jeudi 11 décembre 2014

Collection "Monique", chez Fleurus-Mame (1953-1962)

Chez Fleurus-Mame, la collection "Monique", pour les filles des années 50  

Retour sur le "cercle des collections jeunesse disparues"

La collection "Monique" est les plus souvent ignorée des historiens de la littérature jeunesse, sans doute parce qu’elle a surtout été présente dans les écoles et pensionnats catholiques et les « Bibliothèques pour tous » d’inspiration catholique. (Notons que l’emploi abusif de l’expression « pour tous » vient  de loin !).     
Deux éditeurs catholiques associés, la Maison Mame et les Editions Fleurus, lesquelles touchent un lectorat masculin avec "Jean-François", attendent trois ans avant de lancer pour les filles, la collection jumelle "Monique". Les lectrices de l'hebdomadaire Ames Vaillantes, édité par Fleurus depuis 1937, lisaient auparavant la collection éponyme "Ames vaillantes".

Elles ne sont pas surprises, dès 1953, de retrouver des auteurs comme May d'Alençon (Le Trésor du Loup), Rose Dardennes (Le Sorcier de Ceylan). Illustrée par Solange Voisin ou par Alain d’Orange, la familière et omniprésente Henriette Robitaillie ne publie pas moins de cinq récits. La Ferme du Loup Blanc, prépublié en 1949 dans Ames Vaillantes n’est édité en livre qu’en 1958, la même année que Gwenola, illustré par Noël Gloesner et prépublié en 1950. De Henriette Robitaillie seront encore édités, La Dame de Charmilly (1955), Pascale et la tempête, (au large de la Charente Maritime, trois fillettes sont transformées en robinsonnes après une violente tempête) et Cinq têtes sous le même bonnet (1956). 
On ne s'étonne pas non plus de rencontrer dans la collection, ni Renée Tramond qui évoque des menaces de destruction d’un nouveau barrage modifiant un site des Alpes dans L’Enfant de la montagne (1953), ni Jacqueline Duché, écrivant Six dans une tourelle, puisque l’auteur est un des piliers, parfois illustrateur, de "La Bibliothèque de Suzette", éditée par Gautier-Languereau. Denise Renaud donne une tonalité historique à son Messager de la liberté (1954), quand Roger de Chérizay doit de défendre d’une accusation de complot contre Mazarin. Denise Bernard, dont l’intérêt pour l’Amérique du Sud ne se relâche pas, mêle passé péruvien et présent technologique, dans Les Envoyés de Pachacamac en 1958.


Parmi les auteurs féminins, remarquons aussi Bertrande de Rivière mettant en scène des détectives en herbe susceptibles de découvrir le secret de la Prisonnière de Bel-Castel (1954) et Marie-Madeleine Martinie. Si elle assure que son personnage, orpheline de sa mère, a Plus de chance que Cendrillon (1956), c’est parce qu’elle retrouve son père, un marin qui, en se remariant, lui offre un nouveau foyer.
En dépit de bons illustrateurs qui travaillent également pour la Bonne Presse, comme Pierre Joubert, Noël Gloesner, Alain d’Orange, Maurice de la Pintière, Manon Iessel, Marie-Madeleine Bourdin ou Solange Voisin (Solveg), cette collection ne bénéficie pas des mêmes moyens que sa consœur : elle atteindra seulement trente-neuf titres au cours de l'année 1962. Les auteurs de B.D. Robert Rigot, F. A. Breysse, Pierre Decomble (Pierdec) Yvon Marié et même Jean Giraud, futur auteur de Blueberry sont également présents. Notons la participation de l’auteur G. Travelier, futur Georges Bayard, créateur de la série « Michel » chez Hachette.  


Certains auteurs publient dans les deux collections "Monique" et "Jean-François". C'est le cas de Jean des Brosses, (Le Chevalier noir et Miss Aurore, 1955), René Duverne pour Drôles de vacances (1955) et surtout Le Grand Jeu de Païolive (1959), un roman dont les chapitres d’exposition sont remarquables. Trois neveux et trois nièces,  à partir d’un parchemin, vont à la recherche d’un curieux trésor : un coffre contenant les secrets de la désintégration atomique ! C’est aussi le cas de Henri Suquet. Dans La Maison sous les eaux, Suquet raconte l’histoire de Jacquiou, fils de pauvres bateliers, devenu par de brillantes études inventeur d’un treuil électrique, essayé sur les bords de l’Yonne. Dans Le Secret du diamant (1954), il conte comment des Anglais, découvreurs d’un gisement diamantifère, tentent d’échapper à des gangsters cupides.
Doublement présente aussi, L.-N. Lavolle (l’archéologue et grande voyageuse Hélène Chaulet) propose plusieurs récits parfois prépubliés dans les journaux du groupe Fleurus. Les Sorcières de la mer (1959), illustré par Alain d’Orange, est centré sur le sort de la petite Cinghalaise Nola, capable de plonger à la recherche des perles, de capturer et d’apprivoiser des dulongs, dans un milieu marin souvent dangereux. Un an plus tard, elle publie L’Indien aux yeux clairs, illustré par Jean-René  Lemoing.
Les récits semblent souvent plutôt sentimentaux, puérils et délibérément anodins. Certains titres infantiles sont révélateurs, comme La Demoiselle et le troubadour, Trois billes dans le soleil ou Le Prince aux yeux verts. 
Notons à cette époque cette séparation des sexes dans la presse et dans le livre. La ségrégation sexuelle dans les établissements scolaires, dénoncée par les étudiants en Mai 68, ne sera officiellement abolie que 16 ans plus tard, en 1969…  



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