dimanche 28 décembre 2014

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : Mondes imaginaires et science-fiction (3)

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : Mondes imaginaires, fantasy, fantastique, merveilleux 
et science-fiction (3)          


Depuis quelques années déjà, l’édition jeunesse française vit sous l’infleunce de « L’effet Harry Potter »
Le petit sorcier de Joanne K. Rowling,, grâce à ses aventures développées dans des volumes de plus en plus épais, a encouragé les éditeurs à proposer des gros romans  et plus encore, à publier des trilogies, cycles ou séries de fantasy, un genre jusqu’alors très discret en France.
Les Anglo-saxons ont également exercé leur influence grâce au Seigneur de anneaux de Tolkien, aux Chroniques de Narnia de Clive Staples Lewis et à la trilogie de Philip Pullman, A la croisée des mondes.
Ce début du XXIe siècle voit donc le triomphe des littératures de l’imaginaire dont les frontières se révèlent perméables, le merveilleux glissant du conte ou de la légende vers le roman épanoui dans la fantasy, tandis que le policier et le fantastique flirtent de façon éhontée, au point de faire douter de leur genre respectif, la science-fiction trouvant plus difficilement sa place, malgré l’excellente collection « Autres mondes », animée chez Mango par le spécialiste Denis Guiot. Est-ce parce que le rapport au réel dans la S-F est très différent de celui qui existe dans les autres mondes de l’imaginaire ?
La fantasy a pris un immense essor. Le fantastique, le merveilleux et la science-fiction se fondent alors dans l’unique catégorie des « Mondes imaginaires » mais la vogue du récit mythologique conduit à préciser la catégorie des « Contes, Mythes et légendes ». Les collections généralistes s’adaptent vite à cette nouvelle tendance, comme « Folio junior » où l’on peut lire Diana Wynne Jones, Erik L’Homme,  William W. Nicholson, Cliff McNish, Philip Pullman, Katia Sabet, Chris Wooding… et bien sûr, les volumes de « poche » de Clive Staples Lewis (Narnia) et de Joanne K. Rowling (Harry Potter)…   
« Le Livre de poche jeunesse » absorbe peu à peu « Vertige fantastique » et publie à un prix abordable des ouvrages parus en grand format, en particulier ceux de la collection « Wiz ». Ainsi paraissent des textes de Georgia Byng,  du Français Serge Brussolo, de Kevin Crossley-Holland,  Cornelia Funke, Michael Hoeye, Natalie Jane Prior ou Bjarne Reuter…    

Des collections plus spécialisées naissent et se développent un peu partout. Chez Albin Michel jeunesse, c’est l’excellente collection « Wiz », au grand format qui, dès 2002, s’est ouverte aux mondes imaginaires de la fantasy et de la magie. Chez Bayard Jeunesse, « Les Mondes imaginaires », publient Anne-Laure Bondoux, Pierre Grimbert, Alexandre Malagoli et Paul Thiès. Il faut aussi compter avec la collection « Littérature Hors collection » où se rencontrent Michael Ende  et Christopher Paolini (Eragon).
 En 2003, Fleurus, filiale du groupe franco-belge Média-Participations, avait racheté les éditions Mango, dont Pierre-Marie Dumont, P-DG de Fleurus, devient président. Mango publie la collection de science-fiction « Autres mondes », animée par Denis Guiot à qui l’on promet une « totale liberté éditoriale », ce qui sera remis en question en 2007.
Les Editions Degliame créées en 2000 publient des nouveautés dans les genres fantastique, fantasy et science-fiction. Mais elles vont interrompre leurs activités en novembre 2005. En 2004, on note surtout la réédition partielle de la série Les Conquérants de l’impossible écrite par Philippe Ébly,


Les auteurs, les titres, les collections et les éditeurs :

- ANDERSON : Interface « Scripto » Gallimard Jeunesse (S-F)
- Philip ARDAGH : Les Aventures d’Eddie Dickens 3 : Une folle croisière  « Wiz » Albin Michel
- Sophie AUDOUIN-MAMIKONIAN, Erika PITTIS : Tara Dunkan 2 : Le Livre interdit Seuil
- Aurélien AUJAME : William, le jeune voyageur du temps 1 : William et la sorcière de Londres Didier Carpentier
- Clive BARKER : Abarat II :  Jours de lumière, nuits de guerre « Wiz » Albin Michel 
- Luc BESSON : Arthur et les minimoys (d’après une idée de Céline Garcia) Arthur 1 Intervista-Manitoba   
- Holly BLACK, Tony DiTERLIZZI : Les Chroniques de Spiderwick 1 : Le Livre magique Pocket Jeunesse
- Anne-Laure BONDOUX : La Tribu (rééd. des 3 tomes du Peuple des rats) Bayard Jeunesse
- Pierre BOTTERO : Les Mondes d’Ewilan 1 : La Forêt des captifs  Editions Rageot 
- Hélène BREDA : La  Phophétie des Magicyans « Milan Poche Junior » Milan  
- Herbie BRENNAN : La Guerre des fées Tome 1 « Pocket junior » Pocket jeunesse
- Serge BRUSSOLO : Sigrid et les mondes perdus T. 2 : La Fiancée du crapaud  « L. P. J. »  
- Serge BRUSSOLO : Elodie et le maître des rêves 1 : La Princesse sans mémoire  Plon 
- Georgia BYNG : Molly Moon 2 : Molly Moon arrête le temps “Wiz” Albin Michel
- Eoin COLFER, Ill. Tony FLEETWOOD : Artemis Fowl  1 Gallimard “Folio Junior ; 1332” 
- Fabrice COLIN : Le Mensonge du siècle Mango (Autres mondes)
- Zizou CORDER : Lion Boy 1 « Wiz » Albin Michel Jeunesse
- Kevin CROSSLEY-HOLLAND, Ill. F. ROCA : La Trilogie d’Arthur 1 : La  Pierre Prophétique « L de poche J. » Hachette  .
- Luis DE LA HIGUERA : Dans les Griffes du Temps « Grands formats » Editions Degliame
- Tony DiTERLIZZI, Ill. Holly BLACK : Les Chroniques de Spiderwick I Le Livre magique Pocket Jeunesse
- Chitra-Banerjee DIVAKARUNI : La Confrérie de la Conque Tome 1 : Le Porteur de Conque  Philippe Picquier  
- Debra DOYLE, J.D. MACDONALD : Le Cercle magique 1 : Randal, l’apprenti sorcier « Les Mondes imaginaires » Bayard J.   
- Jeanne DuPRAU : La Cité de l’Ombre « Folio Junior » Gallimard Jeunesse
- Philippe EBLY : Les Conquérants de l’impossible : Le Matin des dinosaures (réédition) Ed. Degliame 
- Michael ENDE, Ill. G DOREMUS : Jim Bouton et Lucas le chauffeur de locomotive 1 « Litt. Hors collection » Bayard J.   
- Gilles FONTAINE : Trilogie du Nouveau Monde 1 : La Survivante Magnard J. 
- Cornelia FUNKE : Cœur d’encre Hachette Jeunesse  669 p.   
- Michael HOEYE, Ill. Hervé TANNQUERELLE : Hermux Tantamoq 3 : Les Souris mènent la danse « Wiz » Albin Michel   
- Jean-Pierre HUBERT : Les Sonneurs noirs (Autres mondes) Mango jeunesse
- Brian JACQUES : La Forteresse en péril Mango 496 p. Mango  (« Rougemuraille 14 »)
- Hervé JUBERT : Le Quadrille des assassins ou L’Opéra du diable 3 : Sabbat samba « Wiz » Albin Michel .
- Norton JUSTER : Le Royaume fantôme « Le Livre de poche jeunesse » Hachette Jeunesse  
- Elizabeth KAY, Ill. Ted. DEWAN : Félix ou le monde à l’envers Gallimard Jeunesse   
- Franck KREBS, Ill. François ROCA : Tom Cox 4 : Tom Cox et l’impératrice sanglante Seuil Jeunesse
- Christophe LAMBERT : La Loi du plus beau « Autres mondes » Mango Jeunesse
- Thomas LAVACHERY : Bjorn le Morphir « Médium » Ecole des loisirs
- Nathalie LE GENDRE : Mosa Wosa (Autres mondes)
- Erik L’HOMME : Les Maîtres des brisants 1 : Chien-de-la Lune « Hors piste » Gallimard Jeunesse
- Danielle MARTINIGOL : La Trilogie des abîmes : 2 L’Envol de l’abîme (Autres mondes ; 25) Mango jeunesse
- William W. NICHOLSON : Le Vent de feu 3 : Le Chant des flammes « Folio junior » (rééd.) Gallimard
- Ian OGILVY : Méléas et le Warlack « Estampille » Bayard 198 p.
- Kenneth OPPEL : Fils du ciel  « Estampille » Bayard   
- Christopher PAOLINI : Trilogie de l’Héritage 1 : Eragon 1 : Bayard (700 p.) 
- Darren SHAN : La Saga de Darren Shan 1 : La Parade des monstres « Pocket Junior » Pocket Jeunesse
- Emmanuel VIAU, Ill. Stéphane COLLIGNON : Tessa et Lomfor 4 : Les Falaises des Géants (Fleurus-Aventure) Fleurus


(En rouge, la S-F, en bleu, la fantasy, le merveilleux et le fantastique).  

samedi 27 décembre 2014

Coup de rétro sur 2004 : 36 fictions très diverses pour la jeunesse (2)

COUP DE RÉTRO SUR 2004 : 36 fictions sur des thèmes très divers (2)

Les estimations de titres pour la jeunesse produits en 2004, tous genres confondus, en comptant fictions et documentaires, nouveautés et rééditions, atteignent plus de 9000 titres. Ces estimations se réduisent à 6588 titres pour les livres proprement dits dont la moitié sont des rééditions. Dix éditeurs à eux seuls réalisent 63 % de la production. La part des ouvrages de fiction (62 %) dépasse nettement celle des documentaires (22 %) et des documents d’éveil pour les tout petits (16 %). On salue en 2004 la naissance de Adam Biro jeunesse et de Seghers jeunesse.
En ce qui concerne la bande dessinée, 3070 titres de B.D. sont parus dont 754 mangas. Ces mangas représentent le quart des ventes contre un peu plus de 20 % en 2003. Le best-seller de l’année est le dixième tome de la série de B.D., Titeuf de Zep : Nadia se marie, tiré à deux millions d’exemplaires. 
Est-ce parce qu’aucun tome de Harry Potter n’est sorti cette année que le chiffre d’affaires du livre jeunesse a reculé, (selon le Syndicat national de l’édition), de 6,5% en 2004 ?



Jacques ASKLUND : Le Dernier des Maures « Cascade », Rageot 
Kebir M. AMMI : Feuille de verre « Scripto » Gallimard J
Jeanne BENAMEUR : Une heure, une vie « Roman Collège » Thierry Magnier
Pierre-Marie BEAUDE, Ill. Gianni DE CONNO : Jeremy Cheval « Hors piste » Gallimard J.
Éric BOISSET : La Trilogie des Charmettes 3 : L’Antichambre de Mana Magnard Jeunesse
Anne-Laure BONDOUX : La Princetta et le Capitaine Hachette Jeunesse 
Jean-François CHABAS : Le Porteur de pierres « Romans junior ; Av. » Casterman
Alex COUSSEAU : Poisson-Lune « DoAdo » Le Rouergue
Didier DAENINCKX, Ill. Laurent CORVAISIER : L’Enfant du zoo Rue du monde
Patrick DELPERDANGE : L’Œil du milieu T. 3 Le Complot des ménestrels Nathan-
Marie-Hélène DELVAL : Ciel  jaune « MilleZime » Bayard Jeunesse
Louis ESPINASSOUS : Le Garçon qui vivait dans un arbre « Cascade », Rageot
Sid FLEISHMANN : Le Faiseur de pluie « Neuf » Ecole des Loisirs Rééd.
Jamila GAVIN : L’Odyssée de la Pierre de Sang « Folio J » Gallimard Jeunesse
Christian GRENIER : Mercredi mensonge « MilléZime » Bayard
Guillaume GUÉRAUD : Couscous clan (DoAdo) Le Rouergue
GOSCINNY & SEMPÉ : Histoires inédites du Petit Nicolas IMAV Editions 
Mark HADDON : Le Bizarre incident du chien pendant la nuit (NIL en 2004)
Pierre HASKI : Le Journal de Ma-Yan « Livre de poche jeun. : Hist. de vie » Hachette
Michel HONAKER : L’Oreille absolue Grand format Magnard Jeunesse
Eva IBBOTSON et Elie Robert NICOUD : Reine du fleuve « Wiz » Albin MIchel
Hanna JANSEN : J’irai avec toi par mille collines « Castor Poche » Flammarion
Jin-Kyeong KIM : L’Ecole des chats Philippe Picquier
Gordon KORMAN (E-U) : Everest I : Le Concours Pocket Jeunesse 138 p. 2004 II et III
Michel LAPORTE : Maître Wen : Menace sur l’empire Song « Castor poche » Flammarion  Michel LEYDIER : Zohra l’insoumise « Castor Poche ; La Vie en vrai » Flammarion 
Jean-Claude MOURLEVAT : La Troisième vengeance de Robert Poutifard « Hors piste » Gallimard
Malcolm PEET : Le Gardien « Hors piste ;  20 » Gallimard Jeunesse
Xavier‑Laurent PETIT, Ill. S. BOURRIÈRES : Le Col des Mille Larmes « Castor Poche »
Flammarion
Anne-Marie POL : Yanoël par le cœur et par l’épée Tome I Hachette Jeunesse
Philip PULLMAN : Sally Lockhart I : La Malédiction du rubis « Folio junior » Gallimard J.
Célia REES : Mémoires d’une pirate Seuil Jeunesse 
Florence REYNAUD : Le Sourire d’Ouni « Le Livre de poche jeunesse » Hachette Jeunesse
Linda SUE  PARK : Fleur de jade « Castor Poche » Flammarion
Alain SURGET : Tirya, le pharaon de l’ombre « Castor Poche Flammarion
Kazumi YUMOTO : L’Automne de Chiaki (trad. du japonais) « Romans » Seuil Jeunesse


Coup de rétro sur 2004 : fictions pour la jeunesse il y a dix ans (1)

COUP DE RETRO SUR 2004 : fictions pour la jeunesse (1)

A la fin de cette année 2014, il semble intéressant de jeter un coup d’œil de dix ans en arrière afin d’offrir un bref panorama nécessairement subjectif des fictions offertes à la jeunesse en 2004. Il faudrait un ouvrage complet pour tenter d’être exhaustif tant la production d’ouvrages est riche et variée. Dans le cadre d’un blog, nous préférons donner à voir à partir de couvertures de livres, d’albums et d’affiches de films. 
L’évolution de la littérature jeunesse n’a rien d’une histoire de Bisounours.
L’édition pour la jeunesse, semblable dans son fonctionnement à l’édition pour adultes, en adopte les qualités et les défauts, tels le taux de rotation élevé, surtout pour les « poches », les retours rapides et la baisse générale des tirages résultant de la progression inflationniste des nouveaux titres. Le stade artisanal a disparu depuis longtemps, sauf chez de très petits éditeurs, comme se sont effacées presque toutes les « maisons » d’édition à caractère familial au point que l’on parle de plus en plus d’une « édition sans éditeurs ». L’édition jeunesse est, elle aussi, devenue une industrie, avec sa logique impitoyable et ses contraintes. Les utilisations du management et des techniques de marketing ou de promotion sont de plus en plus présentes, tant dans le domaine des journaux juvéniles que dans celui des livres jeunesse. La tendance à l’internationalisation et la recherche de nouveaux marchés, accentuant industrialisation et commercialisation, sont aussi à prendre en compte.
Dans un monde économique voué à une concentration qui échappe, semble-t-il, au volontarisme politique, le livre, s’il reste d’essence culturelle, est non seulement devenu une « marchandise », un pur produit de « l’industrie culturelle » mais il est pieds et poings liés à un phénomène mondial irréversible, résultant du modèle américain, alliant culture et communication, comme chez le groupe duopolaire Hachette Livre-Lagardère et Vivendi Universal, (devenu Editis) qui détiennent, à eux deux, les deux tiers du marché.


En 2004, dans le domaine de l’édition, l’un des faits les plus marquants est le rachat en janvier des éditions du Seuil, vieille dame septuagénaire par Hervé de La Martinière, éditeur depuis 1992.
Le rachat de Dupuis par Média Participations ou celui de Milan par Bayard n’a pas entraîné un tel  mouvement de stupeur  ou d’émotion.
En effet, en juin 2004, la holding Média-Participations (dont Axa et Michelin sont actionnaires) et qui édite Rustica, Mango, Fleurus Jeunesse, (sans la presse), Mame, possède déjà les éditeurs de B.D. : Le Lombard, Dargaud, Blake et Mortimer et Kana. Elle rachète les éditions Dupuis. Son directeur Vincent Montagne se déclare très intéressé par la bande dessinée.
En mai 2004, Arnaud Lagardère, écartant les éditeurs Gallimard et Médias-Partipations, vend 61 % de VUP, (baptisé Editis en octobre 2003), pour 660 millions d’euros, à la holding Wendel Investissement, groupe d’investissement purement industriel, dirigé par le baron Ernest-Antoine Seillière, encore à l’époque patron des patrons puisque président du Medef. Le baron devient propriétaire de Plon-Perrin, Robert Laffont, Juillard, Belfond, Nil, dans le domaine du poche :  10/18, Pocket et Fleuve noir, plus Les Presses de la Cité, Les Presses de la Renaissance, Solar, Syros, La Découverte. C’est aussi dans le domaine scolaire, Armand Colin, Bordas, Larousse, Retz, Le Robert. C’est encore Univers-Poche et Nathan dans le double domaine scolaire et édition jeunesse.
Plus que jamais, l’édition, comme la presse, est sous le contrôle de l’industrie, (en particulier de celle des armes), et de la finance… L’accord se fait probablement avec l’accord du pouvoir en place.
Hormis quelques réserves syndicales ou du parti socialiste, les réactions sont timorées et ne suscitent ni débat, ni protestation.
Ajoutons que Lagardère, grâce à Hachette Filipacchi Médias, dirige un important empire de presse (magazine, jeunesse, féminine, régionale), face à son concurrent Dassault, groupe industriel très présent, tout comme lui, dans l’armement, lequel groupe Dassault détient la Socpresse à 82 % et Dassault Communication à 100 %.
Mourad Boudjellal, fondateur des éditions Soleil, qui a connu en particulier le succès avec les bandes dessinées Rahan, (rééditées) ou nouvelles comme Lanfeust de Troy, s’associe avec Antoine Gallimard, TF 1 et le Musée du Livre.

En 2004, tout en continuant de bénéficier des récits d’Evelyne Brisou-Pellen, Jacqueline Mirande, Bertrand Solet, Alain Surget et Odile Weulersse, le roman historique s’enrichit des participations de Marie Amaury, Philippe Barbeau, François Charles, Michel Cosem, Stéphane Descornes, Anne-Marie Desplat-Duc, Anne-Marie Dubosc, Jo Hoestland, Arthur Ténor...         
La fantasy, un genre en plein essor bénéficiant surtout de « l’effet Harry Potter », est illustrée en France par Eric Boisset, 1Pierre Bottero, Audrey Françaix, Anne-Laure Bondoux, Serge Brussolo, Erik L’Homme, Luc Besson, Hervé Jubert, Sophie Audoin-Mamikonian, Emmanuel Viau, Thomas Lavachery...
La science-fiction juvénile qui ne se porte pas très bien malgré les efforts de Denis Guiot qui dirige « Autres mondes » et va perdre Jean-Pierre Hubert en 2005, résiste grâce à un noyau dur et fidèle composé de Fabrice Colin, Gilles Fontaine, Christophe Lambert, Danielle Martinigol, Nathalie Le Gendre, Erik L’Homme, …  Le policier pour jeunes inspire de nombreux auteurs. En se limitant aux écrivains francophones, citons Brigitte Aubert et Gisèle Cavali, Claudine Aubrun, Hubert Ben Kemoun Marie Bertherat, Evelyne Brisou-Pellen,, Stéphane Daniel, Christian Grenier, Michel Honaker, Anthony Horowitz... Ajoutons Yves Hugues, Alice Hulot, Michel Laporte, François Librini, Catherine Missonnier, Lorris Murail,  Béatrice Nicodème, Jean-Paul Nozière, Jean-Hugues Oppel, Alain Paris, Noël Simsolo et Bartyrand Solet.
Dans le roman « généraliste » ou pour « ados », on remarque Jacques Asklund, Jeanne Benameur, Pierre-Marie Beaude, Anne-Laure Bondoux, Jean-François Chabas, Guillaume Guéraud, Xavier-Laurent Petit…. Ajoutons, par exemple, Alex Cousseau, Didier Daeninckx, Marie-Hélène Delval, Anne-Marie Pol et Françoise Reynaud…
N’oublions pas une abondante production d’albums illustrés et d’albums de bandes dessinées, les journaux et magazines d’une presse très variée, couvrant toutes les tranches d’âges et de nombreux films visibles par tous les publics.  
Si les optimistes se réjouissent d’une offre aussi variée et d’une vitalité qui ne manifeste aucun signe général de ralentissement, les pessimistes s’inquiètent de la production vertigineuse, en perpétuelle expansion, d’une « machine » qui semble « portée à blanc », tant le nombre de titres enfle régulièrement.
Engagée dans une fuite en avant que personne ne maîtrise, l’édition qui publie 52 000 nouveautés et nouvelles éditions en 2004, contre 35 000 en 1997, (dont un tiers de la production consacré à la littérature générale et environ 10 000 ouvrages dans le rayon jeunesse), poursuit sa course folle et sa fuite en avant, provoquant la baisse des tirages de chaque ouvrage, sauf pour les best-sellers largement médiatisés, au risque de tout écraser sur leur passage...


(Pour aller plus loin que ce résumé succinct, se reporter à mon essai : Littérature de jeunesse et presse des jeunes au début du XXIe siècle, L’Harmattan, 2008.)  

jeudi 11 décembre 2014

Collection "Monique", Fleurus-Mame : titres, auteurs, illustrateurs

Collection « Monique », Fleurus-Mame (1953-1962)
Les titres, les auteurs, les illustrateurs, les dates de parution





Rose DARDENNES, Ill. Marie-Madeleine BOURDIN : Le Sorcier de Ceylan 4e trim. 1953
Henriette ROBITAILLIE, Ill. Solange VOISIN : La Ferme du loup blanc 4e trim. 1953 Rééd. 1958
Henriette ROBITAILLIE, Ill. Noël GLOESNER : Gwenola 4e trim. 1953
Renée TRAMONT, Ill. Maurice de la PINTIERE: L'Enfant des Montagnes 4e trim. 1953
Henri SUQUET, Ill. Pierre JOUBERT : Le Secret du diamant 1954 R. 4e trim. 1957
Dominique JOANNY, Ill. Maurice de la PINTIÈRE : Le Mystère du Grand Kervoët 2e trim. 1954
Denyse RENAUD, Ill. Noël GLOESNER : Messagers de la liberté 1954 R. 3e trim. 1957
Henriette ROBITAILLIE, Ill. Solange VOISIN : Cinq têtes sous le même bonnet 1954 R. 1956
Bertrande de RIVIERE, Ill. Alain d’ORANGE : La Prisonnière de Bel-Castel 1954  
Rose DARDENNES, Ill. Jacqueline GAILLARD : La Grotte de cristal 3e trim. 1954
Henri SUQUET, Ill. Manon IESSEL: La Maison sous les eaux 3e trim. 1956
Marguerite SOLEILLANT, Ill. Marie-Madeleine BOURDIN: Le Message du cygne 3e trim. 1956
Jacqueline DUCHÉ, Ill. de l’auteur : Six dans une tourelle 1er trim. 1955  
René DUVERNE, Ill. Maurice de LA PINTIERE : Drôle de Vacances 1er trim. 1955
Henriette ROBITAILLIE, Ill. Solange VOISIN : La Dame de Charmilly 2e trim. 1955
Jean DES BROSSES, Ill. René BONNET : Le Chevalier noir et Miss Aurore 2e trim. 1955
Henriette ROBITAILLIE, Ill. Alain d’ORANGE : Pascale et la tempête 1957


Yvette LÉONARD, Ill. Alain d’ORANGE : Trois billes dans le soleil 4e trim. 1957
Renée TRAMONT, Ill. Robert RIGOT : Le Beau Corsaire 1er trim. 1956
Dominique JOANNY, Ill. Marie-Madeleine BOURDIN : La Mouette de Hautmanoir 1er trim. 1956.
Bertrande de RIVIÈRE, Ill. Alain d’ORANGE : Fée chez les cow-boys 3e trim. 1956
Marie-Madeleine MARTINIE, Ill. Manon IESSEL : Plus de chance que Cendrillon 3e trim. 1956.
M. [May] D’ALENÇON, Ill. SOLVEG : Le Trésor du loup  3e trim. 1956
Marguerite ROSERT, Ill. GIANNINI : Le Prince aux yeux verts 1er trim. 1957.
André MAC CORMICK, Ill. SOLVEG : Un château si calme 1957.
G. DE CORBIE et H. ROBITAILLIE, Ill. J.F. GUINDEAU : Le Lion et le Confiseur 3e trim. 1957.
Yves GOHANNE, Ill. Janine LAY : L’Écueil aux diamants 3e trim. 1957.
Phyllis P. POWER, Ill. Jean GIRAUD : Sept filles dans la brousse 1958
Denise BERNARD-LAGASH, Ill. Yvan MARIÉ, couv. SEDEÑO : Les Envoyés de Pachacamac 4e trim. 1958.
TEMPLE-BAILEY, Ill. Jeannine LAY : Judy 1959
Yvan MAUFFRET, Ill. M. MAGNIN : Bouli et le Barbu  2e trim. 1959.
René DUVERNE, Ill. Yvan MARIÉ : Le Grand Jeu de Païolive 1959.
L.-N. LAVOLLE, Ill. Alain D’ORANGE : Les Sorcières de la mer 1959.
Yves GOHANNE, Ill. Noël GLOESNER : L’Homme qui saisit le soleil 1960
L.-N. LAVOLLE, Ill. Jean-René LEMOING : L’Indien aux yeux clairs 1960
Jeannette JAN, Ill. Manon IESSEL : La Demoiselle et le Troubadour 1961
Jacqueline LE SÉNÉCHAL, Ill. Pierre DECOMBLE ; Le Voyage à Rome 4e trim. 1961.
G. TRAVELIER, Ill. Noël GLOESNER : L’Urganda yacht fantôme 1962.    
Lucienne LASFARGEAS, Ill. Yvan MARIÉ : Le Poisson magique 2e trim. 1962.

    

Collection "Monique", chez Fleurus-Mame (1953-1962)

Chez Fleurus-Mame, la collection "Monique", pour les filles des années 50  

Retour sur le "cercle des collections jeunesse disparues"

La collection "Monique" est les plus souvent ignorée des historiens de la littérature jeunesse, sans doute parce qu’elle a surtout été présente dans les écoles et pensionnats catholiques et les « Bibliothèques pour tous » d’inspiration catholique. (Notons que l’emploi abusif de l’expression « pour tous » vient  de loin !).     
Deux éditeurs catholiques associés, la Maison Mame et les Editions Fleurus, lesquelles touchent un lectorat masculin avec "Jean-François", attendent trois ans avant de lancer pour les filles, la collection jumelle "Monique". Les lectrices de l'hebdomadaire Ames Vaillantes, édité par Fleurus depuis 1937, lisaient auparavant la collection éponyme "Ames vaillantes".

Elles ne sont pas surprises, dès 1953, de retrouver des auteurs comme May d'Alençon (Le Trésor du Loup), Rose Dardennes (Le Sorcier de Ceylan). Illustrée par Solange Voisin ou par Alain d’Orange, la familière et omniprésente Henriette Robitaillie ne publie pas moins de cinq récits. La Ferme du Loup Blanc, prépublié en 1949 dans Ames Vaillantes n’est édité en livre qu’en 1958, la même année que Gwenola, illustré par Noël Gloesner et prépublié en 1950. De Henriette Robitaillie seront encore édités, La Dame de Charmilly (1955), Pascale et la tempête, (au large de la Charente Maritime, trois fillettes sont transformées en robinsonnes après une violente tempête) et Cinq têtes sous le même bonnet (1956). 
On ne s'étonne pas non plus de rencontrer dans la collection, ni Renée Tramond qui évoque des menaces de destruction d’un nouveau barrage modifiant un site des Alpes dans L’Enfant de la montagne (1953), ni Jacqueline Duché, écrivant Six dans une tourelle, puisque l’auteur est un des piliers, parfois illustrateur, de "La Bibliothèque de Suzette", éditée par Gautier-Languereau. Denise Renaud donne une tonalité historique à son Messager de la liberté (1954), quand Roger de Chérizay doit de défendre d’une accusation de complot contre Mazarin. Denise Bernard, dont l’intérêt pour l’Amérique du Sud ne se relâche pas, mêle passé péruvien et présent technologique, dans Les Envoyés de Pachacamac en 1958.


Parmi les auteurs féminins, remarquons aussi Bertrande de Rivière mettant en scène des détectives en herbe susceptibles de découvrir le secret de la Prisonnière de Bel-Castel (1954) et Marie-Madeleine Martinie. Si elle assure que son personnage, orpheline de sa mère, a Plus de chance que Cendrillon (1956), c’est parce qu’elle retrouve son père, un marin qui, en se remariant, lui offre un nouveau foyer.
En dépit de bons illustrateurs qui travaillent également pour la Bonne Presse, comme Pierre Joubert, Noël Gloesner, Alain d’Orange, Maurice de la Pintière, Manon Iessel, Marie-Madeleine Bourdin ou Solange Voisin (Solveg), cette collection ne bénéficie pas des mêmes moyens que sa consœur : elle atteindra seulement trente-neuf titres au cours de l'année 1962. Les auteurs de B.D. Robert Rigot, F. A. Breysse, Pierre Decomble (Pierdec) Yvon Marié et même Jean Giraud, futur auteur de Blueberry sont également présents. Notons la participation de l’auteur G. Travelier, futur Georges Bayard, créateur de la série « Michel » chez Hachette.  


Certains auteurs publient dans les deux collections "Monique" et "Jean-François". C'est le cas de Jean des Brosses, (Le Chevalier noir et Miss Aurore, 1955), René Duverne pour Drôles de vacances (1955) et surtout Le Grand Jeu de Païolive (1959), un roman dont les chapitres d’exposition sont remarquables. Trois neveux et trois nièces,  à partir d’un parchemin, vont à la recherche d’un curieux trésor : un coffre contenant les secrets de la désintégration atomique ! C’est aussi le cas de Henri Suquet. Dans La Maison sous les eaux, Suquet raconte l’histoire de Jacquiou, fils de pauvres bateliers, devenu par de brillantes études inventeur d’un treuil électrique, essayé sur les bords de l’Yonne. Dans Le Secret du diamant (1954), il conte comment des Anglais, découvreurs d’un gisement diamantifère, tentent d’échapper à des gangsters cupides.
Doublement présente aussi, L.-N. Lavolle (l’archéologue et grande voyageuse Hélène Chaulet) propose plusieurs récits parfois prépubliés dans les journaux du groupe Fleurus. Les Sorcières de la mer (1959), illustré par Alain d’Orange, est centré sur le sort de la petite Cinghalaise Nola, capable de plonger à la recherche des perles, de capturer et d’apprivoiser des dulongs, dans un milieu marin souvent dangereux. Un an plus tard, elle publie L’Indien aux yeux clairs, illustré par Jean-René  Lemoing.
Les récits semblent souvent plutôt sentimentaux, puérils et délibérément anodins. Certains titres infantiles sont révélateurs, comme La Demoiselle et le troubadour, Trois billes dans le soleil ou Le Prince aux yeux verts. 
Notons à cette époque cette séparation des sexes dans la presse et dans le livre. La ségrégation sexuelle dans les établissements scolaires, dénoncée par les étudiants en Mai 68, ne sera officiellement abolie que 16 ans plus tard, en 1969…  



mardi 9 décembre 2014

Lisez les livres de François Sautereau disparu en septembre 2014

Lisez les livres de François Sautereau

Merci à Christian Grenier et Yves Pinguilly, relayés par André Delobel du CRILJ, grâce à qui nous savons que l’écrivain pour la jeunesse François Sautereau nous a quittés depuis septembre 2014. Je ne le connaissais pas mais j’ai souvent recommandé ses récits aux jeunes collégiens et parlé ensuite dans mes livres de ses romans, en particulier de ceux touchant au fantastique et à la science-fiction qu’il a su rendre accessibles aux jeunes lecteurs.


C’est dans la prestigieuse collection « Bibliothèque Internationale » créée par Isabelle Jan, chez Nathan, que François Sautereau publie en 1977 son premier roman, Un trou dans le grillage, trou découvert par le jeune Grison et son amie Prune. Ce récit qui marque les débuts de François Sautereau sera réédité dans la collection « Arc-en-poche », chez Nathan en 1997.  Dans la même collection, François Sautereau est aussi l’auteur du Train M. Il s’y montre orfèvre d’un fantastique né au cœur du quotidien.
Le dernier titre de la collection « Les Chemins de l’Amitié, aux Éditions de l’Amitié-G.T.-Rageot, est fourni par François Sautereau avec Prisonniers des médias, en 1983.
C’est aussi parmi les derniers titres de la collection « Souveraine », chez G.P., que paraît, en 1979, La Cinquième dimension de François Sautereau, mêlant fantastique et science-fiction (un récit judicieusement réédité en 1986, au « Livre de Poche Jeunesse », l’année où parait La Cité des brumes dans la « Bibliothèque de l’Amitié », chez Rageot).
Le fantastique est encore évident dans la trilogie La Longue marche de Benjamin, commencée avec La Vallée des esprits (1989), poursuivie dans La Forteresse de la nuit et close par La Fontaine maléfique (1990). L’ensemble des trois volumes d’abord paru dans la collection « Les Maîtres de l’Aventure » est réuni et réédité dans La Vallée des esprits en 2005, avec une belle couverture de Vincent Dutrait.
Chez Milan, dans la collection « Zanzibar » animée par Christian Poslaniec, La Petite planète de François Sautereau mêle si harmonieusement une histoire d’amour et les paradoxes temporels que son livre mérite de survivre dans la mémoire. C’est grâce à une petite boule découverte dans une carrière que le jeune Parisien Cédric, en vacances en Côte-d’Or, va se transporter des milliers d’années en arrière dans un pays où les hommes luttent pour leur survie mais surtout où il rencontre Flore qui bouleverse sa vie.   
Dans un des plus grands succès de la collection « Cascade », intitulé Classe de lune, chez Rageot, François Sautereau entretient toujours sa familiarité avec le fantastique et il revient dans la collection en s’amusant  beaucoup quand il décrit les vœux exaucés pour Les Indiens de la Rue Jules Ferry (un récit réédité chez Hatier dans « La Courte Échelle » en 2000.
En 2000, dans la collection « Les Couleurs du siècle », conçue et réalisée par les auteurs de la Charte des écrivains, pilotée en particulier par Christian Grenier, François Sautereau situe le plus loin dans le temps du siècle Le Cahier jaune dans lequel la légende des compagnons de la Croix du Sud hante encore, au début du siècle, le Paris des Halles.
Pour la fameuse collection « Contes et Légendes » remise au goût du jour, chez Nathan, l’écrivain revisite en 1998 les Contes et Légendes de la naissance de Rome.
C’est aussi chez Nathan dans la collection « Pleine Lune » que l’auteur qui sait mettre à la portée des jeunes lecteurs les charmes du fantastique leur offre La Montre infernale (1997) et L’Orpheline de Mars (1998) avec des illustrations de Serge Clerc. Sur Mars au XXIIe siècle, la vie subsiste sous une gigantesque bulle artificielle dont s’évade, quand la révolte gronde, une orpheline de 13 ans, Lorindel.    
Quand Hélène Wadowski crée la série "Science-fiction" dans la collection « Castor Poche Flammarion », en 1997, François Sautereau lui confie le récit inédit Terminal Park, un monde dans lequel réalité et monde virtuel ne tardent pas à se confondre.



Je me doute bien qu’il est difficile aujourd’hui de trouver dans les librairies et les bibliothèques les livres de François Sautereau puisque le nouveau livre a vite fait de chasser l’ancien. Raison de plus pour faire l’effort de découvrir ou de redécouvrir cet auteur aussi discret que talentueux et généreux. C’est ainsi qu’il sera toujours vivant.   


lundi 8 décembre 2014

L'album amicorum CORNUCOPIA et 4 auteurs identifiés

L’album amicorum CORNUCOPIA et des auteurs qui ont un visage.

L’album de Nicolai Lucae a surtout recueilli des participations de professeurs et d’auteurs dans les villes de Wratislavia (Breslau) et Witteberga (Wittenberg).
La première, Breslau, où brille la deuxième école littéraire de Silésie (en particulier autour du dramaturge, romancier et poète Daniel Caspar von Lohenstein, en français, Daniel-Gaspard de Lohenstein) et la seconde, Wittenberg, qui a privilégié les polémiques religieuses luthériennes plutôt que la littérature.
Peut-être Nicolai Lucae était-il un étudiant en théologie (son nom évoquerait plutôt la Hollande) car il sollicite surtout des professeurs de morale et de théologie qui écrivent encore et surtout en latin bien que le luthéranisme ait favorisé le développement de la langue allemande. Apportons toutefois le correctif suivant : les participations en allemand ne permettent pas d’identifier les scripteurs.


Voici quatre participants à l’album dont nous connaissons les portraits et les dates de naissance et de mort.
Balthasar Mentzer (ou Mentzerus, Menzerus) dit « le jeune » (1614-1679), pour le distinguer de son père (der Ältere), est un théologien luthérien allemand, professeur de philosophie à l’Université de Marburg puis docteur et professeur dans l’Académie de Giessen de 1651 à 1679. Il est mort à Darmstadt peu de temps après sa participation manuscrite en 1678.
Johannes Andreas Quenstedt (1617-1688) est lui aussi un professeur de théologie de Wittenberg. Un an avant sa dédicace d’avril 1678, il a publié De sigillo confessionis dissertatio theologica.
Voici la rare participation d’un Français, celle de Joannes Joachim Zentgraf (alias Jean Joachim, 1643-1707). Théologien protestant et professeur de morale à Strasbourg, il est le dernier à intervenir dans l’album, page 124, en 1679, mentionnant le nom de sa ville en latin : « Argentorati ».               
Quant à Christian Donati (1640-1694), connu aussi sous les noms de Donath et Donat, il est recteur de l’Académie de Wittenberg quand il signe en 1678. 



P.S. : Que ceux qui trouvent cette présentation trop pédante ou trop éloignée de la littérature de jeunesse me pardonnent et se rassurent : il s’agit du 3e et dernier épisode susceptible néanmoins d’intéresser les latinistes (dont je ne fais pas partie) et les connaisseurs de la littérature germanique (avis aux traducteurs !).   

vendredi 5 décembre 2014

Intérêt historique et littéraire de l'album amicorum, l'exemple de CORNUCOPIA

L’album amicorum CORNUCOPIA et Martinus HANKIUS

Si l’album CORNUCOPIA comporte si peu de pages écrites, c’est peut-être parce que Nicolai Lucae était très exigeant sur le choix des personnalités qu’il sollicitait.
Les noms de Daniel Caspar von Lohenstein, Marcus Mappus, Johannes Gedhardus, Christophori Pfautzii (connu pour ses compétences en mathémathiques et en astronomie), pour ne citer que quelques personnalités, ont encore laissé aujourd’hui des traces de leur notoriété.


Je voudrais aujourd’hui à partir d’un seul autre exemple montrer l’intérêt historique et littéraire de l’album amicorum CORNUCOPIA. Il s’agit de celui de Martinus Hankius qui intervient depuis Vratislavia le 24 avril 1677 à la page 153.
D’abord, cet exemple montre combien la graphie des noms était encore fluctuante puisque l’on retrouve aussi cet enseignant et écrivain sous les noms de  Martinus Hanckius, Martinus Hannkius, Martinus Hanke, Martin Hancke, Martin Hanke et même sous le pseudonyme de Christian Brunman.
Né à Borna en Silésie le 15 février 1933, il est décédé à Breslau le 20 avril 1709. Il est déjà connu pour ses travaux quand il devient professeur de morale, d’histoire et au St-Elisabeth Gymnasium. Vice-recteur en 1670, il a déjà publié De Rerum Romanarum scriptoribus (1669) quand il participe à l’album CORNUCOPIA. On lui doit des œuvres poétiques, des écrits moraux et des contributions à l’histoire de la Silésie. Son savoir est si réputé en 1679 que l’empereur Léopold 1er de Habsbourg (1640-1705) veut le nommer bibliothécaire impérial. Comme il ne veut pas devenir catholique, Martinus Hankius refuse le poste. Loin de lui en vouloir l’empereur le comble de cadeaux. Ses nombreux travaux souvent publiés en latin sont alors connus en Hollande, en Angleterre et en France. 

  
     


mercredi 3 décembre 2014

L'album amicorum, un ancêtre de l'album illustré : l'exemple de Cornucopia au XVIIe siècle

Un ancêtre de l’album illustré au XVIIe siècle: Cornucopia de Nicolai Lucae

Le 30e Salon du livre jeunesse de Montreuil qui vient de s’achever n’a pas manqué de mettre en valeur l’album et ses illustrateurs les plus contemporains.
C’est l’occasion pour moi de revenir sur un ancêtre peu connu de l’album : « L’album amicorum » (album d’amis), recueil unique et personnel d’autographes d’amis, de condisciples, de collègues, de professeurs et de personnalités plus ou moins illustres. Cet album privé mêle écriture et image et doit beaucoup à la tradition allemande.


Voici un document exceptionnel : l’album amicorum CORNUCOPIA de l’étudiant Nicolai Lucae, réalisé de 1677 à 1679 au coeur de l’Europe. On y remarque l’inattendu blason du règne hongrois datant du règne de Matthias II, constitué d’une double croix et de trois « coupeaux de sinople », le tout surmonté de la couronne royale. Il est encadré de deux personnages belliqueux faisant allusion aux guerres contre l’Empire turc ottoman). Deux très   belles peintures miniatures ornent l’album. L’une présente la ville de Wratislavia (non pas Bratislava, maintenant capitale de la Slovaquie mais l’actuelle ville de Wroclaw située en Pologne, plus précisément en Basse-Silésie) nommée aussi Breslau à l’époque et Vratislavie en français. Wratislavia, ville aux cent ponts arrosée par l’Oder et quatre de ses affluents, surnommée la « Venise du Nord », vit alors sous le règne de Jean III Sobieski, roi de l’Union de Pologne-Lituanie depuis 1674. L’autre miniature met en valeur la ville allemande de Witeberga (Wittenberg), ville où Luther afficha ses 95 thèses en 1517. 
Wratislavia ou Breslau, après la Guerre de Trente ans, ville dépendante des Habsbourg, devient la capitale de la province de Silésie où se développe la littérature et en 1677-79, elle est surtout connue pour la "deuxième école de Silésie) tandis que Witteberga est encore marquée par les controverses religieuses autour du protestantisme luthérien.           
CORNUCOPIA est un objet artisanal de format oblong mesurant 13 cm. sur 8, composé de feuillets parcheminés reliés constituant 260 pages dont une trentaine seulement, datées et signées, sont écrites sans souci de chronologie dans leur agencement (la première dédicace apparaît à la page 47, la dernière à la page 219). Les feuillets sont collés sur une reliure qui assemble deux panneaux de bois présentant les mêmes motifs légèrement en relief.


Nicolai Lucae, étudiant voyageur d’origine aisée et sans doute d’une grande culture, sollicite  quelques condisciples mais surtout des enseignants, des personnalités politiques,  religieuses ou du monde littéraire. On y remarque la présence de personnes fréquentant le St-Elisabeth Gymnasium et le Maria-Magdalena Gymnasium de Vratislavia, alias Breslau.
La représentation sur la miniature du haut montrant la ville de Vratislavia (ou Breslau) ne correspond pas à l'état de la ville au XVIIe siècle. La peinture montre en fait la ville au Moyen Âge comme le montrent les représentations du pont et de la palissade tous deux en bois. Un bastion avait déjà remplacé ces éléments au XIVe siècle et des habitations s'élevaient alors à l'extérieur des remparts.    
À la page 119,  à la date du 18 juin 1877, on remarque l’intervention de Daniel Caspar à Lohenstein (alias Daniel Caspar ou Casper von Lohenstein). Cet écrivain, juriste et diplomate allemand, connu en outre comme poète baroque, romancier et dramaturge, illustrant la tragédie de l’époque baroque, est né à Nimptsch en 1635 et décédé à Breslau en1683.


Marcus Mappus qui intervient en octobre 1678, page 79, pourrait-il être le médecin et botaniste qui a réalisé en 1670 le premier inventaire du jardin botanique de l’université de Strasbourg ? Né en 1632, il est décédé en 1701. Les dates et le fait que Vratislavia possède un jardin botanique depuis 1587 rendent le fait plausible mais il serait imprudent d’aller plus loin.

Parmi les langues utilisées pour transcrire les sentences, proverbes et autres citations, il faut citer le latin (si fréquent qu’il semble jouer à l’époque le même rôle que l’anglais aujourd’hui), l’hébreu, le grec, l’allemand, le français et l’espagnol.  Les autographes et dédicaces ont été recueilli à Vratislavia (ou Breslau), à Witeberga mais aussi à Leipzig.