mercredi 4 mars 2015

Chez Gedalge, collection "Les Loisirs de la jeunesse" (3)

Gedalge, éditeur de livres pour la jeunesse

III "Les Loisirs de la jeunesse", la nouvelle collection de Gedalge

Les Éditions Gedalge ont en fait créé deux collections nommées "Les Loisirs de la jeunesse". La première a vu le jour avant la guerre en 1938-1939. Les ouvrages paraissent alors sous une couverture cartonnée au dos toilé bleu et une vignette en couleurs a été contrecollée sur la couverture., Sont alors parus, en 1938, Les Martyrs du pôle de Henry de Graffigny (1863-1934), illustré par André Galland, Erymah de J.H. Rosny, illustré par André Hofer, Le Prince et le Pauvre de Mark Twain, Campagnat le mystérieux de Jacques des Gachons (1868-1945), Mes années d’enfance et de jeunesse d’Alexandre Dumas, Mes années d’enfance et d‘adolescence de George Sand, La Prodigieuse aventure d’un enfant du peuple René Caillé (1799-1838) d’Henriette Célarié, Le Singe et le Tortue Contes persans de Marc-Yvon Gaillard (1938), illustré par André Galland, et Contes et Légendes de l’Auvergne, de la Marche et du Limousin (1940) de Georges Nigremont…


Après la guerre, en 1945, la collection « Les Loisirs de la jeunesse » reliée adopte le format 18 cm sur 14. A cette époque paraît le livre d’Henriette Célarié : Récits tragiques et héroïques (1940-1944), illustré par André Galland dans une collection reliée ornée en couverture d’une vignette rectangulaire en couleurs et contrecollée. Cette série de livres ne porte pas officiellement le nom d’une collection mais il pourrait s’agir d’une variante de la collection « Les Loisirs de la jeunesse ». Les volumes imprimés sur un papier médiocre ne sont pourvus que de quelques illustrations pleine page en noir et blanc. Les éditions Gedalge (nommées parfois « Anciennes éditions Gedalge, A. Wast & Cie), dirigées depuis la Libération par Antonin Wast (1901-1973), ancien résistant, sont toujours très fortes pour rééditer leurs anciens ouvrages Par exemple, on voit reparaître Campagnat le mystérieux de Jacques des Gachons, Robin des bois de Dispan de Floran… De Claude Esil, on peut lire Une jeune Français sous la Terreur (1945) et L’Hécatombe à Diane.  Noël Tani (alias Mademoiselle Leroux, auteur bien connu aux éditions Montsouris), propose Le Dernier des Caraïbes (souvent réédité) et Marcel Artigues, Le Duel des frégates (1947), illustré par Lochard. Lily Jean-Javal revient avec Odile et son tuteur et Armand Le Corbeiller offre la 1ère édition de son Surcouf (Robert Surcouf, 1773-1827).


La nouvelle collection « Les Loisirs de la jeunesse », celle que l’on connaît le mieux et qui constitue sans doute la  meilleure collection de la maison Gedalge,  est pourvue d’une jaquette amovible illustrée et présente en plus d’illustrations en noir et blanc des hors-texte en couleurs. On y réédite des ouvrages parus avant la guerre et des nouveautés. L’auteur privilégié est J.H. Rosny Aîné puisque l’on réunit pour un jeune lectorat la tétralogie des « âges farouches », depuis Le Trésor lointain jusqu'à Erymah et les récits intitulés, Le Félin géant et La Guerre du feu, tous deux davantage connus. Il est certain que les spécialistes de la Préhistoire doivent sourire des illustrations parfois anachroniques d’André Hofer. On réédite aussi Ambor le loup et un récit peu connu de Rudyard Kipling et W. Balestier : Le Naulahka (publié par Ollendorff en 1908), l’histoire d’un collier de pierres précieuses recherché en Inde par Nicolas Tarvin.


La réédition en en 1946, illustrée par Félix Jobbé-Duval du roman de Noël Tani, Le Dernier des Caraïbes bénéficie de superbes hors-texte en couleurs. C’est l’histoire étrange d’un jeune homme d’origine caraïbe, élevé par une famille française, reconnu comme prince par les siens et chargé de reconquérir les îles des Caraïbes. Bonnets blancs et blancs bonnets de Lily Jean-Javal est aussi publié en 1946 et Maggie Salcedo illustre plus tard La Revanche de Sybil. Raylambert (1889-1967) dessine avec tact et tendresse les enfants défavorisés, évoqués dans Peau-de-pêche par Gabriel Maurière (Henri Legrand, 1873-1930). Cette histoire d’un enfant des quartiers misérables de Paris qui reprend goût à la vie dans le village de Charmont, près de Troyes, déjà écrite en 1918 et chez Gedalge dès 1927, méritait d’être rééditée. Le livre de Gabriel Maurière réédité dans les différentes collections de la maison constitue l’un des plus grands succès de l’éditeur : 200 000 exemplaires vendus en 1956. Le récit maritime de Marcel Artigues, Le Duel des frégates, bénéficie d’une nouvelle édition, cette fois luxueuse et pourvue de hors-texte en couleur de Gustave Gerno. La réédition en 1947 du récit de Henry de Graffigny (alias Raoul Marquis, 1863-1942) : Les Martyrs des pôles, illustré par André Galland, ne doit pas cacher que l’auteur, vulgarisateur scientifique de renom, était en vogue en 1910, quand il publiait Le Tour de France en aéroplane. Du même auteur, on publie aussi Voyage de cinq Américains dans les planètes. Henriette Célarié, racontant René Caillé  dans La Prodigieuse aventure d’un enfant du peuple, en 1949, bénéficie des hors-texte aux couleurs vives et contrastées de Félix Jobbé-Duval. Louis Dispan de Floran conte une fois de plus sa version de Robin des bois et autres chroniques du cycle breton (1950) dans un style savoureux et plein d’humour. Le Duel des frégates de Marcel Artigues bénéficie de deux éditions, l’une populaire et l’autre avec hors-texte. Des textes ont vieilli, tels Les Martyrs des pôles de Henry de Graffigny, Le Roi de Rome de Thérèse Lenôtre (édité cette fois avec de jolis hors-texte en couleurs de Maggie Salgado) ou Les Désirs de Riquette d’Henry Champly (1894-1967).


En plus de son Surcouf, Armand Le Corbeiller propose sa version de Cartouche et Max Ferré s’infiltre dans la collection avec Alain Gerbault navigateur solitaire. Après l’ajout d’auteurs « classiques » : Mark Twain (Le Prince et le Pauvre), Grimm (Blanche-Neige), Alexandre Dumas (La Tulipe noire), Andersen (Rien qu’un violoneux, illustré en 1951 par Icare Marchegay), Prosper Mérimée (Colomba), la collection prospère dans les années 50.   
Parmi les nouveautés, on distingue Légendes de la mer (1954), de Jean Neuville, illustré par André Hofer, Le Cabaret des bons enfants (1955) de René-Paul Groffe, L’Oncle Amiral. Contes chinois de Lucie Paul Margueritte, illustré par Icare Marchegay, Le Maître des diligences de Claude Esil, la biographie de Vincent Caillard, « l’ami de la route », Rosario Montès (1947) de Pierre Sinmare, un récit ancré au Mexique sous le règne de l’empereur Maximilien.
Relevons encore Le Merveilleux destin de quatre fillettes (il s’agit de l’enfance de quatre filles nobles et privilégiées) d’Huberte Hébert, Ha-Ouf fils de lions de Denise Adhémar, Chevaliers de légendes de Dominique Paladhile, Les Quatre Fan’Foudys d’Eugène David-Bernard, La Tour de Jaman de Renée Tramond, Les Évasions historiques d’Henri Iselin auteur et illustrateur, Seul sur la route (1951) d’E. Coste qui raconte la fuite d’une famille française face à l’invasion allemande en juin 1940.     


Nous reviendrons sur deux titres essentiels de la collection : Peau-de-pêche de Gabriel Maurière, une fois de plus réédité mais avec une très belle couverture et des hors-texte de Raylambert et Les Voyageurs de l’espérance, création originale en 1953 de Georges Duhamel, sous-titrée Récit de l’âge atomique, une anticipation plutôt noire illustrée par Jacques Roubille.    


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