mercredi 3 décembre 2014

L'album amicorum, un ancêtre de l'album illustré : l'exemple de Cornucopia au XVIIe siècle

Un ancêtre de l’album illustré au XVIIe siècle: Cornucopia de Nicolai Lucae

Le 30e Salon du livre jeunesse de Montreuil qui vient de s’achever n’a pas manqué de mettre en valeur l’album et ses illustrateurs les plus contemporains.
C’est l’occasion pour moi de revenir sur un ancêtre peu connu de l’album : « L’album amicorum » (album d’amis), recueil unique et personnel d’autographes d’amis, de condisciples, de collègues, de professeurs et de personnalités plus ou moins illustres. Cet album privé mêle écriture et image et doit beaucoup à la tradition allemande.


Voici un document exceptionnel : l’album amicorum CORNUCOPIA de l’étudiant Nicolai Lucae, réalisé de 1677 à 1679 au coeur de l’Europe. On y remarque l’inattendu blason du règne hongrois datant du règne de Matthias II, constitué d’une double croix et de trois « coupeaux de sinople », le tout surmonté de la couronne royale. Il est encadré de deux personnages belliqueux faisant allusion aux guerres contre l’Empire turc ottoman). Deux très   belles peintures miniatures ornent l’album. L’une présente la ville de Wratislavia (non pas Bratislava, maintenant capitale de la Slovaquie mais l’actuelle ville de Wroclaw située en Pologne, plus précisément en Basse-Silésie) nommée aussi Breslau à l’époque et Vratislavie en français. Wratislavia, ville aux cent ponts arrosée par l’Oder et quatre de ses affluents, surnommée la « Venise du Nord », vit alors sous le règne de Jean III Sobieski, roi de l’Union de Pologne-Lituanie depuis 1674. L’autre miniature met en valeur la ville allemande de Witeberga (Wittenberg), ville où Luther afficha ses 95 thèses en 1517. 
Wratislavia ou Breslau, après la Guerre de Trente ans, ville dépendante des Habsbourg, devient la capitale de la province de Silésie où se développe la littérature et en 1677-79, elle est surtout connue pour la "deuxième école de Silésie) tandis que Witteberga est encore marquée par les controverses religieuses autour du protestantisme luthérien.           
CORNUCOPIA est un objet artisanal de format oblong mesurant 13 cm. sur 8, composé de feuillets parcheminés reliés constituant 260 pages dont une trentaine seulement, datées et signées, sont écrites sans souci de chronologie dans leur agencement (la première dédicace apparaît à la page 47, la dernière à la page 219). Les feuillets sont collés sur une reliure qui assemble deux panneaux de bois présentant les mêmes motifs légèrement en relief.


Nicolai Lucae, étudiant voyageur d’origine aisée et sans doute d’une grande culture, sollicite  quelques condisciples mais surtout des enseignants, des personnalités politiques,  religieuses ou du monde littéraire. On y remarque la présence de personnes fréquentant le St-Elisabeth Gymnasium et le Maria-Magdalena Gymnasium de Vratislavia, alias Breslau.
La représentation sur la miniature du haut montrant la ville de Vratislavia (ou Breslau) ne correspond pas à l'état de la ville au XVIIe siècle. La peinture montre en fait la ville au Moyen Âge comme le montrent les représentations du pont et de la palissade tous deux en bois. Un bastion avait déjà remplacé ces éléments au XIVe siècle et des habitations s'élevaient alors à l'extérieur des remparts.    
À la page 119,  à la date du 18 juin 1877, on remarque l’intervention de Daniel Caspar à Lohenstein (alias Daniel Caspar ou Casper von Lohenstein). Cet écrivain, juriste et diplomate allemand, connu en outre comme poète baroque, romancier et dramaturge, illustrant la tragédie de l’époque baroque, est né à Nimptsch en 1635 et décédé à Breslau en1683.


Marcus Mappus qui intervient en octobre 1678, page 79, pourrait-il être le médecin et botaniste qui a réalisé en 1670 le premier inventaire du jardin botanique de l’université de Strasbourg ? Né en 1632, il est décédé en 1701. Les dates et le fait que Vratislavia possède un jardin botanique depuis 1587 rendent le fait plausible mais il serait imprudent d’aller plus loin.

Parmi les langues utilisées pour transcrire les sentences, proverbes et autres citations, il faut citer le latin (si fréquent qu’il semble jouer à l’époque le même rôle que l’anglais aujourd’hui), l’hébreu, le grec, l’allemand, le français et l’espagnol.  Les autographes et dédicaces ont été recueilli à Vratislavia (ou Breslau), à Witeberga mais aussi à Leipzig.                

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