d'Esme, après Paluel-Marmont, s'en sont souvent fait leurs biographes, de Foch à Leclerc, revu aussi par Pierre Nord dans Leclerc et ses hommes (1952), en passant par De Lattre de Tassigny (décédé en 1952), raconté en images par le journal Bayard avant d’accéder à "La Bibliothèque Verte" et à l’"Idéal Bibliothèque". Les explorateurs, surtout africains, vantés depuis des décennies, sont encore là. Qu'il s'agisse de René Caillé, découvreur de la cité interdite de Tombouctou, de Stanley et Livingstone, revus en B.D. dans le journal Spirou. Ou bien de Bournazel, « l'homme rouge », et surtout de Charles de Foucauld. L'Histoire de France de Lavisse, toujours rééditée, montre encore l'image de Brazza délivrant les esclaves de leurs colliers, (quelques pages auparavant, les « petits Français » et « les petits Arabes » occupent des rangées de tables bien distinctes d'une école maghrébine).
En ce qui concerne l'Afrique, il faut insister sur la parution du livre "Tabor" de Jacques Augarde. Plus de 50 ans avant le film "Indigènes", cet ouvrage retrace l'épopée des Tabors marocains au cours de la Deuxième Guerre Mondiale. On les suit de la Tunisie à Stuttgart, en passant par l'Italie, la Corse, Marseille et les Vosges où ils ont combattu avec un courage et une fidélité exemplaires. (Je voudrais citer le monument de la Croix de Moinats au-dessus de La Bresse (Vosges), qui indique leur parcours héroïque et leur rend hommage).

A l'époque, la guerre d'Indochine est présentée comme la défense de la chrétienté, dans la bande dessinée : Parachutés au Laos, publiée par Bayard. Si les éditeurs belges, comme Dupuis, s’avisent de toucher au sujet, ils sont censurés dans leurs albums par l’application de l’article 13 de la loi de juillet 1949, qui menace les publications étrangères à l’importation. Aucun manuel, journal ou revue n'aide à la prise de conscience d'une décolonisation possible. On ne peut qu’être surpris par cette « littérature » militariste, colonialiste. Elle va sans doute davantage toucher les « enfants de la guerre » que la génération des « baby-boomers » lesquels ne peuvent se douter, bien sûr, qu’ils seront (heureusement) peu concernés directement par ces thèmes.

Place aux Mahuzier, arpentant la brousse de l'Afrique à l'Australie, à Bertrand Flornoy à la recherche de la source de l'Amazone, à Raymond Mauffray disparu là-bas (et dont on publie Aventures en Guyane). Surtout, il y a Alain Gheerbrant dirigeant l’équipe de L’Expédition Orénoque-Amazone, revenue avec un film au titre maladroit : Des hommes qu’on dit sauvages ! Plusieurs ouvrages sont consacrés aux éléphants mais on continue à les massacrer allègrement et à entretenir le commerce légal ou illégal de l’ivoire !
Après les tardifs Secrets de la Mer rouge de Henry de Monfreid (on contesterait aujourd'hui qu'il s'git d'un ouvrage pour la jeunesse !), Thor Heyerdahl et son expédition sur le radeau Kon-Tiki, Alain Bombard, Naufragé volontaire sur son esquif L’Hérétique, adaptent leurs aventures maritimes pour les jeunes qui les lisent avec quelques années de retard par rapport aux faits. L’Expédition du Kon Tiki, effectuée en 1947, traduite en français pour les adultes en 1951, envahit les journaux juvéniles en 1952avant de paraître en "Bibliothèque verte". L’exploit de Bombard ne paraît dans la même collection qu’en 1956. Bientôt, Cousteau, déjà auteur d’une version du Monde du silence, (bien avant la sortie du film homonyme) et qui vient de lancer la « Calypso » et le bathyscaphe de Houot et Wilm et les sous-marins suscitent des récits passionnants.
Philippe Diolé rend compte de ses Promenades d’archéologie sous-marine. Haroun Tazieff, qui présente dès 1952 Le Gouffre de la Pierre Saint-Martin, (fatal à Marcel Loubens cette année-là), n’est pas encore le roi des volcans, de l'Etna à l'Erebus mais on connaît déjà Cratères en feu. Les exploits des conquérants de la montagne succèdent aux fictions de Frison-Roche (qui revient avec Georges Tairraz Sur les traces de Premier de cordée) avec des récits pris sur le vif.
Les exploits sportifs sont parfois fictifs, comme ceux de Chouchou, le roi de la petite reine du mémorable dessinateur sportif Pellos mais tous se passionnent pour Fausto Coppi et Louison Bobet et Le Tour de France, ce fait divers passionnant, s'introduit désormais dans plusiers fictions . Norbert Casteret, vulgarisateur de la spéléologie, entrouvre le monde souterrain et publie Ténèbres en 1952, tandis que Paul-Emile Victor, connu pour Aventure esquimau et caution morale du journal Benjamin, renaissant depuis fin 1952, explore les contrées froides de Boréal. Le monde aérien qui rugissait, il y a peu, des exploits guerriers des Spitfire ou des Lancaster, « briseurs de barrages », s'ouvre aux exploits techniques toujours périlleux. Après Le Grand cirque, adapté en bandes dessinées dans Tintin en 1952, Pierre Clostermann publie encore Feux du ciel. Bien que l’astronautique soit évoquée partout, on en est encore à la conquête du « mur du son ». Il est vrai que l’on croit beaucoup aux soucoupes volantes, à la Une de Tintin et de bien des magazines. Maryse Bastié (décédée en 1952 et racontée par Marcel Migéo), Hélène Boucher, Jacqueline Auriol, Colette Duval ont ouvert aux femmes l'aviation et le parachutisme. En 10 ans, on est passé brutalement de la fabrication du poste à galènes, encore exposée dans Cœurs Vaillants en 1952, et objet introduit la même année dans une aventure de Yann le Vaillant de Noël Gloesner, aux explications techniques sur le transistor, la télévision dont on se contente souvent de montrer la technique car les relais de télévision sont rares, et la conquête de l'espace qui reste une fiction à travers Objectif Lune et On a marché sur la Lune de Hergé, des B.D. lentement prépubliées dans Tintin dès 1952.

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