mercredi 3 février 2010

Collection "Plein vent", pour les adolescents, à partir de 1966


Toutes ces premières illustrations de jaquettes ont été réalisées par Jean-Olivier HERON.

La collection se développe au cours de la même période que la collection "Olympic" mais elle existe plus longtemps et demeure aujourd'hui encore mieux connue.

"Plein Vent" (Robert Laffont) : la meilleure collection de la décennie pour les adolescents

Le lancement, chez Robert Laffont, en avril 1966, de la collection "Plein vent", est un événement pour les 12/16 ans (et plus). Elle est créée et dirigée par André Massepain, d'origine corfiote mais né à Bucarest, docteur es lettres, spécialiste de la psychologie de l'enfance. Sous le pseudo d’André Kédros, il est auteur de romans pour adultes, et sous celui de Massepain, de récits pour la jeunesse, comme L'Ile aux fossiles vivants, lorsque Gilles et Jérôme, naufragés du Pacifique, passe de l’actualité aux temps préhistoriques. Le 1er titre est la traduction de l’anglais, du roman d'Anthony Fon Eisen : Le Prince d'Omeyya (1964), valorisant le fougueux cavalier poursuivi par les cruels guerriers du calife.. C'est la meilleure collection pour adolescents de la décennie, son directeur ayant « conçu une collection de romans d'aventures d'un bon niveau littéraire qui ne soient pas gratuits mais qui s'appuient sur les sciences ou les techniques de notre temps, parlent des problèmes actuels, d'histoire ou d'anticipation ».
Parmi ces romans d’aventures, retenons surtout l'excellent Jack Holborn de Leon Garfield, encore peu connu en France, le diptyque de Ian Cameron porté à l'écran sous le titre L'Ile sur le toit du monde, constitué par Le Cimetière des cachalots et L'Etrange bête de la Terre de feu. Les avis sont plus partagés sur la série « Pièges » de Willard Price (Pièges dans la jungle, Pièges dans la savane, Piège sur les volcans, etc), surtout quand les « héros » Hal et Roger Hunt, dans Pièges en Amazonie, (nous sommes en 1972), veulent rapporter des espèces vivantes ! Les amis des animaux préféreront Kopoli, le renne guide de Jean Coué, Le Pur-sang irlandais de W.R. Burnett, Frère sauvage de Mary Patchett ou Perdus dans le Grand Nord de Farley Mowat.
André Massepain, loin des « choix religieux, idéologiques ou politiques », considérés comme « un attentat spirituel et un abus de pouvoir », veut proposer, « à travers les romans publiés, un certain nombre de valeurs humanistes qui sont moins des orientations que des garde-fous ». Voulant « offrir aux jeunes des livres d'aventures sur une toile de fond culturelle », la collection mêle donc des récits d'action aux romans de science-fiction (André Massepain réfuterait l'expression), refusant « les événements conjecturels » « dans un avenir plus ou moins indéterminé », au profit de l'évocation d' « un futur proche, à partir des données d'aujourd'hui ».
Les Anglo-saxons traduits permettent surtout de faire connaître une anticipation de bon aloi, encore rare dans les collections juvéniles, d’abord grâce à Arthur C. Clarke, romancier de L'Ile des dauphins, quand l’orphelin Johnny rencontre le professeur Kazan qui étudie le langage du « peuple de la mer ». Donald Gordon, dans Alerte à Mach 3, mêle données techniques et drames humains. De Jerry Sohl, on traduit L'Invention du professeur Costigan. La conquête contemporaine de l’espace explique le succès de titres comme Infirmière de l'espace de Virginia B. McDonnell ou En détresse autour de la Lune d’Arthur W. Ballou, mais il est plus difficile d'admettre aujourd'hui que Le Tunnel sous la Manche, (No Subway) de E. E. Vielle était une pure fiction anticipatrice en 1970. On remarque moins Deux robots de Karl Bruckner.
Les récits français conjecturaux sont rares. On peut citer seulement Cordillère interdite de Michel Peyramaure, confrontant la réalité sud-américaine indienne et la légende des géants, et La Ville sans soleil, de Michel Grimaud (Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse), un récit écologique visionnaire et très vraisemblable, préfacé par Alain Bombard, évoquant déjà un site industriel atteint par la pollution.

Un goût évident pour les romans historiques
Le directeur de collection semble apprécier les fictions historiques « organisées autour de personnages de la dimension d'un Alexandre le Grand, d'un Hannibal, d'un Attila ou d'un Napoléon », et les drames humains contemporains en publiant auteurs français et étrangers avec de nombreux inédits. Il n’oublie pas ses origines quand il édite Va dire à Sparte de Roderick Milton, Le Grand périple d’Esculape d’Horia Stancu ou Le Capetan Mavros de Yannis Katsoufris. Mais il élargit fortement la palette. Il fait traduire de l’allemand les récits de Gerhart Heller (alias Gertrud Schmirger) : Alexandre le Grand (1968), Le Lion de Saint-Marc (1969), au temps de la splendeur de Byzance, Attila fléau de Dieu (1971) et Charles-Quint (1973). C’est encore de l’allemand qu’on traduit La Barque des frères de Hans Baumann, évoquant des voyages de découvertes portugais au XVe siècle. Le Comte Franz Zedtwitz raconte La Chute des Incas et Kurt Honoika rapporte L’Exploit de Magellan (1966) et Mino Milani, dans Chevauchée sans retour, situe une chasse au trésor après la Guerre de Sécession américaine.
Si le roman historique semble privilégié dans la collection, avec peut-être un goût prononcé pour l'aventure crédible, le genre est fortement représenté par un contingent d'écrivains français originaux et compétents. Michel Peyramaure illustre la fiction préhistorique avec La Vallée des mammouths, Grand Prix des 13 en 1966 et classique constamment réédité, avant de plonger dans l'Antiquité romano-punique ressuscitant Les Colosses de Carthage. Jean Coué, publie six récits qu’il faudrait citer. Retenons L'Epave du drakkar, La Guerre des Venètes dont il se fait le chroniqueur et Le Nabab du Grand Mogol. Alors que Jean Séverin, auteur de cinq romans, tente de raviver Le Soleil d’Olympie ou de ressusciter Vercingétorix (1969) et Vauban, ingénieur du roi, (soldat et surtout ingénieur), l'auteur le plus « engagé » est sans doute Bertrand Solet.
Après l’émouvant et juste témoignage pour Les Révoltés de Saint-Domingue (1969), il s'interroge sur un peuple trop oublié, avec D'où viens-tu Tzigane ? (1970), ancré dans l’Allemagne morcelée du XVIIIe siècle. Le Prix Jean Macé récompense son évocation de « l’affaire Dreyfus » dans Il était un capitaine en 1972, juste avant qu'il ne s'engage dans le récit intitulé Debout cosaques ! contant l’histoire de Stenka Razine au XVIIe siècle. Au total, il publie là six volumes, tous aussi passionnants.
Le couple signant Michel Grimaud a publié dans "Plein Vent" en 1971, son premier roman intitulé : Amaury Chevalier cathare. Des auteurs déjà fort connus enrichissent le répertoire, comme Jean Merrien, spécialiste des récits maritimes et qui, tout naturellement, s'intéresse à Cet étrange Christophe Colomb, en 1968, quand Jean Destieu, affirme : J’étais avec Cortès.
Citons encore, en plus d’un Guillaume le Conquérant (1969) de Georges Bordonove, le diptyque de Claude Manceron : Le Citoyen Bonaparte. La Jeunesse de Napoléon (1769-1796) et Austerlitz. Le XXe siècle est approché grâce à V. comme victoire de Odile Yelnik, évoquant la résistance de lycéens, Duel d’aigles de Peter Towsend, La Route d’Israël, (une histoire proche de celle de l’Exodus), de James Forman et Histoire de mon enfance de Charlie Chaplin. .

Née peu avant les événements de Mai 68, en résistant un peu au goût du jour qui encourage l'intrusion de la réalité dans la fiction, elle aborde pourtant des sujets d'actualité. Au bout de sept années d'existence, la collection compte une centaine de titres aux thèmes très variés… Vendue à des millions d'exemplaires, dès 1974, elle a été reprise par quatre grands éditeurs étrangers..

1973 : L'heure d'un bilan très positif pour la collection "Plein vent"

En 1973, quand la collection "Plein Vent" publie son centième volume, L'Homme de la rivière Kwaï de Jean Coué, il est temps de faire un bilan des auteurs, des titres et des thèmes proposés. Des titres ont disparu du catalogue comme Six colonnes à la une de Pierre Gamarra, Mission dangereuse de Jean-Jacques Antier, Le Troupeau sauvage de Jean Guérin Sur la piste blanche de Paul-Emile Victor, La Cité des Guaranis de Max Nicet (alias Maurice Chavardès). Heureusement subsistent Victoire au Mans dont Bernard Clavel se fait le reporter, L’Histoire d’Helen Keller (engagée dans sa lutte contre l’infirmité), de Lorena A. Hickok ou (pour la découverte d’une ville enfouie), de René Reggiani.

Des aventures sportives, maritimes, sur terre ou dans les airs


Des thèmes apparaissent plus clairement. Par exemple celui du sport et de l’automobile. Dan Halacy, l’auteur de En chute libre, introduit à la fois vol à voile et parachutisme amateur dans son récit. Après que l’on a traduit Cette sacrée guimbarde et Le Petit bolide de John Tomerlin, Graham Hill et Robert Martin présentent La Torella Tiger et Jacques Wolgensinger raconte L’Epopée de la croisière jaune, avant que Francis Lytton n’introduise Une Bugatti en or, dans un folle poursuite.
Les aventures maritimes paraissent finalement très nombreuses, depuis Un aérodyne sur la mer (1966) de John Rachkam, jusqu’à Le Voilier blanc de Ian Cameron et Le Dernier voyage de Port-Polis d’André Massepain en 1976 ou Pirates Vikings (1977) de Denis Lacroix, en passant par L’Huître d’or de Donald Gordon, L’Ile tabou de Robb White, Le Chirurgien de la flibuste de Miep Diekmann, Pêcheurs de corail de Nicolaï von Michalewsky ou L’Odyssée du Commandant Cameron de James Forman…
Parmi les auteurs français renouvelant le récit d’aventures, citons Jean Coué pour L’Homme de la rivière Kwai ou le retour d’un aviateur en Thaïlande, 30 ans après la dernière guerre mondiale. Nommons Pierre Pelot qui ressuscite le personnage du métis Dylan Stark, déjà à son heure crépusculaire, solitaire et embarqué dans une chasse à l’homme tragique, au cœur du désert, dans Sierra brûlante. Fernand Lambert se révèle habile chroniqueur de la spéléo ou de la montagne dans La Guerre des gouffres ou La Corde était coupée. Ne négligeons pas les récits du directeur de la collection André Massepain dont L'Ile aux fossiles vivants datant de 1957, est devenu un classique incontournable.

La collection paraît toutefois essentiellement masculine même si l’on peut imaginer que les filles liront plutôt, outre L’Histoire d’Helen Keller et Infirmière de l’espace, Une Rose pour Kathy d’Amber Dana, Sandra et les chevaux sauvages (1977) de Mel Ellis, Un bel été pour tes quinze ans (1979) de Claude Cénac et J’ai douze ans, c’est pas ma faute (1980) de Daniel Wunderlich.
En 1982, 138 titres sont proposés. Quelques rares titres paraîtront encore. Nombre de ces ouvrages publiés, choisis avec autant de goût que de pertinence, ont été primés et réédités dans les meilleures collections de poche, après 1977, en particulier dans "Folio junior" chez Gallimard Jeunesse.

1 commentaire:

  1. J'étais adolescente dans les années 70 et pourtant, "En détresse autour de la Lune" ou "Va Dire à Sparte" ont été pour moi des lectures marquantes, bien plus efficaces que les cours pour me rendre fan d'histoire et de sciences ! Des lectures qui sentent leur époque, par ailleurs (effectivement les rôles des filles étaient plutôt convenus, mais je ne me souviens pas que cela m'ait spécialement handicapée -je me voyais certainement plus en astronaute qu'en demoiselle de bonne famille au sol). Merci de raviver ces mémoires !

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